Petite synthèse des impressions vécues pendant ces petits vagabondages...

 

 

Voyages entre rêves et réalités – Pour une Constitution internationale

 

 

 

 

Livre I : livre des contrées

 

 

 

Tome 1 : « 75.000 km de vagabondages en vélo »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ecrit entre octobre 2010 et mars 2011. Par Frédéric Barbier. A Figeac.


 

SOMMAIRE :

 

 

 

 

Résumés des petits vagabondages : ……………………………………………………………………………………………………………….6

1. « Petit tour au Cœur de l’Europe » (9.900 km de fin juillet à fin septembre 2007)

2. « Paris –Dakar » (3.750 km de mi-novembre 2007 à début janvier 2008)

3. « Traversée des grands espaces des Amériques septentrionales » (20.920 km de mi-mars à mi-juillet 2008)

4. « Traversée du Sahel, de Dakar à Niamey-Zinder » (3.860 km de début janvier à fin février 2009)

5. « Cap Nord Europe » (18.340 km de mi-avril à début août 2009)

6. « Traversée des grands espaces des Terres australes du Milieu » (14.400 km de fin août à mi-décembre 2009)

 

1ère partie : Les raisons du voyage :……………………………………………………………………………………………………………….22

Section 1 : L’envie de voyager :

1. Des voyages « initiatiques » :

1.1. Introspection – Rétrospection

1.2. Du rêve à la réalité, enfin du concret

2. Le plaisir architectural :…………………………………………………………………………………………………………………27

2.1. En Europe :

2.2. En Afrique :

2.3. Dans les Amériques septentrionales (USA-Canada) et en Australie, Nouvelle Zélande :

2.4. Quelques exemples :

1) Des paysages naturels (architecture géologique, naturelle) :

2) De l’architecture « historique » :

3) De l’architecture géographique (humaine) :

 

Section 2 : Une autre manière d’appréhender la vie en société : …………………………………………………………………………31

1. Travail, études, retraites. Quelle société pour vivre ensemble ?

1.1. La société ?

1) De la réalisation des rêves :

2) Avoir la chance de pouvoir faire des choix :

3) Faire le « grand saut » :

4) De la décroissance :

1.2. Les passions :

1) Y a-t-il plus de liberté en voyage qu’en vivant en société ?

- Le Pour :

- Le Contre :

- De la difficulté de dormir dehors :

2) Trop de réglementations inutiles :

2. Conseils pratiques et « ma » façon de voyager : …………………………………………………………………………………….36

1) Du port du casque :

2) Le dodo :

3) En cas de pluie :

4) Les vêtements :

5) La toilette :

6) Les cartes :

7) Le matériel :

8) En Afrique :

9) Moustiques, pies et fourmis :

 

2ème partie : L’apport des voyages : ……………………………………………………………………………………………………………41

Section 1 : Des apports « géo et méta- physiques » :

1. Les « forces de la Nature »

1.1. Les Quatre éléments :

I. L’eau :

II. La terre :

1) La majesté des seigneurs de la « haute » montagne :

2) Le calme des déserts ?

III. Le feu :

1) Les couleurs de la faune et de la flore :

2) Un beau mélange des 4 éléments :

IV. L’air :

1) Le sens du vent :

2) Le « Dieu » vent :

1.2. Dieu, la Nature et les Hommes ?

I. Un Dieu, des religions :

II. Quelques anecdotes « religieuses » :

III. Les beautés naturelles, le calme des grands espaces et l’envie de faire corps avec la nature :

1) Quelques moments « merveilleux » :

2) Rencontre avec les loups :

3) Rencontre avec les ours :

4) La pleine Lune :

1.3. De drôles de questions et phénomènes !

1) Un « vélo neige » ?

2) Les pressions thermiques et les éclairs :

3) « Evolution humaine » :

4) L’Homme naît-il bon ou mauvais ?

2. La nécessité d’écologie et de protection de l’environnement : …………………………………………………………………………56

1.1. Une protection dans l’espace :

I. La pollution humaine :

1) La voiture, jouet préféré de l’Homme moderne :

2) Eléments de preuves du réchauffement climatique :

- Canicule et restriction d’eau :

- Des catastrophes naturelles et autres évènements climatiques extrêmes :

II. Les zones de protection :

1) Le paradoxe des parcs nationaux et l’ambiguïté de la nécessité de parcs naturels :

- Les péages à l’entrée des PN sont-ils des entraves à la libre circulation ou une nécessité pour la protection de l’environnement ?

- La faune et la flore ne connaissent pas les frontières ! Les paysages aussi.

- Difficile d’être « l’animal du zoo » :

2) L’inutilité des pistes cyclables actuelles :

1.2. Une protection dans le temps :

I. Une société actuelle idéale et utopique :

1) Dans quel monde vit-on ?

- La recherche du gain :

- Zones urbaines et zones industrielles :

- L’utilisation intempestive des ressources. Pour la décroissance :

- L’assujettissement sociétal :

2) L’imprégnation de la société de consommation :

II. Vers un futur plus réaliste ?

1) Vivre en symbiose avec la nature :

- Les modes de vie naturels des anciens :

- La difficulté de retrouver les états naturels 

2) Vivre dans un monde alliant mode de vie « authentique » et hautes technologies :

 

 

 

Section 2 : Des apports « géopolitiques » : …………………………………………………………………………………………………..68

1. Pauvreté et richesse de l’Afrique :

1.1. La difficulté d’être de couleurs :

1.2. Problème de manque de matières premières agricoles et de l’exportation des ressources naturelles :

1) La France-Afrique :

2) L’agriculture :

3) L’attente d’investisseurs :

1.3. L’Afrique, aussi matérialiste que l’Occident ? Est-ce le propre de l’Homme ?

1) Le marchandage, coutume locale ?

2) L’agressivité ?

3) Les sollicitations ?

4) La perversion consumériste ?

1.4. L’argent fait-il le bonheur ? Le décalage des normes sociales et des « niveaux de vie » entre Afrique et Occident :

1) Le prix pour entretenir l’Histoire, confort vs authenticité ?

2) L’argent permet-il d’accéder au bonheur ?

2. POUR une Constitution internationale ! ………………………………………………………………………………………………...78

2.1. Les enjeux et risques de régressions idéalistes, le poids des fictions :

1) Discrimination et « minorités », idéal de domination et cosmopolitisme :

- En Nouvelle Zélande et en Australie :

- En Afrique nord-occidentale :

- En Amérique du nord :

- En Europe :

2) Des « chocs de civilisations » :

- La sédentarité des nomades, acculturation et désespoir :

- Le « temps du rêve » aborigène :

- Le « rêve américain » :

- Le sang versé, prix de la liberté ?

2.2. Une Constitution « Humaine », une réalité et une nécessité :

1) La fiction des frontières, obstacle à la libre circulation des Hommes :

- Les drapeaux, emblèmes des fictions !

- La nécessaire préservation de la diversité et des langues :

2) Vive le cosmopolitisme, POUR une Constitution internationale !

- Besoin d’innocence et d’espérance :

- Nécessité de préserver les modes de vies ancestraux et la culture :

- Une Europe indispensable et réaliste, espérer une union des Etats dits occidentaux :


Introduction : résumés des petits vagabondages :

 

Les « petits vagabondages » sont en fait six voyages (trois de deux mois et trois de quatre mois) effectués entre juillet 2007 et décembre 2009, en vélo principalement et sans moyens motorisés dans différentes régions du monde :

- deux voyages en Europe continentale et nordique,

- deux voyages en Afrique nord-occidentale,

- un voyage dans les USA et au Canada,

- un voyage en Australie et en Nouvelle Zélande.

 

Soit un total de près de 30 Etats traversés et près de 75.000 km effectués en vélo, pendant un an et demi. Chacun de ces voyages a permis de retirer certaines choses sur soi et sur le monde qui nous entoure. Chaque expérience était très intéressante bien sûr et l’envie de voyager se poursuivra ! Les voyages sans doute eux aussi.

 

1. « Petit tour au Cœur de l’Europe » (9.900 km de fin juillet à fin septembre 2007)

Le départ se fit de Dégagnac dans le Haut-Quercy en direction de la Suisse (Genève, lac Léman, Bern) puis dans le sud de l'Allemagne (en Bavière notamment), l'Autriche occidentale (Salzburg), la Bohême (Prague), la Moravie et de nouveau l'Autriche orientale (Vienne) puis la Slovaquie (Bratislava) et ensuite la Hongrie (Budapest).

La remontée vers le nord de l'Europe se fît en passant par la Slovaquie dans sa partie orientale, la Pologne (Cracovie, Varsovie), puis les Pays baltes : la Lituanie (Vilnius), la Lettonie (Riga) et l'Estonie (Tallinn).

Le retour, enfin, par la Finlande (Helsinki), la traversée en ferry de la mer Baltique (de Turku à Stockholm), la Suède, le Danemark (Copenhague), le nord de l'Allemagne (Lübeck, Hamburg, Bremen), en longeant la frise des Pays-Bas (Amsterdam, Rotterdam) puis les Flandres en Belgique (Brugge) et en France (Lille), la Picardie (Amiens), la Normandie (Rouen, Caen, le Mont Saint Michel), un petit tour de la Bretagne (Saint Malo, Quimper, Concarneau, Belle Ile, Rennes, Nantes), les côtes et les îles françaises de l'Atlantique (îles de Noirmoutier, de Ré), et le retour dans les pays du Périgord et du Quercy.

 

Pour le matériel dans le sac à dos pour l'Europe il y eu : un GPS, un appareil numérique pour les photos, des cartes SD, batteries et chargeurs ainsi que des lampes de vélo avec piles et chargeurs, un pantalon ample et léger, un imperméable - coupe vent, un foulard, un bonnet, des gants en laine, couvre-chaussure (pour le froid et la pluie), chaussure, pantoufle, trois paires de chaussettes, un short, un tee-shirt, un carnet pour écrire, quelques bics, une brosse à dent, une lame de rasoir, un canif et un couteau pour manger (si besoin), du pq. Et aussi le matériel pour vélo : deux pneus (changés deux fois à l'arrière et une fois à l'avant sur 10.000 km en Europe), des chambres à air de rechange, quelques rustines (que 4 crevaisons en Europe), des clefs pour dévisser, une pompe, un ou deux fonds de jantes.

Le sac ne pèse pas plus de 10 kg auxquels il faut ajouter le ravitaillement : un ou deux litres de boissons (en plus des deux bidons sur le cadre du vélo), des bonbons (sucres, important) et autres (fromages, chocolat, pain, brioches bien beurrées,...). L'ensemble dépasse alors rarement les 13 kg (mais pas de balance à ce moment là pour vérifier), cela permet de faire tout de même de grandes distances dans la journée (270 km une fois en Moravie avec le vent dans le dos) et d'avoir plusieurs points de ravitaillement. Avoir plus de poids (40 ou 50 kg) et donc des sacoches empêcheraient de pouvoir faire de grandes distances et limiteraient les points de ravitaillements ; ce serait aussi plus difficile pour passer des obstacles afin de trouver un coin calme pour dormir et aussi quand il faut lever le vélo pour le prendre sur l’épaule comme lors de visites de sites historiques... Pour le moment ce système fonctionne très bien.

 

De même, il y a eu environ 15 nuits à l'hôtel mais surtout dans les quinze premiers jours : problèmes de récupération, chaleur, altitude, temps pour s’habituer à dormir dehors ? A partir de Budapest, il n’y a eu que 4 nuits à l'hôtel (en Pologne, en Lettonie, en Allemagne du nord et à Saint Malo). La tente prend beaucoup de place et pèse, les nuits dehors (une bonne trentaine) se sont très bien déroulées, pour gagner quelques degrés il suffit de dormir sur un plan dur (asphalté ou banc), ou encore à l'abri du vent (derrière un mur, les haies) ou sous un préau (terrain de skate bord), encore mieux dans un abri de bus (surtout en Bohême, ce sont de véritables petites maisons).

Pour le moment ce système fonctionne aussi très bien (aucune piqûre de moustiques aussi la nuit, étant couvert de la tête au pied et faisant de préférence les besoins tôt le matin, quand l'herbe est mouillée sinon les moustiques n'attendront pas, notamment en Pologne). Cela permet aussi de pouvoir contempler les étoiles et leurs variations, le passage rapide des nuages sous le clair de lune, d’apprécier les étoiles filantes, le clair de Lune, de dormir dans des endroits tels qu'un phare, au pied des jolies maisons de Bruges, à deux pas de l'entrée de l'abbaye du Mont Saint Michel, à côté des digues néerlandaises, de la citadelle de Belle-Ile mais aussi dans d'autres endroits plus insolites: jardins d'enfants et écoles (cour ouverte, pas de grilles, dans les pays scandinaves), à côté des rats (qui pourraient faire moins de bruits) ou encore près d’anciens cimetières, à côté d'églises, sur des bancs dans les stades de foot...

 

Après ce bon petit tour au cœur de l’Europe, je pense encore faire un tour du monde, celui-ci débutant en novembre de Dégagnac vers Dakar.

 

L’Europe (mise à part l’ex-URSS, partie où je ne suis pas passé sauf pour les Etats baltes) est vraiment bien, c’est facile de s’y promener grâce à l’UE et à l’absence de frontières, la liberté de circuler et la citoyenneté européenne. C’est vraiment une bonne chose, quel dommage que les français aient refusé d’adopter la Constitution européenne, la France ne peut rien faire de « grand » sans une UE forte et ce refus ne peut être que préjudiciable pour les générations futures.

 

Chaque européen devrait avoir la possibilité de voyager en Europe mais comme dans les USA beaucoup n’ont pas vu (et ne veulent pas voir parfois aussi), peut-être devrait-il y avoir une sorte de service civique européen en fin d’études de plusieurs mois dans un ou plusieurs Etats européens au choix de chacun ce qui serait sans aucun doute un atout pour comprendre que l’Europe conduit à la tolérance et est une force conduisant à l’ouverture vers le monde.

 Ici il ne fait aucun doute que la langue internationale est l’anglais surtout chez les jeunes dans les pays de l’est (avant c’était le russe). Beaucoup de diversités aussi sur ces différents territoires qui doivent être préservées grâce à une fédération comme l’UE. Beaucoup d’architectures, d’arts, de beautés diverses, de terroirs, de voir les choses différemment, beaucoup de stimulations, de réflexions et ça c’est très passionnant.

 

2. « Paris –Dakar » (3.750 km de mi-novembre 2007 à début janvier 2008)

Le départ a encore eu lieu depuis le paisible village de Dégagnac dans le Haut Quercy en direction des cités de Cordes, Albi, Toulouse, Carcassonne, Collioure... en France.

Puis l'Espagne d'abord en traversant la Catalogne en longeant la Costa Brava (Barcelona), la Costa Dorada (Tarragona), ensuite en traversant la région de Castilla - La Mancha (très jolies cités de Morella, Teruel, Cuenca, Toledo) avec un peu de neiges sur certains Puerto, enfin en traversant l'Andalucia (en passant par Cordoba et la belle cité de Ronda notamment) avant de rejoindre la mer Méditerranée  et de prendre le ferry d’Algeciras à Ceuta/Sebta (en Afrique).

Au Maroc ce fut la traversée de la région du Rif (par Tétouan, Ouezzane, Moulay-Idriss et Meknès). Puis des montagnes de l'Atlas: le Moyen Atlas (Azrou, Midelt), le Haut Atlas (Ar-Rachidia, la route des Kasbahs, Goulmina, Tinerhir, Ouarzazate...), et l'Anti-Atlas (Taliouine, Tiznit, Guelmin...).

Ensuite ce fut une petite traversée du Sahara occidental (Zemmour, Agargar...) de Tarfaya à Nouakchott en Mauritanie.

Après le terrain devient moins désertique pour devenir petit à petit une savane avant de franchir le fleuve Sénégal par une barge et de passer en même temps la frontière entre la Mauritanie et le Sénégal.

Au Sénégal il y eu un passage par Saint Louis puis Dakar pour y prendre l'avion jusque Paris-Orly. De là, la route se tourna vers la Loire (Provins, Fontainebleau...) et la descente de cette vallée de la Loire ensuite entre Sully et l'abbaye de Fontevraud près de Semur. Enfin le voyage se termina par le Poitou et le Limousin, en longeant un peu les très jolies rivières de la Creuse et de la Vienne et l’arrivée dans le Périgord.

 

Pour la rando Paris-Dakar il y a eu deux surprises. La première c'est l'éclatement des trois chambres à air dans la même après-midi, à 75 km de Ouarzazate et la deuxième est la casse de la moitié des rayons de la roue avant entre Tarfaya et Dakhla, du jamais vu en douze ans de vélo mais à chaque fois après 26 ou 3 km de marche on me propose d'être pris en stop ce qui fut très utile pour réparer !

En Espagne il y eu de nombreuses nuitées à la belle étoile sans problèmes comme d'habitude. Au Maroc souvent on est invité ; les gens travaillent peu, souhaitent venir en Europe pour une partie et avoir un européen chez soi c'est un peu avoir un pied de l'autre côté de la méditerranée sinon les hôtels sont peu chers (trois euros) si on sait rester simple ; enfin les pompistes du désert, au Sahara occidental, sont habitués à recevoir gratuitement des voyageurs de toute sorte pour une nuit (matelas disposés en vrac dans un local).

En Mauritanie et au Sénégal, les hôtels sont plus chers (que de deux fois) et on est moins souvent invité (tous les blancs sont riches pour eux), en tout cas on est sans cesse sollicité financièrement par les enfants, les adultes et autres racoleurs, beaucoup plus qu'au Maroc et ceci toute la journée (au moins quarante fois par jour, les gens étant tous au bord des routes à attendre car ils travaillent peu), la perte de liberté semble alors importante. Les nuits se passent ici dans la savane assez tranquillement pourtant.

 

Dans les régions traversées en Afrique beaucoup de personnes souhaitent venir en Europe. Le salaire moyen là-bas est de 30 à 50 euros par mois, imaginez que dans un autre pays le RMI soit à 5000 euros par mois, vous en reverrez, non? Il faut aussi préciser que dans ces pays il n'y a pas de chômage, ni retraités ni sécurité sociale. Aussi, il y a assez souvent des demandes de contrats ou de mariage avec une femme blanche (photos à envoyer) et d'invitations, tous les blancs étant des richards et des millionnaires... Les sollicitations sont quasis constantes (perte de liberté...) et les échanges sont alors souvent intéressés. Devant cette misère et n'étant pas naïf (malheureusement), continuer la route semblait bien absurde et inutile... Partez en voyage organisé ou avec quelqu'un du pays car vos guides feront aussi office de sécurité, peut-être vous ne verrais alors pas la réalité de la vie sur place et il n'est pas bon de couper le lien entre les touristes et les populations, beaucoup seront alors surpris d'avoir passé un beau séjour dans un magnifique pays qui est ensuite en proie aux pires violences (Côte d'Ivoire, Kenya, Tchad...), ce qui n'est pas étonnant, peu place un espoir dans l'avenir de leur pays. Ca n'empêche qu'il y a eu, bien sûr, des rencontres avec des personnes formidables qui ne sont pas près d'être oubliées... Il faut souhaiter qu'un jour il y ait des lois internationales, pour tous.

 

Ce trip entre Dégagnac et Dakar puis entre Paris et Dégagnac a donc été difficile surtout en Afrique avec la découverte d’un autre monde différent de celui de l’Occident. C’est bizarre de vivre dans un autre monde et dire que cela arrive à fonctionner d’une manière globale, le monde ou modèle occidental restant prédominant car beaucoup d’africains recherchent qu’à vivre comme les occidentaux, « ne pas garder les moutons », avoir du confort, du travail, une retraite, le droit à quelque chose pendant le chômage, une sécurité sociale. Tout cela se traduit par un matérialisme encore plus fort qu’en Occident, la volonté de gagner de l’argent est forte chez les populations africaines entre 12 et 45 ans, plus jeune c’est encore l’innocence et après c’est la fatalité, le désespoir.

Le blanc reste le riche, quelque soit votre façon de voyager, votre discours, vos habits… rien n’y fait, la couleur de la peau prédomine ce qui me fait penser à du racisme bien sûr. Beaucoup m’ont dit « vous les blancs, vous êtes tous riches », il y eu beaucoup de demandes : de contrat avec des entreprises en France ou en Europe, de venir investir et les payer pour x projet, des demandes de mariages avec des femmes blanches (pourtant il y a aussi des femmes noires françaises et vivant en France), des demandes d’argents sans cesse renouvelées (on entend tout en vélo), des femmes qui courraient après moi pour venir me dire bonjour…

Ces idées ne sont pas prêtes de s’arrêter : en Europe on véhicule une image du tourisme pour vendre des voyages avec des scènes surréalistes de bontés, d’authenticités de vie… dans ces pays du sud, dans les pays africains on voit des publicités et des images de belles maisons, de richesses, de salaires importants, de belles voitures pour tous les occidentaux. Les préjugés sont forts de chaque côté de la Méditerranée.

                        

C’est incroyable ces différences alors qu’il suffirait de si peu pour satisfaire ses besoins ! Mais nul n’en a intérêt pour plusieurs raisons.

D’abord il n’y a pas assez d’énergies pour tout le monde aussi si les occidentaux ont le pouvoir et les moyens, il n’est pas possible que tous vivent comme eux car il n’y a pas assez d’énergies… pour vivre à la manière occidentale dans le monde entier, la Terre n’est pas assez nourricière tant que prime le modèle occidental de la consommation (voire surconsommation entraînant un fort gaspillage).

Après les chefs d’Etat et gouvernants des pays pauvres profitent de la corruption grâce à des commissions occultes en favorisant l’installation de telle ou telle entreprise occidentale moyennant finances, marchés que les entreprises payent à ces gouvernants contre la récupération de matières premières…

De même les gouvernants occidentaux n’ont pas d’intérêts à ce que ça change, aucune confiance dans ces Etas instables (dont ils ont une part de responsabilité dans leur instabilité, chacun a une préférence pour un homme de là-bas qui va leur apporter s’il a le contrôle un droit officieux de complicité). Seuls les gouvernants occidentaux pourraient faire changer les choses en créant une organisation internationale qui par une contrainte réfléchie obligerait à un développement de ces pays pauvres mais ces Etats riches ne se font pas confiance entre eux et faire une telle organisation internationale créerait des tensions avec les multinationales, des intérêts représentants plusieurs milliards sont en jeu et d’autres sont morts pour moins que ça. De plus chaque Etat riche peut par ses moyens militaires aider à mettre en place tel ou tel régime autoritaire qui apportera ensuite son soutien à l’Etat riche qui l’a aidé ainsi des marchés seront favorisés avec des entreprises occidentales choisies par l’Etat riche (ces entreprises pouvant financer indirectement ou directement les moyens pour mettre en place le régime de leur choix dans un pays pauvre ainsi ils récupèreront des contrats et les gouvernants occidentaux des commissions). Les moyens humanitaires des Etats sont aussi efficaces pour conserver dans leur giron des Etats pauvres qui reçoivent et détournent cette aide (en revendant les produits et non en les donnant, en gardant une partie pour eux et les membres de leur parti).

Ensuite les multinationales n’ont pas d’intérêts non plus à ce que tous les Hommes vivent sur un niveau équivalent. Des différences de 1 à 10 voir de 1 à 100 dans les salaires leurs permettent malgré les coûts de transports supplémentaires de gagner beaucoup d’argent, les marges sont importantes. Elles produisent dans les pays pauvres qui ont une certaine stabilité puis revendent les produits aux personnes qui gagnent plus d’argent en se faisant une bonne marge (« made in china »…). Bien sûr ceci en défaveur des populations occidentales qui perdent leur travail, leurs droits sociaux acquis… et des populations pauvres qui ne peuvent demander des droits sociaux (sinon les multinationales vont ailleurs, c’est une forme de mesure de rétorsion officieuse), il n’y a pas de retraites ni de chômage, d’indemnités, le contrat est journalier, il n’y a pas de droit syndical ou de droit de grève, de sécurité sociale et les nomes de sécurité sont quasis inexistantes.

Enfin l’humanitaire. Ils savent que ce qu’ils font ne servent pas vraiment, cela fait plus de vingt ans qu’ils ont montré leur inefficacité (comme les Resto du Cœur, Emmaüs en France), des réseaux existent avec les Etats pauvres ou riches, des affaires de corruption et toujours plus de pauvres, ces humanitaires sont le plus souvent des « jouets » aux mains des gouvernants riches (influence dans un Etat pauvre) et pauvres (revente, commissions). Bien sûr les occidentaux continuent à donner (pour se donner bonne conscience même s’ils payent déjà leurs impôts et donc le devoir revient à leurs Etats riches de changer les choses) et sans le savoir ils permettent au système vicieux de se poursuivre et ils aident donc les gouvernants des Etats pauvres à se maintenir et les Etats dont ils sont les nationaux de conserver dans le pays où l’aide est « distribuée » une influence certaine. Cette aide des occidentaux sert aussi à payer des emplois d’humanitaires qui ne devraient pas exister et les Etats occidentaux devraient plutôt favoriser par la création d’une organisation internationale composée de représentants des Etats riches et pauvres une formation, une éducation aux populations pauvres qui se prendraient ainsi eux même en charge. En janvier 2005, après le tsunami, je téléphone à médecin sans frontières et la croix rouge pour savoir s’il est possible de venir les aider, ils me répondent après 15 jours de catastrophe qu’ils sont en phase d’évaluation ! Plus tard j’entends le président de la croix rouge, ancien ministre de la santé, M. Mattei, déclarer qu’ils agissent uniquement en période d’urgence (alors qu’après 15 jours qu’ait eu lieu le tsunami ils m’ont répondu qu’ils étaient toujours en phase d’évaluation), tout cela pour justifier que sur les 300 millions d’euro ils n’avaient utilisé qu’un tiers, le reste ne pouvant plus servir, leur mission d’ « urgence » étant terminée et leur but n’étant pas de construire des écoles ou des hôpitaux, le reste sera donc placé en bourse ou sur des comptes en banque…

Finalement ce sont encore les populations qui sont les otages de ce système. Les populations riches par le mépris, l’envie et la jalousie des populations pauvres qui légitimement ne souhaitent souvent que venir immigrer dans les Etats riches. Et les populations pauvres qui se font exploiter, dominer, qui profitent peu des droits de la DUDH de l’ONU (qui n’est toujours qu’une déclaration, il n’y a donc pas d’obligations ni risques de sanctions certaines) et qui souhaitent pourtant majoritairement et légitimement vivre comme les « riches » occidentaux, avoir les mêmes chances et donc franchir les différentes portes des « forteresses de l’Occident ».

 

Ce voyage, surtout en Afrique, a permis d’apprendre beaucoup de choses et de voir que la réalité n’est pas la même partout, pour les pauvres c’est travailler et gagner de l’argent, pour les riches c’est voyager, découvrir d’autres horizons. Pour autant les occidentaux ne sont pas forcement près à perdre leurs droits et leurs dominations.

En décidant de voyager pendant plusieurs années, par étapes, c’est d’emblée la retraite qui est sacrifiée car le nombre de trimestres cotisés ne sera jamais suffisant (cependant c’est obligatoire et je continu à les payer quand je travaille), en libéral donc pas de cotisations chômages, impossible de faire des prêts pour une maison (ou difficile), de même pour une famille. Bien sûr pour économiser il ne faut pas avoir de voitures, de prêts… sinon…

Le voyage pose le choix de ce qui est nécessaire ou non, pas de superflus. D’un point de vue personnel, j’ai appris à être plus patient, moins pressé, à relativiser les difficultés que beaucoup de français rechignent alors que tant de personnes vivent misérablement et j’ai appris à être un peu plus nomade.

 

Un denier coup de gueule, pour tous ces voyageurs qui vendent du rêve, qui ne racontent pas la réalité car leurs livres racontant la vie de personnes des pays pauvres mettent en valeur des métiers disparus… qui par leurs authenticités attirent les occidentaux vivant dans un monde plus formaté alors que les « pauvres » dans leur grosse majorité ne veulent plus exercer ces métiers et qu’ils veulent vivre confortablement… De plus ces livres ne sont vendus qu’en Occident et pas dans les pays pauvres, ces écrivains voyageurs critiquent volontiers le monde occidental et la société de consommation et pourtant ils vivent grâce à ce système, en vendant des livres… et sans rien redonner bien souvent aux pays pauvres, le fait de créer une association pour faire un puits est bien inutile de même que de vendre du rêve en profitant de la misère, dire la vérité serait plus honorable (mais bien moins vendeur). Chaque expérience de voyage a donc du bon et on apprend encore, peut-être ces idées changeront plus tard. Et finalement toutes les idées sont utiles. Il faut rappeler ici que les expériences sont différentes selon chaque voyageur et chacun reste libre de ses choix, heureusement.

 

3. « Traversée des grands espaces des Amériques septentrionales » (20.920 km de mi-mars à mi-juillet 2008)

Le départ a eu lieu de Dégagnac en France jusque l'aéroport de Roissy dans l'agglomération parisienne. Puis, à Montréal (Québec, Canada), une fois le vélo récupéré, la route de la traversée des Amériques a pris la direction de New York et Washington ; s’ensuit une traversée du massif montagneux du Blue Ridge et des Monts Appalaches par la jolie Blue Ridge Parkway (sur environ 800 km) et il fallut encore quelques kilomètres pour rejoindre le Mississipi à Memphis.

 

Ensuite c’est une traversée des grandes plaines du centre des Amériques pour arriver sur des hauts plateaux désertiques à quelques 1500-2000 m d'altitude de l'Arizona et du Nouveau Mexique jusque Las Vegas où la route redescend encore dans des vallées toujours aussi arides (dunes, déserts de sel dans la Death Valley...). Enfin le parcours vers la côte pacifique s'achève en arrivant à San Francisco une bien jolie ville où j'ai pu me reposer chez de bons amis.

 

De San Francisco la route continua vers l'est en direction de Yosemite puis vers le nord pour rejoindre Portland, Victoria et Vancouver après différents passages par des sommets entre 2500 et 3000 m dans le massif des Rocheuses, plusieurs sommets ont dû d'ailleurs être évités même fin mai à cause de leurs enneigements !

 

Après Vancouver, la route recommença à se diriger vers l'est jusque Calgary après un petit détour par les jolis parcs nationaux inscrits à l’UNESCO de Jasper et de Banff en empruntant la route des Glaciers, magnifique ! De Calgary, descente vers le sud pour rejoindre le PN de Yellowstone (où il y avait plus de neige au mois de juin qu'à Montréal au mois de mars) puis ce fut la traversée du Wyoming, du sud- Dakota, de l’Idoha, et du Wisconsin, à grande vitesse et par de grandes distances grâce à un vent souvent favorable (de l’ouest) et à des jours de plus en plus longs pour rejoindre plus à l'est le Canada entre le Michigan et l'Ontario afin de se diriger vers Niagara Falls, Toronto et Montréal.

 

Une fois à Montréal, grâce au vent qui a permis d'effectuer de grandes distances dans des contrées peu habitées des USA, il restait encore une bonne quinzaine de jours avant de reprendre l'avion à l’aéroport de Turdeau (à Montréal, le 15 juillet). Il fut donc décidé de retourner aux USA par le New Hampshire et le Maine puis de repasser encore une fois au Canada, par la Nouvelle Ecosse (la Nova Scotia) et ensuite de revenir sur Montréal par le Nouveau Brunswick et la Gaspésie du Québec.

 

Le 14 juillet, arrivé dans la ville de Québec, il faudra prendre un bus jusque Montréal pour être à l'heure à l'aéroport et prendre l'avion le 15 juillet pour Paris où je reviens à Dégagnac en train afin de ranger des papiers administratifs et de préparer un mariage de famille (plus tard il faudrait prévoir quelques jours de plus pour rentrer en vélo de Paris ou d'un autre aéroport d'Europe jusque Dégagnac). Ce voyage a vraiment été fantastique ce qui a donné une motivation (si nécessaire) et une certitude quand à l'envie de continuer ce petit tour du monde en plusieurs étapes.

 

Il y a eu deux surprises encore ici.

La première est l'étonnement en début de parcours devant l'incompatibilité entre les distances effectuées et là où je devrais me trouver d'après mes cartes ; en fait, après avoir acheté une carte sur place, je me rends compte que celles de l'Atlas français sont fausses, en effet les distances sont correctes mais pas l'échelle, c'est à dire que les distances notées en kilomètres sont en réalité en miles! Le parcours évalué au départ à environ 20.000 km avec l'Alaska et le NO du Canada fait donc en réalité plutôt 30.000 km (1 mile équivaut à environ 1,6 km). Cette partie sera donc peut-être traversée à l'occasion d'un autre voyage en 2009 sinon il fallait prendre l'avion à Anchorage et ça ne me semblait pas très bon de cette manière, le coût aurait été aussi plus élevé et la préparation plus aléatoire peut-être...

La deuxième surprise fut le sens du vent: à 95% le vent vient toujours de l'ouest (parfois que de l'ouest, parfois du SO ou encore du NO) ce qui fait que les distances furent environ, en moyenne, de 140 km pour rejoindre la côte Pacifique (par jour) alors qu'elles furent de 220 km pour le retour vers la côte Atlantique (les jours rallongeant aussi en juin et ils sont aussi plus longs l'été quand on se rapproche du pôle nord).

 

La plupart des nuits se sont déroulées dehors (une bonne centaine), peut-être la moitié en ville (dans des centres commerciaux ou près des mairies ou près des offices de tourisme ou d'églises ou encore près de l'US Postal), l'autre moitié s'est passée dans la campagne (pour une bonne partie dans les zones désertiques et arides du sud des USA et aussi dans les forêts du canada ou du nord des USA). Toutes se sont très bien passées et quelle beauté que de pouvoir apprécier un ciel étoilé notamment dans les zones désertiques !

 

Les américains et les canadiens sont souvent très 'avenants' ce qui m’a amené malgré ma timidité à parler souvent en anglais et à parler à de nombreuses personnes. Sur ce parcours j'aurais été invité sept fois (dont deux fois où j'ai refusé et on est venu me recherché et une fois dans le Wisconsin où je ne pouvais pas car il fallait aller 80 km au sud alors que j'allais droit vers l'est), jamais je ne demande pour être invité, c'est donc spontanément que les gens me le proposent, plus souvent qu'en Europe où ce n'est arrivé que deux fois (en Suisse et en Lituanie) et autant qu'en Afrique sur le « Paris – Dakar ». Les américains ont un plus grand cœur que nous le font paraître les médias français !

 

Le parcours a à peu près été celui prévu jusque San Francisco (sauf pour Yosemite), ensuite le retour s'est fait par Yosemite (car avant la route était encore fermée pour cause d'enneigement fin avril en allant vers la côte ouest puis presque tous les cinq jours le parcours variait car de nombreux sommets à 3000 m par où je voulais passer étaient encore fermés en mai d'où aussi l'idée de ne pas aller tout de suite vers Yellowstone situé à 2500 m mais de passer par Vancouver et Calgary avant afin d'être sûr que les routes ne soient pas fermées à Yellowstone (ce qui même au mois de juin ne fut pas le cas, des routes étant fermées et  la neige tombant bien plus qu'en mars à Montréal).

 

Ce périple fut donc vraiment bon, beaucoup de choses imprévues après SF. Et même avant, comme la rencontre au Nouveau Mexique de deux loups après avoir passé la nuit seul sous la pleine Lune à entendre leurs hurlements, le lendemain je les croise à 3050 m d'altitude, la route étant fermée à cause de l'enneigement, rencontre magique qui donnera encore d'autres idées de balades !

 

Beaucoup de 'microclimats' donc dans ces contrées, on peut être à 1500-2000 m dans le désert aride sur des hauts plateaux, arriver au Grand Canyon et ses 1000 m de profondeur, quelques jours après passer à 2500-3000 m pour y trouver de la forêt et de la neige sur les sommets malgré des températures estivales à 2000 m sur les gorges du Rio Grande... Ainsi, après l'Oklahoma, je subirais une tempête de neige puis deux jours après ma première tempête de sable aux USA ; de même en Oregon dans la même journée je roule sous la canicule puis passe des montagnes à environ 2500-3000 m sous la neige et le froid et ensuite en redescendant dans la vallée de la Columbia River il me tombe de grosses averses avec de jolies arcs en ciel ! Beaucoup de variations climatiques donc et aussi beaucoup de plaisir.

 

Ce fut un bon périple de quatre mois et sûrement que si le tour du monde avait commencé par là alors il aurait duré plus que deux mois. Mais c'est sans regret que je retourne après ce voyage en France dans ses belles contrées pour quelques mois afin d'y apprécier quelques bonnes choses... avant de rouler de nouveau vers d'autres horizons avec une grosse envie pour toutes ces choses restant à voir !

 

Le 16 juillet j’arrive à Paris, après 2h d’attente à Montréal, le 1er avion affrété par Air canada ne démarrait pas ! Puis métro et train, direction la charmante ville de Gourdon, en Bouriane (qui pourrait être plus active si les maires des petites communes étaient plus ambitieux). Dans le train, des voisines se plaignent de l’odeur de … mes pieds, ouap, je n’ai pas eu le temps de les laver… Elles me disent que c’est insupportable et me demandent si elles vont devoir supporter ça longtemps, je leur réponds qu’elles peuvent changer de wagon, elles me disent qu’elles ont leur billet, je dis moi aussi. Puis elle parle people…, je leur demande alors si je vais aussi devoir supporter ça tout au long du voyage, elles me répondent qu’elles ont le droit de parler, je leur dis que j’ai le droit de sentir des pieds (je ne sens même pas l’odeur). La civilisation ! Et dire que des millions de gens vivent sous le seuil de la pauvreté et des milliards survivent, ça ne peut faire que du bien de se le rappeler.

 

Ce voyage a vraiment été très bon et c’est sûr qu’un changement de vie s’opère progressivement, surtout après 3 semaines, pour y en être imprégné vraiment (c'est-à-dire que de nombreuses règles sociétales deviennent illusoires et fantomatiques après un certain temps à vivre « sauvagement » autrement dit « librement », sans conditions) et après 45 jours environ où on se rend compte combien beaucoup de personnes se compliquent leur existence et combien la nourriture et l’eau sont les deux choses les meilleures. De combien l’Homme dégrade son environnement alors qu’il suffirait de si peu de choses pour arranger les choses. De combien l’Homme est sauvage au sens vrai du terme mais de combien il peut être agréable de le côtoyer aussi, parfois.

 

Après avoir écrit ces quelques pages je me demande comment il est possible que les voyageurs n’aient pas encore créé une association dont le but serait de promouvoir et de faciliter les voyages d’autres rêveurs de pays pauvres qui n’auront jamais les moyens de les réaliser : le salaire annuel là-bas, en Afrique par exemple, correspondant presque au RMI et les conditions pour voyager étant très drastiques (il faut 5000 euro en banque pour un marocain, 8000 pour un sénégalais, une attestation de travail, de vacances, de mariage…).

 

Bon voilà, ce premier petit tour en Amériques septentrionales de presque 21.000 km s’est bien passé, les paysages étaient fantastiques : traversée de déserts, le Grand Canyon, des dunes, montagnes, forêts, être sous la neige, la pluie, la grêle, sentir le vent, la canicule, écouter les oiseaux, voir des serpents, des éléphants de mer, des loups (inoubliables), ours, bisons, cerfs, de belles villes (SF, Victoria, Québec) et de bonnes rencontres... Beaucoup de plaisir et il en reste encore beaucoup sur cette terre des Amériques septentrionales donc sans doute d’autres traversées si possible dans ce coin de la Terre.

C’est une des 7 terres qui s’appelait aussi au temps des premiers découvreurs européens la Colombique (l’Amérique étant seulement l’Amérique du sud). Cette terre s’appelle désormais l’Amérique du nord qui avec l’Amérique du sud est considérée de nos jours comme un des 5 continents officiels. Sa traversée reste encore aujourd’hui (en mai 2012) comme mon voyage préféré, imprégné des grands espaces… !

 

4. « Traversée du Sahel, de Dakar à Niamey-Zinder » (3.860 km de début janvier à fin février 2009)

Après un premier parcours en Afrique jusque Dakar, plutôt décevant (même s’il y a de bons souvenirs), je décide de retourner sur ce continent surtout dans le but d’aller voir mes cousins qui habitent à Niamey et à Zinder, au Niger, et de voir aussi leurs familles. Un moment je pense repartir de Dégagnac et refaire la traversée du Maroc et du Sahara mais comme je travaille en décembre ça paraît difficile et en janvier il y a de la neige en Espagne déjà que l’année précédente j’en ai eu mi-novembre dans ce pays, époque où il fait assez froid d’ailleurs.

Je décide donc pour ce second parcours en Afrique de faire simple, en tout point : d’abord ce sera le vieux vélo, de très vieux vêtements et mon appareil photo restera dans le boîtier qui me servait pour la spéléo (autant dire qu’il est très sale) ; ensuite la route prendra simplement le bitume, pas de petits chemins… pour ne pas « s’embêter » ainsi, à partir de Dakar, il n’y a presque qu’une seule route possible, celle financée par l’UE en grande partie qui traverse le Sénégal, le Mali (en passant par Kayes, Bamako, Sikasso), le Burkina Faso (en passant par Bobo et Ouagadougou) et enfin le Niger (en passant par Niamey et pour finir à Zinder, l’ancienne capitale du Niger).

 

C’est donc cette route simple qui fut suivie sur environ 3.850 km pendant 45 jours. Avant de partir, je sais que le vent viendra à cette époque de l’année du nord et de l’est c'est-à-dire de face, pendant la saison sèche « froide » même si la T° reste entre 20° la nuit et 40° l’après-midi avec le Soleil car il y a aussi une saison sèche chaude où la T° avoisine les 50°C !! Mais je garde la motivation de revoir mes cousins au Niger et ce sera une bonne motivation. Les distances sont donc en moyenne de seulement 120 km par jours et c’est assez dur avec toute la poussière qu’il peut avoir… Seule une étape avec le vent dans le dos, la dernière, qui fera près de 200 km (ça rassure).

 

Bref, ce voyage s’est très bien passé et, même si ce n’est pas mon but, il y a eu bon nombre de rencontres (forcément) mais différentes de l’année précédente, il faut vraiment voyager le plus simplement possible avec de vielles choses (vêtements, vélo…) quand les populations ont moins d’argent… pour être tranquille au mieux et pouvoir profiter. Pas de contrat de mariage avec une femme blanche ni de contrat de travail demandés cette fois-ci ! Mais beaucoup de rencontres avec des personnes très aimables dont certaines ont même voulu me donner un peu d’argent pour que j’aille retrouver la famille du Niger, d’autres avec lesquelles j’ai partagé leur repas ou le thé…, aucune rencontre avec des personnes agressives alors que c’est coutume chez nous dans les grandes villes en France… Beaucoup de simplicité dans les rencontres, il faut savoir prendre le temps de les écouter aussi.

 

Ces pays ont beaucoup de richesses mais elles sont souvent inexploitées par manque de moyens et de compétences et aussi elles sont souvent « détournées » au profit des pays « riches » et des gouvernants en place dans les pays « pauvres » malheureusement. De même les grosses sociétés commerciales jouent de cette différence de niveau de vie pour faire bien sûr des profits (pas de règles internationales…), comme les voyageurs « profiteurs de la misère » en quelque sorte (photos ou récits « idylliques » et vente de livres… en « Occident ») qui sont loin de le reconnaître (comme on dit, faute avouée, faute à moitié pardonnée) au contraire puisque ce sont les occidentaux les coupables.

 

Le décalage entre les modes de vie occidental et africain est important mais pour ce voyage je m’y suis complètement adapté, ça fait même bizarre de vivre avec ce décalage au Niger en compagnie des expatriés vivants « à l’occidentale » juste à côté du mode de vie africain dans « les rues » et comme celui qui avait été le mien pendant ce périple.

L’adaptation a été meilleure aussi car pendant une année j’ai eu le temps de prendre un peu de recul et pour l’avoir vécu une première fois je savais à quoi m’attendre…

 

Sur ce parcours je perds 7 kg en une semaine suite à l’invitation dans mon système digestif d’amibes, charmantes bactéries qui se trouvent dans l’eau… (ça arrive donc en mangeant des fruits ou légumes mal lavés…) ; aux USA-Canada, j’avais pris 5 kg en plus.

 

Le but des voyages n’a jamais été celui de rencontrer les « gens » mais de voir les paysages, faune et monuments anciens ou atypiques autrement que sur des photos mais par moi-même. D’ailleurs, comme je le dis souvent, rare sont ceux qui peuvent se « vanter » de connaître tous les habitants de sa ville… mais on peut dire plutôt qu’on recherche ailleurs d’autres modes de vie, d’autres coutumes… En mars 2008, je vais à une « conférence-film » de quelqu’un qui est parti de France jusque le golfe de Guinée, on a suivi à peu près le même parcours. Je ne pose que quelques questions bénignes comme le poids différent qu’on transporte, il admet qu’il a du superflu. S’il compte aller en Amérique du nord ? Ce n’est pas prévu car ça ne l’attire pas ce qui ne l’a pas empêché de critiquer les USA en les comparants au régime irakien de Saddam Hussein !

A la fin, il m’interpelle et ironise sur le fait que j’ai fait 8.000 km en moins de 4 mois entre la France et Zinder (c’est trop court pour lui et ça semble donc être un problème pour donner un avis alors qu’il n’y a été que 6 mois), ça n’empêche que mes cousins dont un habitant depuis plus de dix ans le Niger ont aussi un avis différent du sien et du mien et ça fait donc trois avis différents, pourquoi pas alors ?

Durant tout son exposé il montre les habitants de l’Afrique comme des peuples opprimés, bienveillants, vivant dans la vraie vie, il critique la société de consommation. Je réponds que c’est grâce à la société de consommation qu’il peut avoir le choix, qu’il a pu voyager, je critique le fait qu’il ait un appareil photo (il se promène même avec un ordinateur parfois ce qui me semblait inimaginable déjà), je critique le fait qu’il vend ses livres en France et donc à des consommateurs, les mêmes qu’il critique tant, qu’il se vante de ne jamais donner d’argent pour prendre les gens en photos, en retour il ne leur rend rien de bon (surtout en disant que tout est merveilleux là-bas, oubliant la faible espérance de vie, le manque de liberté à cause du manque de choix alors qu’on est tous égaux en France). Par contre durant son exposé des gens lui donnent de l’argent (billets de 10 ou 20€, sans contrôle, pas d’impôts) pour avoir montré des photos qu’il a prises et dont il se vante. Il critique l’arrogance des français et d’un autre côté combien d’africains peuvent voyager librement en Europe… aussi facilement que les français qui vont voyager en Afrique ? Paradoxe ! Qui a le choix de pouvoir voyager, d’aller à l’école, de se soigner, de varier son alimentation… Je crois qu’il faut être en accord avec sa façon et ses raisons de voyager puis le discours et les actes que l’on tient en revenant « au pays » !

Heureusement tous les voyageurs ne sont pas des « profiteurs de la misère », c’est ce double discours qui est dérangeant : d’un côté on critique « l’Occident » (qui reste le rêve de bon nombre d’africains), on profite de la gentillesse et de l’hospitalité des populations « pauvres » (certains tapent même aux portes pour demander à dormir ou « s’incrustent ») puis, revenu « au pays », on vend des livres et des photos… à ceux qui ont les moyens de les acheter c'est-à-dire aux « occidentaux ».

Avant de connaître ce phénomène je pensais m’entendre avec les voyageurs que je rencontrerais mais c’était une illusion, certains sont « radins » en fait et il y a comme une sorte de « concurrence » pour certains de voir un autre voyageur : « ah non moi j’ai été plus longtemps sur tel continent, je sais, toi non », sorte de compétition bien typique de la société occidentale alors que je pensais apprendre d’eux sagesse et partage d’expériences, heureusement tous ne sont pas comme ça, en général ce sont ceux qui ne renient pas leurs origines. Pour ma part, ça a toujours été spontanément que les gens m’ont invité et jamais je ne prends des photos de personnes « à profusion » dans l’idée d’en tirer des bénéfices provenant de gens dont on critique le mode de vie… Ca s’apparente à un manque de respect. Par exemple ce cyclo rencontré il y a un an au Maroc qui avait déjà voyagé 150.000 km dans le monde, je pensais avoir affaire à un sage. Lorsque je lui demandais si sa famille lui manquait, il me disait que tout le monde était sa famille mais ça le dérangeait que je reste avec lui car c’est plus difficile pour que quelqu’un accepte d’héberger deux personnes, de même lorsque je lui disais que c’était triste tous ces enfants qui demandaient de l’argent, il me répondait « you fuck them », finalement il me quitta sans dire mot pour aller se trouver un hébergement en allant taper aux portes ! Je continuais mon chemin alors à mon habitude pour aller dormir n’importe où… quand il fera nuit.

 

Ce voyage a finalement était meilleur que le premier en Afrique entre Dégagnac et Dakar, un an auparavant. Question d’habitudes ? Et je savais à quoi m’attendre. L’Afrique a sans conteste le mérite d’avoir fait bousculer en moi certaines choses, certaines visions. Et c’est pendant ces deux petits voyages en 2007 et 2009 que je me suis posé le plus de questions notamment sur les Hommes et leur développement. Beaucoup de « pauvreté » et ce n’est pas facile d’accepter de pouvoir vivre dans un Etat « riche » et d’avoir le choix alors que d’autres ne l’ont pas. Pas facile d’accepter que nos gouvernants ne font rien pour changer les choses mais que c’est grâce à la société de consommation que j’ai pu faire ces voyages, grâce aux études dans des écoles qui m’ont permis d’avoir un travail que j’aime et de réaliser aussi des voyages. Mais dans quel but ?

On se sent bien égoïste parfois en roulant dans ces contrées où les gens n’ont ni vacances, ni retraites, ni sécurité sociale, une faible espérance de vie. Sont-ils plus malheureux, je ne le crois pas mais les craintes sont différentes de celles des habitants des Etats occidentaux, leurs problèmes sont d’abord de trouver de la nourriture, du travail… alors que chez nous on recherche des biens de consommation en priorité (maison, voiture…). Cependant, que ce soit ici ou là-bas, les Hommes recherchent bien souvent à satisfaire un grand nombre de besoins, à en avoir toujours plus, malheureusement, ce qui semble être une « pulsion », un instinct universel et propre à l’Homme ?

 

Il faudrait vraiment des règles internationales, un pouvoir international capable d’exercer des contraintes sur des « Etats-régions », afin de pouvoir régler durablement les différences entre Etats « riches » et « pauvres » (si on a de l’électricité en France c’est beaucoup grâce à l’uranium du Niger et du Mali), il faudrait une meilleure répartition des richesses et un mode de développement humain durable pour sauvegarder cette planète et ses richesses naturelles et culturelles. Pourra-t-on un jour voir l’avènement d’une « conscience universelle » pour tendre dans ce sens du respect de la Vie ou devra-t-on toujours subir l’ « instinct universel » de l’Homme d’en avoir toujours plus au détriment des autres, volonté de puissance et de domination, illusoire ? Oui, sans doute faudra-t-il attendre le prochain stade de l’évolution humaine s’il y en a une ou laisser notre place pour que jaillisse peut-être une autre espèce capable d’accomplir ceci ou laisser la Terre en paix alors que nous n’arrêtons pas de la violer.

 

En tout cas je regrette de ne pas avoir eu plus de temps libre pour avoir continuer le parcours en Afrique cette fois-ci. Peut-être sera-t-il possible de poursuivre autour de 2017 en Afrique orientale et australe ? A voir…

 

5. « Cap Nord Europe » (18.340 km de mi-avril à début août 2009)

Après le retour de la petite rando en vélo entre Dakar et Zinder-Niamey, je rentre en France pour reprendre le travail en kiné pour une semaine, puis deux autres semaines en avril. C’est donc après ces remplacements que je prends le large à nouveau vers mi-avril 2009 pour un peu moins de quatre mois. En route vers l’Europe du Nord !

 

Le départ était initialement prévu en direction des Pyrénées, des gorges du Tarn, de l’Ardèche, du Verdon et des Alpes pour rencontrer moins de touristes l’été pendant leurs grandes vacances annuelles (drôle de transhumance). Malheureusement la semaine précédente au départ le temps a été chaotique sur le massif des Pyrénées, beaucoup de cols sont fermés et il y a beaucoup de neige un peu partout. Je me résous donc à devoir faire le parcours « à l’envers ».

 

Le chemin pris donc la direction de l’Auvergne par les jolies gorges du Lot et de la Truyère vers Saint Flour, le Gévaudan, le Velay en passant au Puy, le Beaujolais encore, l’abbaye de Cluny, le site antique d’Alésia, la Bourgogne (Dijon, Auxerre), la Champagne (Troyes, Reims), le Chemin des Dames puis l’Ile de France (Paris bien sûr), Chartres, Le Mans, Saumur, Angers, la Bretagne (Vitré, Fougères, Saint Malo) et enfin la Normandie (Avranches, Cherbourg) avant de prendre le ferry pour rejoindre l’Angleterre à Portsmouth en traversant La Manche.

 

En Grande Bretagne et en Irlande, le petit tour en vélo passa alors par Winchester, Salisbury, le site de Stonehenge puis le Pays de Galles (Cardiff, les Cambrian Mountains), avant de reprendre un ferry pour traverser la mer d’Irlande à Holyhead et rejoindre alors Dublin. Ensuite la route traversa le centre de l’île d’Irlande, zone de marécages, jusque Galway et le Connemara jusque Clifden. Le retour vers l’est de l’île se fît vers Londonderry, la Giant’sCauseway avant de retourner à Belfast et reprendre encore le ferry pour traverser à nouveau la mer d’Irlande par le « canal » du Nord, pour rejoindre l’Ecosse à Stranraer. En Ecosse, la route passa le long de nombreux lochs et par des paysages très jolis comme dans les Grampian Mountains, où il y a aussi de nombreux petits châteaux du Moyen-âge, jusque Inverness pour alors redescendre vers le sud en passant par Edimbourg, l’ancien rempart romain connu sous le nom de mur de Hadrien, Durham, York, Lincoln, Cambridge, Londres (que je traverse de nuit) et Douvres d’où je reprends encore le ferry pour traverser La Manche et rejoindre Calais et ma région natale pour quelques jours seulement.

 

De Calais je traverse les Flandres et l’Artois en passant par Lens, Gent, Antwerpen puis les Pays-Bas et l’Allemagne (Breda, Kiel). De Kiel, par un ferry, on rejoint la Norvège et Oslo où le voyage se poursuit en avion pour l’Iceland (terre de glace d’Islande), île magnifique ! L’atterrissage se fait près de Reykjavik et s’entame alors un petit tour de l’île des volcans et des glaciers d’Europe en grande partie par la Nationale 1, environ 1500 km de pur plaisir sur ces terres presque vierges et de beaux paysages… Le retour se fit sur le « continent » européen encore par avion, de Reykjavik à Oslo, en Norvège pour ensuite entamer la petite remonter vers le « Cap Nord de l’Europe », il était prévu de passer par la route des fjords mais en fait il y a de nombreux tunnels (une vingtaine) interdits en vélo et donc je me résigne à passer en Suède même s’il faudra reprendre 750 km environ de route identique lors du retour (dommage).

La route pour la remontée passa par Roros, Ostersund, Lycksele, Alta jusque Hammerfest qui fut « mon » Cap Nord au bord de l’océan Arctique. La descente se fit encore par la Laponie jusque Trellborg pour traverser ensuite la mer Baltique par ferry et rejoindre Rostock en Allemagne.

 

Le parcours en Allemagne a été très bon comme d’habitude dans ce pays où les gens sont souvent sympathiques et aiment bien les français. Elle passa par le Mecklenburg-Vorpommern, le Brandenburg (Berlin, Potsdam), la Saxe (Leipzig, Dresden), la Thuringe, la Bavière (et ses jolies villes de Bamberg, Ansback, Dinkelsbühl), le Baden-Württemberg et la Forêt Noire (avec encore de jolies villes comme Aalen, Freiburg, Baden-Baden).

 

Le retour se fit donc en France en passant le Rhin par le passage à Strasbourg avant de rouler sur la route des crêtes des Vosges en Alsace puis la Franche-Comté et le massif du Jura (Belfort, Montbéliard, Pontarlier). Puis la Savoie (Annecy, Albertville, Bourg Saint Maurice et le joli PN de la Vanoise), le Dauphiné (Briançon, Guillestre et le joli PN des Ecrins), la Provence (PN du Mercantour) et le massif des Alpes notamment en passant par la route des grandes Alpes et quelques jolis cols (cols du Galibier, de l’Iseran, de l’Izoard, de Vars, de la Cayolle, magnifiques). Ensuite la route se poursuivit en Provence par le passage autour des gorges du Verdon, le sommet du Mont Ventoux jusque Pont Saint Esprit où je passe au Languedoc en traversant le Rhône.

La suite se fit de manière tout aussi belle par les gorges de l’Ardèche puis le PN des Cévennes et le Mont Lozère, les gorges du Tarn, de la Jonte, de la Dourbie et le Mont Aigoual, Albi (et sa magnifique cathédrale), Toulouse, le pays Cathare et la visite de certains de ses châteaux (Peyrepertuse, Quéribus, Montségur) jusque Foix. Puis une petite traversée des Pyrénées par la route des cols (cols de Menté, de Peyressourde, d’Aspin, du Tourmalet, du Soulor, d’Aubisque…) avant de finir ce petit trip par la traversée du Pays basque et la forêt des landes (où plutôt ce qu’il en restait suite à la tempête qui a eu lieu au début de l’année 2009).

 

Ce second petit tour en Europe a été très bon encore comme en juillet-septembre 2007. Il y a beaucoup de plaisir architectural, c’est très varié et donc il y eu beaucoup de stimulations de ce côté-là. Comme dans le parcours aux USA-Canada il y avait encore de très beaux paysages variés avec des glaciers en Iceland et dans les Alpes, des forêts en Scandinavie, les montagnes des Alpes et des Pyrénées… L’Islande a vraiment été une très belle contrée à traverser, on y trouve tous les éléments : terre (déserts de laves), eau (pluie, glaciers très nombreux, rivières torrentueuses), le feu (avec les geysers et les volcans), l’air (le vent bien sûr, l’humidité des nuages stagnant sur les hauts sommets et les cols).

 

Pour ce qui est de la faune et la flore ce fut très varié aussi surtout pour les oiseaux, beaucoup de rennes en Laponie, aussi des cerfs (quelle magie de se faire réveillé au milieu de la nuit par l’un d’eux entrain de bramer). Quant aux rencontres avec les Hommes il y a eu de tout, beaucoup aiment bien parler, peu de fois on est invité quand même ce qui est différent dans les contrées à grands espaces et à faible densité.

Les Hommes bougent assez dans les frontières européennes mais trop souvent ils semblent tout de même enfermés dans leurs limites territoriales étatiques, il faudrait beaucoup plus d’échanges entre les européens, certes ceux-ci se développent (études, tourisme) mais ça reste très difficile pour le travail à cause de la barrière de la langue (il y en a trop dans l’union européenne) et il faudrait admettre l’anglais comme langue commune, c’est un fait, cela permettrait aux gens de communiquer et de développer cette conscience européenne indispensable pour construire un futur et des projets ambitieux. Il faudrait changer les mentalités, l’Europe a de grandes qualités qui ne sont pas assez mises en avant, notamment sa diversité, énorme. Ce serait bien que les russes et les turques soient aussi mieux « intégrés ». Nous sommes tout de même près de 500 millions de citoyens européens.

 

Pour ce qui est du climat ce fut vraiment bizarre. Lors du petit tour de deux mois en été 2007 le climat et le temps en Europe étaient normaux : température ambiante, un peu de pluie, pas de chaleur particulière. Par contre, lors de ce tour au Cap Nord, ce fut tout autre : beaucoup de journées de pluie consécutives, trois semaines sans aucune gouttes d’eau en Scandinavie et en zone Arctique avec plus de 20°C alors qu’en mai et en juillet en Europe « continentale » la température fut en-dessous de ces 20°C sauf fin juillet et début août où la température atteint aisément les 40°C presque (à l’ombre) avec des orages violents accompagnant ses lourdes journées. Le climat devient fou et il suffit de voyager pour s’en rendre compte, oui, mais autant faut-il voyager en dehors de moyens motorisés et climatisés.

 

Au final, est-ce si dur pour l’Europe d’élever le niveau et de faire rêver ? Quand les Etats vont-ils réellement s’unir pour donner une vision européenne tant attendue et nécessaire à sa crédibilité ? Quand l’Europe et ses peuples formeront-ils une Fédération avec un gouvernement et un Parlement fort ? Quand ses Etats réunis décideront-ils d’avoir une politique franche et efficace en matière d’aide au développement notamment au niveau sanitaire en Afrique voir aussi en Amérique du sud ? Quand l’UE aura-t-elle une politique forte en commun avec les USA pour le règlement définitif des conflits opposant juifs et musulmans en Palestine ?

Quand les Hommes auront-ils conscience que leur mode de développement a été en partie faussé depuis la fin de la WWII notamment. Pourquoi ne pas associer un monde « rustique » et un monde de hautes technologies ? Bien sûr il faut revenir à une agriculture biologique naturelle et proche des habitants locaux en réinventant les marchés, réintroduire ours et lynx dans les Pyrénées tout en empêchant les Hommes de s’étendre par des maisons secondaires et des pavillons dans les campagnes ou en bord de mer alors qu’ils travaillent en villes (quel paradoxe). Bien sûr qu’il faut éliminer la voiture de la consommation, cet objet, jouet favoris des Hommes, a montré son inutilité en 60 ans d’existence et son extrême dangerosité en causant le changement climatique, ça suffit. Bien sûr qu’il faut changer le droit du travail, améliorer les salaires et empêcher aux actionnaires de s’en mettre plein les poches au détriment des fonds de pensions des « futurs retraités » et en causant des délocalisations inadmissibles ; biens sûr qu’il faut interdire de partir une semaine ou quinze jours à l’autre bout du monde mais qu’il faut pouvoir partir plus de trois mois, si on le souhaite, à l’étranger ou profiter de trois mois de congés pour construire sa maison, profiter de ses enfants…

Peut-être faut-il tout simplement revenir à un monde, si tenté qu’il ait existé un jour, plus authentique, avec des valeurs et une éthique (y compris dans la génétique…).

 

6. « Traversée des grands espaces des Terres australes du Milieu » (14.400 km de fin août à mi-décembre 2009)    

Le départ de ce parcours a encore eu lieu de Dégagnac après le petit voyage au « cap nord » en Europe et trois petites semaines de repos en travaillant dans le Quercy. La route pour rejoindre Paris et l’aéroport de Roissy/CDG passa par les monts du Cantal puis le massif Central et l’Auvergne (Puy de Sancy, Mont Dore) et enfin le Nivernais (Nevers), la Bourgogne (Dijon) et l’île de France.

L’arrivée à Sydney a eu lieu après un voyage assez long en avion (avant c’était en bateau et à voile, toute une aventure sans doute), il faudra encore rester quatre jours dans cette ville avant de pouvoir récupérer enfin le vélo resté à Londres… Enfin. Début septembre le départ peut avoir lieu vers le NO et le centre de l’île-continent australienne.

La première idée était de faire le tour de l’Australie mais finalement, en attente à Sydney, voyant que les jours étaient courts (ce n’était que le début de l’été) et en ayant le temps de mieux observer les cartes, je me rends compte que ce n’est pas possible, il aurait fallu faire 220km par jour. De plus on ne peut rester légalement plus de trois mois en Australie, le tour peut donc se faire mais en quatre ou cinq mois en payant (et c’est assez cher) une « rallonge » pour augmenter la durée du visa ou en faisant un « break » en New Zealand ou ailleurs dans le Pacifique ou en Asie. L’idée fut donc de « couper » par la Stuart Highway, la seule route goudronnée qui traverse l’Australie au centre dans le sens nord-sud.

La route prend d’abord la direction de Brisbane et Cairns avant de décider de « couper » encore afin d’éviter la côte pensant qu’il y aurait trop de circulation ; je préfère donc passer dans le Bush un peu plus à l’intérieur des terres et un peu dans la Great Dividing Range (massif montagneux qui longe et borde la côte orientale de l’Australie) jusque Roma.

La chaleur est alors déjà bien présente avant d’entamer une petite traversée de l’Outback australien, territoire peu peuplé, seulement par les aborigènes (dont beaucoup ont été massacrés). Il n’y a eu qu’un seul jour de pluie, le 1er jour, à Sydney, sur les 70 jours passés en Australie, et des températures bien souvent entre 35 et 45°C au Soleil, heureusement ce n’était que le début de l’été !

 

Après Roma la route prendra la direction de Cloncurry et Mount Isa sur la Matilda Way pour rejoindre ensuite la Stuart Hwy à 900 km au sud de Darwin (capitale du territoire du nord) au bord de la mer de Timor. La descente de la Stuart Hwy fut assez longue et difficile avec la forte chaleur et le transport quotidien de 7 à 9 kg de boissons, c’est une route particulière et pas très intéressante, les paysages sont souvent monotones (c’est toujours la savane) et il n’y a que des touristes, on se retrouve donc entre européens, la route passant en dehors des villages et des réserves aborigènes ! Cette partie du voyage fut longue et ennuyeuse et ce fut un grand regret d’avoir choisi ce parcours là.

Après avoir fait un petit détour pour voir le « caillou », Uluru-Ayers Rock, colline sacrée des aborigènes (parmi d’autres) qui leur procure depuis des millénaires de l’eau et donc aussi de la nourriture dans ces terres semi-arides, la route arrive de nouveau dans le Bush à Port Augusta et assez rapidement ensuite à Adélaïde dans l’Australie méridionale près de l’océan indien. Ensuite la route rejoindra Melbourne en passant par la jolie région des Grampians mountains (malheureusement trop courte). 

Après Melbourne, le parcours fut plus intéressant par la traversée des Alpes australiennes dont le sommet le plus haut, le mont Kosciuszko, ne dépasse tout de même pas les 2300 m ce qui laisse présager à cause de la désertification de plus en plus importante en Australie de graves problèmes de pénurie d’eau. Cette partie du parcours a été l’occasion de faire plusieurs grimpettes jusqu’à différentes petites stations de ski (presque totalement désertes en été) de l’Australie. Enfin le parcours en Australie se termina par un passage dans les Blue Mountains et le retour à Sydney pour reprendre l’avion et rejoindre Auckland et la Nouvelle Zélande après environ 10.000 km en vélo en Australie.

 

D’Auckland, la traversée de l’île du nord (île fumante), chez les kiwis, passa par l’ouest et les volcans au centre de l’île, dans le PN de Tongariro, parfois par de petites routes avec de jolis paysages et d’autres fois par des routes avec plus de circulation mais assez souvent on trouve, comme en Australie, peu de forêts (les européens ont beaucoup coupés et il y a beaucoup d’élevages de moutons dorénavant). Mais je retrouve là  des températures « normales » entre 10 et 25°C, ça fait du bien ! On respire.

Une fois arrivé à Wellington après la traversée du détroit de Cook, on arrive à Picton dans l’île du sud (île de Jade) où la route descend jusque Queenstown et les PN du Mt Aspiring et Fiordland où je prends sur seulement 35 km un très joli track (le routeburn track, classé 10ème plus beau track au monde par la National Geographic) qui traverse de la forêt primaire entre autre. Malheureusement je verrais peu de glaciers en longeant la côte ouest à cause du mauvais temps, une prochaine fois peut-être ?

Ensuite la remontée pour rejoindre Picton et Wellington se fit en empruntant de jolies routes et de nombreux Pass dans les Alpes du sud. De retour dans l’île du nord, la route remonta vers le nord par l’est puis de nouveau les geysers au centre de l’ile près du lake Taupo et encore Auckland pour retourner à Paris après des escales de quelques heures à Sydney et Londres. De Paris, comme c’est l’hiver dans l’hémisphère nord (avec beaucoup de neiges) et pour le travail, il a fallu prendre le train pour rejoindre Gourdon (avec 10h de retard) et terminer alors ce petit voyage en espérant retourner plus tard dans ces terres australes du milieu pour faire des trails et tracks et aussi la Tasmanie. Peut-être ?

 

Il n’y a pas eu beaucoup de rencontres pendant ce voyage. Pourquoi ? C’est difficile à dire mais il y en a eu quand même quelques unes notamment : un jeune couple anglo-australien qui a déjà fait de nombreux tracks au Canada, en Patagonie, en Europe dans les Alpes et aussi un tour de 7 mois en Australie, vivant avec les working visas à Queenstown pour 9 mois, une belle manière de vivre et voir la vie (mais chacun ses passions). Aussi un allemand de 26 ans rencontré avant Ayers Rock et travaillant pour un tour opérateur qui a aussi fait quelques trips en vélo.

 

Pour les animaux et les fleurs, malheureusement là aussi pas grand-chose, surtout dans l’Outback. Une trentaine de kangourous vivants mais environ 3000 croisés morts écrasés par les véhicules et je n’ai pas eu la chance de voir des koalas. Beaucoup de faucons, quelques aigles, un petit scorpion, deux araignées et trois serpents dont deux écrasés… et quelques kiwis en New Zealand pas très craintifs et surtout visibles quand il pleut car ils mangent des vers de terres…

C’était surtout intéressant pour observer les oiseaux, très jolis, mais aussi assez souvent très fuyants, il y en a de très beaux avec de belles couleurs (jaune, rouge, vert, bleu…). Mais un type d’oiseau est particulièrement dangereux pour les cyclistes, les magpies ! Ils ressemblant à des corbeaux mais ils sont noir et blanc, ces oiseaux ont la manie de taper sur les têtes ! J’en ai fait la drôle expérience ne le sachant pas dans les premiers jours lorsque l’un d’eux me shoote sur la tête alors que je descends à 50km/h sans casque (comme je n’en mets pas d’habitude).

Par la suite, le port du casque a donc été souvent obligatoire pour cette raison ce qui ne fut pas facile sous la chaleur en pédalant environ sept heures tous les jours et ce qui a valu quelques ennuis au cœur, sorte de crampe due au muscle obligeant à s’arrêter et s’accompagnant de la perte du « second souffle » (impossible d’inspirer à fond ou de bailler sans déclencher une crampe). Ce problème disparu dans les Alpes australiennes et en New Zealand grâce à une météo plus « humaine », je n’ai pas encore la climatisation et avec le casque c’est difficile d’aérer la tête.

De plus le casque est obligatoire par la loi dans certains Etats fédérés australiens. A 10km/h dans une montée pendant 20km c’est stupide, peut-être un jour les coureurs à pieds auront un casque aussi mais les politiciens, surtout en « Occident », ne savent plus faire des lois intelligentes, ils ne font pas non plus entre sept et dix heures de vélo tous les jours avec 10-15 kg à porter…

 

Ce parcours dans les terres australes du milieu a été bien difficile donc à cause de la chaleur, de la monotonie notamment de l’Outback. On peut constater aisément les problèmes de déforestation (en NZ c’est flagrant) et de désertification (en Australie surtout avec de nombreux problèmes de ressources en eau et encore plus à venir dans le futur).

Les parties les plus intéressantes étaient dans les Alpes australiennes notamment entre Melbourne et Canberra et les Alpes du sud de l’île de Jade en New Zealand avec la forêt primaire très réduite malheureusement. Si c’était à refaire ce serait pour faire le bicentennial national trail (en Australie, sur plus de 5.000 km entre Cairns et Melbourne dans la Great Dividing Range) aussi la traversée de la Tasmanie, et pour faire encore le teararoa trail (qui traverse la NZ du nord au sud, sur environ 3.000 km). Peut-être une bonne idée pour plus tard, en ski, à VTT et/ou à pieds.

 

 


1ère partie : Les raisons du voyage :

 

Quelles peuvent être les raisons qui poussent à partir plusieurs mois à l’étranger ? D’où peut venir cette envie et quelles en sont les motivations profondes ? Répondre à ces questions amène à faire une sorte d’analyse de soi et à rechercher un certain mode de vie, un peu nomade, une autre sorte de philosophie de vie peut-être ?

 

Section 1 : L’envie de voyager :

 

Cette envie tient à la fois à porter un regard sur soi donc et aussi sur le monde qui nous entoure. L’envie de voyager à donc des origines qui peuvent être assez profondes et être due aussi à des facteurs de motivations extérieurs comme le plaisir de voir des architectures différentes.

 

1. Des voyages « initiatiques » :

Les voyages permettent donc de se poser des questions sur soi-même, sur ses envies, ses rêves, ses idéaux. Ensuite il faut, tant que cela est possible, les réaliser dans la vie réelle.

 

1.1. Introspection – Rétrospection :

Est-ce vraiment utile de s’attarder à savoir pourquoi on cherche à écrire un livre ? Et est-ce utile ? Dans une société dite moderne où toutes les informations sont virtuelles, rapides et innombrables. De plus, faire un livre ne relève-t-il pas d’un simple ego ? N’est-ce pas trop prétentieux ?

 

Ces voyages méritent-ils l’écriture d’un livre ? Sans doute non. Alors pourquoi prendre beaucoup de temps pour en faire un ? N’y a-t-il rien d’autres de plus intéressant une fois rentré de voyages par exemple la sculpture, le dessin, la musique, la peinture, le travail du verre ou encore d’autres activités « sportives » comme la natation, l’escalade, la spéléologie et tant d’autres choses dont les moindres la lecture, apprendre d’autres langues…

 

Faire un livre c’est tout d’abord y consacrer beaucoup de temps. C’est aussi une sorte d’aboutissement, le point final d’une première étape dans les voyages qui ne cesseront, je l’espère, sauf maladie ou autres événement impératif… C’est donc tout d’abord dans un but purement égoïste que je fais ce livre, c’est comme un recueil de souvenirs résumés et compactés que je pourrais regarder dans 50 ans peut-être. Enfin, peut-être cela pourrait aussi intéresser quelqu’un une fois que je serais mort ? J’aurais bien voulu qu’un de mes arrière grand-père, cuisinier à Paris et pendant un temps avant la « grande guerre » en Argentine, eu laissé comme trace un livre de recettes ou de ses petits voyages. Ou encore un grand oncle enseignant qui a voyagé en Palestine et à Jérusalem ou cet autre arrière grand-père qui a fait la « grande guerre » et toutes ses batailles principales en France (la Marne, la Somme, Verdun, le Chemin des Dames), qu’a-t-il fait de si héroïque pour avoir toutes ses médailles et cette légion d’honneur ? Ses actes auraient-ils encore un sens aujourd’hui ? La mentalité de l’époque n’était-elle pas complètement différente de celle de la société d’aujourd’hui ? Bref, j’aurais bien voulu connaître un peu de ces lointains ancêtres. Comme aussi récupérer la correspondance amoureuse entre une grande tante vivant dans le nord et un grand oncle gendarme et vivant dans le sud-ouest de la France pendant l’occupation allemande, lettres d’amour qui ont été écrites pendant quatre longues années avant de pouvoir se marier ! Etonnant souvenir que dans ces lettres, à cette époque, ces amoureux se vouvoyer. Est-ce que beaucoup de personnes seraient encore capables de ça aujourd’hui ?

 

C’est donc une grande part d’incertitudes. Mais une fois ce livre fini ce sera sans doute une satisfaction de pouvoir toucher avec les mains ses pages et les tourner comme on tourne des pages en apercevant un horizon après chaque col ou colline grimpée ou après la traversée de villes, campagnes… L’impression d’avancer vers quelque chose de concret et de ne pas seulement mettre sur internet des photos ou des textes intouchables dès qu’on éteint l’ordinateur. Cela prend aussi trop de temps et est-ce vraiment utile ? Est-ce que je le referais pour les autres voyages ou est-ce que je préférerais plutôt faire une des activités décrites ci-dessus ? Une chose est sûr on ne s’ennui pas. Mais oui sans doute la prochaine fois je ne ferais qu’un livre puis d’autres choses moins virtuelles et qui ne nécessitent pas d’ordinateur ou bien il faudra consacrer exclusivement trois mois à cette tâche au retour pour en être ensuite absolument « débarrasser », on verra…

 

Ce livre a aussi un but évident d’espérer « auto-financer » les voyages étant donné que je n’ai pas le temps de rechercher des sponsors ou autres partenaires, non pas que je ne le veux pas mais de par mon caractère plutôt réservé a priori, j’ai du mal à franchir le pas de sociétés commerciales ou de demander quoi que ce soit, ce qui se ressent aussi à l’étranger puisque je ne demande jamais pour être invité ou hébergé et que je ne recherche pas les rencontres, d’abord et à tout prix je recherche à me débrouiller seul. Mais bon, j’essaye de plus en plus de profiter et de faire des rencontres un peu plus poussées même si malheureusement et c’est autre chose qui me frêne cela reste « superficielle » car sans doute on ne se reverra plus même s’il peut y avoir des « coups de foudre » et de très bons souvenirs ! L’édition d’un livre pourrait donc permettre en finançant les voyages de montrer que je suis sorti de l’adolescence, car bien souvent on me reproche de vivre en dehors de la réalité dans le rêve et que parfois il faudrait se réveiller, travailler tout le temps, ne prendre que deux semaines de vacances, cotiser pour la retraite chaque trimestre, se marier et avoir des enfants... Oui mais bon en entendant ça on peut craindre de se réveiller à 60 ans divorcé ou avoir une maladie grave ou être au chômage… Bref la réalité ne me fait pas rêver alors autant vivre ses rêves et « en profiter » ?

 

Ne pas avoir de sponsors… permet aussi de conserver une indépendance, il n’y a pas de compte à rendre à quiconque ni d’endroits à aller voir pour prendre des photos pour tel ou tel partenaire ou d’exposé à faire à tel ou tel en rentrant en France… Il y a moins de « pression » sans doute et plus de liberté d’action en voyage en restant libre de ses mouvements, de téléphoner ou écrire à quiconque et aux dates où ça peut se faire…

 

Ecrire un livre c’est aussi un moyen pour exprimer des idées notamment « politiques ». Les voyages sont une très bonne occasion d’observer, d’ « analyser » et de tirer des conclusions sur le comportement humain et la vie en société avec ses conséquences sur son environnement, la nature… De se poser des questions comme savoir si l’humanité tend à aller vers un cosmopolitisme ou à rester dans une cohabitation voir une confrontation d’antagonismes quels qu’ils soient (culturels, religieux, politiques…) ? Est-ce que l’on peut considérer qu’il y a des attitudes et/ou des normes « universelles » ? Peut-on espérer voir des domaines de compétences relatifs à la santé, l’environnement, la recherche… être transférés au niveau d’une instance internationale ? Avoir une défense commune, une armée internationale, une recherche spatiale commune, un programme d’aménagement du territoire et de protection de l’environnement commun et convergent… tout en tenant compte des spécificités régionales et des diversités culturelles bien sûr. Ou est-ce que les intérêts individuels des gouvernants et des Etats sont plus forts que ceux des peuples et des espèces animales ou végétales ? L’Homme est-il capable de se surpasser, de dépasser ses instincts ?

 

Ca fait déjà bien longtemps que j’ai imaginé qu’un jour il pourrait avoir une « Constitution internationale » déjà à l’âge de 16 ans. Peut-être devrait-on interdire aux adultes de voter (ils sont trop conscients de leurs intérêts propres et subjectifs) et de n’autoriser que le vote des enfants et adolescents pour que leurs rêves deviennent réalités et non pas qu’ils soient jugés uniquement par les adultes conditionnés socialement ?

 

Enfin. Les voyages sont à mon avis une très bonne occasion de réfléchir à ces questions. Sans doute tout cela a déjà été fait et chacun peut avoir un avis différent comme chaque voyageur a sa propre impression sur un pays qu’il va traverser, chacun a sa façon de voir les choses bien sûr mais j’ai du mal à comprendre pourquoi certains n’admettent pas le réchauffement climatique. Sans doute ces gens ne sont pas assez sortis de leurs bureaux pour voir ce qui se passe sur le terrain, les terrains ! C’est sûr, circuler en voiture climatisée, avoir des locaux climatisés empêchent un jugement objectif pourtant l’évidence est là, pas besoin de climatisation s’il n’y a pas de réchauffement climatique ! Ensuite, dire que le progrès peut tout arranger… C’est pourtant une évidence de constater que la qualité de l’eau s’est notablement dégradée depuis 60 ans et l’utilisation intempestive de pesticides… Peut-être vit-on dans une société malade d’elle-même, sur-consommatrice de médicaments et de toute sorte de produits alimentaires plastifiés, trop sédentarisée… Il faut un peu voyager et sortir des bureaux et villes pour constater que les ressources naturelles sont surexploitées entraînant tout type de pollution. Il n’est pas nécessaire d’avoir fait l’ENA pour comprendre que ça pose un problème psychologique aux populations des Etats dits occidentaux de penser que la voiture et la télé ne sont pas des jouets essentiels à l’existence humaine pourtant ça ne leur vient que trop rarement à l’esprit ! Comment faisaient-ils il y a 70 ans ? Etaient-ils plus malheureux et y avait-il plus de suicides des jeunes ? Plus de délinquance ? Peut-être certains progrès ne sont pas essentiels tout simplement et que la société de consommation n’est pas le bon modèle.

 

Le réchauffement climatique n’est pas si important en fait, d’autres espèces prendront la place, l’Homme n’a pas toujours été là et la Terre peut s’en passer. L’important c’est de savoir ce que l’on fait de la Terre, de savoir ce que les Hommes font de leur environnement, de savoir où ils vont, pourquoi et d’où ils viennent. Ce sont des questions primaires auxquelles ils n’ont plus le temps de réfléchir, trop préoccupés de leurs soucis illusoires qui s’autoalimentent, il leur en faut toujours plus mais où est l’essentiel ?

Oui, je suis d’un naturel pessimiste depuis que la société des adultes et eux-mêmes m’ont déçu et ça continu. Mais c’est un  pessimisme pour donner une bonne raison de se motiver et de savoir qu’un jour l’évidence fera que les Hommes apprendront de nouveau à croire que les rêves peuvent se réaliser : aller sur Mars…, créer une organisation internationale au-dessus des intérêts étatiques, créer des liens d’amitié entre les Hommes eux-mêmes et avec les espèces environnantes… Est-ce trop difficile ?

 

Pourquoi des humains ricanent quand on pense que c’est possible de vivre dans une société sans voitures ? Les Hommes l’ont fait pendant des millénaires ce qui n’a pas empêché les relations commerciales : civilisations romaine, perse, inca… Les Hommes ont-ils oublié ce qu’est le courage ? Pourquoi penser que c’est impossible de se passer de plastique ? On l’a fait là encore pendant des millénaires avec des villes de pierres et non de bétons. Pourquoi avoir le fou rire quand on pense qu’il serait temps d’aller sur Mars ? L’Homme n’a cessé de voyager et n’a pas toujours été uniquement installé confortablement devant son téléviseur sur un canapé.

 

Parfois on me demande pourquoi je voyage, je réponds souvent que je n’en sais rien, c’est juste parce que j’aime ça, voyager, aller dans des territoires encore jamais vus de mes propres yeux. Parfois on m’a dit que c’était égoïste, peut-être est-ce vrai en partie mais n’est-ce pas aussi égoïste de se marier, avoir une maison et la vie « tranquille » et puis après un voyage ceux qui le désirent peuvent partager photos et histoires…

Pourquoi partir ? Sans doute n’y a-t-il pas de réponse. J’aimais la géographie et l’histoire, c’est tout. Comme certains aiment la musique, la peinture, le dessin, la menuiserie… Ca a toujours été comme ça, surtout depuis l’âge de 11-12 ans, dessiner des cartes, voir les paysages, bouger (encore plus par ses propres moyens), je me prenais déjà à rêver de contrées plus ou moins lointaines en scrutant les cartes. Ainsi c’était instinctif de demander à cet âge mon premier « vrai vélo » au père Noël pour pouvoir aller voir ces dolmens, grottes, menhirs, châteaux, ces vallées encaissées. A cet âge on ne pense pas qu’à avoir une belle voiture.

Et puis chaque société a ses règles inconscientes, celles-ci diffèrent selon l’époque et le lieu où on habite, pourquoi s’enfermer dans ses règles et ses modes de vie ? Finalement le voyage, l’envie de s’en aller dans d’autres contrées font aussi partie intégrante de la nature humaine, peut-être plus chez certains, pour d’autre ce sera la passion de la musique ou de la peinture ou d’autres choses. Malheureusement tous ne peuvent réaliser leur passion quand il y en a une, il faut aussi une part de chance, né africain cela aurait sans aucun doute été plus compliqué. Bien sûr certains voyageurs disent que c’est pour le sentiment de liberté mais c’est en fait une « fausse liberté » ; de bien-être mais là encore ceci est purement chimique, avec l’effort, le corps secrète de l’endomorphine, drogue endogène pour diminuer la sensation de douleur (due à l’effort) ce qui donne ce sentiment de bien-être. Alors la rencontre des autres ? Oui aussi, pourquoi pas, mais on peut rester chez soi et regarder chez ses voisins, qui à Paris peut se vanter de connaître le mode de vie de ses 10 millions d’habitants et d’en apprécier toutes les facettes ? En fait l’envie de voyage fait tout simplement partie de la nature humaine, certains y sont peut-être plus disposés que d’autres ?

 

Maintenant, le vélo est un excellent moyen pour aller à un bon petit rythme sur les routes, ça ne va ni trop lentement ni trop vite, on peut s’arrêter où l’on veut sur les bords de route, prendre des photos, se poser et prendre un petit ravito… et on est surtout en contact direct avec son environnent : pas de carreaux. On sent l’air, le vent, la chaleur, la pluie, la neige, le sable… ; on entend toute sorte de bruits, le chant des oiseaux si varié parfois, les gens nous parlent plus facilement, le bruit des feuilles des arbres, des rivières, des animaux se mouvant dans les bois proches… C’est un régal pour les sens. Il n’y a pas de barrières. C’est aussi une bonne occasion pour sauvegarder un système nomade en assez bonne santé : le souffle et le cœur.  Cependant, 100 ans en arrière, ces voyages auraient pu se faire à cheval avec un réel plaisir ! Malheureusement il n’y a plus de relais pour les soigner et il n’y a plus un maréchal-ferrant dans chaque village, les voitures roulent trop vite et les routes sont encombrées parfois de camions, d’autres fois il n’y a que les autoroutes, enfin la propriété privée et ses nombreuses clôtures empêchent de passer facilement dans les terrains (alors qu’on peut porter le vélo et passer au-dessus de grande « barrières » ou de grillages de plus d’un mètre…, marcher et reprendre la route plus loin, ou dormir tranquillement à l’orée d’un bois…). Beaucoup de sources, fontaines et ruisseaux sont pollués aussi, c’est déjà assez difficile pour un humain de trouver de l’eau potable en dehors des bouteilles (en plastique tout de même) alors pour des chevaux.

 

Partager les voyages avec quelqu’un ou plusieurs personnes seraient vraiment bien, longtemps j’aurais voulu faire ça avec mes cousins et mes frères et aussi d’autres bons amis mais force est de constater que même si beaucoup souhaitent voyager ou ont d’autres passions peu ont la « force » de les vivre, et finalement la société finit son travail en installant tout le monde confortablement, du moins le croit-on. Trouver l’unique, comme disait une amie, oui ce serait très bien là aussi mais je n’ai encore rencontré aucune personne du sexe opposée qui aime voyager comme je le fais : soit c’est en voiture ou 4x4, ou sinon à pieds et que pour deux ou trois semaines…, bref ça semble introuvable. Alors changer sa façon de voyager pour partager ? Qu’est que ça veut dire si ce n’est abandonner ses rêves pour partager ceux de quelqu’un d’autres qui peut-être ne le souhaite même pas et dira 5 ans plus tard « bon maintenant on arrête ?! ». Arrg, partager, cesser de vouloir réaliser ses rêves, faire des compromis, s’oublier et penser à quelqu’un d’autre qui vous quittera dans 7 ou 10 ans pour aller avec quelqu’un d’autre ? Non merci. Même si je serais heureux d’avoir des enfants mais comment voyager avec eux en cas de divorce ? Je n’aurais jamais la garde et c’est impossible de faire une semaine chez l’un puis une semaine chez l’autre quand on s’en va pendant plusieurs mois ! Alors je n’aurais pas la garde et resterais un mauvais père dans leurs souvenirs. Non merci encore. Et se réveiller seul après une séparation et se dire que dix années ont été perdues, qu’elles auraient pu être consacrées aux voyages… Non merci définitivement ; ce n’est pas à 50 ans que je pourrais peut-être dormir sous les étoiles et le temps passe vite, qui sait quelle maladie ou accident pourrait arriver d’ailleurs. Non, l’unique n’existe sans doute pas et le partage n’est pas synonyme de se sacrifier pour quelqu’un qui s’en ira comme dans tant d’autres cas pour aller voir ailleurs (société de consommation encore et une certaine forme de polygamie, à l’occidentale). On n’est plus en 1914 où les épouses prenaient gardes et attendaient leurs maris, ce temps là est révolu.

 

1.2. Du rêve à la réalité, enfin du concret

Après les examens de kiné et un peu de repos pendant l’été 2005, c’est aussi l’attente pour faire un master recherche en droit dans l’idée de faire ensuite un doctorat et une thèse sur l’idée d’une Constitution internationale et de son contenu. Quel pourrait être le système constitutionnel, les règles fondamentales régissant une organisation internationale, les rapports entre cette organisation et les « Etats », comment pourrait fonctionner le Parlement international, l’exécutif,… ? Quels domaines devraient être de compétences internationales et ceux de compétences régionales ou nationales ? Comment se ferait le vote ? Comment préserver les diversités ?

Bref, faire un tour du monde permettrait conjointement d’approfondir cette question et d’avoir un aspect pratique, ne pas faire ça d’un simple bureau (même si je n’en ai toujours pas, préférant rester au sol pour écrire, lire… question d’habitude).

 

Initialement le tour du monde était prévu en vélo avec peut-être des parties en kayak et pour quatre années avec peut-être trois années supplémentaires. Après il était prévu de ne plus faire de randonnées, rien de spécial, c’était tout. Finalement après un petit tour en Europe pour s’échauffer, je partis comme prévu vers l’Afrique mais ce fut un choc et une délivrance à la fois. Il y avait beaucoup de demandes d’argent, de préjugés et j’en ai eu vite assez même si de retour à Paris je regrettais d’être revenu si vite et l’année suivante je fis de nouveau un périple en Afrique où on s’habitue plus facilement la deuxième fois. Avec le recul il y eu de bons moments mais l’argent semblait encore être la préoccupation principale des Hommes et je préférais donc prendre aussi du temps pour rester plus tranquille en France, revoir la famille et profiter autrement de la vie, ne pas partir aussi longtemps.

Mais peut-être là aussi est-ce une question d’habitude car après ces petits vagabondages en vélo (trois fois deux mois et trois fois quatre mois, dont les deux derniers voyages avec seulement trois semaines d’arrêt en France près de chez mes parents tout en travaillant, soit presque 8 mois en fait). Peut-être en partant à plusieurs il y a plus de motivation aussi et on ne renonce pas si facilement, peut-être est-ce aussi du au vécu de chacun. Maintenant je me sens capable de partir pour 18 mois pour le prochain trip prévu en 2011-2012 sans problèmes à moins d’un décès dans la famille ou d’un grave accident.

L’idée est donc maintenant d’alterner une période pour travailler de deux ans et une période pour voyager de deux ans également, en gros…

 

Par contre, l’idée de faire une thèse sur une Constitution internationale est en stand bye, peut-être elle aura lieu dans les règles, peut-être restera-t-elle informelle ? Le temps des études est peut-être écoulé et ce n’est pas forcément nécessaire pour exprimer ses idées. On verra car « traîner » dans les bibliothèques universitaires est aussi utile pour être à jour dans les ouvrages... mais bon ça ne se fera pas tout de suite, il y a encore beaucoup trop de choses à voir.

 

C’est donc après presque deux années à travailler à Bordeaux afin d’économiser (logement de 20 m2, pas de voitures, environ 70 km de vélo chaque jour pour aller au travail…) et de passer le master recherche en sciences politiques que je commence réellement à prendre le large. J’avais d’abord prévu un petit tour en France mais en traçant le parcours sur l’atlas je commence à me dire « tiens, ce serais bien de passer en Suisse, ce n’est pas si loin » puis « ah et Munich, c’est seulement un peu plus loin mais pas tant que ça, ah et Vienne, Prague… » et voilà comment se fit le tracé du petit tour au Cœur de l’Europe, presque logiquement, simplement, en passant par les principales capitales des Etats « continentaux » de l’Union européenne (pas besoin de passeport ce qui permettra de le laisser à disposition pendant ce temps chez mes parents pour faire les demandes de visa aux différents consulats à Paris en prévision du tour en Afrique qui suivi).

 

2. Le plaisir architectural :

C’est une des raisons des voyages en vélo ! Ce pourquoi à l’adolescence je voulais un vélo. Pour voir des châteaux, églises, anciens monuments, grottes ou dolmens. Et aussi dans un autre sens de l’architecture pour voir les paysages, arpenter les collines de l’Artois, les campagnes environnantes de l’agglomération de Lens (sans penser à cette époque qu’il serait possible d’aller plus loin même sur les plages de la côte d’Opale). Les paysages sont aussi une forme d’architecture, que ce soit les montagnes, les rivières et les cours d’eau encaissés ou non dans des vallées ou des gorges, les lacs, les forêts de chênes ou de sapins ou que ce soit les pâtures aux formes diverses clôturées par des haies, des murets, des barrières de bois ou de simples fils barbelés ou encore les diverses cultures allant du champ de pomme de terre aux champs de maïs et de tournesols ou de blés (idéal avec du sucre mais attention aux produits chimiques), aux vergers (pommes, poires…), aux vignes ou noyers, aux élevages (vaches, moutons…) ou aux pâtures accueillants des ânes ou chevaux…

Il y a donc deux types de paysages en fin de compte, deux grandes catégories : ceux construits par l’Homme (cultures, monuments) et ceux naturels que l’Homme a délaissé soit parce qu’il ne pouvait en tirer aucun bénéfice (forêts primaires encore intactes par endroits, gorges sans barrages…) soit parce que les obstacles naturels étaient trop importants (déserts dont les ressources naturelles sont inexploitées, glaciers, volcans…).

 

D’un point de vue subjectif, on peut aussi entendre les langues comme faisant parties du « paysage » et former une « architecture ». Aussi en lisant les ingrédients… c’est intéressant d’observer certaines ressemblances et qu’il y a des familles linguistiques : les langues allemande, norvégienne, islandaise, anglaise se ressemblent sauf bien sûr quelques mots d’anglais à cause de la conquête de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, en 1066 de l’Angleterre qui a introduit quelques mots de latins ; les langues latines (français, espagnol, italien, roumain…).

Lors de voyages, c’est aussi possible en scrutant le paysage de découvrir des « anomalies ». Par exemple, en Islande j’avais vraiment l’impression qu’il y avait des habitations troglodytes dans certaines falaises, aussi plus tard des panneaux d’informations disent qu’il y a des cavernes qui ont été creusées dans ces falaises par les Hommes pour servir de fermes… Le métier de chercheur-archéologue doit être intéressant : qui n’a jamais rêvé de trouver une cité perdue ? Je m’entraîne donc et imagine en observant ces falaises le long de la route qu’elle a pu être la vie autrefois…

En regardant les cartes on imagine aussi l’architecture globale et aérienne d’une contrée. En « lisant » la carte de l’Islande, on s’aperçoit qu’il y a vraiment de quoi faire de bonnes randonnées à pieds ou à cheval ou avec un âne ou en VTT. Ce serait bien d’y retourner plus tard ou proposer un financement à quelqu’un qui y ferait un parcours en échange de photos… En fait ces tours en vélo semblent être que des tours d’observation pour voir les bons endroits où il faudrait revenir pour les explorer plus profondément. Comme beaucoup d’endroits aussi aux USA, Canada, Atlas, Highlands d’Ecosse, Sahara…

 

2.1. En Europe :

Surtout dans l’Europe « continentale » (qui comprend aussi les îles de la Grande Bretagne et de l’Irlande), les architectures « historiques » (c'est-à-dire les monuments) sont très nombreuses et variées. Il y a beaucoup de sculptures notamment à l’extérieur ou à l’intérieur des cathédrales : gargouilles, statues, vitraux… C’est donc assez excitant par le côté symbolique que cela peut avoir, un côté un peu mystérieux. On retrouve ça aussi dans certains châteaux, églises, hôtels de ville, beffrois… On trouve aussi des églises colorées en Europe du Nord (Islande, Norvège, Suède) souvent en bois ; des peintures murales sur les maisons ou églises en Europe de l’Est et en Allemagne.

Il y a de très jolis centres historiques dans les grandes ou petites villes en Europe, bien souvent c’est très romantique : le baroque en Allemagne, le classicisme dans certaines villes en France (Nantes, Bordeaux, Lyon) ou en Angleterre… Même s’il y a des voitures… Tout ça ramène aussi au rêve.

L’histoire en Europe est ancienne et il y eu beaucoup de civilisations qui se sont chevauchées, beaucoup de populations et de cultures différentes. Ainsi, par exemple en France, on retrouve de nombreuses particularités régionales avec aussi des spécificités temporelles suivant les époques (Moyen-âge, Renaissance, monuments romains). C’est donc un bon endroit pour admirer les architectures historiques, il y en a presque à chaque coups de pédales (si on prend en compte le petit patrimoine comme les lavoirs, les fontaines).

Pour l’architecture géographique créée par les Hommes c’est tout aussi varié, bien souvent bien sûr ces modifications sont accompagnées de phénomènes polluants ou contraire à la Nature : barrage, centrale nucléaire, déviation et canalisation des rivières, pâtures et élevages intensifs. Cependant, souvent, il y a les marques d’une architecture géographique ancienne créée par l’Homme en communion avec les éléments naturels, parfois celle-ci n’est plus fonctionnelle : murets en pierre sèche, haies pour délimiter les champs, anciens vignobles…

Pour l’architecture géologique, celle que les Hommes n’ont pu ou n’ont pas modifié, elle est très rare en Europe sauf si les contrées ne se prêtaient pas au « développement » industriel ou agricole intensif comme en Islande et en zone Arctique. Malheureusement même les Alpes ont été « contaminées » par le « progrès » caractérisant notre époque contemporaine même s’il reste quelques citadelles naturelles trop rares en Europe « continentale » (les parcs nationaux sont de très petites superficies).

 

2.2. En Afrique :

Le paysage géologique a été moins modifié. Cependant dans certaines régions comme au Niger beaucoup d’arbustes sont coupés ce qui favorise l’avancée du désert, il y a plus de coupes que de plantations.

Avec la tentative d’incursion de la société de consommation on retrouve aussi de plus en plus de déchets aux abords des villes, il n’y a pas de recyclage dans ces pays et beaucoup de produits en plastiques viennent bien sûr de l’Occident. Mais les africains polluent nettement moins que les occidentaux ! Et quand on les voit transporter des piles de bois… sur leurs vélos ou les charrettes tirées par des ânes ou des chevaux alors on peut se demander si les Etats occidentaux ne devraient pas leur verser une somme d’argent pour continuer ce mode de vie, pendant ce temps bien sûr l’Occident prendrait des mesures pour une décroissance.

Les villages et l’architecture « historique » sont souvent très jolis, ce sont beaucoup des « huttes » accrochées sur des pans de collines avec leurs petites clôtures en branchage et leurs petites ruelles autour, ces cases sont faîtes très souvent seulement en terre argileuse séchée au soleil. Certains des villages mériteraient parfois leur inscription au patrimoine mondial au cas où ça disparaitrait avec l’uniformisation et le tout béton… Heureusement les maisons en bétons sont rarement finies ou habitées, peut-être parce qu’elles ne sont pas adaptées au climat et particulièrement à la saison sèche et chaude (sans ventilation-climatisation c’est une horreur de vivre dans des maisons en béton).

 

2.3. En Amériques septentrionales (USA-Canada) et en Australie, Nouvelle Zélande :

On retrouve dans ces contrées des espaces à forte densité humaine où il y a beaucoup de pollution architecturale urbaine (bétons, usines, centrales…) et où les matériaux ne sont pas ceux que l’on retrouve dans l’environnement naturel proche. Le paysage architectural historique est peu important par rapport à l’Europe à cause de l’histoire récente de ces Etats et du manque de savoir faire dans les métiers de la taille de pierre, de la forge… car ceux-ci ne représentent pas d’intérêts particuliers (pas de restauration à accomplir…). Anciennement les amérindiens ou les aborigènes étaient des nomades, construire une maison pour des nomades n’a pas d’intérêts et ils vivaient en communion avec la Nature jusqu’au jour où les émigrés européens arrivèrent pour l’or puis pour avoir des fermes puis maintenant pour les ressources minières (pétrole, gaz, nickel…). C’est pourquoi il n’y a jamais eu de concept de propriété privée chez les populations indigènes. Aujourd’hui ces populations sont marginalisées dans des réserves (on n’ose faire le parallèle avec des réserves animales).

On retrouve aussi dans ces contrées de grands espaces où soufflent encore un vent de liberté et de « bien-être », à faible densité humaine, ce sont en quelques sortes des déserts oubliés de la « civilisation » et des terres souvent arides ou montagneuses où l’agriculture n’est pas possible. Il reste ainsi encore quelques parcelles de forêts primaires en Nouvelle Zélande au sud-ouest de l’île du sud. Le paysage géologique y est donc important (même s’il y a des pollutions dues au traitement des ressources minières parfois) et on retrouve à ces endroits là le plus grand nombre de parcs nationaux ou réserves de biosphère malgré une « pollution » touristique : non pas qu’un voyageur en vélo n’est pas un touriste mais peut-être peut-il y avoir une déculpabilisation grâce au moyen de locomotion moins polluant ? Que ce soit les Rockies ou l’Outback australien, ces terres sont souvent assez préservées de la main de l’Homme et les paysages gardent leur splendeur naturelle même si on trouve des lacs de retenue pour approvisionner en eau potable les grandes villes grâce à des aqueducs et à cause de l’assèchement des terres dues à l’agriculture intensive et au réchauffement climatique (lacs de retenues sur les Alpes australiennes pour alimenter Melbourne, Sydney et Canberra ; en Nouvelle Zélande sur les Alpes du sud pour Christchurch ; à Yosemite sur les Rocheuses pour alimenter San Francisco). L’Europe a beaucoup de lacs, montagnes et sources, le climat reste encore tempéré malgré des étés de plus en plus chauds et il n’y a pas de lacs de retenues spécifiques pour alimenter des villes dans les zones où je suis passé mais on y trouve de très nombreux barrages hydroélectriques.

 

2.4. Quelques exemples :

1) Des paysages naturels (architecture géologique, naturelle) :

- Les arcs en ciel et les nuits étoilées avec ou sans la pleine Lune évidemment.

- La magnifique Icefield Parkway entre Jasper et Banff, peut-être l’endroit le plus joli dans le parcours USA/Canada avec l’aspect bleuté de l’Athabasca river descendant des glaciers entourée des sommets enneigés des Rockies Mountains et des paysages de montagnes sculptées par la Nature. Parfois on a l’impression d’être dans un « berceau de la vie » avec la forêt à flanc de falaises dont descendent des cascades dans Bow river après Sunwapt Pass (à 2055 m). Ces paysages donnent bien sûr envie de voir comment c’est en Altaï ou en Himalaya ou dans les régions polaires. On peut toujours rêver, la Nature a fait des Merveilles en matière de sculptures, c’est monumental !

- Dans la Death Valley en Californie comme dans le Sahara ou encore d’autres déserts, on comprend bien l’utilité de connaître le relief ou les dunes pour se diriger, presque toujours lorsqu’il n’y a pas de routes, il faut suivre les vallées entre des montagnes ou entre des dunes, le but pour s’en sortir consiste à connaître l’endroit, souvent un petit cirque ou un renfoncement dans le relief, pour passer la dune ou le massif montagneux puis on retombe dans une autre vallée qui prend une direction et on continue ainsi son chemin. Par exemple ici dans le Haut Quercy pour aller de Dégagnac à Castelnau-la-Chapelle, si tout était désertique alors il suffirait de suivre les ruisseaux (bien sûr asséchés) du Palazat puis de rejoindre et de descendre celui du Céou. Encore pour aller de Toulouse à Bordeaux, il suffirait simplement de suivre la vallée désertique de la Garonne.

Pour arriver sur la Death Valley depuis Las Vegas jusque Parhump, on passe de 700 m à 1500 m. Alors on arrive sur des hauts plateaux désertiques (il n’y a pas beaucoup de villages, en moyenne un tous les 80 km, parfois il y a 120 ou 150 km sans rien). Les paysages sont très jolies et on se croirait sur la Lune, c’est bizarre. Avant la formation des Rocheuses, il y avait la mer ici d’où la présence de sels dans ces régions (comme dans les Andes), c’est étrange toutes ces vallées désertiques entourées de montagnes arides.

- Le Grand Canyon du Colorado. J’y arrive en suivant plus ou moins les gorges du Little Colorado puis en traversant une forêt (on y passe à plus de 2000 m d’altitude mais il ne vaut mieux pas que ça brûle car ça mettrait sans aucun doute des années à repousser), puis encore une partie avec les hauts plateaux arides puis de nouveaux la forêt sur environ 70 km tout en longeant plus ou moins le Grand Canyon du Colorado (sur seulement 70 km alors qu’il est long d’environ 450 km, c’est immense). La profondeur du Grand Canyon est de 1000 ,m, on y trouve donc, suivant l’altitude, 5 des 7 climats principaux dans le monde (subarctique, tropical, continental, désertique) avec une roche très friable. On se trouve encore assez loin de la mer (le Colorado se jette dans le Pacifique, au Mexique).

 

2) De l’architecture « historique » :

- La Pueblo de Taos aux USA (Nouveau Mexique) est un site inscrit à l’UNESCO donc payant et malheureusement c’est très commercial autour notamment dans le « nouveau Taos » situé en dehors de la réserve indienne. Ce site ressemble fort aux maisons et villages du Maroc ou du Sahel. La construction est en terre, le terrain est aussi en terre et au milieu coule une rivière. C’est très joli bien sûr. Beaucoup de villages africains pourraient aussi être classés à l’UNESCO ou au moins avoir un programme de sauvegarde et de rénovation des constructions en terres.

- Les villes américaines traversées ainsi que les villages de campagnes sont assez tristes aux USA, on dirait que tout est fait seulement pour être temporaire comme si les américains vivaient toujours dans l’idée que demain ils allaient tout quitter pour s’en aller vivre loin, ça n’a rien à voir avec l’esprit européen d’embellir les villes ou les villages et leurs maisons. Peut-être la différence vient du fait que les américains n’ont pas réellement une « histoire » et des éléments architecturaux aussi riches et anciens qu’en Europe et donc ils n’auraient pas la même culture de conservation des choses et du patrimoine, ça paraîtrait alors normal pour eux de considérer des biens culturels comme de simples biens marchands. Les centres historiques ne sont pas très jolis par rapport aux villes européennes ; même en Afrique, si les centres villes ou les villages étaient restaurés, ils seraient sans aucun doute plus jolis. Ici toutes les villes américaines se ressemblent souvent (buildings, routes un peu chaotiques…) de même pour les maisons en campagne souvent faites en bois (en France par exemple, chaque région a par son histoire une identité propre qui se reflète aussi dans les matériaux utilisés pour la construction : couleur de la pierre, brique, pan de bois et colombages, art des églises « typiques » selon les régions).

 

3) De l’architecture géographique (humaine) :

- L’entrée dans une agglomération jusqu’au cœur des grandes métropoles (Paris, New York, Barcelone, Montréal, Memphis, Vancouver, Calgary, Milwaukee, Toronto, Hambourg, Munich, Dakar, Londres, Berlin, et bien d’autres grosses villes) pour notamment aller « jeter un œil » sur les principaux monuments « historiques » ressemble bien souvent à aller au cœur d’un monstre, parfois énorme. C’est une drôle d’impression, celle d’entrer dans une tentacule, telle une pieuvre. Souvent il faut prendre des voies expresses, jongler entre les voitures, faire la balance entre les citadins surexcités sortant du travail, une drôle d’impression encore d’être comme une boule de billard dans une partie de fou. Souvent on est bien content d’en être sorti (en un seul morceau) et parfois on se demande aussi si ça en valait vraiment la peine même si parfois on a découvert de belles merveilles d’architectures et une ville plaisante, pleine de romantisme : Berne, Vienne, Prague, Cracovie, Tallinn, Vilnius, Amsterdam, Brème, San Francisco, Victoria, Québec ou encore Las Vegas pour son aspect unique de parc d’attraction pour adultes.

 

Ainsi ces petits plaisirs et ces observations de tous les jours sont possibles dans ce mode de vie plutôt nomade et cela conduit à voir la société d’une autre manière et à l’utiliser, en quelque sorte, à son profit dans un autre but que celui d’origine normalement c'est-à-dire la sédentarité, l’achat d’une maison et la consommation de toute sorte de biens. La société est donc appréhendée différemment.


 

Section 2 : Une autre manière d’appréhender la vie en société :

 

Le fait de voyager conduit à se poser des questions, sur soi,  sur la société bien sûr dans laquelle on vit, comment on aimerait qu’elle soit en sachant bien qu’il y a des différences dans le temps et l’espace. Le fait de voyager implique aussi l’adoption d’un autre mode de vie, temporairement, le temps de ces voyages, on prend aussi d’autres habitudes et d’autres « routines ».

 

1. Travail, études, retraites. Quelle société pour vivre ensemble ?

Est-ce que chacun est libre de réaliser ses rêves dans nos sociétés ? Quelles sont les choix possibles ? Et y a-t-il plus de liberté dans le fait de réaliser ses rêves et ses choix ? La société actuelle n’est-elle pas trop consumériste et n’y a-t-il pas trop de réglementations ?

 

1.1. La société ?

A quoi peuvent bien servir les études, le travail et la société ? Est-ce que les Hommes sont égaux partout, dans le monde et en France pour choisir ce que l’on souhaite vivre, dans ses projets… ?

La société nous conditionne-t-elle trop ? Et utilisons nous notre argent pour des choses inutiles ?

1) De la réalisation des rêves :

C’est souvent que j’entends les gens dire qu’ils attendent la retraite pour pouvoir réaliser leurs rêves. Il y a eu de nombreux exemples.

- Sur la transgaspésienne, au Canada, je croise deux cyclistes très sympas qui étaient en randonnée (Valérie et Roger) qui souhaiteraient faire une transcanadienne mais ils ne seront en retraite que dans 7ans, aussi il faut deux mois pour la faire et ils ne peuvent prendre plus de trois semaines de vacances à la suite. Je repense donc à Sky croisée avant Calgary qui est entrain de faire sa transcanadienne, son rêve. Et que peut-il arriver avant la retraite ? Bien sûr il y a les prêts pour la maison et voiture, les cotisations maladie, chômage, retraite (tout cela n’existe même pas dans la plupart des pays). Et que restera-t-il, comme en France dans 40 ans, quand il y aura normalement un retraité pour un actif ? Les retraites n’augmentent déjà presque plus, beaucoup ont à peine le RMI, autant ne pas y penser et vivre au jour le jour. De plus qu’est-ce qui dis qu’on vivra jusque 100 ans ? Autant vivre au mieux sa passion (quand on en a une) et ne pas avoir peur du futur ou de la mort, on a qu’une vie.

En France, dans le pays cathare, je rencontre Cédric en vélo, préparateur physique à Carcassonne, il a fait le tour de la Corse en kayak et a traversé les Amériques de Québec à Calgary puis jusqu’à Ushuaia, pendant un an et demi. Il paraît qu’il y a un col dans les Andes avec 4.000 m de dénivelés positifs qu’il avait monté en trois jours. Mais avec son travail, pour conserver sa clientèle, il ne pense repartir que dans une dizaine d’années pour descendre un fleuve en kayak en Afrique ou faire du ski de fond dans les montagnes… Pour le moment, sa copine l’attends dans leur camionnette aménagée pour faire des voyages mais elles ne fait pas de vélo…

- Avant Le Mans, je croise aussi deux cyclistes avec qui je roule un bon moment, l’un d’eux me dit que ce serait son rêve de faire des voyages en vélo mais, comme il a sa boîte, il ne peut prendre le temps comme il veut pour faire ce qu’il veut, selon lui.

- Sur la route vers Uluru/Ayers Rock, je rencontre un russe qui vient me parler à propos du trip… pendant environ 10’, lui travaille en génétique à Darwin et est venu voir Uluru pour ses 15 jours de congés, il me demande si c’est la liberté de voyager comme ça, je dis que lorsqu’on vit en société on est quand même libre, maintenant c’est une autre liberté et j’aime passer de l’une à l’autre, l’important est de faire ce qu’on aime (même rester à la maison si on aime ça), dans les sociétés occidentales c’est possible. Mais il me prend quand même à la fin en photo (encore un animal du zoo ou une démarche sincère peut-être pour garder un souvenir de cette conversation).

 

2) Avoir la chance de pouvoir faire des choix :

En Europe, un soir, je repense, en dormant en ville et en voyant le confort de mes congénères, à quel point on a de la chance en « Occident », la chance d’avoir le choix grâce à la société de consommation que tant de voyageurs critiquent mais c’est le seul système qui fonctionne même s’il est imparfait ! Il procure à l’Homme la possibilité de jouir de ses besoins et envies, en échange il doit travailler ce qui crée un lien social et des obligations morales et de droit. On ne peut et on ne doit pas forcer les gens comme dans les dictatures ou les Etats totalitaires.

Maintenant on m’a déjà dit qu’il valait mieux que les gens vivant en dehors de la « modernité » ne sachent pas ce qui se passe  en Occident où on a le confort mais la grosse majorité des gens veulent exactement la même chose qu’ici (par exemple en Afrique ils veulent des tracteurs, voitures, être mieux payés, la santé, un travail plus que journalier, une retraite, un ordinateur…) car ils savent plus ou moins (pas toujours) ce qui se passe en Occident. Et si en France on ne nous disait pas la vérité alors les gens ne seraient-ils pas dans la rue ? Et le droit à l’information, n’est-ce pas une des choses les plus importantes qui a un lien étroit avec la liberté de la presse et la liberté de choisir surtout. Tout le monde devrait avoir cette liberté. En occident on l’a même si des fois on s’enferme dans des croyances sociétales et ce serait anormal de créer un monde du silence, une cité interdite où les gens « d’en dessous » ne pourrait vivre plus de 50 ans en moyenne, ne pourrait lire et avoir des livres… et je ne comprends pas ces voyageurs qui critiquent la société occidentale alors que par leur nationalité ils peuvent justement voyager partout (un malien ne peut venir en France aussi facilement que nous chez eux) ; et ce voyageur qui aura des soins s’il tombe malade, qui se fait construire une maison (en France et non au Mali bien sûr…). Il faut  qu’il se passe dans les pays « pauvres » la même chose qui se passe grâce à l’UE dans les anciens Etats de l’Europe de l’est, j’en reste persuadé. Autant j’en vois qui sont au restaurant dans un bel hôtel et d’autres dans la rue entrain de picoler ou sdf, mais chacun dans nos sociétés avec les aides qui existent encore peut devenir avocat, médecin ou voyageur…

 

3) Faire le « grand saut » :

Sur la route vers Dakar, fin 2007, après une assez bonne nuit tout de même à Cordes, le moral n’est pas très bon, c’est dur de se dire que l’on quitte tout, peut-être trop dur pour moi de tout quitter, aussi après de nombreuses hésitations en allant sur la route jusque Castres, je tergiverse, puis à Castres je décide de reprendre le train pour rentrer à Toulouse et revenir, déjà. C’est bizarre, je ne trouve plus le moindre intérêt à poursuivre, la tension et l’envie sont à zéro, rien à voir avec le tour en Europe, trop dur peut-être de se dire que l’on part pour 3 ou 4 ans. En fait, maintenant, fin 2008, je crois que c’est une question d’habitude, avec le recul, et sans doute des voyages plus longs, au fur et à mesure, auront lieu, de toute façon maintenant je ne me donne plus de limites dans le temps, c’est pour le plaisir et tant que l’envie est présente. Le soir j’arrive à Toulouse, chez mon frère, où je pensais rester pour quelques jours, avant de revenir à Dégagnac et sans doute de retravailler pendant un ou deux ans avant de reprendre quelques autres voyages peut-être, je suis en plein doute et beaucoup de pensées s’entremêlent, les décisions s’entrecroisent et se contredisent, le temps doit être forcément à la réflexion. Que faire de sa vie ? Abandonner les voyages, reprendre le travail ? Qu’est-ce que je veux ? C’est quoi les rêves alors ? Faut-il les tenter ou juste les rêver ?

Le lendemain, je passe toute la journée à Toulouse avec mon frère, à hésiter, puis finalement le soir je décide de repartir le lendemain et de faire ce tour du monde mais je me jure qu’après les trois ans je m’arrête, reviens et ne bouge plus. Ce qui est totalement stupide quand j’y repense mais à ce moment là ça m’a assez motivé pour reprendre la route, ça a eu son utilité alors, depuis les idées ont évolué et je pense qu’un certain équilibre entre les voyages et la vie en France ou la sédentarisation a été trouvé, que le compromis actuel paraît viable et permet d’avancer. Le principal est, pour ma part, de n’avoir rien à regretter dans ce qui a été fait, une fois surpris ou non par la mort. De faire les choses que l’on aime quand on le peut et d’essayer de ne pas faire d’erreurs ou de rendre les erreurs utiles comme expériences.

 

4) De la décroissance :

Il faudrait un droit du travail différent pour donner plus que trois semaines de congés et favoriser une autre forme de tourisme : partir une semaine, faire beaucoup de voitures… en fin de compte le bilan « pollueur » est fort pour un temps libre « médiocre », peut-on vraiment parler de vacances ? Une semaine ou deux jours de repos, c’est pareil.

Dans les gorges de l’Ardèche, il y a aussi beaucoup de touristes qui se baignent et beaucoup de circulation, beaucoup de français d’autres départements (Paris, NPDC, Picardie…), tous viennent rechercher le Soleil et vont aux mêmes endroits, pour des vacances sans stress et reposantes (ce n’est pas gagné), il y a aussi des belges, des suisses, des néerlandais… Comme disait Jacques Brel : « vaut mieux être suivi que suivant », « Au suivant ». C’est bizarre si ça les ennuis de voir quelqu’un alors pourquoi passent-ils leurs vacances là où il y a plein de touristes, il y a des milliers de kayaks… C’est incroyable les gens vivent tous en ville et créent de véritable villes pendant les vacances et même en vacances les gens restent finalement citadins.

Ne pas avoir de voiture équivaut environ à économiser deux ans de salaires sur dix ans au moins pour quelqu’un qui gagne le smic ! Beaucoup disent que c’est impossible de vivre sans voitures… Ah, et comment faisait-on en France il y a 60 ans ?

 

1.2. Les passions :

Faut-il s’éloigner de la société pour être libre ? Pourquoi dit-on que la société ne nous permet pas d’être libres ? Ne peut-on pas exercer dans celle-ci nos passions ? Sont-elles empêchées par trop de réglementations ?

 

1) Y a-t-il plus de liberté en voyage qu’en vivant en société ?

Ah, question difficile à répondre pour un « débutant ». En fait la réponse est simple : non. Il y a souvent une « surveillance » d’une manière ou d’une autre et le regard des sédentaires, la plupart indifférent, mais certains… De plus il y a toujours la dépendance dans la société consumériste, il faut bien manger et personne ne m’a appris à pêcher ou à chasser. Il faut connaître quelqu’un, ça demande du temps et quand je suis en France, malheureusement, je n’ai que les week-ends de libres et ils sont consacrés souvent au vélo pour la balade.

Mais peut-être dans 10 ans, après les tours en vélo ? Alors ce serait des voyages à pieds et en kayak, plus en solitude « réelle » et en autonomie, dans les montagnes là où il y a peu de densité humaine et moins de pollution. En tout cas, dans certains pays ou régions comme les zones à plus grande densité de sédentaires humains, c’est devenu dur de voyager librement sans qu’on trouve ça étrange !

 

Le Pour :

Sur la route dans le South Dakota, une voiture me rattrape, s’arrête à ma hauteur et on me demande pour me poser des questions, c’est une dame avec ses deux enfants, ils viennent du Colorado et sont partis en voiture pour plusieurs mois jusque Montréal, NYC… Et ils m’ont même vu la veille dans les Badlands, avant la tombée de la nuit. Les deux garçons ont l’air épaté par mon voyage et ils recherchent des réponses à la question « qu’est-ce qui est beau dans la vie ? ». La vie bien sûr, voir les animaux que l’on dit sauvages vivre en liberté, écouter le chant des oiseaux, voir des glaciers, de la forêt, des déserts… Quoi de plus beau que le sentiment (faux) de liberté et de se sentir vivre ?

 

 

 

 

 

Le Contre :

De nombreuses rencontres… montrent que le sentiment de liberté en voyage n’est qu’une illusion, agréable mais fausse.

Exemples :

- En Afrique, dans le Sahel, je fais ce que je peux pour ne pas attirer l’attention et en général ça fonctionne bien, mieux que l’année précédente sur la route du « Paris-Dakar » même si un épicier demande pour que je lui donne de l’argent, je n’y prête pas attention et ne réponds pas. Ici je ne recherche pas le droit à la différence mais le droit à l’indifférence, à la tranquillité, et par conséquent le droit à la liberté de circuler. Même si je reste bien conscient des différences, je ne peux pas être responsable de cette inégalité et pauvreté, les gouvernants n’en font que dans leurs intérêts et les gouvernants africains sont autant coupables que les « occidentaux ».

-  A l’aéroport de Sydney, en attendant l’avion du lendemain après avoir fait la lessive, je vais me poser à 500 m de là près d’une rivière canalisée pour faire sécher mes vêtements sur une route (une impasse) où aboutie la piste cyclable, c’est alors qu’un agent de police arrive en voiture et me dit que c’est étrange, je dis peut-être dans son pays mais pas partout, et il me dit de poursuivre (de continuer mon chemin), je dis que j’ai l’avion demain, il insiste et me dit que c’est une voie publique, je dis que justement parce que c’est une voie publique j’ai le droit de faire ça (comme à Cherbourg où je l’avais fait sur un parking avant de prendre le ferry pour l’Angleterre) et lui demande où c’est écrit le contraire dans la loi, il insiste, je dis que 200 m plus loin sur la piste cyclable il y a des voitures arrêtées et piétons qui regardent les avions atterrirent et je lui demande si c’est pas étrange aussi, il insiste, puis je lui dis que les australiens sont étranges et qu’ils n’aiment pas bien les étrangers, je laisse tomber et je vais devant l’aéroport… pour faire sécher mes affaires ! Encore un flic qui outrepasse ses pouvoirs. Finalement l’Homme s’embête toujours pour peu de chose, la pire espèce, nulle. Le type me dit « purshuse », « go away » d’un air moqueur et arrogant avec le mouvement de la main, voilà qui résume bien pour moi ce que j’ai ressenti en Australie mais ce n’est que mon expérience, un certain racisme et la volonté que l’étranger « go away » et sorte d’Australie. Pourtant l’australien blanc est aussi un immigrant sur ces terres aborigènes et ce serait bien de culpabiliser un peu les enfants européens à l’école pour tout le mal que leurs ancêtres ont fait aux Hommes et à la nature avant qu’ils arrivent pour l’or et pour s’approprier les terres cultivables. Avec le bronzage, même rasé…, je ne ressemble plus à un blanc mais à un arabe, ce qui ne me dérange pas du tout et plusieurs fois dans mes voyages on pensait que je n’étais pas un « européen blanc » ; en France on m’avait déjà demandé si j’avais des ancêtres turcs ou marocains et en Mauritanie ou au Maroc on m’a déjà pris plus d’une fois pour un berbère ; aux USA dans le Tennessee, on m’avait aussi dit que je devais avoir des ascendants noirs. Je comprends mieux ce que peuvent ressentir les français d’origine arabe… avec leur stigmatisation incessante dans les médias…

- Dans le centre des USA, je me fais contrôler un soir vers 2h am par deux policiers. Le lendemain, après 50, 90 et 130 km, je me fais dépasser trois fois par la même voiture de police, et toujours dans le même sens, je pense sérieusement que je suis suivi par ceux d’hier ; ils n’ont rien d’autres à faire, peut-être est-ce pour vérifier mes dires ? Et puis après plus rien. Des amis à SF me disent que c’est possible qu’ils aient voulu voir si je partais bien hors de leur conté et zone de juridiction. C’est possible aussi comme ils m’ont demandé où j’allais et que dans ces zones désertiques, il n’y a qu’une route !

- Dans les villes, comme à Sydney, il y a beaucoup de caméras de surveillance, pourquoi ? En plus elles sont installées en grande partie dans le centre, le quartier des affaires. Qui surveille-t-on ? Le dilemme est là, en tout cas ça ne doit pas être facile de travailler par ici quand on aime « l’anonymat »…

 

 

 

 

 

 

De la difficulté de dormir dehors :

Un casse tête bien souvent, le soir arrivant, de trouver un endroit pour dormir, surtout dans les zones campagnardes d’élevages et de cultures qui sont bien souvent clôturées… Il faut donc parfois attendre, en continuant de rouler, une heure ou plus avant de trouver le bon endroit !

Exemples :

- Tout est très « clean » en Scandinavie, pas un mégot de clopes… Tout est aussi « quadrillé », c'est-à-dire que les champs ou les bois sont clôturés avec des barbelés souvent ou des barrières avec l’inscription « no trepassing » ; bref, la propriété est apparemment plus importante que la liberté de circuler. Pour le moment, en France, il est assez facile en campagne de passer dans un champ ou un bois car ils ne sont pas souvent clôturés sauf s’il y a des vaches ou cochons, pourvu que ça le reste longtemps !

- Dans le PNR des monts d’Ardèche, le camping sauvage est aussi interdit (« sauvage », ça me fait toujours penser au mot liberté comme corollaire, c’est la civilisation qui est sauvage en fait, comme les caméras…).

- Parfois, comme un soir en NZ, je me trouve dans un endroit où dormir dans une forêt est interdit d’accès normalement sous peine d’amende. Je voudrais être un oiseau ! Si j’ai une amende alors il faudra me résigner à demander l’aumône aux fermiers tous les soirs et rester sous surveillance. Alors que je serais heureux qu’un voyageur vienne passer une nuit voir plus à la maison.

- Il y a beaucoup plus de collines, forêts… après Adélaïde mais c’est toujours dur pour trouver un endroit où dormir, c’est clôturé partout ! Et j’ai l’impression d’être prisonnier de la route. Finalement je trouve une forêt où on peut se promener… mais c’est interdit de camper, tant pis, c’est bon pour cette nuit. Et est-ce que c’est vraiment du camping sans tente ? Je n’y comprends rien à leurs règles…

- Un autre soir à Wirrabara, en Australie,  il y a un terrain où on peut camper librement, je m’apprête à y aller juste quand un pick up s’y arrête comme par hasard… Pour aller au terrain de camping, il faut traverser par un petit pont en bois à pieds au-dessus d’un petit creek, j’attends cinq minutes, le pick up s’en va et 5’ après, hop, il a fait le tour et s’est garé sur le terrain de camping. Comme si de rien n’était, il commence à regarder les plaques d’égouts en les enlevant…, comme si les techniciens travaillaient à 18h30 ! Ici, comme aux USA, une partie du Canada, la Suède… c’est marqué sur les panneaux de beaucoup des petits villages « le voisinage rural vous observe », j’ai horreur de ce petit jeu hypocrite et stupide donc je m’en vais pour continuer et 2 km plus loin je m’endors près du creek  où on trouve des buissons en bordure de route. Ici ça redevient dur de trouver un endroit où dormir, ce sont beaucoup de grandes propriétés et il n’y a pas comme en France des petits bois, par-ci par-là, et les fermes sont bien clôturées même quand il n’y a pas d’élevages. Ca redevient donc un peu la galère le soir sauf dans les PN (où le camping sauvage est en théorie interdit) mais c’est rare que les routes les traversent et les PN n’ont pas une grande superficie en Australie.

 

2) Trop de réglementations inutiles :

Exemples :

- Lorsque je pars de Montréal, je passe par le pont Jacques Cartier où la piste cyclable est impraticable (avec un mètre de neige au moins) et où il est normalement interdit de rouler en vélo. Une fois le passage du pont fini, un flic arrive par derrière (ben ouah il y a des caméras de sécurité installées sur le pont) et c’est mon premier contrôle de police sur ce « continent » (il y en aura d’autres), gentiment le flic regarde mon passeport et après vérification me demande où je vais… Il ne me mettra pas d’amende mais il me dit que la prochaine fois il faut prendre le métro ! Comme si j’allais prendre le métro pour commencer ce périple !

- Au sommet des hautes terres de l’île de Cap Breton, au Canada, près de french Lake, un policier me dit de mettre le casque, je lui dis qu’il fait chaud, que je roule doucement et longtemps et que c’est difficilement supportable et qu’il n’y a presque aucune voiture sur cette route. Il dit qu’il comprend mais c’est obligatoire, je remets donc le casque pendant une dizaine de kilomètres puis l’enlève à nouveau. Quel poids ! Avec leur réglementation, j’ai déjà fait sur ce parcours près de 20.000 km sans casque et sans ennuis, et on vient m’embêter maintenant que c’est bientôt la fin.

- Après la traversée de l’Outback, encore, un policier (on en revoit de nouveau en plus grand nombre maintenant qu’on retourne dans la « civilisation ») me dit que le port du casque est obligatoire, pourtant j’avais déjà vu passer quatre fois des policiers après cette traversée de l’Outback australien et personne ne m’avait encore rien demandé, sinon c’est 90$ d’amende, bizarre, car c’est obligatoire depuis Sydney et c’est la première fois qu’on me le dit… et ça fait plus de trois semaines que je ne le mettais plus…

- A l’aéroport de Sydney ça recommence comme en NZ, ils ne savent pas s’il faut mettre en boîte le vélo, je les supplie de se décider et de ne pas me faire aller de stand à stand. J’ai vraiment l’impression qu’on nous prend pour des imbéciles et des jouets. Les compagnies et le personnel sont parfois très « see », et tout dans l’aéroport me rappelle le cortège que l’on fait avec les vaches ou moutons en allant à l’abattoir : lignes à suivre, musique douce pour diminuer le stress lors du passage pour scanner les bagages, barrières où on zigzague dedans pour amener le troupeau…Une autre fois, entre la Norvège et l’Islande (à l’aéroport d’Oslo), la douane me retient pour quelque chose qui ne va pas au scanner dans mon sac, j’y reste au moins 15’ et pourtant je pensais avoir enlevé tout ce qui ne passerait pas, mais avec la fatigue… et en fait ce sont deux clés pour les vis des freins qui ne passent pas ! Elles ne peuvent être transportées alors que je peux garder la fourchette en métal que j’avais aussi oublié d’enlever. C’est vraiment bizarre, heureusement que je ne suis pas ceinture noire de karaté car je serais plus dangereux que le plombier ! Passer les contrôles dans les aéroports est toujours en eux-mêmes un grand moment d’aventure aussi !

 

2. Conseils pratiques et « ma » façon de voyager

Il y a de nombreuses façons de voyager qui peuvent être intéressantes, autrement que par le vélo, comme à pieds, en kayak, en ski, en chiens de traîneau, à cheval ou avec un âne, en chameau. Le vélo est cependant la façon qui semble la plus pratique et la moins « coûteuse », actuellement.

 

1) Du port du casque :

On peut en trouver pour 10-15€ cependant je préfère ne pas en porter. Dans certains Etats (NZ) ou régions (British Columbia, Alberta, Ontario, et autres Etats fédérés d’Australie), le port du casque est obligatoire, dans ce cas, je l’attache le plus souvent à l’arrière du sac à dos. Ce n’est pas ennuyeux de le porter quand il fait froid ou lorsqu’il pleut mais quand il fait chaud ou quand on grimpe une bonne côte de plus de 5 km sous la chaleur alors ça devient très embêtant, la tête tourne et on a vraiment une sensation de lourdeur, c’est pour ça que je l’ai le moins souvent sur la tête, de plus ça fait 15 ans que je fais du vélo toujours sans casque (sauf pour les quelques courses qui ont été faîtes, comme c’est obligatoire) et il n’y a jamais eu de problèmes ; en randonnée, seul, ça doit être rare de tomber, je fais attention dans les grandes descentes et quand je chute (rare) c’est toujours l’épaule ou la hanche qui prennent, sans doute des réflexes dus à quelques années de pratique de judo. De plus porter un casque tous les jours alors que les risques sont rares, pendant environ 10 heures chaque jour, c’est assez « lourd ». Ca n’empêche que si j’avais des petits enfants alors je les obligerais à mettre un casque…, peut-être, jusque leur majorité ?

C’est aussi assez dur bien sûr de rouler avec un casque sous la chaleur avec 35-40°C comme ça arrive assez souvent, sans casque on a une meilleure aération dans les descentes mais aussi surtout dans les montées où la vitesse n’est que de 6-9 km/h dans des cols à 15% par exemple, soit 3h de pédalage pour un col de 25 km ! Il ne s’agit pas d’avoir un accident vasculaire cérébral ou une crise cardiaque.

Ensuite, ne pas porter un casque relève de ma seule responsabilité, il y a une assurance et je ne peux faire de mal à personne. Maintenant, j’ai pu remarquer qu’avec le casque sur la tête ou accroché à l’arrière du sac, les automobilistes sont plus attentifs notamment dans leurs dépassements, soit ça fait plus sérieux (il a fait un effort donc on en fait aussi un pour le dépasser), soit ça rappelle leurs enfants qui mettent aussi un casque (« ah oui, attention, si c’était mon petit »), soit encore ça rappelle dans leur inconscient qu’un cycliste peut facilement être amoché. Cependant quelques « citoyens » prennent un malin plaisir à me klaxonner et à me dire de mettre le casque, parfois, sans aucun doute des gens stressés dans leur bureau par des supérieurs et une fois échappés de leurs labeurs ils ne se gênent pas pour se venger sur les autres qui ne sont pourtant pas responsables de leur mal être sociétal, et à leur faire des remarques. Encore des lâches ?

Pourquoi ne pas obliger aussi les coureurs à pieds à porter un casque, ils vont plus vite que moi quand je grimpe à 10 km/h ? Pourquoi ne pas obliger les enfants à porter un casque aussi puisqu’ils tombent souvent ? Pourquoi ne pas obliger les passagers et conducteurs de véhicules à porter aussi un casque pour éviter les traumatismes crâniens ? On fait vraiment des lois et règlements pour rien dans les Etats « occidentaux ». Mais il faut bien que le Parlement et le gouvernement servent à quelque chose.

 

2) Le dodo :

- C’est arrivé plusieurs fois de dormir plus ou moins près de trucks qui s’arrêtaient pour faire une longue pause ou pour passer la nuit dans leur cabine, ce qui donne l’impression de vivre aussi comme un chauffeur de poids lourds : je roule la journée et me repose dehors, à côté de mon véhicule (le vélo) et les stations essences, dans les endroits désertiques comme le Sahara ou dans des endroits où il n’y a presque rien comme dans l’ouest canadien où il n’y a que de la forêt, sont souvent les seuls endroits où l’on peut trouver un ravito à moins de chasser ou pêcher soi-même, comme devaient le faire les nomades, aventuriers et explorateurs d’autrefois, ça devait leur prendre assez de temps dans leurs voyages pour faire ces tâches qui devait être quotidiennes et vitales).

- Lorsque le ciel est couvert alors la nuit est douce et sans rosée, c’est le contraire si le ciel est étoilé car il n’y a pas de couverture nuageuse pour retenir la chaleur (mais quand c’est couvert il y a bien sûr un risque de pluie). Pour choisir l’endroit où dormir, il est préférable évidemment de s’abriter du vent : derrière une haie, sur le bon versant d’une colline…

- Les nuits pendant les premiers voyages se passèrent sans couvertures puis avec seulement le couvre-sac et maintenant avec une couverture de survie (ou deux quand il pleut). En anglais on les appelle des couvertures de protection thermique, ce qui semble plus exact car c’est un peu exagéré de parler de « survie » dans mon cas, ce n’est pas la fin du monde, au contraire, quelle simplicité et leur poids est vraiment léger pourtant elles assurent une protection maximale !

- C’est toujours mieux quand on dort dans une prairie de rester sous quelques arbres car quand il pleuvine, grâce aux feuilles, ça retient un peu la pluie si elle n’est pas abondante. Mais s’il pleut plus alors il ne faut pas rester dans les bois car là on est vraiment trempé : grosses gouttes et ça dure plus longtemps, le temps que ces gouttes tombent des feuilles, il vaut mieux donc se protéger du vent et rester derrière une haie… comme ça on est moins trempé et ça dure moins longtemps (seulement le temps de la pluie), quand il pleut fort il y a aussi souvent plus de vent donc on sèche plus rapidement que dans les bois ; de même qu’il est préférable de dormir sous les conifères que les feuillus. Le terrain est souvent plus sec et ils absorbent donc plus d’eau alors que sous les feuillus on retrouve assez souvent des feuilles et plus d’humus, mais les feuillus sont plus touffus et retiennent aussi plus la pluie, bref, question de goût.

 

3) En cas de pluie :

- Lorsque je finis la route trempé (pluie, orage) et si le temps est humide encore et assez frais, les affaires ne sécheront pas, aussi, pour ne pas attraper froid ou avoir des ennuis intestinaux, je mets des vêtements secs sous les vêtements mouillés, tactique pour qu’avec la chaleur corporelle et le k-way, le lendemain, les vêtements mouillés soient à peu près secs et les vêtements secs un peu mouillés mais raisonnablement, ça marche pendant deux ou trois jours de pluie consécutive, sans séchages possible (le temps n’est pas assez sec et chaud…) mais si ça dure une semaine alors ça devient plus dure, mais tant qu’on bouge, ça va pour ne pas attraper froid.

- Avant de trouver la bonne solution, c’était régulièrement que des douleurs apparaissaient aux pieds après une bonne journée de pluie et humide ou lorsqu’il y avait du sable et de la chaleur, dans une moindre mesure. Les appuis étaient alors assez douloureux pour pédaler, dans la même journée ou dans les journées suivantes. J’avais essayé les plastiques aux pieds pour les protéger, des pansements parfois… mais rien n’y faisait et quand on me demandait parfois si j’avais mal aux fesses à pédaler comme ça je répondais non mais assez souvent aux pieds ce qui laissait les gens dans l’incompréhension et l’incrédulité même en expliquant. En fait la solution fut trouvée lors du parcours au « Cap Nord », c'est-à-dire assez tardivement dans ses petits vagabondages, avec tout simplement la pose de papiers journaux dans les chaussures ! C’était si simple et c’est si utile et indispensable. Il faut toujours avoir un peu de papier journal quand on voyage !

- Ca devient avec l’habitude un vrai plaisir de rouler sous la pluie, il y a souvent moins de circulation (les gens restent chez eux) et on peut sentir l’eau dégouliner, quel plaisir d’être trempé et plein de boue (sans doute un vieux souvenir de jeux dans les bacs à sable ou sur les plages). Mais il vaut mieux ne pas s’arrêter trop longtemps pour un ravito pour ne pas attraper froid et tomber malade. On peut dans ces cas se « bourrer » de plastiques et de papiers journaux pour se protéger, c’est très efficace et ça recycle automatiquement les « poubelles », plastiques des bonbons et autres emballages de produits alimentaires quand on n’a pas encore trouvé de poubelles pour les jeter.

 

4) Les vêtements :

- Le sac ne pèse que 8,5 kg environ, sans la nourriture et les boissons, c’est donc assez souvent que les gens sont étonnés que je voyage avec si peu d’affaires, il est vrai que j’en n’ai jamais rencontré personne qui voyage aussi léger ! En général les cyclo-voyageurs ont des sacoches (parfois pour un poids total de 40-50 kg) ou, de plus en plus, une remorque. Pour ma part, je préfère pouvoir faire de plus longues distances ce qui est utile dans les zones assez fréquentes et monotones des grands espaces. Ca permet de rejoindre plus aisément peut-être le ravito suivant sinon il faudrait un jour ou deux en plus et donc plus de poids (des cyclistes peuvent transporter 10L d’eau sur une distance où je n’en ai besoin que de deux ou trois…). Dommage que beaucoup de cours d’eau soient pollués ! Je trouve aussi toujours bizarre que les randonneurs à pieds n’est qu’un sac à dos et qu’ils soient plutôt légers alors que les cyclistes ont (tous ceux que j’ai pu croiser) des sacoches. Le sac à dos est aussi résistant, il a une armature en aluminium protégeant ainsi le dos (il est « bombé » à l’arrière du dos ce qui laisse un espace où je peux mettre des vêtements).

- Je pose entre le cuissard et le tee-shirt un bonnet presque systématiquement, ça sert ainsi de tampon et ça évite des problèmes intestinaux de digestion encore, qu’il fasse chaud ou froid, ce qui est un risque avec la sueur ou la pluie et lors de longues sorties de vélo sans pouvoir se changer après l’effort.

- C’est plus utile des chaussures de VTT que des chaussures de vélo de course ! Les cales ne s’usent vraiment pas vite (on peut faire aisément 30.000 à 40.000 km avec une paire de cales) et c’est possible aussi de marcher avec (35 km une fois, sur le routeburn trail en NZ, avec des montées et descentes sur des cailloux…).

 

5) La toilette :

- Durant ces petites rando, il a été possible plusieurs fois de prendre un « petit bain » dans des rivières en montagnes ou dans les lacs des pays « nordiques », en utilisant du savon bien sûr, quand il fait beau les vêtements sèchent rapidement, c’étaient de grands plaisirs, simples pourtant. Lorsque c’est possible (petite rivière, fontaines…), je prends encore plaisir à faire une « toilette africaine », soit le minimum : les pieds, les mains, le visage et les parties… en allant faire… enfin on ne va pas faire un dessin. Autant dire que ça fait des économies d’eau ! Depuis le parcours vers Dakar, je ne prends plus de papier « hygiénique » mais seulement 400 mL d’eau. Quand il ne fait pas trop froid (plus de 10°C), c’est aussi très agréable de laisser ses pieds à l’air, sans chaussettes (c’est préférable d’en avoir en laine plutôt qu’en coton ou en plastique, apparemment ça irrite moins).

Dans le Sahel ou la savane australienne mais aussi les autres soirs, je me brosse systématiquement les dents, à l’eau simple, et toujours pas de caries… C’est vraiment utile quand il y a du sable dans l’air, pour éviter d’en manger et d’avoir une indigestion ensuite (quand on a l’estomac fragile).

 

6) Les cartes :

Sur la route des USA, comme dans d’autres Etats (Royaume-Uni…), il convient de faire attention aux échelles des cartes et de bien vérifier les légendes pour être sûr de savoir si les distances sont exprimées en kilomètres ou en miles ! Un mile équivaut à 1,6 km, il faut donc faire attention, la distance entre deux points de ravito varie assez fortement en cas d’erreur, ce qui peut arriver lorsqu’on utilise des atlas du monde (comme lors du second trip en Amérique du nord où l’échelle en bas de page était en kilomètre alors que les distance sur la carte était en miles).

 

7) Le matériel :

Il faut aussi savoir, ça peut-être utile pour recharger les batteries photos ou des lumières, que les adaptateurs sont différents en Europe des USA /Canada ou encore de l’Australie/NZ (et peut-être encore pour la Chine…).

- Il y a peu de photos quand il pleut ou lorsque le temps est humide pour ne pas abîmer l’appareil (cependant il existe des appareils waterproof aussi). Quand c’est un temps très pluvieux j’enveloppe l’appareil dans une pochette un peu cartonnée puis dans un ou deux plastiques et je le met dans le sac à dos et non sur une poche latérale, le sac à dos est lui-même enveloppé dans un couvre sac plus ou moins étanche, c’est donc tout un système pour prendre une photo ensuite même si avec l’habitude ça va assez vite mais je ne préfère pas trop prendre le risque de le tremper et évite donc de le sortir.

- Il faut faire attention au matériel et en prendre soin mais parfois c’est difficile quand ça vient d’un problème de conception : par exemple la casse régulière et trop fréquente de rayons sur une roue avant neuve. Ca cause quelques ennuis, surtout pour réparer dans des zones désertiques (Sahara occidental). Un bon matériel est donc important, tout autant que les ravitos.

 

8) En Afrique :

- D’un point de vue pratique, dans les Etats d’Afrique par exemple, il est préférable de demander, lorsqu’on retire de l’argent dans une banque, des petites coupures. Au Mali…, un café coûte 150 FCFA, ce serait très difficile de rendre la monnaie avec un billet de 10.000 FCFA, c’est aussi ce qu’ils gagnent en moyenne en 15 jours (soit environ 15€). Je prends aussi l’habitude au cas où, le soir avant de dormir, de mettre dans un sachet ma CB ainsi que les quelques billets que j’ai, l’appareil photo et le carnet « de bord », je le pose ensuite sur une branche d’un arbre ou dans un trou naturel ou dans les broussailles à quelques mètres de là où je dors, je garde juste environ l’équivalent de 50 € dans mon sac à dos.

- Il faut éviter ensuite d’acheter des fruits ou légumes quand il faut les laver (je ne transporte pas assez d’eau pour ça) pour éviter les infections bactériennes. Ainsi je privilégie les cacahuètes, bananes, oranges (qui sont très bonnes dans ces pays, pourtant petites et avec beaucoup de pépins mais qui ont un goût aussi). Quand on achète des aliments ou boissons, en Afrique ou dans des contrées « campagnardes » avec peu d’habitants (l’Outback, le centre des USA), c’est important de regarder les dates de péremption car souvent des produits vendus sont périmés (parfois de plus d’une année).

- Prendre également l’habitude de s’arrêter plusieurs fois dans différentes boutiques pour ne pas tout acheter au même endroit et donc de faire des petits achats par ci par là. C’est rare mais des fois l’épicier essaye de nous rouler. Comme d’habitude, il faut d’abord se mettre d’accord sur le prix avant de sortir la monnaie et même de montrer où elle est. Une fois l’épicier était d’accord pour 850 FCFA puis il changea le prix qui devient à 1.000 quand je sortais le billet de 5.000, je n’étais pas d’accord et finalement le prix est redescendu à 850 FCFA.

- Ne pas demander le prix mais dire « son prix » puis marchander (ça peut être plus ou moins long parfois). Ne jamais montrer son argent avant de payer, ne pas hésiter à dire qu’on n’a pas assez d’argent (il y a toujours moyen de s’arranger), voyager avec un « vieux » vélo ou un vélo « passe-partout » (repeint). Baisser le prix du vélo, dire qu’on nous l’a offert…

- Eviter, sauf grosse envie d’aller voir, les sites touristiques dans les Etats « pauvres » : il y a bien sûr plus de sollicitations dans les zones très touristiques comme chez nous, en France, avec les « marchands du temple ».

- Durant la traversée du Sahel, la nuit, il n’y a toujours pas de moustiques, on en trouve en la saison sèche que dans les villes et les villages, ils n’aiment pas trop la sécheresse apparemment (le froid ou le chaud sec, mais une température de 20°C et de la « moiteur » comme en ville, ça ils adorent), pourtant on me dit de faire attention mais ici, en campagne, il y eu seulement deux nuits avec des moustiques et peut-être seulement deux moustiques à chaque fois, contrairement à Zinder ou Niamey où les moustiques sont bien fréquents Le paludisme vient sûrement du fait que les déchets organiques ou plastiques stagnent dans l’eau des villes et villages, ça doit faire une belle pourriture tout ça et ça doit être pire pendant la saison des pluies et avec la chaleur !

- La perte de poids : à Zinder je me pèse, soit 66 kg, 7 kg de moins qu’au départ (73 kg). En revenant d’Amérique du nord c’était 78 kg (+ 5 kg par rapport au départ de ce parcours aux USA-Canada). Ici en Afrique, il y a de quoi manger mais très peu font du sport (il n’y a pas d’argent pour les loisirs ni les infrastructures), c’est donc difficile de manger beaucoup devant des gens qui ont à peine assez pour manger… et il faut donc se « retenir ». Contrairement à quelqu’un qui voyage en voiture, en vélo on entend tout…

 

9) Moustiques, pies et fourmis :

- En Australie il y a des magpies qui vous « attaquent » en tapant sur les têtes des humains, c’est assez surprenant la première fois notamment dans une descente à 50 km/h. Ces pies doivent sûrement réagir par instinct comme le ferait un chat vis-à-vis d’une souris, elles sont de la taille d’un corbeau et de couleurs blanc et noir.

- Dans certaines contrées, il faut faire attention de bien refermer les bouteilles d’eau… et mettre la nourriture entamée en sachet, voir finir ce qui est commencé pour éviter d’avoir de « mauvaises surprises » le lendemain par une invasion de fourmis !

- Dans les pays « nordiques », centre et nord de la Suède et de la Finlande, nord de l’Allemagne, Pologne, Canada, il y a souvent beaucoup de moustiques et autres insectes grattant… assez ennuyeux bien sûr, l’été, le bonnet et l’écharpe sont donc utiles, cependant l’été étant plus court, « tout s’arrête » à la mi-août (car il recommence à faire froid). De plus, les régions bordées par les mers et les océans sont peu envahies par les moustiques… car ce ne sont pas des lacs. Les moustiques disparaissent aussi quand il fait trop chaud (+ de 30°C) ou trop froid (- de 10°C), de même quand l’air est humide ou quand il y a trop de vent et de la pluie bien sûr. Ils sont surtout là quand on est en mouvement, si on stoppe 30’ ou s’ils voient qu’ils n’arrivent pas à piquer alors ils commencent à partir (mais il y en a toujours beaucoup) ; enfin, ils n’ont pas l’air d’apprécier la fumée de cigarettes.

 

 


2ème partie : L’apport des voyages :

 

Voyager implique forcément de faire des rencontres, qu’on le veuille ou non, surtout en voyageant en vélo, les humains sont alors partout. Voyager seul notamment permet de réfléchir à de nombreuses questions, à tenter de trouver « sa » ou « ses » solutions et met en exergue des problèmes que vivent les gens. Les us et coutumes étant bien différentes selon les régions, il existe une belle disparité de façon de pensées et donc de cultures. Voyager c’est aussi être dans la Nature, comprendre l’importance des enjeux environnementaux et les risques qui pèsent sur la Nature et leur incidence sur l’Homme évidemment qui ne peut s’en défaire sauf à payer un prix élevé quant à son mode de vie. Mais peut-être ce risque pourrait devenir notre vie quotidienne et est déjà présent dans la plupart des pays ! Presque à notre insu ?

Enfin voyager c’est mieux appréhender les enjeux géopolitiques et les interactions entre les différents acteurs (gouvernements, organisations internationales et ONG notamment). Et finalement se rendre compte peut-être que la liberté des Hommes ne pourra être pleinement possible que lorsqu’une Constitution internationale existera tout en préservant les cultures et disparités des différents pays et en les protégeant de l’uniformise et de la « pensée unique ».

Bien sûr chacun a ses expériences de voyages et chaque voyageur par sa culture… est plus ou moins conditionné et arrivera à d’autres « conclusions ».

Section 1 : Des apports «géo et méta- physiques »

 

Voyager c’est d’abord se fondre dans la Nature. Quelle est-elle ? Est-ce Dieu ? Quelles sont ses forces et ses « révélations » sur Terre ? Comment se fait-il alors qu’il y ait autant de croyances et religions dans l’espèce humaine ? Et comment se fait-il que l’Homme prétende être au-dessus du règne animal et végétal ? N’est-ce pas se placer à l’égal de Dieu alors et croire en notre supériorité à la Nature qui ne serait elle-même que le reflet de Dieu, s’il existe ?

Ensuite voyager implique, plus concrètement, d’expérimenter la Nature, c'est-à-dire de voir à quoi elle est confronter, réellement, dans sa chair, aux nombreuses blessures qu’elle subit par les Hommes. Comment établir une bonne protection de celle-ci sur les différents territoires ? Comment cette protection peut-elle perdurer dans le temps ?

Enfin voyager c’est aussi avoir du « temps libre » notamment pendant un long effort sur une longue durée qui permet, dans les grands espaces, de réfléchir sur certaines questions. Quelle a pu être l’évolution humaine ? L’éternelle question de savoir si l’Homme naît bon ou mauvais ?...

 

1. Les « forces de la Nature »

On peut supposer que la Nature se compose de forces et bien sûr il semble qu’il y en ai un certain nombre que l’on pourrait regrouper sous les quatre éléments qui sont l’eau, la terre, le feu et l’air.

La Nature pourrait aussi être la création de Dieu, mais alors pourquoi des religions ? Et quels rapports entre la Nature, Dieu, les religions et les Hommes ?

 

1.1. Les Quatre éléments :

Ah, la Nature. Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça signifie ? Est-ce Dieu ou quelque chose comme ça ? La Nature, peut-être est-ce la réunion de quelques éléments : le feu, l’air, la terre et l’eau ? Cette réunion créant sûrement la chance d’une vie, de la Vie. Questions métaphysiques ou scientifiques, toujours est-il que l’on peut à travers les paysages et la Nature distinguer ces quatre éléments, certains pouvant bien sûr être mélangés les uns aux autres, souvent dans les milieux les plus « reculés » et les moins habités par les humains entre autres.

 

I. L’eau :

Ressource primordiale et excellente, quelle douceur et quel plaisir intense après avoir enduré la torride sensation de la soif. Oui l’eau est un vrai bonheur et chaque gorgée devrait être une histoire précieuse telle une histoire d’amour faîte de simplicité et de complicité. Pourtant que de gaspillages constatés dans ces voyages, que de rivières polluées par les Hommes. Est-ce que l’eau (potable), cette source ultime de la vie, nourricière pour toutes les espèces animales et végétales, sera un jour possédée par les seules multinationales ? Les mêmes groupes polluants les rivières ? Est-ce encore une aliénation camouflée ? Aucun Homme « préhistorique » ne pourrait plus survivre (et vivre) dans notre monde « moderne » où la liberté de se déplacer et de se nourrir existe de moins en moins ou plus du tout.

Bien sûr on retrouve la source minérale dans diverses occasions lors de ces voyages (rivières, cascades, pluie, neige, bruine, brouillard) et c’est toujours un plaisir, maintenant, de la sentir dégouliner sur son corps, tel un cadeau du ciel.

 

II. La terre :

1) La majesté des « Seigneurs de la  haute  montagne » :

C’est souvent dans ces zones d’altitude que l’on retrouve une faible densité de population, les routes sont donc peu fréquentées et les rencontres plus prononcées. Le climat rude parfois est aussi plus agréable, monter, descendre, c’est un vrai plaisir. La météo est aussi plus changeante et les paysages plus surprenant sans doute même si ça dépend encore des goûts de chacun bien sûr.

On peut citer sur ces voyages quelques massifs montagneux qui ont pu être « traversés » : l’Atlas au Maroc (Moyen Atlas, Haut Atlas et Anti-Atlas), les Alpes (en Suisse, en France et en Allemagne), les Carpates occidentales (en Bohême, en Slovaquie), les fyords de Norvège (dans leur partie méridionale), les magnifiques terres d’Iceland, les Mont Appalaches et le Blue Ridge (dans l’est des USA), la Gaspésie (au Québec), les Rockies (les Rocheuses) dans l’ouest des USA et du Canada, la Great Dividing Range en Australie (dont les Alpes australiennes) et les Alpes du sud de la Nouvelle Zélande. Il en reste encore beaucoup à « traverser » en vélo ou à pieds: les Alpes orientales, les fyords septentrionales en Norvège, peut-être l’Oural, l’Himalaya, les Andes et l’Altaï notamment.

 

Exemples :

- A la sortie du PN de Yellowstone, on est à près de 3000 m pourtant il y a un peu de neige. A Yellowstone, c’est des sommets à 2500 m mais ils sont coincés entre d’autres sommets à l’ouest et à l’est plus haut (à 3000 m environ) et au sud par les hauts sommets du PN du Grand Teton, aussi ça doit faire une sorte de cuvette où les nuages restent plus longtemps, stagnent et il neige… beaucoup.

- Dans la même journée, en Oregon, il y a eu les chaleurs sur un terrain aride et semi désertique, la pluie et la neige dans la montée des Hood Mountains puis de la grêle et la pluie froide avec de jolis arcs en ciel en redescendant sur la vallée de la Columbia river en rejoignant la côte pacifique. Cette journée a vraiment été incroyable, les conditions climatiques aux USA n’ont rien de tempérées comme en Europe. Quel temps et quel plaisir !

- Après avoir passé les Coast Range en Californie, je retrouve des collines plus ou moins verdoyantes avec tout un dégradé de vert en passant du jaune au vert clair voir assez foncé suivant l’orientation au soleil et au vent et donc aux zones plus ou moins humides. C’est magnifique et ça fait si longtemps que le vert redevient alors une de mes couleurs préférées !

- Après un ravito et la baisse de la chaleur dans la Death Valley à 17h, je reprends la route, il est temps de sortir de cet enfer et il faut au moins arriver à Panamit Springs situé après une montée dans la vallée suivante. La Death Valley est une « erreur » de la Nature, c’est une vallée désertique située à - 86 m sous le niveau de la mer alors que les sommets alentours sont entre 1500 et 3000 m ! Du jamais vu. Normalement en montagne partout j’ai pu constater que quand les sommets sont à environ 1500 m la vallée est à environ 500-750 m et quand les sommets sont à 3000 m alors la vallée est à environ 1500-2000 m d’altitude. Ici la vallée est à - 86 m ! C’est un ancien lac salé qui est resté enfermé et s’est asséché lorsque la mer s’est retirée progressivement lors de la formation des Rocheuses (j’en rencontrerais d’autres, plus tard, en remontant par le nord de la Californie et l’Oregon).

 

2) Le calme des déserts ?

Plusieurs régions désertiques ont pu être traversées : le Sahara, la savane sahélienne, la savane australienne, les déserts de Californie (Death Valley). Ces étendues sont souvent un moment fortement attendu par la magie qu’elle réveille, quelle sensation d’être seul au monde, d’avoir une horizon infinie. Il ya donc une certaine exaltation lorsqu’on traverse, en vélo ou par tout autre moyen ces parties du monde !

 

Exemples :

- Après Valley Village, la route est reprise au cœur de la Death Valley en Californie et de son parc national (qui englobe deux autres vallées désertes adjacentes) mais seulement pendant 40 km, l’air est lourd, il fait chaud, le vent est un peu plus fort et de côté ce qui est gênant. Par chance, le petit village d’après possède un magasin, j’en profite pour m’y reposer, acheter à boire car sur 40 km j’ai déjà bu 2L sur les 4L en réserve. Je décide donc d’attendre 17h pour repartir, je me pose à l’arrière de la boutique pour normalement être protégé du vent mais celui-ci se lève encore et ça tournoie dans tous les sens, nulle part on est à l’abri, la sensation de soif est toujours grande, bonnet et écharpe sont de rigueur, je comprends mieux l’enfer qu’ont du vivre les expéditionnaires disparus à jamais, morts dans la recherche d’une route à travers ce désert au XIXè s. Une tempête de sable vient de se mettre en route, une heure après être arrivé dans ce petit village avant le village de Panamit Springs. J’attends patiemment et récupère des forces, je discute aussi avec deux touristes polonais qui sont heureux quand je leur dis que c’est bien que la Pologne soit membre de l’UE, ils aiment l’Europe tout autant que moi !

- Sur la route pour rejoindre Hoover Dam, sur le Colorado, je me retrouve avec un bon vent de face, de plus la chaleur est éprouvante, c’est une deux fois deux voies et je prends la shoulder (la bande d’arrêt d’urgence), c’est la seule route conduisant à Las Vegas, où il y a deux crevaisons à cause de morceaux de verre encore, il n’y a rien d’autres sur 120 km entre Kingman et Hoover Dam, heureusement il y a tout de même un ravito où des américains me demandent ironiquement si j’ai pas trop chaud avec mon écharpe, je leur répond avec la fatigue que si je n’avais pas cette écharpe l’air est chaud, que ça brûle les poumons, la gorge et que si j’avais pas des manches longues le Soleil brûlerait la peau. Bien sûr ils n’ont jamais fait 10h de vélo sous 30-40°, sans avoir l’occasion de trouver des ravito à convenance, ils sont surpris de ma réaction puis comprennent lorsque je leur fais le rapport avec les gens qui vivent dans le désert, les nomades berbères ou touaregs où seuls les yeux passent, les tempêtes de sables existent aussi aux USA !

 

III. Le feu :

1) Les couleurs de la faune et de la flore :

Oui, on peut se demander ce que la faune et la flore font dans la « catégorie » du feu ? Et bien, tout simplement, en dehors de la période de l’hiver, au printemps jusque l’automne, les fleurs apportent une incroyable gaîté grâce à leurs couleurs et à toutes leurs variétés, leurs odeurs. C’est un grand plaisir pour le cycliste voyageur lors de longues distances (même les déserts et zones arides fourmillent d’insectes et de plantes aux formes étranges) ou en grimpant un col de pouvoir les admirer et les sentir.

Le feu donc car la faune et la flore éblouissent les sens des Hommes : l’odorat, le touché, l’ouïe par les chants des oiseaux (quelle drôle d’idée de se balader avec un baladeur de musique), le goût (on y gouterait presque tellement les parfums peuvent parfois nous imprégner) et la vue éclatante : quelle chance pour toutes ces belles couleurs à voir : violet, rose, vert, jaune, rouge, orange, bleu... de tous dégradés !

 

Exemples :

- Aussi c’est un grand plaisir, surtout pendant les saisons du printemps, de l’été et de l’automne, de regarder la faune (petite ou plus grosse, terrienne ou aérienne) se « promener » dans la Nature, hors d’un zoo bien sûr (il faut que les Hommes prennent plus de temps pour le temps plutôt que de se presser dans des zoos), de voir les libellules, papillons, abeilles et autres insectes se promener dans les herbes vertes ou jaunes pâles, les chiens de prairies mais ils sont très furtifs, les cerfs, wapitis, mouflons d’Amérique et ours noirs (dans les Rockies, au Canada), des écureuils, canards, crapauds, des chevaux, des chameaux, scorpions, araignées, petits serpents, voir des faucons ou des aigles décollés en arrivant et en les surprenant (sans le faire exprès)…

- Bien sûr tout cela est plus difficile à voir en voiture et les sons sont impossibles à entendre alors. Seul sur la route, en vélo, le matin de bonne heure, on peut entendre une multitude de bruits provenant de la forêt (chants d’oiseaux, craquements de branches, pluie dégoulinante, grenouilles, hiboux…) avec des paysages magiques comme dans le Maine, aux USA, aux abords des Monts Appalaches, avec de très nombreux lacs de montagnes (dont les sommets sont souvent couvert par les nuages).

- Aux USA toujours dans les grandes plaines entre Yellowstone et les grands lacs, certaines journées sont de vrais jours de chants (ça change des jours où il n’y a pas d’oiseaux ou aucun bruit mis à part celui des voitures ou du vent de face). Il y a beaucoup de rencontres avec de drôles d’oiseaux qui se caractérisent par leurs chants, d’où des noms que je leur donne : l’oiseau « espion » car quand il chante on a l’impression qu’il fait du morse ; l’oiseau « suiveur » à col jaune-orange, il fait aussi un peu comme du morse mais il n’est pas tout de plumage noir comme l’oiseau « espion », c’est bizarre quand je passe et qu’ils sont sur un fil électrique alors ils s’envolent pour passer et repasser au-dessus de moi et ainsi de suite, ils me suivent sur une centaine de mètres puis retournent sur leur fil. On trouve encore l’oiseau « rieur » qui est mon préféré (il a un rire moqueur qui met de bonne humeur, le rire est bien communicateur) avec son col blanc et des dessous d’ailes blanches également ; enfin on trouve encore l’oiseau « amoureux » qui fait des bisous quand il chante. Il y a toujours bien sûr des corbeaux !

- Un matin, après une drôle de nuit avec la pluie jusque 4h30 en Nouvelle Zélande, quand la pluie s’arrête il y a un drôle de remue ménage, je reçois un peu comme des coups sur la tête et le côté du sac, plusieurs fois je regarde s’il y a une bête mais rien puis une autre fois je m’aperçois que la plaque de chocolat qui restait dans une poche extérieure du sac est entrain d’être picorée ! Sans doute un oiseau, si c’était un rongeur je l’aurais vu. Ici il y a des petits oiseaux qui n’ont vraiment pas peur et ils sont un peu « pique-assiette », comme la plaque est déjà « attaquée » je l’enlève du sac et la lance plus loin, ensuite plus rien, je peux redormir tranquillement et sans la pluie.

- En Nouvelle Zélande comme dans certaines régions d’Australie…, il y a beaucoup de moutons et de vaches, c’est dommage car il n’y a plus de forêts sur ces hautes collines. Mais on trouve de très jolis oiseaux aux nombreuses couleurs dont la plupart sont des perroquets. Ils sont souvent assez furtifs, c’est donc difficile de les prendre en photo, il y en a des vert, rouge, orange, jaune, bleu et rouge, vert et rouge, jaune et bleu, bruns et blancs. Les oiseaux les moins fuyants sont les magpies, ce sont des pies qui s’amusent à vous taper sur la tête en vous pourchassant, charmant, une australienne me raconte que chaque année il y a des accidents et qu’il faut parfois protéger les bébés et que des adultes ont parfois le droit à un séjour à l’hôpital.

 

2) Un beau mélange des 4 éléments :

Lors d’une étape de 240 km environ en Iceland (l’Islande), les paysages étaient très variés : montagnes, fjords, cascades, nombreux glaciers, rivières torrentueuses, volcans, geysers, lacs… Peut-être y a-t-il de quoi faire la chimie de la vie ? Cette étape était vraiment grandiose, magnifique, pharaonique, c’est difficile de la qualifier tant elle restera une de ces étapes inoubliables. Elle a regroupé les quatre éléments qui ont sans aucun doute donnés naissance à un type de vie : le feu avec les volcans, geysers, laves, le souffre ; la terre, bien sûr, avec la surprise de voir des dunes ; l’air avec toujours ce vent, l’élément primordial pas seulement pour le cycliste mais aussi pour l’érosion, les sécheresses… ; et l’eau avec la neige, les nuages et toute cette humidité.

Ce matin là je pars avec le vent favorable, il fait même chaud, c’est environ 150 km autour de zones volcaniques encore en activité et des geysers, paysages désertiques sans aucune ferme (mais je vois cinq brebis errantes là autour d’une marre) puis c’est 70 km dans les montagnes avec un vent de travers, pas vraiment favorable, montagnes où il règne un climat aride et le ciel commence à se couvrir. Ensuite je longe une vallée sur 40 km, c’est dur avec le vent de face du NE ; et encore 20 km pour aller au sud et avec le vent de dos cette fois pour rejoindre Egilsstaôir où après 190 km je prends mon premier ravito ! Ca faisait longtemps que ce n’était pas arrivé.

Ensuite il reste à choisir, je peux soit prendre la route 1 et faire un détour aussi de 100 km en longeant des fjords ou soit prendre la route directe (65 km avec 40 km de gravel road) pour rejoindre directement la côte sud de l’Islande et l’Atlantique à travers les montagnes. Et ce sera bon pour cette dernière même s’il se met à pleuvoir, car le vent est de dos, c’est dommage qu’il ne fasse pas beau mais la route est magnifique : sur environ 25 km de pistes avant et après le sommet il y a des centaines de cascades, des torrents…, l’eau a une puissance incroyable et quel vacarme ! Je suis dans les nuages ! Au sens propre comme au sens figuré ! Il y a une très forte humidité et beaucoup de photos sont ratées, j’ai vraiment l’impression d’être sur une autre planète, dans un autre monde. Loin de tout, seul. Je croise la dernière voiture (je n’en vois que cinq après Egilsstaôir) à 00h30, ce sont des canadiens québécois en visite de famille en Islande qui s’arrêtent pour me demander si tout est ok… et après il n’y a plus qu’une seule voiture à 3h30 dans la descente.

On y voit assez clair mais la piste est très dangereuse presque dans toute la descente et surtout les virages avec les gros cailloux, il faut donc marcher dans les tournants. Le vent est dans le dos, il y a peu de circulation, tout ce qu’il faut comme ravito, je ne regrette pas ce choix et de toute façon d’après la météo le temps au nord de l’île allait être pire qu’au sud où il pleut quand même mais moins (les nuages venant du NO et restant bloqués en partie dans les montagnes). Sur le trajet, sur la « piste », je pensais aussi aux premiers tours de France quand la route n’était pas encore goudronnée, ça devait être épique surtout qu’ils étaient en totale autonomie. Le matin, je m’arrête à 5h environ pour le dodo après une « journée » de rêve !

 

IV. L’air :

1) Le sens du vent :

La règle veut que le vent aille du moins chaud vers le plus chaud (du plus froid vers le plus chaud) et ça marche.

 

Exemples :

- Le vent vient toujours de l’ouest avant le Mississippi car le Soleil se lève à l’est et ça se calme en fin de journée comme je l’observe souvent, de même c’est calme tôt le matin puis ça augmente avec le Soleil et le réchauffement. Pour la côte est de l’Amérique du nord c’est plus complexe avec les Monts Appalaches, les grands lacs et l’influence océanique. Pour les USA et le Canada, à l’ouest du Mississippi, il y a aussi les Rockies situées à l’est toujours plus froides que les grandes plaines situées à l’ouest ce qui renforce la dominance ouest du vent.

- Pour la savane et le Sahel, l’hiver le vent vient toujours du NE car c’est plus froid au Sahara et plus chaud dans les régions de Guinée ; pour l’été, c’est le contraire, le vent vient toujours du SO car c’est plus frais en Guinée (océan), la terre a basculé aussi et le Sahara plus au nord est maintenant plus chaud. Ca peut se comprendre peut-être par la position de la Terre qui change sur son axe et son rapport avec le Soleil (les jours sont plus longs au nord l’été).

- Pour l’Europe cette théorie fonctionne aussi (pour les prédominances). En hiver le vent vient souvent du NE car il fait plus froid en Sibérie et en Arctique et plus chaud près de l’océan Atlantique et de la mer Méditerranée. En été c’est encore le contraire, il fait plus frais près de l’océan et plus chaud dans l’intérieur des terres (il fait souvent plus chaud à Strasbourg qu’à Brest, c’est le contraire l’hiver) et donc le vent vient plus souvent du SO. C‘est plus variable en Europe car il y a de grandes mers intérieures (la mer Méditerranée, la mer Baltique, la mer Noire et aussi de nombreux massifs montagneux plus ou moins distants les uns des autres), le continent est étriqué d’où ce climat tempéré globalement (il n’y a pas de grands écarts de T°C, on a de la pluie toute l’année…). En fait il suffisait juste de mettre à grande échelle ce qu’on observe à petite échelle sur un fleuve : le matin le fleuve est plus froid que la terre qui se réchauffe d’abord, il y a donc une brise et un vent s’écartant du fleuve produisant la fameuse brume matinale ; le soir c’est le contraire, la terre est plus froide que le fleuve qui met plus de temps à se refroidir.

- Dans l’avion du retour de l’Australie vers l’Europe comme on va vers l’ouest, je demande au stewart si le vol est plus rapide comme la Terre tourne dans l’autre sens du trajet de l’avion, celui-ci m’apprend qu’en fait il y a un vent qui vient toujours de l’ouest donc de face sur ce vol, le temps de vol est donc identique. Encore donc une preuve que le vent va du plus froid vers le plus chaud puisque le Soleil se lève à l’est. Pourtant on vole à environ 10.000 m d’altitude (plus haut que l’Everest) avec -50°C à l’extérieur, à près de 1.000 km/h pour 700 tonnes je crois.

- En Australie, le vent tourna dans le sens est-nord-ouest-sud dans l’Outback (région qui constitue la majeure partie de l’Australie), entre septembre et décembre, toujours dans ce sens, peut-être cela s’explique-t-il par le fait que l’Australie est une « île » bordée de mers et océans ?

 

2) Le « Dieu » vent :

Il peut être le meilleur allié comme le pire ennemi du cycliste. Le Soleil (et la chaleur), les déserts, la pluie, la neige… ne sont rien quand on a le vent dans le dos. C’est bien le contraire quand on l’a de face bien sûr (air chaud, sensation de froid plus importante encore quand la température est froide, humidité plus importante quand il pleut, difficulté de pédaler accentuée avec le vent de face).

Au-dessus de 100 km/h en rafale, ça devient très difficile de rouler en vélo sauf si le vent est bien de face (c’est alors très très dur mais possible) ou de dos (très facile et même un peu dangereux en cas de virage car on roule sans même pédaler) ou en agglomération ou encore en forêt (mais risque de chute de branches) et parfois dans certaines vallées. Si le vent est à plus de 120 km/h alors c’est tout simplement impossible de rouler, le vélo ne tient pas et le cycliste se fatigue très vite. C’est donc très difficile de rouler surtout dans les régions de savane (en Afrique dans le Sahel ou en Australie dans l’Outback) car il y a peu d’abris.

Le vent serait-il le responsable du climat ? Et par conséquent le vent serait le responsable de ce que l’on trouve comme flore et donc aussi comme faune (bien sûr, excepté dans les zones montagneuses et autre zones spécifiques de microclimats). En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’il semble être le responsable de toutes les conditions climatiques qu’on retrouve sur ces régions (seule l’altitude peut faire varier celles-ci), de la faune et de la flore. Je ne sais pas si dans la mythologie grecque ou romaine il y avait un dieu pour nommer le vent et sa force mais il le mériterait. Il n’y a qu’en Europe, je crois, où le vent peut venir à n’importe quelle saison dans n’importe quelle direction et c’est le seul endroit au monde où il y a un climat tempéré peut-être. Le responsable serait le vent, variable ?

 

1.2. Dieu, la Nature et les Hommes ?

Pourquoi si Dieu est le créateur de la Nature les Hommes ont plusieurs religions et croyances ? Certaines étant très anciennes d’autres plus récentes.

Pourquoi l’Homme prétend que Dieu est le créateur de la Nature et de tous les règnes animaux et végétaux ? Pourquoi l’Homme en serait supérieur ? N’est-ce pas une création de l’Homme ? Une belle fiction ? Ou est-ce que Dieu existe vraiment ? Alors pourquoi les Hommes se le déchirent

 

I. Un Dieu, des religions :

Dans les différents Etats traversés en vélo, j’ai facilement pu constater que beaucoup de personnes croient, d’une manière ou d’une autre.

- En Afrique subsaharienne (et notamment dans le Sahel), beaucoup de personnes croient encore aux forces et aux esprits, sans doute sont-ils plus animistes que musulmans.

- Aux USA et au Canada dans une moindre mesure, beaucoup de personnes sont aussi croyantes et le montrent assez ouvertement (comme au Maroc ou en Mauritanie où il est fréquent de voir les musulmans prier dans la rue ou arrêter leurs voitures au moment de la prière pour descendre et prier au bord de la route). Il n’y a qu’en Europe, apparemment, où la religion pèse moins sur les personnes (même si beaucoup de monde va encore à la messe et dans les églises pour prier en Pologne ou dans les Etats baltes).

- En Afrique et surtout au Maroc ou en Mauritanie, on me demande beaucoup quelle est ma religion, bien sûr je ne réponds pas athée (c’est un crime, je serais un mécréant, comme une musulmane qui se marierait avec un chrétien), je dis donc que je suis chrétien (puisque baptisé…) même si je tente de faire admettre que c’est surtout culturel et par tradition, au moins un chrétien croit en dieu ( c’est moins grave qu’être athée) et Jésus est aussi un des prophètes chez les musulmans qui le reconnaissent mais pour eux il s’est trompé et Mahomet est venu pour corriger cela (c’est le dernier des prophètes).

 

Certes tous les pays n’ont pas été visités, cependant, de manière générale, les Hommes croient, ils sont bien plus nombreux que les non croyants. Mais les disparités sont très importantes : il y a par exemple de très nombreuses églises protestantes aux USA. La liste est impressionnante ! Dans les villes et les villages, on retrouve souvent beaucoup d’églises car il y a de multiples confessions protestantes, le « bordel » : presbytériens, baptistes, premiers chrétiens, épiscopal, évangélistes, réformistes… et aussi les catholiques. Sans doute y a-t-il beaucoup d’argent à se faire ?

D’une manière plus positive, les religions sont peut-être des moyens pour les Hommes de ne pas succomber aux « démons » et à leurs instincts d’ « animal sauvage », euh, non, je devrais plutôt dire à leur instinct humain, tout simplement, car les animaux sauvages ne tuent jamais pour l’argent ou le plaisir. Les religions peuvent aussi servir de repères, elles ont sans aucun doute toujours un droit positif à être un facteur de moralisation d’une société et de lien culturel entre les habitants d’un même territoire, malheureusement elles peuvent être aussi dans leurs extrêmes un risque de dissociation d’une communauté humaine, sur un même territoire.

Il y a aussi une folie des Hommes avec le clonage, par exemple lorsque l’on se prend pour Dieu, d’avoir la vie éternelle ainsi que pour ses « proches », pas besoin d’avoir des enfants, régénération artificielle. On pourrait vivre dans ce monde contre nature, contre l’évolution. Quel caprice et égoïsme. Vive la chasse et la pêche, on comprendrait mieux les choses et on ferait de nouveau la prière avant de manger des choses saines. L’éthique est souvent basée sur des fondements religieux et elle imprègne encore le droit positif. La religion reste et restera sans doute un moyen important pour limiter les risques et dérapages.

 

II. Quelques anecdotes « religieuses » :

- Aux USA, un américain d’origine écossaise et donc catholique veut m’offrir une croix et m’inviter chez lui (comme c’est loin de ma route prévue, je refuse poliment, comme pour la croix). Avec étonnement d’abord, puis avec habitude, on se rend compte en voyageant qu’on nous demande souvent si on est croyant.

- Quelqu’un peut proposer, comme c’est arrivé aux USA un soir alors que je cherchais à manger dans une petite ville, pour l’accompagner à venir à une messe, ici c’est un baptiste (n’importe qui peut devenir pasteur aux USA et il y a beaucoup d’églises à vendre, elles se situent assez souvent près des centres commerciaux) mais l’église est située à 30 miles de là et la « messe » dure 4h ! Il est aussi 21h et je n’ai toujours pas mangé, je refuse donc mais j’en profite pour lui demander pourquoi il y a autant de types d’églises différentes ; sans doute pour l’argent ? Il ne me répond pas et fait mine de ne pas comprendre (solution de faciliter face à un étranger parlant une autre langue d’ailleurs ça m’est aussi arrivé de faire de même pour ne pas être ennuyer, et d’autres m’ont aussi fait le coup), on se sépare ainsi…

- Dans un village du Sahel au Mali où je fais une pause, je parle bien avec deux mauritaniens (on est très près de la frontière avec ce pays), ils me disent que je ferais un bon musulman (décidément, on m’avait dit la même chose en Mauritanie un an auparavant), comme d’habitude c’est mieux de dire que l’on croit en Dieu car ce serait très grave de dire qu’on est athée, je reste donc ici et à l’étranger en général, plus qu’en France, un chrétien catholique. On parle beaucoup ensemble, ils croient que pour les chrétiens on peut coucher avec n’importe qui avant le mariage, qu’il y a en « Occident » beaucoup de débauches et que les chrétiens peuvent se droguer… Je leur réponds que c’est faux, les chrétiens et les catholiques ne doivent pas avoir de relations sexuelles avant le mariage et ne peuvent boire à l’excès, les mariages homosexuels sont interdits par le Pape et les divorces ne sont pas facilement reconnus par l’Eglise (on ne peut se marier devant le curé qu’une fois et un divorce religieux est bien plus difficile qu’un divorce civil). Ils sont étonnés et ils ne pensaient pas que c’était aussi strict et ils me disent que c’est comme l’Islam alors. Je leur explique aussi la laïcité (pas de signes visibles religieux dans les endroits publics, distinction entre les lois de l’Etat et les règles religieuses) et qu’il y a une tolérance en France pour les musulmans (liberté de cultes…) et qu’ils sont 6 millions, je leur demande combien ils sont en Mauritanie et ils me répondent 3 millions, je suis heureux de leur dire qu’alors il y a plus de musulmans en France qu’en Mauritanie ! Ils me disent que l’Islam et le christianisme sont très proche, je leur réponds que oui, aussi le judaïsme mais ils me disent que là non c’est différent (je ne connais pas bien le contexte mais il faudra encore apprendre car les préjugés ont la vie dure). On se quitte car il faut que je continue de rouler mais ils avaient soif de parler et m’offrent aussi bien sûr le thé, grande marque d’hospitalité chez les musulmans. Enfin, on peut regretter que la religion (et les préjugés surtout) cause autant de dégâts dans le monde alors que les forces de l’Univers sont gigantesques et les Hommes s’embêtent parfois pour peu de choses, pour des controverses qui ne devraient pas avoir autant d’importance. Lorsque je dors le soir après avoir manger un bon repas (macédoine de légumes, mayonnaise, pain…, tous importés bien sûr de Côte d’Ivoire ou du Maroc sauf le pain qui est excellent), dans la savane, sous un ciel étoilé, tout cela paraît bien dérisoire.

 

III. Les beautés naturelles, le calme des grands espaces et l’envie de faire corps avec la nature :

1) Quelques moments « merveilleux » :

- Avant de dormir près du chemin de fer et de la gare de Jasper alors que j’écris mon journal de bord/carnet de route, trois wapitis s’amènent pour brouter l’herbe, quel spectacle incroyable ! Ici ils sont en pleine liberté, le pays est leur territoire, l’Homme n’est qu’un invité (on ne pense pas la même chose dans nos Pyrénées malheureusement), c’est interdit d’approcher les animaux sauvages et de leur donner à manger pour ne pas qu’ils s’habituent à l’Homme afin qu’ils gardent leur peur naturelle des Hommes. Mais chaque année les rangers du parc abattent des animaux devenus trop agressifs à cause des Hommes ainsi il est aussi interdit de s’arrêter avec la voiture lorsqu’il y a un ours sur le bas côté… ce que bien sûr les humains ne font que rarement comme j’ai pu le constater le lendemain. Les trains de marchandises (il y a deux compagnies au Canada : la Canadian Compagny et la Pacific Compagny) doivent prendre leur temps pour démarrer et attendre que les wapitis aient bougé, ils sont qu’à 20 m de moi !

- Un soir, comme ça a pu arriver de nombreuses fois et comme je l’espère cela arrivera encore, après avoir passé quelques lacs presque totalement à sec, je dors dans le désert, c’est très plaisant dans ces lieux d’observer les étoiles ainsi que la Lune après qu’elle soit levée, le ciel est très clair. Le levé du Soleil est tout aussi splendide. Quel calme ! La nuit je vois souvent des étoiles filantes, c’est l’avantage des zones « désertiques » et certaines sont vraiment magnifiques avec un filament qui brûle comme une poudrière, c’est bien mieux et plus magique qu’un feu d’artifice, rien ne remplacera la beauté des astres, encore faut-il avoir l’occasion de les admirer ce qui n’est pas forcément le cas dans les villes bien sûr !

- Dans la savane africaine ou australienne, j’ai vraiment l’impression de traverser un océan, c’est très monotone et lassant contrairement aux déserts où je n’ai jamais eu ce sentiment mais plutôt une excitation, une satisfaction d’avoir l’impression d’être comme seul au monde ou sur un autre monde, il y a quelque chose de magique et de majestueux, les vues sont souvent aussi plus lointaines vers l’horizon (ce qui n’est pas le cas dans les savanes ou les forêts boréales de Laponie ou du Canada). Je pense que ce serait la même chose pour la traversée d’un océan ou d’un désert de glace.

- Un matin, alors que je dors près de l’océan Pacifique sur la côte californienne, de petits lapinous qui faisaient du bruit la nuit se montrent et tournent autour, étant encore endormi, c’est un peu comme dans la Belle au bois dormant ou Blanche neige. Il y eu une scène à peu près similaire dans le Bush australien en se réveillant le matin et « surprendre » un kangourou (le premier que je voyais) entrain de manger tout en restant là sans trop bouger ensuite pour en observer une petite dizaine tout autour du lieu du dodo, pendant presque une heure, une autre très belle surprise !

- En Islande, juste au sud du cercle polaire Arctique, je vérifie si le Soleil se couche, eh ben non, c’est un drôle de phénomène. Il y a à la fois le couché et le levé de Soleil puis les deux se réunissent, les nuages semblent être attirés vers le « nord » en amas et le « jour » revient. Vers 2h du matin, le Soleil n’indique pas l’ouest mais le nord. On se sent presque sur le toit du monde à ce moment là alors qu’en Antarctique ce sont des aurores australes car il ne fait pas jour mais nuit presque tout le temps.

 

Ainsi, peut-être peut-on en tirer une théorie des grands espaces selon laquelle moins il y a de densité de population et plus les Hommes sont calmes et moins agressifs apparemment. Les guerres seraient donc faîtes inconsciemment là où il y a le plus d’habitants ce qui donne des morts et moins d’habitants et la possibilité de continuer à « vivre » avec les ressources disponibles ? La guerre serait donc la conséquence de la surpopulation et un moyen pour préserver la vie ? Enfin, l’Europe a trouvé un autre moyen par les colonies et ça n’a pas évité les guerres !

 

2) Rencontre avec les loups :

A 3.050 m d’altitude, au Nouveau Mexique, dans les Rockies, moment magique, sans doute la plus belle des rencontres de tous ces petits vagabondages, pour le moment, inoubliable. La veille, arrivé à Taos, je vais au magasin de vélo qui ouvre en fin de matinée pour y acheter des chambres à air, le tenant du magasin de vélo est vraiment très sympa, il a fait en vélo, avant d’ouvrir son magasin, un parcours entre l’Alaska (Anchorage) et la Floride, un tour en Europe et au Mexique, il me demande où je vais et il me renseigne sur la présence d’un campground (même si j’y vais jamais) au bord d’un lac situé à peu près au sommet d’un col où la route doit passer (sans le savoir ce sera une info assez précieuse).

Lorsque je reprends la route il est déjà assez tard, le vent est toujours bien de face assez fort puisque je ne fais que du 20 km/h en descente et du 10 km/h en faux plat montant, du 13 km/h sur le plat, on est toujours sur les hauts plateaux arides du Nouveau Mexique. Je passe les gorges du Rio Grande, c’est déjà impressionnant mais incomparable au Grand Canyon du Colorado, puis j’arrive au village de Tres Pedrias où je pensais trouver un ravito mais tout est fermé. Ca va donc être juste pour les provisions.

De plus la route 64 est fermée pour une raison inconnue, c’est juste indiquée tendance à la neige et au vent sans autres précisions (pour la neige je suis très septique car sur les hauts plateaux il fait très beau depuis plus de quatre jours). En regardant la carte routière, c’est possible de faire un détour par le nord mais il faut aussi passer par un col à la même altitude (à environ 3000 m) sans savoir aussi si la route est ouverte ; l’autre choix serait de descendre au sud pour contourner le massif montagneux en passant par Santa Fe ce qui prendrait deux jours supplémentaires pour rejoindre ensuite la route prévue et il faudrait aussi prendre l’autoroute ; enfin, une dernière possibilité, retourner à Taos pour prendre plus de ravito et repartir le lendemain, le lundi, pour passer le col par le nord.

Je repense à l’étape sur le Blue Ridge où la route était fermée, j’étais tout de même passé et tout s’était bien terminé (la route y était fermée à cause d’un feu de forêt). Je décide donc encore de tenter le coup après avoir tout de même demandé à quelques personnes s’ils étaient au courant ainsi qu’à quelques automobilistes (mais sans résultats). Je commence donc le long faux plat. Le passage de la montagne doit se faire en deux fois, un premier pass puis une vallée puis un second pass juste après le lac où il y a le campground. Peu de temps après il y a un poste de ranger mais il est fermé et il n’y a pas d’autres renseignements mis à part une photo avec un loup, peut-être y en a-t-il dans cette forêt de Carson ? Je continue donc et grimpe facilement le premier pass, toujours pas de neige, j’arrive dans une vallée encaissée un peu protégée du vent grâce au massif forestier, sur 20 km je reste dans cette vallée tout en poursuivant mon bonhomme de chemin, la neige apparaît sur les côtés mais bien éloignée de la route. Ensuite je croise un automobiliste qui fait demi-tour, il me demande où je vais, je lui réponds et il me dit qu’il y a un mètre de neige sur la route et que le pass est fermé (mais celui du nord est ouvert), je suis étonné vu le joli temps et lui demande sur combien de miles il y a de la neige, il me répond sur 5 miles environ. Je lui demande alors s’il était à ma place s’il le passerait à pied, il me regarde dubitatif puis il me répond que non, on éclate de rire et je fais donc demi-tour tout en le remerciant.

J’entame le demi-tour puis je me rends compte en regardant à nouveau la carte que si je passe par l’autre pass plus au nord, qui est ouvert, alors il faut encore faire 100 km de détour sans savoir s’il y a un ravito sinon il faut retourner à Taos car le jour est déjà bien avancé. Je réfléchis et me dis que 5 miles (soit environ 8 km) sont faisables à pied en deux bonnes heures, la neige pourra toujours servir pour s’hydrater, de plus en regardant sur la carte je ne dois plus être très loin du 2ème pass, le type du magasin de vélo de Taos m’avait dit qu’au sommet il y avait un campground (ce qui pourrait alors être utile pour dormir) et qu’après c’était une grande descente (donc de peut-être 20 km ?). Il reste 50 km pour arriver par cette route au prochain ravito sinon c’est encore 150 km de vélo (100 km de détour en passant par le pass ouvert plus au nord ce qui me semble très difficile vu ce qu’il reste à manger et à boire : une vingtaine de bonbons, ½ L de coca, ½ L d’eau et une barre de céréales) et il faudrait repasser sur les hauts plateaux où il fait aussi bien plus chaud.

C’est donc après 5 km un nouveau demi-tour, plus décidé que jamais de passer ce col. La route se poursuit avec de plus en plus de neige mais il n’y a rien d’inquiétant, j’économise la nourriture et je fais attention à l’eau. Le soir, toujours pas de route bloquée, j’aurais voulu passer ces 8 km de route enneigée avant et un peu pendant la nuit pour être tranquille le lendemain car on perd plus de force pendant la nuit (surtout quand les températures sont négatives) et je ne voulais pas en utiliser trop le lendemain, le GPS indique pourtant 3000 m d’altitude, le col doit être à 3050 m d’après la carte mais il n’y a toujours pas de route bloquée même s’il y a de la neige partout à présent.

A l’heure de la nuit j’arrive au campground et décide alors de m’y arrêter après quelques hésitations donc mais le campground (bien sûr fermé) pourrait peut-être m’offrir un bon endroit pour dormir. Je commence donc à y entrer (sur la neige) et à inspecter ce petit camping de désert de glace et de neiges, c’est une drôle expérience, cela fait longtemps que je n’ai plus été à la neige. La dernière fois remonte à il y a 15 ans et je réapprends à marcher dessus, aussi parfois je m’y enfonce de plus de 50 cm sur un pas ! En fait après je m’aperçois que si on marche sur de la neige bleutée et ondulée, c’est qu’elle est gelée, on ne s’y enfonce pas alors que si la neige est bien blanche et non ondulée c’est qu’elle est poudreuse et là on s’enfonce de 50 cm ! J’y ai aussi une belle vue sur Hope Well Lake (gelé) et aperçois pas très loin un petit abri, idéal pour dormir, et en plus il est ouvert du côté opposé au vent, c’est un endroit parfait pour cette nuit ! Après y avoir posé le vélo, je fais encore quelques mètres sur la neige craquelant comme des morceaux de verres pour voir s’il y a autre chose.

Bref, vers 19h me voilà fin prêt pour dormir, un feu a aussi été fait dans cette cabane et il y a plusieurs traces de motoneiges aux alentours, je repense aussi au loup vu sur la photo et, est-ce l’instinct ou le lieu qui s’y prête, j’ai l’impression qu’ils sont là et que je vais en rencontrer cette nuit. Ca fait un peu peur et ça donne en même temps envie d’en voir ! Une fois allongé, je récupère ma lampe avant et ma lampe arrière de vélo ainsi qu’un briquet que je mets dans mon paquet de cigarettes pour ne pas qu’il gèle et un peu de papiers déchirés sur la carte, fin prêt pour allumer un feu au cas où, je sors les couteaux et pose mon vélo contre le bord du banc où je passerais la nuit pour faire comme une barrière.

La pleine Lune se lève, le cadre est franchement loufoque, au milieu de la forêt et de la neige, sûr qu’il n’y a pas un humain à au moins 20 km à la ronde ! La pleine Lune sera bien utile aussi pour l’éclairage, ça rassure.

Peu de temps après, je sors de mon demi sommeil suite à deux longs hurlements simultanés que je distingue bien et situe à peut-être 5 km puis je me rendors pour de bon.

 

Le 21 avril 2008, la journée d’hier figure déjà aux annales de l’aventure mais cette journée est cruciale, il faut passer ce col ! D’habitude en dormant sous des températures négatives je me réveille toutes les 2h et j’ai quelques crampes (je n’avais pas de couvertures sur ce parcours) mais cette fois-ci protégé du vent et à l’abri ça a été supportable (il n’y a eu que deux réveils dans la nuit). Les sensations sont bonnes et je suis plein d’optimisme, j’adore cette sensation d’être perdu au milieu de nulle part, nulle angoisse, toujours la certitude que ça va passer, qu’il suffit juste d’avancer, bref rien de difficile, un pied devant l’autre.

Après avoir repris 10 km la route en vélo, celle-ci est bien fermée et avec un mètre de neige, je commence donc tantôt à porter le vélo tantôt à le laisser rouler à côté de moi ; au début ce n’est pas si facile de marcher et j’ai le droit à une petite chute (aïe, encore sur la hanche gauche), finalement après 5 km de marche environ je vois avec un petit soulagement de victoire que la route reprend et est à nouveau dégagée. Déjà. Je remonte donc sur le vélo mais aperçois une grande plaque de glace devant qui prend toute la largeur de la route sur une bonne vingtaine de mètres, j’aperçois aussi un derrière qui dépasse sur le bas côté, je crois à un renard et fait « hep », bien sûr il ne me répond pas et prend la fuite, je pense à le prendre en photo, ralentis mais il a eu peur, mince, il ne devrait donc pas s’arrêter… mais si, il s’arrête à une centaine de mètre devant moi, je stoppe et sors alors l’appareil photo puis je me rends compte que c’est… un loup ! Deux !! Un autre vient aussi d’apparaître du bas côté de la route et s’en va rejoindre son compère, je prends alors une photo (tant que l’appareil est sorti), le 2ème a rejoins le 1er et ils sont à l’arrêt, je sais la photo ratée mais je range l’appareil car dans un livre que j’ai lu, devant des animaux sauvages, quand on les croise, il faut continuer à avancer, surtout ne pas reculer pour ne pas jouer le rôle de la proie et réveiller leur instinct de chasseur (s’arrêter et attendre qu’il s’en aille, normalement, s’ils sont en face, ce qui arrivera plus tard en Colombie Britannique, au Canada, avec un ours noir). Je reprends donc le vélo et me fais plus grand, en danseuse, jusque la plaque de glace, pendant ce temps il faut observer aussi l’animal. Ceux-là ont l’air vraiment intelligents, on se sent vraiment observer par les loups, il y a une vraie stratégie dans leur déplacement, rien à voir avec les chiens mêmes sauvages, c’est impressionnant, cette rencontre est magique et frissonnante, incroyable. Quand un recule, l’autre m’observe et ainsi de suite deux fois, jusque l’orée du bois. Ensuite je passe tant bien que mal cette plaque de glace où je manque de tomber à plusieurs reprises, sans aucune visibilité sur un éventuel retour des deux loups.

Après ce passage gelé, je n’aperçois plus les deux compères partis dans la forêt, je me remets en selle, surveille qu’il n’y ait pas une meute dans le coin, apparemment ces deux là devaient boire au bord de la route, là où la neige est fondue. Je continue le pass à 3050 m (au sommet des Burned Mountains, dans la chaîne des Rockies et au Nouveau Mexique) avec de petites montées et descentes encore pendant 5 km avant d’arriver à une grande descente, tout schuss, pendant 20 km pour arriver à Tierra Amarilla sur les hauts plateaux arides du Nouveau Mexique à 2000 m environ. Fatigué je pense m’arrêter là pour aujourd’hui mais en fait il n’est même pas midi et après un ravito et 1h de repos, c’est repartis. Quelle journée !

Je poursuis donc la route, très jolie, sur ces hauts plateaux entourés de montagnes aux sommets enneigés et au contraste saisissant mais c’est un continent, les USA ! Après la traversée de la réserve indienne Jicarilla Apache où j’ai encore le sentiment qu’ils se sont fait avoir, les terres sont pauvres et ils sont enfermés dans une réserve, clos, sans trop savoir quelle doit être leur identité, indienne ou moderne ? Puis la ville de Gobernador (où il n’y a rien), pour enfin m’arrêter, à la tombée de la nuit, au milieu de rien, mi-désert, mi-savane, à 1 km de la route sur un rocher (très friable) où je pose mon sac, mon vélo et fais dodo. Ces deux jours resteront sans doute longtemps encore en mémoire.

 

En Australie, je vois aussi un chien sauvage (un dingo) pour la première fois qui, comme les loups, m’observe avant de partir, un chien domestique m’aurait couru après en aboyant comme ça arrive régulièrement. Je crois qu’il y a plus d’ « humanité » dans l’animalité et la sauvagerie que chez les Hommes domestiqués et sa société.

 

 

 

 

3) Rencontre avec les ours noirs (black bears) :

Sur la route je rencontre deux black bears (ours noir) dans les Rockies avant le Mont Robson (Colombie britannique, Canada). C’était étrange mais avec cet environnement, montagnes aux sommets enneigés, cascades, forêts, creeks, il n’y avait presque aucune voitures sur la route aussi et donc peu de bruits, j’avais vraiment le sentiment qu’aujourd’hui allait se passer une rencontre avec un ours et ce sera bon pour deux.

 

Le 1er est entrain de brouter de l’herbe en bord de route, il est assez petit (un ours noir peut peser jusque 250 kg, un grizzly ou ours brun peut peser jusque 600 kg et c’est encore le double pour un ours polaire ou ours blanc mâle), quand je le vois c’est juste quand je passe à côté, celui-ci me voit aussi (les ours ont une ouïe faible comme l’Homme mais un bon odorat) et il se met debout sur ses deux pattes arrières, c’est bizarre, on dirait un nounours, j’avais lu dans un livre que si on croisait un ours (ou un animal sauvage) alors il fallait continuer dans sa direction tout en se faisant plus grand, c’est donc ce que je fais, sans accélérer presque même en ralentissant tout en le regardant de temps en temps. Je m’arrête à une vingtaine de mètres et aimerais le prendre en photo, je siffle mais il n’arrive pas, ce serait bien sûr un peu dangereux et provocateur d’aller en arrière pour le revoir ? Donc le chemin continue.

 

Pour le deuxième, c’est quelques kilomètres plus loin, il ne m’entend pas arriver (en vélo ça arrive aussi souvent que des piétons ne m’entendent pas arriver) et il sort de la route du côté gauche pour traverser visiblement à environ 50 m devant moi (il est conseillé à Jasper de laisser 100 m de distance avec un ours), toujours d’après le livre d’aventure que j’avais lu, quand un ours est en face, ce qui est le cas, il faut s’arrêter et le laisser passer, surtout ne pas fuir pour ne pas jouer le rôle de la proie et réveiller son instinct de chasseur, les ours sont surtout herbivores (à 95% d’après un autre livre que j’ai lu) et ils n’ont pas de raison de prendre un risque pour chasser quelque chose qu’ils ne connaissent pas (par exemple un drôle de bipède sur un vélo, ça doit lui paraître étrange et il n’a pas du voir ça souvent), cependant un ours peut faire du 60 km/h en vitesse de pointe (comme les bisons), malgré leur démarche qui semble boiteuse, la fuite est presque perdue d’avance.

Aussi, dans la ville de Jasper, il conseille de se mettre couché si l’ours est avec un ourson, pour montrer que l’on ne recherche pas de bagarre, cependant dans un livre j’ai lu une histoire disant qu’une personne avait fait ça et s’était faite dévorer le bras avant que son compagnon ne tire sur l’ours et ne l’abatte. Si l’ours attaque, il est dit aussi, comme les armes sont interdites dans les parcs nationaux, même si je ne suis pas dans un parc national je n’ai pas d’armes mis à part mes deux couteaux qui restent depuis la 1ère rencontre dans une poche latérale du sac à dos, prêt à l’emploi, de se défendre avec pierres ou bâtons, bref de tout faire pour résister, une biche se laisse faire par contre, pour que l’ours finisse par s’en aller, je ne préfère pas imaginer la scène sanguinaire.

Enfin, si l’ours reste sur place ou avance vers nous doucement, il est dit que l’on peut tenter une « retraite », calmement, tout en le regardant et en essayant de se faire plus grand comme avec les bras en l’air ou ouvrir son k-way mais sans gestes brusques. Je décide donc de m’arrêter, cette fois-ci c’est l’ours qui me croise et il continue heureusement son chemin pour sortir de la route du côté droit et retourner dans les buissons, tout en me regardant de temps en temps, j’ai juste le temps de sortir l’appareil photo pour le prendre. Après cette deuxième rencontre, j’hésite, même une fois l’ours disparu, à continuer à avancer, un camion arrive une petite minute après par derrière et j’en profite alors pour reprendre la route, c’est impressionnant car il est impossible de voir quoi que ce soit derrière les buissons, aucune visibilité, il pourrait être à deux mètres derrière que je ne le verrais pas !

 

Les ours noirs sont des animaux qui n’ont pas l’air de trop se cacher, contrairement aux loups, ils ont l’air boiteux quand ils se promènent mais en fait ça cache une démarche souple et ils sont très agiles (surtout très puissants), les loups ont cependant l’air très intelligents et malgré tout curieux, les ours sont plutôt solitaires alors que les loups fonctionnent en groupes. La rencontre avec les deux loups au Nouveau Mexique restera pour toujours un moment inoubliable et magique ! Chaque année il y a aussi des dizaines voir des centaines d’ours qui se font écraser à cause des voitures qu’ils n’entendent pas arriver ou des camions. Lorsque je roule en vélo, c’est souvent qu’on peut apercevoir les cerfs, pronghorn, chameaux, mouflons, et si on est plus chanceux, des ours, loups, bisons.

Après ces rencontres, je regarderais dans les endroits « sensibles » constamment sur les côtés, ce qui permettra de voir de nombreuses biches et cerfs surtout, même loin de la route et quelques autres ours noirs. Je ne prête plus aucune attention aux voitures qui passent, c’est devenu secondaire comme problème, l’Homme retrouve vite son instinct animal aussi.

 

4) La pleine Lune :

Quand il n’y a pas trop de fatigue, c’est souvent que je profite de sa présence et d’un ciel clair pour continuer à rouler, de nuit, sans lumières ou juste pour m’en servir uniquement quand un véhicule arrive, c’est utile parfois de faire aussi des « appels de phares » quand le véhicule arrivant devant garde ses feux de route.

C’est possible de le faire notamment dans les endroits où il n’y a « qu’une route » et lorsqu’il y a peu de circulation : savane australienne, Sahara occidental, grands espaces d’Amérique du nord ou d’Europe du nord. On repère les véhicules environ 5 km avant de les croiser ! On  y voit presque comme de jour alors pourquoi ne pas se faire plaisir, profiter de la fraîcheur de la nuit et se remettre en route ? C’est donc très pratique et très plaisant de rouler la nuit dans ces conditions, l’impression (fausse bien sûr) d’être « seul au monde » et libre.

 

4.3. De drôles de questions et phénomènes !

Ah, voilà, voyager c’est avoir du temps et donc on peut en consacrer beaucoup à réfléchir sur certains sujets. Parfois les réponses ne se trouvent pas bien sûr et changent au fil du et des voyages. Y a-t-il seulement des réponses ?

 

1) Un « vélo neige » ?

Depuis le « 2ème départ » du parcours dans les Amériques septentrionales, depuis Montréal, je réfléchis à un système de vélo pour rouler sur la neige, avec des dents ou une roue plus large à l’avant, des manivelles et un axe de pédalier plus grand pour une meilleure stabilité. Sur la route on me dit aussi que quelqu’un a vu à Montréal un « cycliste » avec une roue normale à l’arrière mais avec un ski fixé à la roue avant, ça pourrait être une bonne idée et d’après ses dires ça fonctionne.

 

2) Les pressions thermiques et les éclairs :

Un soir, alors que l’orage grondait au loin, j’ai beaucoup pensé, grâce aux petites routes où je n’ai pas besoin de rester attentif, à l’utilisation des éclairs, comment les créer, l’énergie à en tirer… Pour les créer ça vient peut-être des différences de pressions, de l’air chaud et froid…, tout ça doit être connu puisque la météo est capable de les prévoir et ça doit bien pouvoir se reproduire en labo ? Après, pour voyager à la vitesse de la lumière, il faudrait voir si les éclairs entraînent une poussée en sens inverse ou si on peut faire aller un objet à la vitesse de la lumière dans la même direction ou si, par le jeu de pressions, sans reproduire forcément l’éclair, c’est possible d’atteindre la vitesse de la lumière ? Est-ce qu’on pourrait capter les éclairs et emmagasiner leur énergie ?

Bon ce sont des réflexions bizarres qu’on a parfois le temps de se poser et de chercher des réponses en voyageant, ce qui n’est pas facile au travail ou dans la vie quotidienne « normale »… D’ailleurs, quand on tousse la nuit ou qu’on éternue, ça arrive d’observer comme des éclairs, à cause des pressions buccales sans doute… ? Finalement, plus tard, on me dira qu’on sait reproduire les éclairs en labo mais il faut plus d’énergies pour les produire qu’ils n’en procurent, enfin, sans doute un jour on saura les « exploiter » plus intelligemment, c’est sans doute possible ?

 

Exemple :

Après Calgary, la route bifurque vers le sud en direction de Yellowstone qui est encore à près de 1000 km, le paysage ressemble beaucoup à celui de la Beauce en France, ce n’est pas très joli. Enfin ce sont des hauts plateaux cultivés à plus de 1000 m d’altitude, les nuages sont assez bas, le ciel est gris et dans ce gris s’amène une rangée de nuages noirs !

Le vent vient de l’est (ce qui est étrange comme il y a une dominance de l’ouest) et les nuages noirs de l’ouest, et c’est de la grêle qui tombe : il fait froid tout d’un coup et c’est la douche cinglante qui fait « cling cling ». Après 5 km de grêles voilà que les mêmes nuages noirs me repassent dessus mais cette fois-ci ils viennent de l’est et subitement le vent de surface a changé et vient maintenant de l’ouest (dominance normale). Sur la route, c’est étrange, tout d’un coup l’asphalte est sec ! On pourrait tracer une ligne à la craie !

 

3) « Evolution humaine » :

Encore une « drôle » de question que l’on peut se poser en voyageant dans différentes contrées.

Pour les Hommes, il y a plusieurs hypothèses :

- Soit l’australopithèque ou un autre qui vient d’Afrique vient s’installer et migrer partout dans le monde contrairement aux autres singes qui apparaissent tous à des endroits différents du monde. Il pourrait donc y avoir d’autres sous-espèces dans d’autres zones géographiques mais quelques fois elles sont bloquées par des changements climatiques (comme par exemple en Europe lors d’une glaciation) donc les migrations s’arrêtent, il y a une évolution et d’autres Hommes apparaissent. Puis le climat favorable revient et l’Homo Sapiens Sapiens (= HSS) qui serait originaire du continent est-africain, va en Europe… où il y rencontre l’Homo Sapiens Néandartalis (= HSN) et c’est sa fin comme pour d’autres types d’Homo en Asie…

- Ou soit, des groupes se sont sédentarisés en Europe et d’autres continus à migrer mais dans des zones plus petites, l’Homme sédentarisé a évolué pour donner l’HSN et celui qui migre reste un HSS (moins de modifications génétiques mais le phénotype européen). Idem en Asie où on trouve ainsi l’Homo florensis… et un HSS avec moins de modifications génétiques car il continue de migrer. Puis les HSS sont plus intelligents, ils font plus d’inventions comme ils migrent, il y a plus d’adaptations quand le climat change et il « balaye » les autres, ils vivent ensemble mais ne se mélangent pas (comme toujours maintenant, il y a peu de mélanges blancs-indiens, blancs-aborigènes, blancs-asiatiques, blancs-africains, blancs-tziganes…) et HSN, HSF disparaissent petit à petit. Peut-être sexuellement c’est possible d’avoir des enfants mais ils sont très rares alors.

Pour la 1ère Hypothèse, Homo Habilis par exemple > HSN + HSS + HSF ; pour la 2ème Hypothèse, Homo Habilis > HSN + HSS et > HSF + HSS...

 

Dans la théorie officielle actuelle tous les Hommes viendraient d’Afrique, de la Rift Valley, ils auraient chacun à leur tour migré partout dans le monde. Les HSN se seraient éteint à cause d’un changement climatique ou d’une maladie propre à eux. Cette théorie ne paraît pas tenable. D’abord la plupart des recherches sont faîtes dans la Rift Valley, pas étonnant donc qu’on y trouve le plus grand nombre de squelettes humains (mais quelques autres ont déjà été trouvés dans des zones extérieurs) ; ensuite l’Homme aurait migré d’Afrique partout dans le monde, il y a aussi de nombreux types d’espèces dans le monde (comme les singes…) ou chacun reconnaît et admet qu’il y a bien plusieurs foyers originels. Pourquoi les différents types d’Hommes ne pourraient pas aussi avoir différentes zones géographiques originelles, ça n’empêche pas d’avoir des « cousins » Hommes très proches mais différents et ne venant pas d’un même lignage, ce qui expliquerait tout le mal que l’on a pour trouver des ancêtres communs car tout simplement ils n’existent sans doute pas tous. Les différentes espèces humaines peuvent très bien parfois avoir un lignage commun mais pas toujours.

Je crois peut-être que, les conditions de la vie étant environ identique dans différentes régions du monde, on a abouti à différents « types » de singes (comme aussi différents « types » d’Hommes). Après tout si on fait des pâtes en Amérique du sud ou en Europe en cuisant 10’ à la même température on aboutit à la même chose. Enfin je crois que c’est possible. Et l’atmosphère, le climat ont sûrement un rôle important sur les organismes, il y a des millions d’années c’étaient favorable pour donner partout des « dinosaures » géants puis ces conditions environnementales ont changé et ils ont disparu.

L’Homme européen a émigré partout et a eu beaucoup de colonies au XIXè s avec l’industrie, sans certaines règles sociétales il aurait pu exterminer tous les aborigènes, indiens d’Amérique… mais il en avait aussi besoin comme mains d’œuvre (même s’il les a presque tous massacrés d’une manière ou d’une autre). Bizarre qu’avant ça il n’y a rien eu comme migration « mondiale » d’une telle ampleur. Mais les Homo Sapiens l’aurait fait d’Afrique et subitement ce serait arrêté dans les différentes régions du globe pendant 20.000 ans et différents phénotypes seraient apparus ? Difficile d’y croire. Bizarre aussi qu’il n’y ait pas de représentations apparemment des Hommes de Neandertal dans les grottes ; peut-être parce qu’il y a eu continuation avec le « blanc européen ». Alors on les a  tués les néanderthaliens ou ce sont nos aïeuls ? La réponse se trouve peut-être dans la question de savoir si l’Homme naît bon ou mauvais et dans le problème des régimes discriminatoires d’aujourd’hui et d’hier. Au final, il paraît plausible que différents foyers d’espèces humaines soient apparues plus ou moins conjointement, un type d’Homme (l’HSS) aurait migré et effacé les autres groupes d’Hommes, moins « intelligents » mais ayant des concurrences fortes entre eux (comme les loups, ours… ont ensuite disparus, plus tardivement car ils étaient en concurrence indirecte avec l’HSS et, vue le mal que l’on a en France pour les réintroduire, on comprend d’autant plus que cette hypothèse d’extermination de l’HSN soit plus que probable).

 

Exemple :

- A Reefton, en Nouvelle-Zélande, il y a un visitor center très bien. Pour une plante, ils expliquent qu’elles se trouvent en Amérique du sud, au SE de l’Australie et en NZ car, quand ces continents étaient encore réunis, cette plante étaient aussi « réunie ». De même quand ils dessinent ce « supercontinent », ils montrent des montagnes comme maintenant, ça fait plusieurs fois que je vois ce « supercontinent » et de telles théories en Australie et NZ. Mais je ne comprends pas ça, il voudrait dire que cette plante a toujours existé telle quelle depuis des millions d’années (comme les montagnes) et n’a jamais évolué, comme le climat et l’environnement alors, c’est quand même contraire à la théorie de l’évolution (mais bon pour celle du créationnisme). Des continents entiers se seraient séparés, des grandes dorsales océaniques se sont crées avec des fonds océaniques nouveaux de plus de 10.000 m et les montagnes, le climat et les plantes n’auraient pas variées ? Et tout se détacherait comme ça sans aucun changement interne, propre… Bizarre, je crois plutôt que le SO de l’Australie, le sud de l’Amérique du sud et de la NZ ont environ le même climat et environnement actuellement et les végétaux ont sur chacun de ces territoires évolués de la même façon. Si on respire c’est parce qu’il y a de l’oxygène dans l’air… De même il est possible que des « espèces » plus ou moins semblables d’Hommes aient pu évoluer sur de même latitude tant que l’environnement fut à peu près le même et sans qu’il y ait de liens de « parentés » entre ces « espèces ».

 

4) L’Homme naît-il bon ou mauvais ?

A Waiau, en Nouvelle Zélande, un enfant de 12 ans environ vient me parler… pour le trip. La veille à Stillwater au ravito du matin, je regarde les prévisions météo sur le journal, ce qui semble déplaire à la dame (à qui j’avais demandé avant la « permission ») puis, quand je mange à l’extérieur, je me dis que l’Homme naît mauvais et refoule ses mauvaises intentions et ça l’empêche aussi parfois de faire de bonnes intentions mais tant que l’individu satisfait ses besoins tout est ok. Puis je me dis que les enfants tout de même, ce sont toujours eux qui me sourient sans arrières pensées ; et au même moment un enfant d’environ trois ans tape au carreau et il me sourit, je souris aussi comme toujours puis il continu à taper, apparemment il veut jouer, impossible pour moi (ça ne se fait pas dans la société) donc il insiste pour satisfaire ce besoin jusqu’au moment où son père lui dit d’arrêter de taper au carreau.

Ce serait donc la société qui rend mauvais par une accumulation de frustrations tout en permettant à tous de vivre ensemble par les règles qu’elle pose pour éviter de satisfaire tous les besoins de l’Homme. Mais l’instinct de l’Homme et aussi de satisfaire ses envies plus que celles des autres, ainsi les règles sociétales permettraient aux Hommes de vivre ensemble et non qu’à certains de dominer les autres. Ou est-ce une question d’hormones en plus ? C’est idiot de penser à tout ça mais l’avantage en vélo, comme on va doucement, c’est qu’on a du temps, y compris pour penser à des trucs idiots.

 

2. La nécessité d’écologie et de protection de l’environnement

Problématique très complexe, comment faire en sorte de préserver la nature et donc l’environnement de l’empreinte de l’Homme ? Vue son développement et sa croissance, sans cesse renouvelés, ses besoins de ressources, notamment énergétique, le conduisant à aller « de plus en plus loin », même dans les zones les plus reculées pour « piller » les sous-sols. Faut-il inciter ou poser des normes régulatrices ? Sans doute ces deux moyens devraient être utilisés. Quelles énergies doivent être préférées ?...

 

A l’occasion de ces petits voyages, certaines choses ont pu paraître « absurde » et d’autres paraissent tellement vraies. Cependant, encore une fois, les opinions dépendent de chacun et les impressions ne sont pas communes à tous.

 

On peut remarquer deux types de protection : une concernant la préservation par la création d’espaces appropriés (protection dans l’espace) et une autre relative aux différents courant de pensée en faveur de l’environnement (protection dans le temps).

 

2.1. Une protection dans l’espace :

Le constat est simple, l’Homme est responsable de pollutions et cherche alors à créer des zones de protection.

I. La pollution humaine :

1) La voiture, jouet préféré de l’Homme moderne :

La voiture est le jouet favoris des Hommes, elle seule suffit à démontrer le conditionnement de l’Homme et son assujettissement à la société dite moderne, ça lui semble impossible de faire sans. Il est né petit avec, en jouet miniature ; adulte, c’est une preuve de maturité et de réussite sociale. La voiture est une marque, un outil social, combien de fois m’a-t-on dit qu’il fallait m’en acheter une, que je ne pouvais pas continuer comme ça, en vélo. C’est bien beau d’avoir un discours pour l’environnement… et à côté, la voiture ! Il n’y a pas d’humanisme, l’Homme est vraiment stupide, il prend des risques sur une simple route dans des dépassements hasardeux, est-ce que 10 km/h en plus ou en moins vont changer beaucoup de choses. On dirait qu’ils ont tous une vie à aller sauver ou qu’ils viennent de recevoir un appel urgent pour avoir une bonne raison de rouler si vite. Je souhaite ne jamais avoir de voiture plus tard, quel outil inutile (et coûteux), avoir une voiture c’est ne plus avoir d’économie pour les voyages aussi, de la folie !

Assez fatigué par toute la circulation que l’on peut trouver bien sûr dans toutes les grandes villes, c’est assez rare de prendre du bon temps lors de la traversée de métropoles, comment les gens font-ils pour y « vivre ». En ville il y a beaucoup de monde, les gens conduisent comme des singes le feraient avec un jouet. L’Homme a deux jouets surtout, le chien et la voiture, les deux sont dangereux pour les cyclistes ! Beaucoup de bruits ici et les citadins ne peuvent sortir que dans des parcs cloisonnés pour courir et croire…

A force de voir autant de voitures, l’idée de voyager encore autrement se fait sentir, sûrement plus tard je prendrais que les petits chemins. Encore l’Asie et l’Amérique du sud en vélo, peut-être aussi l’Afrique orientale puis dans la quarantaine ce serait surtout du kayak ou de la marche à pieds.

 

Exemples :

- Il y a encore une forte chaleur aujourd’hui en longeant les gorges du Tarn et les femmes tristes apprécient de laisser passer leurs pieds par la fenêtre des voitures, le goudron est fondu à de nombreux endroits, on trouve beaucoup de touristes dans les marres du Tarn qui se forment encore par endroit et des kayaks (rares) qui ont du mal à avancer. Il y a quand même moins de « monde » que sur les gorges de l’Ardèche mais ils sont toujours aussi agressifs. Une fois je me mets sur le bas côté où il y a une place pour une voiture, à l’ombre, pour rouler ma cigarette, dix secondes après un touriste s’amène et me dit par la fenêtre de son jouet préféré (sa voiture) de me pousser pour qu’il se gare ! « Pousse-toi que je puisse me garer » ! Se croit-il dans un jeu vidéo ? Il attendra si c’est comme ça (même pas un s’il vous plaît) et les voitures de derrière font la queue pour continuer leur route en klaxonnant avec vigueur ! Hallucinant, on est en campagne dans les gorges et le type vient encore m’embêter ! J’aurais très bien pu rester là et regarder ma carte… Je ne les comprends pas, une fois rentrés en ville ils crieront sur les toits que leurs vacances étaient formidables…

- Souvent il y a des conducteurs de voitures stupides qui arrivent en face et qui doublent alors que j’arrive et me passent devant parfois à 100 km/h à 50 cm de moi et du vélo, j’ai horreur de ça ! Aussi je ne peux m’empêcher de me décaler parfois vers le centre de la route (juste 2 m par rapport au bord extérieur de droite) pour m’amuser aussi à leur faire peur (eh oui s’il me rentre dedans ça va leur coûter cher car ici nul ne sait que je suis français mais tous savent que les américains sont procéduriers). C’est donc risqué et un accident est vite arrivé ; il n’y a pas plus de risque de rester en forêts où il y a des ours, d’ailleurs on estime à entre 500.000 et 1.000.000 de morts chaque année dans des accidents de la route (sans compter ceux dû à la pollution qui provoque le réchauffement climatique et des catastrophes naturelles ou encore les civils morts dans des guerres pour le pétrole).

- A  partir de 30 km avant Adélaïde c’est le bordel ! Beaucoup de circulation et je me fais frôler une bonne petite dizaine de fois, il y a parfois une piste cyclable mais d’autres fois elle disparaît, c’est très dangereux surtout avec toutes les voitures en stationnement (attention aux portes qui s’ouvrent), encore une ville passée et traversée… Souvent les voitures sont garées alors qu’elles n’en ont pas le droit (c’est interdit) et ça me rabat sur la route. Adélaïde est une ville normale, sans plus, avec des quartiers assez chics que je traverse en repartant vers le sud (près de la mer).

-  Une fois, alors que les paysages arides du Nord-est de la Californie sont ponctués parfois de terres irrigués, au matin, et que les 90 premiers kilomètres se font sans ravito et avec seulement 500 mL d’eau, sous la canicule, c’est quasi l’endormissement sur le vélo, je passe quelques hameaux mais tous sont déserts, fatigué je veux m’arrêter sur le banc d’un magasin fermé depuis longtemps vu son état, je tourne la tête en arrière, une voiture derrière, à moitié somnambule je devrais avoir le temps de franchir la route (large avec les shoulders), une fois sur la bande de gauche et la shoulder à gauche, je regarde derrière et, oh surprise, la voiture se trouve à gauche ! Cette fois-ci ça a été juste ! Les américains ont tendance à toujours trop bien doubler et je l’avais oublié, aussi ils se décalent toujours à plus d’1m50 pour doubler un cyclo, quand il y a des shoulders, ça aurait sûrement passé mais le type a fait un méga dérapage pour virer et se remettre sur la bande de droite, tout en zigzagant, il a du avoir plus peur que moi ! Las, je vais, sans réaction, m’assoupir une bonne demi-heure, à l’ombre sur ce banc.

 

2) Eléments de preuves du réchauffement climatique :

Quelques exemples parmi de nombreux autres observés lors de ces petits vagabondages, sans aucun doute après 18 mois de voyages dans différentes contrées, la conclusion est que le climat se réchauffe et qu’il tend à aller vers les extrêmes.

Canicule et restriction d’eau :

- En Australie je vois souvent des panneaux indiquant différents niveaux de restriction d’eau, c’est pour ça que les mouches sont souvent présentes, recherchant les gouttes de sueur… Les fourmis restent bien au frais, sous terre ! Elles l’ont bien compris. On trouve aussi beaucoup de kangourous morts sur la route. Les Hommes ne s’en rendent pas bien compte surtout dans les pays développés mais le niveau caniculaire est atteint, si on n’avait pas l’air climatisé… alors beaucoup de personnes âgées souffriraient. Les premiers touchés dans le monde sont les pauvres gens comme d’habitude et beaucoup d’espèces animales et végétales ; en vivant tous les jours à l’extérieur on se rend peut-être un peu mieux compte de l’impact climatique et c’est accablant ! Dans l’Outback il arrive souvent que je fais entre trois et cinq heures de pause à la mi-journée, à cause de la chaleur. Beaucoup de territoires d’Australie sont en voie de désertification, les émigrés européens sont arrivés ici principalement il y a 150 ans et ont d’abord commencé à chercher de l’or, puis à établir des fermes tout en détruisant les forêts primaires pour vendre le bois, ils pensaient que la régénération naturelle aurait lieu, ce qui ne s’est pas fait ; sur un panneau touristique, ils disent que c’est à cause des animaux que celle-ci ne s’est pas produite mais si le pire animal au monde n’avait pas détruit les forêts… alors il n’y aurait pas autant de désertification (mais ça, ils oublient de le préciser).

- Dans les montagnes de la Great Dividing Range en Australie, beaucoup de creeks sont déjà à sec et il faut peut-être être au-dessus de 1300-1500 m (je n’ai pas l’altitude) pour voir des ruisseaux cascadant des flancs de montagnes ou trouver de plus grandes rivières ; on trouve encore des réservoirs d’eau ainsi que des barrages hydroélectriques dans ces montagnes qui ne sont pas très hautes et s’il n’y avait pas l’océan à environ 200 km peut-être seraient-elles encore plus désertiques comme les montagnes d’Ayers Rock dans le centre de l’Australie qui est pourtant à plus de 1000 m d’altitude.

- Les 35°C en zone Arctique scandinave où il n’a pas plu pendant trois semaines au moins (la Terre semble être plus près du Soleil quand c’est l’été au nord et l’hiver au sud, ainsi la glace en Antarctique a moins de variation qu’en Arctique). Pendant ce temps là, dans le Lot, le Céou est encore à sec et il y a de nombreux orages pendant mon absence (le Céou est un affluant de la Dordogne qui depuis 2002 est à sec tous les étés, du jamais vu par les plus anciens des villages, avant on y pêché et on y faisait même de la barque (avant l’irrigation intensive…). Dans la vallée du Tarn on arrose et même en pleine après-midi (il fait le plus chaud entre 16-19h) alors que la source est épuisée, ça ne pourra plus être comme ça chaque année, la nappe phréatique va être bientôt épuisée, je suis catastrophé. Pourquoi mettre des cultures de maïs, demandeuses d’eau, dans le sud si ce n’est pour l’argent ? Et oui, les céréales sont aussi à la bourse !

 

Des catastrophes naturelles et autres évènements climatiques extrêmes :

- En traversant les Landes, après Saint Vincent de Paul, sur plus de 100 km, je suis catastrophé par ce que je vois ! Il n’y a presque plus d’arbres, de forêts, presque tous les sapins sont à terre ! Il y a eu une tempête en janvier 2009 et ça a été radical. Cette terre pourrait bientôt redevenir des marécages, c’est Napoléon III qui avait voulu y mettre des sapins justement pour cette raison. J’étais passé la dernière fois dans les Landes en février 2000, en vélo, après la tempête de Noël 1999 mais les conséquences étaient bien moins désastreuses, ça ressemblait encore beaucoup à une forêt, maintenant les cartes peuvent être refaites. Il n’y a plus que 25-30% de la forêt des Landes et il faut au moins 20-30 ans pour qu’un beau sapin repousse.

- Lors de l’étape des « seigneurs » pyrénéens, le soir, quand je passe le col de l’Aubisque, la vallée de Laruns est très sombre et je pense bien que ça va aller à l’orage, ce qui ne manquera pas, juste le temps de finir le plat de pâtes que je mange dans un restaurant (où je paye 15€ alors que normalement c’est 10€, ils se sont trompés mais bon, je ne discute pas…). Et l’orage craque pendant une bonne heure. Le changement climatique bien sûr, le vent venait pourtant de l’est, faible cependant ; quand l’orage éclate la température chute et le vent souffle fort du sud-ouest. Les orages sont de plus en plus fréquent durant les dernières années et de plus en plus intense, peut-être glisse-t-on doucement vers une « saison des pluies » telle qu’on trouve dans certains pays du Sahel  ou tropicaux ?

 

II. Les zones de protection :

1) Le paradoxe des parcs nationaux et l’ambiguïté de la nécessité de parcs naturels :

Les péages à l’entrée des PN sont-ils des entraves à la libre circulation ou une nécessité pour la protection de l’environnement ?

Aux USA et au Canada, souvent pour « entrer » dans les parcs nationaux, il faut payer. Chose qui n’existe pas en Europe. C’est un peu étrange car il faut payer les « droits d’entrer » même quand on reste sur la route. Bizarre de devoir payer pour « voir » la nature qui n’a pas été détruite par les Hommes, d’une certaine manière. Faut-il donc que toutes les parties de la Terre deviennent « rentables » ? Par exemple, il faut payer 8$ pour entrer et rester une journée à Cape Breton Island national Park (parfois les prix sont variables suivant le temps que l’on reste à l’intérieur des limites du PN ou selon le mode de transport (vélo, voiture, camping-car, nombre de personnes entrant dans le PN…).

D’autres PN étaient ainsi payants : Jasper (l’entrée est de 10$ par jour), Yoho NP en Colombie Britannique, au Canada (mais il y a des périodes où ce n’est pas payant, en général en dehors des périodes de vacances scolaires ou des saisons de ski ou d’été ! Preuve que le but est surtout financier), c’est 10$ par jour pour le Grand Canyon NP (appartenant aux amérindiens), 10$ par semaine pour Yosemite NP… Peut-être pourraient-ils être gratuit pour les cyclistes et randonneurs sans véhicules motorisés ?

J’ai du mal à comprendre qu’on puisse faire payer pour aller sur une terre. Bien sûr on dira que c’est pour la conservation et la protection de la faune, de la flore…, mais bon, ça me paraît bizarre. Enfin, en Europe on a des bâtiments architecturaux dont la visite est payante, ici ils n’en ont pas donc il faut bien imaginer un autre moyen pour trouver de l’argent pour l’Etat sans doute. Bref tout ça pour dire que si le nombre de parcs nationaux devait augmenter et si tous les parcs étaient payants à 8 $ (c’est dans certains PN du Canada 30 $ canadien pour une journée pour une famille en voiture) pour les traverser alors bientôt n’importe quelle route sera payante, autant instaurer des péages partout ! Et la liberté de circulation des personnes dans tout ça ? Tous les parcs nationaux traversés en UE étaient gratuits jusqu’à présent (cependant, d’une autre façon, dans certains pays d’Europe de l’est, certaines cathédrales étaient payantes pour entrer, comme en Pologne).

 

En Australie et en NZ, il y a beaucoup de parcs nationaux, par-ci par-là, mais ça ne veut pas dire grand-chose : par exemple, il y en a un même à côté de l’aéroport de Sydney et des raffineries de pétrole. C’est le Royal NP (les superficies des différents PN ne sont pas très importantes d’ailleurs en Australie et en NZ).

L’Homme a détruit beaucoup d’endroits, changé l’environnement naturel, rompu l’équilibre établi depuis des millénaires, sauf certains territoires qui n’avaient pas d’intérêts (montagnes, marécages…) et qui sont maintenant des PN mais aussi un business dans certains Etats, comme quoi tous les territoires doivent être rentables, on paye déjà des impôts et des taxes, ça devrait être compris dedans, c’est comme une taxe de passage, un péage, et les réglementations sont tellement différentes entre Etats et même dans le même Etat entre les différents PN qu’on a du mal à s’y retrouver, à force de tout vouloir réglementer on y perd sa liberté, c’est un vice de plus en plus oppressant dans nos sociétés « modernes » occidentales. Heureusement, cette « mode » de réglementation excessive autour des PN n’est pas encore arrivée en France et en Europe.

 

Finalement les péages à l’entrée des PN… sont bien là dans l’intérêt de gagner de l’argent, toutes les zones territoriales doivent être rentables, sans touristes et loisirs elles n’auraient aucune attractivité sauf pour les explorateurs et autres « aventuriers », bon nombre de retraités… ne s’y rendraient pas… De plus si le but était vraiment de protéger l’environnement alors il existerait une taxe ou un impôt au niveau national ou international et il n’y aurait pas de péages à l’entrée des PN mais simplement une limitation journalière ou hebdomadaire de l’accès.

 

La faune et la flore ne connaissent pas les frontières ! Les paysages aussi.

En France, mon avis sur les PNR reste mitigé, certains valent l’appellation et mériterait même celle de PN, d’autres PNR devraient être rectifiés, avec moins de superficie, car des zones que je traverse n’ont rien d’un parc (industries autour de la ville de Manosque et tous ses centres commerciaux qui appartiennent au PNR du Lubéron, par exemple). Par contre le PNR des Grands Causses pourrait très bien être commun au PN des Cévennes, peu d’industries…

Les parcs nationaux (Yosemite, Yellowstone, Colorado Grand Canyon, Banff, Jasper…) ont comme point négatif d’être « surpeuplés » souvent par les touristes, il y a donc beaucoup de monde et on peut difficilement profiter de la nature. Cependant ils ont un fort côté positif, grâce à cet amas de personnes dans la même zone, les territoires adjacents aux parcs sont souvent ignorés et inintéressants pour les touristes ; aussi, la réglementation des parcs en faveur de la préservation et de la protection de la faune et de la flore permet de retrouver animaux et plantes sauvages dans ces territoires adjacents et donc il est fort possible  d’en profiter en dehors des limites territoriales d’un parc (les animaux et la flore ne connaissent pas les frontières). En vélo ou à pieds, on peut donc en profiter pleinement, avant de se retrouver parmi bon nombre de touristes qui restent plusieurs jours dans les parcs mais pas à dans les zones extérieures qui leurs sont proches.

 

Difficile d’être « l’animal du zoo » :

En NZ, sur le routeburn track, après quelques « mésaventures » dues à mon « comportement » contraire aux règles établies par les Hommes, il faut aller à un camping, la dame qui s’en occupe me dit qu’il fallait se renseigner à Queenstown au visitor center mais je ne l’ai pas vu, elle me dit « c’est un grand bâtiment », je réponds « too big for me », en me voyant avec le vélo, elle trouve ça « famous », et elle me dit que c’est dangereux avec l’avalanche de continuer comme ça, je lui dis qu’il n’y a pas plus de risque pour moi que lorsque je suis sur la route où les voitures sont un vrai danger… Elle veut absolument que je réserve pour le dernier hub, moi je lui dis que je pense faire les 28 km restant pour rejoindre la route, elle insiste et, pour être tranquille, je lui dis que je retournerais à Queenstown le lendemain… Le lendemain, au soir, je passe le dernier « hub » vers 19h30, il reste une heure pour rejoindre la « divide », la route, quand le gardien de celui-ci accourt après moi pour me dire que c’est incroyable que j’eusse fait ce track avec le vélo et qu’il voulait me voir, apparemment je suis peut-être le premier à avoir fait ça ? Beaucoup trouve ça « crazy », tout au long du chemin, pour moi ça me semble totalement normal, comme les marques de bronzages avec le cuissard quand je vais à la piscine… Question d’habitude sans doute. Du coup on me prend souvent en photo, et j’ai comme à Yellowstone, le mauvais sentiment d’être encore « l’animal du zoo » pour touristes qui ne sortent pas assez de chez eux.

 

2) L’inutilité des pistes cyclables actuelles :

Juste avant Rimouski, en Gaspésie, au Canada, une piste cyclable apparaît, je ne la prends pas et une voiture me klaxonne (ah, toujours le stress des citadins et leur vengeance inconsciente sur leur domination du travail et dans la société en général, ah les donneurs de leçons), 200 m après, cette piste disparaît pour aller vers la droite. Alors, premièrement, si j’habitais dans cette rue, je suis bien obligé de prendre cette route pour rentrer chez moi ; deuxièmement, je ne suis pas d’ici et il n’y a aucune indication ! Troisièmement (l’imbécillité des politiciens), il y a des pistes en villes mais pas en campagne. Pour le financement diriez-vous ? Ok, peut-être, mais les voitures roulent plus vite en campagne et c’est là où c’est le plus dangereux) ; en ville souvent, les pistes cyclables sont faîtes n’importe comment (comme à Montréal…) et c’est très dangereux en plus, c’est fait uniquement dans le but d’éloigner les cyclistes des routes pour ne pas gêner la circulation, en aucun cas pour favoriser les gens à prendre leur vélo plutôt que leur voiture ce qui devrait être le seul objectif de la création de piste, non pas sanctionner les cyclistes. Les Pays-Bas l’ont très bien compris !

Il y a pas mal de pistes cyclables ici au Québec, toute aussi mal agencée les unes que les autres et avec beaucoup de dangers… Une fois j’arrête deux dames qui viennent en marchant en sens inverse et je leur dis que c’est dangereux, elles me disent que c’est à la mode, peut-être ce n’est pas bien fait mais ils prennent exemple sur ce qu’il y a en France, je leur dis que c’est un mauvaise exemple alors et qu’il faut plutôt regarder ce qui se passe aux Pays-Bas.

Ensuite c’est un policier qui vient en sens inverse qui me dit de rouler sur la piste et non sur la route, je refuse, il est prêt à me mettre une amende…, je lui montre alors les photos que j’ai prise avec des gens qui se promènent en famille et avec un landau sur la piste ou encore quelqu’un en fauteuil roulant en sens inverse, beaucoup de piétons, des arrêts de bus alors que la piste est en sens inverse et qu’on leur arrive de face..., du fait j’ajoute que sans aucun doute les politiciens ne doivent pas faire de vélo, ça le fait sourire et il me laisse repartir… Souvent ce ne sont que des morceaux de piste, on ne peut donc pas vraiment dire que ce sont des pistes si tous les 200 m il faut revenir sur la route ou prendre la piste en face… Aussi seul les Pays-Bas ont de réelles pistes, avec des bonnes indications…, quel plaisir d’y rouler et sans aucun doute si on va dans ce pays il faut prendre son vélo !

 

 

2.2. Une protection dans le temps :

Le constat est sans appels encore, on vit dans un monde fait de gaspillage, toujours en avance forcément sur la maitrise des facteurs polluants.

 

I. Une société actuelle idéale et utopique :

1) Dans quel monde vit-on ?

La recherche du gain :

- L’hypocrisie des politiques mène à faire croire qu’on veut du bien au gens et au monde quand le but n’est que de gagner de l’argent. Pour le tabac ici très cher, le but est de dire que c’est pour empêcher de fumer alors pourquoi ne pas simplement l’interdire ? Mais comme ça, ça permet à l’Etat de gagner de l’argent, il faut des fumeurs ! Une taxe sur les produits qui font grossir ramène aussi à taxer les sportifs paradoxalement… Le but est de focaliser et de culpabiliser une catégorie de personnes pour qu’ils estiment l’impôt ou la taxe juste. Comme pour l’environnement avec la taxe carbone alors que le consommateur ne fait que trop souvent subir. C’est le producteur qui devrait payer, ceux qui donnent des déchets radioactifs, ceux qui polluent les rivières et mers avec leurs gazole, leurs pesticides et insecticides (comme la grande barrière de corail qui disparaît surement autant à cause de la forte activité humaine sur la côte pacifique que par le changement climatique global). De plus, si l’argent de ces taxes était utilisé pour la santé et l’environnement alors ce serait déjà ça de bon mais ce n’est pas le cas. C’est pour construire d’autres centrales… Enfin, les consommateurs payent déjà plein de taxes sur l’essence ou avec edf…

 

Zones urbaines et zones industrielles :

L’urbanisation est souvent le corollaire de l’industrialisation, l’un ne va pas sans l’autre, forcément puisque là où il y a du travail il y a des industries et donc des emplois et des habitations, proches des zones polluantes même s’il ne faut surtout pas oublier l’ampleur des pesticides et insecticides utilisés dans les campagnes !

Exemples :

- Avant Niagara Falls, à 40 km de là, il commence à avoir beaucoup de circulation pour cette étape qui longe aussi le lac Ontario ensuite jusqu’après Toronto… C’est que de l’agglomération et des zones habitées, parfois on passe par des quartiers assez pauvres, puis par des quartiers avec de belles villas et ainsi de suite, tout le long du lac Ontario, avec quelques usines aussi. A Niagara, il y a énormément de touristes pour voir les chutes, j’y avais été une 1ère fois d’ailleurs il y a plus de 15ans, j’avais été impressionné mais pour cette 2nde fois je n’y retrouve plus la magie d’autrefois (peut-être du à l’âge adulte ou je deviens plus compliqué… car il y a trop de touristes et l’aspect est trop commercial à mon goût, mais c’est le revers de la médaille). Je tombe aussi sur un nombre de cyclistes jamais vu ici à Niagara, ils roulent dans une randonnée pour récolter de l’argent pour le cancer (les « pauvres » ne sont pas très loin aussi). Le paysage est formé de beaucoup de prairies et champs aux abords du lac Erié et de la Saint Clair river, avec toujours quelques fermes, ici environ une fois sur deux elles sont en pierres ou en briques (presque toujours en bois aux USA). Malheureusement il y a beaucoup de centrales électriques et d’usines industrielles ou chimiques aussi (un rapport avec le cancer), toutes proches de belles maisons et villas, des petits ports de plaisance, quelques éoliennes sans doute en nombre insuffisant et dire que certains trouvent que ça gâche le paysage, en passant à côté le bruit est quasi nul alors que les déchets radioactifs resteront dans le sol ou ailleurs pour des centaines de milliers d’années, mais on ne les voit pas et on ne les sent pas ! Tout le monde connaît leur nocivité ?

- Lorsque  je longe les plages de la Baule, Pornichet, jusque Saint Nazaire, il y a de longues plages de sables fins avec une belle vue sur les pétroliers venant décharger leur cargaisons dans une région polluée à une vingtaine de kilomètres plus en amont sur la Loire (à Donges) où je passe aussi, avec des cours d’eau jaunâtre et verdâtre, et dire que des milliers de vacanciers viennent se baigner là chaque année sur les « belles » plages de La Baule. Il y a un nombre phénoménal d’usines de raffinage autour de Donges, quelle pollution, les odeurs font tourner la tête et je me demande ce que les gens qui habitent là attendent pour se révolter (ah oui, c’est leur travail). Un programme de construction d’éoliennes et de panneaux solaires devrait être obligatoire en France au moins ! Je vois même un nouveau lotissement qui se construit sous les gros câbles venant d’une centrale électrique située à 200m de là, incroyable en 2007.

La sortie de Barcelone était aussi dantesque ! Pendant 20 km c’est une succession de voies expresses, de petits chemins se terminant en queue de poissons, de cailloux, de sables et de pollution dans ce monstre de béton. Il y a beaucoup de nouvelles constructions et on se demande où la ville va s’arrêter d’empiéter sur les zones agricoles ou naturelles. Je passe vite fait par Taragone où il y a des ruines antiques romaines, à la sortie il y a beaucoup d’usines de raffinage, comme à Nantes, beaucoup de bruit, de pollution et de circulation. La côte est jolie mais il y a bon nombre de constructions (plage encore toute proche des raffineries).C’est encore la même chose quand j’arrive à Gibraltar (au Royaume-Uni) après le passage de raffineries de pétrole et d’usines de gaz naturel juste à côté des plages !

 

L’utilisation intempestive des ressources. Pour la décroissance :

Il est encore évident, en voyageant ou non, de constater l’intensité exagérée de l’utilisation des ressources naturelles, il y a aussi beaucoup de gaspillage. La décroissance (une utilisation rationnalisée des ressources) est forcément nécessaire. Beaucoup de biens sont utilisé, consommés et jetés sans raisons.

Exemples :

- Sur la route dans le Wisconsin et le Michigan, je trouve aussi quelques fermes habitées par des gens habillés comme au XIXè s., j’en croise aussi en calèche, certains de leurs enfants me disent aussi bonjour. Bizarre, pourquoi s’arrêter au siècle dernier et pas à une autre époque ? Est-ce que les enfants ont le choix ?

- Aux USA, tout est drive bien souvent : le fast food, la poste pour déposer les lettres et colis, les banques et les distributeurs… On n’a presque plus besoin de descendre de sa voiture la plupart du temps. Il n’y a pas trop d’exercices donc et d’activités physiques régulières.

- A Las Vegas il y a beaucoup d’arrosage pour les palmiers, pelouses… car la ville n’est entourée que de désert !

- Toue la vallée à Yosemite est très jolie, le paysage est féerique, il y avait là un ancien glacier et c’est de ces montagnes que SF tire la plupart de son eau potable : il y a un grand aqueduc alimenté par l’eau de deux lacs de retenue où il est interdit d’y nager, d’y pêcher et d’y faire du bateau (l’aqueduc fait presque 500 km). Bien sûr la ville de SF et son agglomération connaît des problèmes de manque d’eau.

- Dans le Jura, en France donc, c’est encore une belle journée en juillet avec environ 30°C la pm mais c’est lundi et ça reste dur de trouver du ravito, tout est fermé même les boulangeries. Et puis, pour l’eau, toutes les fontaines des villages sont polluées, c’est noté « eau non potable », de même sans doute pour les petits ruisseaux car on trouve de l’élevage (vaches, moutons) partout même sur les sommets à 1300-1500 m ! L’Homme et la pollution qui va avec sont partout (plus tard, au retour, en travaillant, on me dira qu’en fait il n’y a pas de contrôle de l’eau et donc on met systématiquement « eau non potable », où est donc la vérité ?).

- En NZ, dans l’île du nord surtout, il y a beaucoup de vignes nouvelles en remontant une vallée pendant 100 km environ, on voit toujours beaucoup de vaches, de moutons et de grandes fermes. Les paysages sont un peu décevants, il y a souvent des collines, assez hautes pourtant en altitude de 500 m, qui sont déforestées pour laisser place à des prairies pour les moutons ; les vaches sont plutôt dans les plaines. Il y a même de l’irrigation pour aider l’herbe à pousser… alors qu’il ne fait pas chaud… Il reste quand même de la forêt grâce à des zones de conservation et des PN (surtout dans l’île du sud) mais comment randonner à pieds maintenant avec des sources et ruisseaux où l’eau est non potable ! Ca en fait des kilos en plus sur le dos ! Les fermiers devraient avoir l’obligation morale au moins de nourrir et loger les randonneurs pour avoir mis à mal la nature qui permettait à l’Homme de se nourrir et de dormir à l’abri mais bon, c’est le vice de l’agriculture intensive dans les Etats « occidentaux » surtout.

- En Australie, NZ, et aux USA, il y a beaucoup de feux de brousses, ça fait beaucoup de fumées, de pollutions, de destructions des habitats des végétaux et animaux, beaucoup d’inconvénients. Cette pratique est difficile à comprendre.

 

L’assujettissement sociétal :

-Aussi, en NZ, on ne peut commencer à acheter du tabac qu’à 25 ans ! Mais on vote à 18 ans encore… Je crois que les gouvernements ne savent plus quoi faire comme lois et empiètent de plus en plus sur la vie privée des gens. Et dire que Jeanne D’Arc est morte à 18 ans et « libéra » Orléans à 17 ans ! Dans un temps où l’espérance de vie était de 30 ans alors que maintenant il faut attendre environ 25 ans pour commencer à travailler « correctement » et 30 ans pour se marier mais c’est la société de consommation, on passe son temps à consommer plutôt qu’à vivre…

- Dans les Etats « anglo-saxons » (pays nordiques de l’Europe, Amérique du Nord, Australie et NZ), il y a beaucoup d’œuvres caritatives, c’est bien mais je trouve que c’est aux gouvernements de s’occuper de ça, de plus c’est paradoxal, on aide ceux qui sont nés avec un problème « inné » (maladie du cœur congénitale chez les enfants par exemple) et on refoule aux frontières ceux qui sont nés avec un autre problème, sans l’avoir choisi aussi, la pauvreté… Africains, indiens… Monde cruel ! Par contre on trouve par exemple encore assez de financements pour créer un musée de la guerre dans une petite ville de NZ , les Hommes…, que de contradictions.

 

2) L’imprégnation de la société de consommation :

Les quelques jours de « repos » (avec la diarrhée) à Niamey sont assez durs, plus durs que ceux passés sur le vélo et sur la route, être enfermé entre quatre murs c’est vraiment trop long, aucun contact avec la population (la vraie), beaucoup d’hypocrisie dans les contacts apparents, ici les blancs vivent entre eux, entre quatre murs, pas de noirs à leurs tables. Pas de cosmopolitisme, les expatriés restent entre eux, même si j’en rencontre quand même qui vivent comme des africains et avec des africains. Aussi j’entends beaucoup de critiques sur l’Occident qui est le diable (c’est les USA le démon), pays où il n’y a pas de liberté, on dit que je n’ai pas le recul nécessaire, l’Occident est une société de consommation par excellence qui prouve son échec par la crise. Incroyable ! Ici les gens ne demandent pourtant qu’à vivre comme en Europe…, où il y a de quoi manger, des écoles, une santé, des biens de consommation qui n’existent pas ici ou qui sont très chers pour eux. D’ailleurs les portables venant de Chine sont abordables, beaucoup en ont, des routes se construisent bien sûr avec l’aide des occidentaux ou des chinois ou la Libye… qui attendent quelque chose en échange sans doute, bien sûr il faudrait un système international.

La crise vient de la responsabilité des banques, pas de la responsabilité des gens et de la consommation (on a le choix en Occident). On a la liberté de circuler, de voyager partout ou presque dans le monde, de ses opinions. Ici c’est très difficile de circuler hors de l’Afrique noire, pour un africain. Il n’y a pas de presse ni TV ni moyens d’en avoir alors qu’ils seraient plus libres. C’est dur d’y croire et de l’admettre, et les contrôles de police sur les routes ? Avec la pauvreté, les gens n’ont pas le temps de se soucier de ça alors que j’entends des « blancs » entrain de boire des bières et du vin (chers ici) critiquer le modèle occidental. Pourtant ici ils vivent comme les « riches », maisons en dur, piscine, voitures, ventilation, tout le confort à l’occidentale, la santé, la mutuelle en France, l’école française, accouchement en France, création de site internet pour vendre et acheter au Niger, travail avec des salaires comme en France dans un pays où la vie est beaucoup moins cher, au Niger…, beaucoup de contradictions : appareil numérique, carte USB, habits propres, machine à laver, ordinateurs… Quel décalage et ils n’abandonneraient pas leur nationalité française pour celle du Niger ?

 

Est-ce que les français sont libres ou non de choisir la société de consommation ? En ont-ils seulement conscience ? Maintenant la société de consommation a quand même permis de bonnes choses, sans devoir se préoccuper de la chasse et de la cueillette, ce qui poserait beaucoup de problèmes si tous les français faisaient ça en France (il y aurait beaucoup de conflits car il n’y a plus que des propriétés privées). Les Hommes ont pu faire des recherches, des créations et des inventions (car il y a plus de temps « libre »), c’est comme ça qu’il y a eu les voitures (pas forcément une bonne chose), qu’on a pu aller sur la Lune et dans l’espace, envoyer des satellites, gagner une espérance de vie plus grande (80 ans alors que c’est 50-60 ans dans beaucoup d’autres Etats dit du sud)… Sans doute y a-t-il du bon et du moins bon de chaque côté. Maintenant chacun reste libre, faut-il encore le « savoir », c’est le principal tant que la liberté ne nuit pas aux autres.

Quelques marocains essayent justement de profiter que l’on soit européen (une voiture neuve coûte 20.000€ à cause de la douane, me dit-on). Il y a un immense « gaspillage » en Occident et beaucoup de déchets alors qu’ici tout est récupéré. Des entreprises pourraient donc recycler ces déchets mais il faudrait que les normes soient internationales pour ensuite redistribuer des matières premières et créer des emplois, le tout pourrait être financé par la taxe Tobin et ces matières redistribuées à ceux qui en ont besoin. Le monde pourrait être bien meilleur mais il restera le reflet de la nature humaine avec une bonne inégalité entre riches et pauvres (« Europe forteresse »). Pourtant il y a beaucoup à faire dans ces pays et beaucoup à investir (éolienne, solaire…), mais il n’y a pas de normes et contraintes internationales équitables, chaque Etat garde en vue ses intérêts. Au final, ce sont les Hommes qui perdent. Le gaspillage, la pauvreté et l’environnement sont des problèmes liés qui ne peuvent être résolus nationalement, l’Homme disparaîtra, pas la Nature, et il faut un équilibre.

 

Exemples :

- Au Sénégal avant la frontière avec le Mali, ils sont entrain de refaire une route goudronnée sur environ 160 km avec le financement notamment de l’UE (un peu la Chine, le Japon et le Canada aussi), sans aucun doute avec des contreparties sur d’autres marchés. Ce qu’on peut regretter c’est que, pour ces pays dits « pauvres », on veut systématiquement leur faire emprunter les mêmes étapes que nous alors qu’il faudrait développer des énergies renouvelables et durables, adapter les structures sociales et sanitaires à ceux qui ont un mode de vie nomade…, penser l’avenir et les technologies du futur au lieu de panser les manques.

- Aux USA, on trouve beaucoup de centres commerciaux tout au long de la route, dans toute agglomération (société consumériste), il y a beaucoup de voitures et donc de pollution. On trouve très peu de transport en commun (je n’en vois pas aux USA!), la voiture est reine. Si tous les terriens consommaient ainsi, c’est sûr que La Terre n’aurait pas assez de ressources pour tous ! Il vaut mieux alors chercher à aller dans l’Espace ou bien innover pour trouver d’autres énergies ou faire la guerre pour se maintenir en « superpuissance ».

- En Nouvelle-Zélande, sur la route je revois des centaines de biches, cerfs, en pâtures, je demande alors à un fermier pourquoi ils font ça et si c’est pour la chasse ? Et oui, c’est bien pour ça, pour le plaisir de la chasse, alors qu’en plus ils perdent leur sentiment de peur et donc l’instinct de fuite, facile au fusil, ils devraient essayer avec un arc ? Ca donne l’impression de revenir au temps où  l’Homme blanc tuait les animaux sauvages pour son bon plaisir (comme les bisons), mais est-ce que ça n’a pas toujours été ainsi ? Aujourd’hui il existe aussi des voyages à l’étranger comme au Kirghizistan…, pour aller à la chasse, encore du marketing touristique.

 

II. Vers un futur plus réaliste ?

1) Vivre en symbiose avec la nature :

Les modes de vie naturels des anciens :

- Ayers Rock c’est comme un « gros cailloux » où un clan aborigène vit autour depuis des siècles, ils y tirent les ressources nécessaires pour vivre, pour se nourrir (comme il ya des sources) et tout autour il y a bien sûr des lieux sacrés (un peu comme le Mont Saint Michel, la cité de Rocamadour, la Roque Saint Christophe sur une falaise au bord de la Vézère où les Hommes avaient habités dans des habitations troglodytes et en bois jusqu’au XIXè s).

- En Afrique, je repense à l’art et parfois, dans quelques villages, 4 ou 5 fois pour le moment, je vois des ateliers de menuiseries avec des meubles (armoires ou portes) au moins d’aussi bonne qualité que celle que l’on trouve chez les menuisiers en France ! Depuis hier je fais une véritable cure d’oranges et de bananes ; j’essaye d’arriver à en prendre dix de chaque tous les jours, c’est un vrai bonheur ! Un délice, c’est seulement 25 CFA pour un fruit soit environ 25 fruits pour 1 € ! C’est produit localement, c’est très bon ; mais ici pas de contrôle, ni de taxe… et c’est souvent des enfants qui les vendent (comme les cacahuètes).

Ensuite, sur la route, je croise un burkinabais qui a sur le porte bagage de son vélo au moins deux stères de bois en montant un long faux plat, avec le vent de face, il faut beaucoup de courage pour faire une dizaine de kilomètres comme ça ! Ca me rappelle aussi mon arrière grand-père, en France, qui faisait en vélo l’aller et le retour entre Lens et Lille pour aller chercher des chaussures et les revendre ensuite ; beaucoup de choses étaient comme ici, en France, il y a 60 ou 100 ans en arrière (ce n’est pas si loin).

Je repense aussi à un site internet de personnes qui veulent faire un tour en Afrique pour visiter les parcs nationaux (où il faut prendre un guide) pour sensibiliser au sujet de l’environnement (ah le marketing occidental fonctionne bien). Absurde ? Vue la pauvreté ce n’est pas la priorité  ici et vue le mode de vie ce ne sont pas eux les pollueurs de la planète et je n’ai pas encore vu d’industrie (au Niger il n’y a qu’une cimenterie).

 

La difficulté de retrouver les états naturels 

- La route en Nova Scotia, au Canada passe souvent par de nombreuses baies et traverse de nombreux petits ruisseaux ou rivières descendant des hauteurs, je rencontre encore des cerfs blancs cachés dans les sous bois proche de la route (imperceptibles en voiture). En vélo, on est dans la nature, dans le vent, la pluie, la chaleur, on entend toute sorte de bruit (le vent contre les feuillages, les craquements dans les bois, le chant des oiseaux), on a plus souvent l’occasion de voir des animaux et leurs réactions comme d’entendre et mieux comprendre les humains aussi en ayant plus de temps pour voir des scènes.

- A Saint Lary, je reste environ 30’ à parler avec le laïc, amateur de vélo, qui s’occupe de la restauration de l’église, il vient de Narbonne et c’est un des seuls ici à être pour les ours, tout le monde semble contre et sur la route du tour de France, dans les Pyrénées, il y a au moins 50 inscriptions « non à l’ours », « à mort les ours, les loups, les lynx », « les ours à Paris »… C’est navrant de voir ça, quelle mentalité ! Comme dans les Corbières où tous semblent contre les éoliennes (association « cri du vent »), c’est vraiment dommage pour eux et quelle réputation envers les étrangers…

- En Afrique, sur la route je croise beaucoup de cyclos, pas pour le sport mais pour transporter toutes sortes de choses (bois, eau, bétail, canne à sucre, briques de terres…), sinon c’est avec des ânes. Ils peuvent faire 10-20 km comme ça avant d’arriver en ville. Ca prend beaucoup de temps pour le transport alors et souvent pour pas grand-chose mais c’est essentiel pour eux, pour vivre

Il y a encore beaucoup de métiers ici qui existaient chez nous il y a 100 ans mais qui ont disparu avec l’industrialisation. Les plus riches sont les épiciers et les fonctionnaires, j’ai même vu un épicier avec un PDA, c’est la classe moyenne ici, même si ça reste relatif et pauvre. Il n’y a pas de mécanisation dans les champs et il y a très peu de clôtures, aussi on voit souvent des bergers (qui peuvent être très jeunes, 6 – 8 ans) et donc la population reste très rurale (80%).

- Dans le nord-ouest du Mali, le parcours se fait sans beaucoup de rencontre, il y a très peu d’habitants dans ces régions arides mais on trouve toujours des chèvres, brebis, vaches, ânes… un peu partout ; beaucoup d’herbes sèches très bonnes pour nourrir le bétail un peu partout aussi, c’est vraiment une agriculture bio ! Au sens vrai ! Et il faudrait que nous, pays « riches » les payons pour continuer dans ce sens et ne pas dévier dans une agriculture intensive comme chez nous où la viande, les légumes et les fruits n’ont plus de goût trop souvent ; il faudrait aussi les payer pour qu’ils continuent à transporter leurs marchandises en vélo (même si c’est pénible) et quand j’ai dit ça quelques fois on me riait en disant qu’ils préféreraient quand même avoir une voiture que d’être payés pour continuer en vélo, en âne ou à cheval… mais il faudrait essayer car ils protègent l’environnement, ce ne sont pas ces pays là qui ont fait de la Terre une décharge ou un enfer, la responsabilité incombe à la production de masse qui est, depuis les années 50 et 60, l’apanage des pays « occidentaux », pour produire toujours plus et intensivement.

Avant et après la ville de Didjéni où je prends un ravito, je croise aussi une bonne vingtaine de charrettes tirées par des ânes. A Didjéni il y a aussi  de nombreux camions, c’est le jour de grand marché sans doute et chacun va vendre ses affaires, c’est impressionnant ce cortège de charrettes ! Il y a aussi beaucoup de vente de bois, en bord de route, peut-être au détriment de la savane et au risque d’accroître la désertification ; avant l’entrée en ville je croise des policiers qui ont du mal à croire que je m’en vais au Niger et l’un d’eux me demande si je suis marié (non) et il me dit que peut-être je pourrais me marier ici.

Le soir je rencontre sur la route des enfants qui rentrent à leur maison, ce sont des amis, ils sont trop sympas sur leurs vélos très raccommodés, heureusement que le vent est de face pour ne pas que j’aille trop vite, on fait 5 km ensemble et j’apprends ainsi quelques mots de Bambara (« inche » = merci ; « kembe » = au revoir et « inse saroma » = bonjour).

 

2) Vivre dans un monde alliant mode de vie « authentique » et hautes technologies :

Rester ou partir vivre dans la Nature ? Mais nulle part on est tranquille, je préfère donc rester en France et dans le Haut Quercy pour essayer de sensibiliser au respect de l’environnement et à des solutions alternatives qui en fait n’en sont pas puisqu’elles sont celles d’avant ! Ca ne sert à rien de fuir car tôt ou tard on se fait rattraper.

Le problème est que plus on attend plus ce sera dur de revenir à un monde authentique à cause du problème croissant des ressources naturelles qui disparaissent suite à la pollution ou à la surproduction… ! On ne trouve bientôt plus de poissons dans les rivières (en dehors des poissons d’élevages remis dans les rivières à l’occasion de la période de pêches) comme aux abords des côtes maritimes et dans les océans. Il faudrait donc y parvenir par pallier afin de laisser le temps nécessaire à la régénération des ressources naturelles réduites ou disparues :

 

- Au moins au début, ça devrait être obligatoire de prendre le train et il devrait y avoir un parking gratuit et surveillé avant l’entrée dans les grandes agglomérations. Après, chacun devrait pouvoir se déplacer par des moyens non motorisés, sauf exceptions (personnes handicapées ou atteintes de maladie…).

- En passant le Sahara occidental, la nuit, un brouillard s’est levé, c’est incroyablement magique, seul dans ce désert, au bord de l’océan, à l’écoute des vagues, dans la brume. Bien sûr je suis certain que l’on pourrait installer des bâches en plastique pour récupérer l’eau et ainsi irriguer des cultures à la faveur de ces nuits fraîches ici dans le désert, l’eau serait stocker dans des citernes, dans le sol où c’est moins chaud, et redistribuée quand nécessaire, bien sûr on pourrait sans problème installer des panneaux solaires.

- On pourrait très bien créer des emplois dans des secteurs qui n’existent pas ou n’existent plus. En imaginant que la voiture ne soit plus permise, cela veut dire la création de « boutiques » et l’implantation d’artisans dans les villages et petites villes comme autrefois, la réouverture de services publics qui s’étaient centralisés (soit disant pour diminuer les coûts mais en fait c’était encore le particulier qui devait payer son essence pour joindre l’administration… La fin de la grande distribution serait remplacée, comme auparavant, par des marchés « bio » (ou plutôt des marchés sans produits chimiques ou transformés) sur les places de villages. Lorsque je prends des petits ravitos, c’est très cher dans les petites épiceries des villages de montagnes : deux fois plus que dans un supermarché de ville, pour les mêmes produits, pourquoi ne prennent-ils pas des produits bio d’agriculteurs du coin ?

- On trouverait encore une forte augmentation des emplois dans les domaines du textile en interdisant les produits plastiques que l’on utilise dans la confection des vêtements, sans doute encore une origine des allergies et eczémas, et en taxant fortement les produits importés en France et en UE venant de « loin », le but étant de favoriser le commerce local et de ne pas créer des aberrations.

- Des métiers « disparus » ou devenus rares seraient de nouveau indispensables : forgeron, maréchal-ferrant, gardien d’écuries et relais pour chevaux et vélos, tailleur de pierre, ouvrier agricole (n’est-il pas plus honorable dans une société non polluante et allergique aux produits chimiques que de travailler la terre pour nourrir sainement ses semblables ?).

- Des métiers « nouveaux » verraient aussi le jour, il faudra beaucoup de personnes travaillant dans les domaines des énergies renouvelables comme dans les transports (création et amplification des réseaux de tramways, de chemins de fer, de pistes cyclables, balisage et entretien des chemins…), les énergies dites « vertes » (éoliennes qui ne sont pas plus « moches » que des pylônes de ligne haute tension, panneaux solaires, recyclage des déchets…). Bien sûr il faudra aussi viser l’objectif nécessaire de décroissance et de dénucléarisation totale au plus tôt.

 

Tout ceci permettra aux personnes de faire de nombreuses économies dans des dépenses couteuses qui étaient profitables aux vendeurs d’énergie dont les profits sont finalement peu taxé en France (Total ne paye pas d’impôts sur les sociétés en France) ; de plus, grâce aux réseaux sur internet et par une vente par correspondance « ciblée » (seul certain produits pourront être vendus par correspondance pour éviter d’utiliser des transporteurs, ceux-ci seront d’ailleurs obligé d’utiliser le rail) c'est-à-dire par exemple l’envoi de plans d’un produit manufacturé fabriqué dans le sud de la France, par internet, à une entreprise pouvant créer des produits semblables (système de brevetage) dans le nord de la France ou aux USA…

Enfin, il faut absolument appliquer une taxe « Tobin » sur les transactions internationales, ainsi que sur les profits des actionnaires qui sont faits au détriment d’augmentation de salaires et d’investissement, le profit des actionnaires devra être limité.

 

 


 

Section 2 : Des apports « géopolitiques » :

 

Le voyage permet de faire des rencontres dans différents pays, de mieux appréhender les problèmes qui peuvent y avoir en sachant bien que chaque voyageur aura et peut avoir un autre avis du fait d’expériences différentes, heureusement.

L’Afrique a eu un grand rôle sur les émotions plus que n’importe quel autre voyage et on y apprend beaucoup, notamment l’humilité, qui reste à travailler jour après jour et ce n’est toujours pas facile.

Partout on rencontre des gens fiers de leur pays, heureusement, mais aussi ouvert aux autres et au monde, aux étrangers. Partout on peut recevoir même sans donner par simple hospitalité qui est sans doute une règle « d’or » de l’humanité et de l’humanisme tout simplement. Cependant partout on trouve aussi de la violence notamment dans les zones surpeuplées, des risques de corruption et d’autorité sans légitimité ou outrepassant celle qui leur a été octroyée. Certaines règles pourraient s’élever à un niveau supérieur pour garantir à tous la liberté de choix tout en protégeant l’ensemble et en préservant les différences.

 

1. Pauvreté et richesse de l’Afrique

L’Afrique est un continent « complexe » et il y a une grande diversité culturelle, beaucoup de traditions, d’ethnies… Même si je ne suis « passé » qu’en Afrique nord-occidentale lors de deux parcours et en seulement trois mois, certains problèmes se vérifient au gré des évènements : coups d’Etat, guerres… Les deux petites traversées dans ces contrées ont aussi plus que toute autre traversée permis de se poser un grand nombre de questions dont les réponses sont très contradictoires, y en a-t-il seulement ? Elles ont aussi permis de relativiser beaucoup de choses que l’on trouve ici, en Occident, notamment le confort et de nombreux mécontentements « populaires ».

Il n’y a pas vraiment de règles avec les autorités, 80% de la population est analphabète dans le Sahel, c’est donc la coutume locale qui prime plus que les lois ou les règlements que les gens ne savent pas forcément lire ou comprendre. De plus les frontières correspondent très rarement aux anciennes tribus et ethnies qui peuplent ces territoires ; chaque peuple peut ainsi vivre dans deux ou trois Etats différents ce qui provoque forcément des tensions, de la corruption et du favoritisme, certains peuples ne sont même pas sur un territoire contigu, d’autres sont nomades.

L’humanitaire a aussi ses côté négatifs, ça ressemble à des ONG indépendantes mais chaque ONG a une « nationalité » et donc ça favorise certains Etats (si une ONG française est présente c’est un peu comme si c’était une entreprise française).

Il n’y a que très peu d’éducation (les enfants sont 70 par classe et souvent ils chantent), on ne trouve pas de formations sauf dans les grandes villes (les capitales) comme pour les soins et le travail. D’ailleurs ils ne ressentent aucun effet de la crise économique ici, même s’il y a des multinationales, beaucoup des employés sont aussi « occidentaux », il y a très peu d’investissements étrangers (ces pays sont aussi trop instables : coups d’état, assassinats, corruption… et les lois mêmes constitutionnelles changent trop souvent pour qu’on s’y retrouve), les populations locales ont aussi leurs coutumes et leurs façons de faire, c’est assez difficile de changer des mentalités et un mode de vie qui dure depuis des millénaires. Les entreprises ne font pas de cadeaux, et si ça ne leur convient pas, elles vont ailleurs, ce n’est pas à elles d’éduquer ou de construire des logements… Pourtant je reste à la fin de ce voyage sûr qu’il y a assez de ressources pour tous, il faut innover, recycler et en rechercher des nouvelles. Aussi dire qu’il n’y a pas de ressources sur Terre pour tous et que les Etats occidentaux feraient exprès de maintenir ces populations dans la pauvreté sonne faux, pourtant au début de ce voyage je croyais que c’était peut-être une des causes (inconsciente) de la persévérance de la pauvreté dans ces pays mais cette vue n’est pas suffisante.

Les maures avaient conquis l’Espagne. On ne le croirait pas vu le niveau de développement de la Mauritanie maintenant. De même que de Tombouctou jaillissait un grand empire malien, il y a plusieurs siècles, beaucoup de choses et de savoirs ont été perdues, comme au temps du Moyen-âge en France, après la chute de l’empire romain, il a fallu patiemment attendre la « Renaissance ».

 

1.1. La difficulté d’être de couleurs :

- Lorsque j’arrive à Tan-Tan j’entends alors que je suis encore sur le vélo, j’entends déjà dire « bonjour le riche », c’est dommage les préjugés à cause de la couleur de peau… Ca empêche beaucoup de choses ici comme ailleurs. Mais en général les commerçants sont honnêtes. A Tan-Tan, les hôtels pour occidentaux sont à l’extérieur de la ville, pour des raisons de « sécurité » mais ce n’est pas bon de couper les liens entre les habitants et les touristes et forcément les marocains savent que les séjours touristiques valent une « fortune ». Ici c’est bien le désert même s’il y a des cultures de pommes de terre sur plusieurs hectares avec un peu d’irrigation. Guelmin est une jolie petite ville, de même que Tan-Tan où je dors le soir dans un petit hôtel du centre (pour 3€), encore le seul européen, les autres sont dans des hôtels plus « classiques » et 10 fois plus chers. Avec la barbe et mes habits, une fois le vélo posé, je passe inaperçu, sauf quand je parle bien sûr, et on ne me demande rien alors. Je prends aussi un bon repas pour seulement 4€ (deux fois le même tajine : poulet, sauce, riz…, c’est très bon, à manger avec la main droite, ça fait longtemps que je n’ai pas pris autant de forces).

- Dans la traversée du Sahel, il y a beaucoup de demandes d’argent, dont les facteurs responsables de ce phénomène sont divers et complexes. Deux fois je demande pourquoi moi et pas un autre en montrant la mobylette d’un nigérien et ils me répondent, « t’es blanc ». Encore. Les préjugés, j’aurais pu facilement donner 6.000€ de cadeaux sur ce trip ! Le voyage aurait coûté cher… Il y a aussi beaucoup moins de « pssit » ou de « hé monsieur » qu’il y a un an, c’est plus tranquille, quand ça arrive je n’y prête pas attention car ces appels se font uniquement à cause de la couleur de la peau qui est synonyme ici d’étranger et donc de riche (c’est vrai qu’ici le salaire et les conditions pour le droit du travail n’ont vraiment rien à voir avec celles en France, tant qu’elles durent), c’est un peu discriminatoire, sûr, du racisme ? Peut-être qu’ici sans éducation ils ne savent pas trop ce que c’est et dans le fond il n’y a pas de racisme, juste que c’est rare d’en voir passer un « blanc » en vélo et c’est l’occasion (on ne sait jamais).

- Je ne vois pas beaucoup de touristes depuis le départ, seulement deux couples en 4x4 récentes en shorts et tee-shirt entrain de s’affaler en bord de route sur leurs voitures : bel exemple pour confirmer la réputation qu’ont de nous les africains à savoir « tous les blancs sont riches ». Pourtant je vois énormément de 4x4 ou Mercedes ou BMW conduites par des noirs mais à eux on ne demande pas d’argent (on me dit que ce sont des émigrés qui reviennent au pays ou des fonctionnaires). Enfin toujours est-il que c’est plus facile d’embêter les touristes que les maliens riches (où il y a un risque de « représailles » peut-être ?). Lorsqu’on me dit « le blanc », il arrive parfois que je m’arrête pour dire que c’est du racisme de dire ça ; ils sont d’abord étonnés puis quand je leur explique ils s’excusent mais ils semblent toujours avoir dans leurs yeux la peur du blanc et de l’ancien colonisateur même si personne de ma famille a été là-bas au temps des colonies, la fin de la colonisation a eu lieu depuis un moment aussi et eux comme moi sommes nés bien après. Il y a bien des maliens en 4x4, Mercedes… et des blancs qui meurent de froid dans la rue et dorment dehors… en France (quand je dis ça aux africains soit ils me regardent sans réactions soit ça les fait rire et ils ne me croient pas). Ils me disent aussi que chez eux ils sont africains et pauvres, je leur réponds qu’en France il y a 6 millions d’africains et qu’on ne leur dit pas le noir… Et dire « tous les blancs sont riches ». Près de Bamako, Aly me disait que pendant un moment l’école était obligatoire mais plus maintenant, ils ne sont donc pas près de se développer maintenant s’il n’y a plus d’école. Ils ont peu de diversité en nourriture alors que la terre est très fertile sur une bonne moitié du Mali et il y a aussi beaucoup de ressources minières.

 

 

 

 

1.2. Problème de manque de matières premières agricoles et de l’exportation des ressources naturelles :

Les Etats de l’Afrique nord-occidentale ont toujours conservé, volontairement ou non, un lien important avec leur ancien colonisateur, la France. De plus ces Etats connaissent parfois malgré eux un déficit de production agricole pourtant très importante pour nourrir les populations. On attend donc les investisseurs souvent et l’espoir surtout.

 

1) La France-Afrique :

Alors que mes rayons se cassent les uns après les autres, dans le Sahara occidental, je décide de faire du stop tout de suite et après à peine 5 km à pieds un camion s’arrête et le conducteur me propose de m’amener plus loin où il ne restera que 30 km pour Dakhla. Il y a beaucoup de 4x4 française ou italienne mais aucune ne s’arrêtera pour m’aider ! Le camionneur marocain revient d’Agadir et va chercher sa cargaison de tomates qu’ils exportent ensuite en Europe et en France. Il trouvait ça bizarre, un vélo accroché sur le sac à dos, on met donc le vélo sous le camion (là où on met normalement le pneu de rechange). Ces tomates sont cultivées à 40 km de Dakhla pour ne pas qu’on les vole et par irrigation (avec l’eau de pluie) et sur plus de 50 ha. Un kg d’orange vaut ici 2 Dh, soit 20 cents !). Bien sûr quand on est occidental les prix peuvent varier. A la fin  de la course je veux donner 10 Dh pour la route mais il croit que c’est moi qui lui demande et il est près à m’en donner 10, je dis que ça va et le remercie bien. Au croisement avec la piste où il me dépose, on croise les cueilleurs de tomates ! C’est alors qu’ils me proposent de rentrer avec eux jusque Dakhla, je reste un moment le soir avec Abdel Kadair, un gars très bien, chef mécano, ce qui lui vaut un salaire mensuel de 3000 Dh (soit 300€) mais il en donne déjà 1000 tous les mois à ces parents, âgés, qui habitent Midelt et qui ne travaillent plus et n’ont pas de retraites bien sûr. Il vient juste de se faire cambrioler, sa porte est défoncée et il doit donc racheter des clous pour remettre son petit verrou, pas besoin d’appeler la police, ils ne servent à rien ici me dit-il, d’ailleurs dans la camionnette je passe tous les barrages sans aucun contrôle (on me confond très bien en berbère). Il cherche aussi à venir en Europe même quand je lui explique que la vie est chère ; un 1er visa lui a déjà été refusé pour l’Allemagne.

Avant Bou Lanouâr je croise un mauritanien qui avait travaillé pendant plus de 20 ans en France, il est revenu en Mauritanie et je lui demande pourquoi il n’est pas resté en France, il me dit que c’est son pays et qu’il y a beaucoup à faire, je suis bien d’accord avec lui et il ajoute qu’ici les mauritaniens ne sont pas des grands travailleurs, c’est aussi ce que je remarque malheureusement, l’espoir manque cruellement ! La nuit j’entends plusieurs fois le long train passer sur la seule ligne de chemin de fer, construit à l’époque coloniale, entre Nouadhibou et Zouérate où il y a des mines de cuivre (pour l’exportation vers l’Occident), il sert aussi au transport de personnes, tout est mélangé, ça avance doucement et le train est long (on ne voit pas l’avant et l’arrière du train en même temps). Bien sûr beaucoup de ses ressources minérales sont exportées. Le problème en Afrique vient aussi peut-être de l’absence ou en out cas du manque d’éducation, d’enseignements, de recherches et donc aussi d’innovations. C’est peut-être le plus important dans une société avec la santé pour se développer car, sans Constitution internationale, chaque Etat est en compétition avec les autres Etats.

Un soir après Koupéla au Burkina Faso, je parle 1h avec un jeune de 15 ans que je croise alors qu’il revient chez lui en vélo, il est en seconde et va à l’école que son père lui paye grâce à sa retraite qu’il touche pour avoir travaillé pour une société française en Côte d’Ivoire avant que tous les expatriés, il y a quelques années, aient du rentrer en France suite au vol, pillage… de leurs maisons et aux émeutes ivoiriennes. Il est souvent d’accord avec moi pour ce qui est du développement de l’Afrique et il espère aller jusqu’au bac puis à l’université en France pour y rester, c’est dommage que la plupart des africains qui aient des connaissances souhaitent venir en France. Et oui, ainsi leur pays ne changera peut-être jamais. Il dit aussi qu’on est riche grâce à la traite des noirs et au commerce triangulaire, je ne lui dis pas mais ça fait 150 ans que l’esclavage est aboli, il y avait aussi des esclaves blancs à certaines périodes de l’histoire, les ethnies africaines étaient aussi en conflit entre elles et « offraient » des esclaves aux blancs, elles en avaient elles-mêmes aussi et les ethnies africaines étaient bien indépendantes avant l’arrivée des français. Le Burkina est indépendant depuis 50 ans maintenant et la colonisation n’a pas duré des millénaires.

 

2) L’agriculture :

S’il y avait plus d’irrigation et de possibilité de moyens de travailler la terre…, l’agriculture serait très riche. L’Afrique a au moins autant de richesses que l’Amérique du nord ou la Russie ou la Chine mais bien sûr les « occidentaux » se partagent le gâteau en quelque sorte par les organisations humanitaires et autres multinationales (avec une concurrence de plus en plus forte de la Chine qui s’y intéresse de plus en plus). La terre ici est très fertile, on trouve beaucoup d’eau sous ces terres, en rentrant d’ailleurs en France, je lirais dans un livre sur les déserts que les principales réserves d’eau douce se trouvent sous les déserts du Sahara ! Ce serait donc apparemment des régions très fertiles mais peut-être n’y a-t-il pas assez de formations et de volonté des politiques pour penser ce développement et aider dans ce sens. C’est sûr ici, sans enseignements, la plupart n’ont pas les connaissances générales et peut-être pratiques et donc c’est difficile sans le soutien politique de garder un espoir. De même pour les commerces, c’est assez mal présenté, on ne sait pas trop qu’est-ce qu’on trouve, il n’y a pas de panneaux bien lisibles, ça semble ridicule car sans doute ce sont toujours des gens « du coin » qui viennent faire des achats.

Les parcelles cultivées restent assez rares, pourtant la terre est bonne mais elle semble surtout laissée pour l’élevage, l’agriculture c’est juste pour leurs besoins. Ca pousse très bien dans les zones de cultures que j’ai pu observer, le plus souvent près de lits de rivières plus ou moins humides, c’est aussi souvent là qu’ils fabriquent leurs briques de terres et d’argiles. C’est tout de même dommage car beaucoup de personnes ne travaillent pas (bien sûr certains travaillent très dur, comme chez nous il y a plusieurs décennies) mais ils ne font rien, ils n’embellissent pas la ville ou ne nettoient pas les déchets au bord de la route… Ce sont des choses simples qu’ils pourraient faire mais non, il reste là, à l’ombre, à attendre… Je n’ai toujours pas vu d’art d’ailleurs, mis à part sur l’arrière de certains camions où il y a quelques « peintures », ça fait du bien de voir ces quelques dessins ; et on trouve aussi dans certains villages de très beaux meubles en bois, il y a donc de bons menuisiers !

Les terres sont bonnes, un peu d’irrigation, une bonne gestion des ressources… et tout pousserait grâce à la saison des pluies et à la saison sèche, en alternance, mais très peu de terres sont cultivées, ce n’est pas dans la tradition (beaucoup sont ou étaient nomades). L’agriculture, c’est sans doute la base de toute économie, et ça ne demande pas de gros budgets pour commencer. Dans une boutique à Ouaga, je dis qu’il fait bon ici, l’épicier répond « les prix » (décidément, très matérialiste par ici), je réponds « non, il fait moins chaud ». Ici tout est importé, rien n’est produit au Burkina Faso, comme au Mali, pourtant les terres sont bonnes mais elles sont peu cultivées, l’épicier me dit qu’il manque l’argent pour commencer…, toujours le même discours et je laisse tomber, l’argent pour commencer, comment ne pas éclater de rire devant ce constat, il n’y a pas besoin d’argent pour faire pousser des légumes, planter des arbres fruitiers, produire du lait et faire du fromage… Alors l’argent était présent avant les légumes et les fruits… c’est fou ? Ca résume bien la mentalité africaine ? Rien à voir avec celle des européens et des américains ou des asiatiques, c’est le travail qui fait qu’on produit et qu’on gagne de l’argent, pas l’argent qui produit le travail et les légumes après ! Ici, il semble qu’ils attendent qu’on les paye pour commencer à travailler. En France, les jours fériés, les congés payés, les retraites… sont arrivées après que des générations d’Hommes aient travaillé, créé des richesses, des produits, de l’innovation… (il n’y avait pas de vacances il y a 80 ans ni retraite ni sécurité sociale ni chômage), après les générations suivantes peuvent en profiter. Pour les africains, il faudrait commencer par le tertiaire, c’est d’abord par l’agriculture qu’il faut commencer bien sûr ! Puis les industries, puis les services, et pas le contraire.

 

3) L’attente d’investisseurs :

A la sortie de Bamako, pendant une pause ravito, je parle à un ingénieur en génie, on parle de l’économie, du développement… Il me dit que je devrais venir ici faire des investissements mais je lui réponds que ce n’est pas mon pays mais que j’espère qu’il y aura une meilleure coopération avec l’UE… et que le développement doit venir du Mali et des maliens en priorité, il me demande si je vais écrire un livre, je lui dis que non, à priori, car ici nul africain ne pourrait le lire, et si je devais être amené à en faire un alors je referais le même trajet ici en Afrique pour faire une exposition « ambulante » dans les villes et villages où je suis passé… Chose que je ne suis pas certain de pouvoir faire moi-même, en fait, mais peut-être en « sponsorisant » d’autres ?

Ah, l’Afrique comprendra-t-elle un jour ? Les blancs sont aimés pour l’argent qu’ils peuvent donner mais beaucoup de préjugés qui peuvent vite se transformer en haine et donner des actions violentes comme en Côte d’Ivoire à Abidjan ou au Tchad à N’Djaména. Les français sont bien plus gentils envers les gens d’origine africaine qui viennent travailler… en France et je me demande s’ils se rendent bien compte de la chance qu’ils ont, ici. Beaucoup critiquent la colonisation mais, paradoxe, beaucoup veulent venir en France, ah, les Hommes !

En Afrique subsaharienne on vit aujourd’hui presque comme il y a 100, 1.000 ou 10.000 ans, dans des huttes en brique de terres, quelques unes, très rares, faîtes en pierre. Y a-t-il déjà eu des recherches, des innovations, des grandes routes commerciales ? En Europe, en Chine, en Iran, en Amériques du sud, en Egypte, au Mali..., il y a eu avant l’époque de la colonisation de grandes civilisations (guerrières donc) grâce aux échanges, au commerce… et en corollaire des constructions imposantes et importantes en pierre, et donc plus d’éducation, de développement… (les aztèques, incas, mayas, romains, grecs, perses, arabes, les commerces de la soie, des épices… et des monuments comme les pyramides, les cités en Siam, les cités grecques et villes romaines, abbayes, cathédrales…).

La colonisation et l’après-colonisation ont surtout été comme un choc entre civilisations et créent maintenant des envies auprès des populations africaines, ainsi beaucoup veulent venir en Europe et en France. Comme en Amérique du Nord, dans les ghettos, c’est la même chose un peu ici, il n’y a pas toujours du courage et la volonté de travailler, pourtant la terre est bonne et il y a des richesses naturelles ; ainsi, les multinationales qui parlent d’OGM pour l’agriculture dans les pays pauvres offrent là une belle hypocrisie, un système vicieux d’engrainer des dettes des populations locales.

 

1.3. L’Afrique, aussi matérialiste que l’Occident ? Est-ce le propre de l’Homme ?

Cela se traduit par différents phénomènes mais pas forcément ceux qu’on retrouve en France.

 

1) Le marchandage, coutume locale ?

Il faut souvent marchander et on passe beaucoup de temps pour la moindre transaction, c’est assez ennuyeux et matérialiste finalement. Souvent aussi pendant ces transactions, comme on est européen, quelqu’un vient, parfois plusieurs personnes, autour de soi, pour voir comment ça se passe (souvent des hommes à casquette dont il faut toujours se méfier). Il ne faut bien sûr jamais montrer le porte monnaie avant de connaître le prix et de payer. Aussi des commerçants essayent fréquemment de vendre plus cher, au prix européen, alors que les produits ne sont pas de la même qualité et quantité. Quand ça bloque j’achète quand même car il faut bien manger sauf s’il y a un autre commerçant alors je vais voir si c’est pareil (souvent non, le 2ème est mieux et les prix chutent), ça prend donc du temps de marchander.

 

2) L’agressivité ?

Sur cette planète les humains sont vraiment bizarres et bien plus sauvages et dangereux que les animaux qui eux sont libres, l’Homme vit dans une prison qu’il s’est lui-même forgé et il cause de lui-même cette violence sans but, gratuite. Aucun ours ou loup n’attaquerait sans raisons. Enfin, c’est aussi de ma faute, lors de cette « altercation » à Saint Malo, je n’ai pas respecté deux règles essentielles : ne pas dormir dans une ville de plus de 5.000 habitants sauf dans des zones commerciales ou industrielles ; et ne pas rester trop longtemps avec des alcooliques sinon ça dégénère toujours. Et là, contrairement à ce que j’avais cru, dans la cité historique il y avait beaucoup d’alcooliques à cette heure tardive. D’ailleurs ça s’est passé sur une place où il y avait une trentaine de personnes et aucune n’a bougé, comme d’habitude en France. On trouve beaucoup plus d’agressivité en Europe qu’en Afrique où c’était plus calme. Beaucoup d’européens sont nerveux au volant, en faisant la queue dans les magasins… Quelle nervosité alors que les africains (ou les américains et canadiens des Rocheuses) sont plus cools. Les africains auraient beaucoup plus de raisons d’être envieux et agressifs envers le touriste, et même s’il y a beaucoup de demandes et sollicitations d’argent, il n’y a jamais eu d’insistance exagérée… Ah, l’argent, la jalousie inexpliquée, incompréhensible, l’absence de courage, la lâcheté (prêt à se mettre derrière l’autre), c’est tout ce que les hommes veulent, ils n’en n’ont jamais assez et c’est triste quand ils en veulent et ne font rien pour en France, ils n’ont qu’à étudier à l’école, en Afrique ce n’est pas possible…

 

3) Les sollicitations ?

A la frontière entre la Mauritanie et le Sénégal, on trouve des vendeurs à la sauvette, nombreux sont ceux qui vendent de tout et du n’importe quoi, comme je suis blanc et européen, c’est comme les moustiques ou les chiens, je suis constamment entouré et coursé malgré mes conditions de voyages archaïques. A force, on me demande sans cesse pour acheter et je ne réponds plus aux harcèlements continuels alors on me dit qu’ils sont aussi des humains, peut-être mais sans aucun doute la pauvreté leur empêche d’être digne.

Il y a toujours quelques demandes d’argent qui restent sporadiques et auxquelles je ne réponds pas en général, ça ne changerait rien, sinon 5 ou 10 personnes verront que « le blanc » a donné de l’argent et au prochain « blanc » ce sera d’autant plus de personnes qui demanderont de l’argent. Pourtant la terre est bonne ici, tout pousserait, les fruits, les légumes (maïs, riz, blé) grâce à la saison sèche et la saison des pluies mais il faudrait peut-être les graines, on me dit que c’est trop cher, donc c’est impossible sans investissements. Ensuite tous les produits alimentaires finis viennent d’ailleurs (conserves, boissons, eau…) et comme le Burkina Faso n’a pas d’accès à la mer tout est plus cher ici à cause du transport et des intermédiaires (plus qu’au Mali, environ 100 FCFA de plus pour une bouteille d’eau…, comme pour la mayonnaise, les olives, les conserves), c’est le même prix qu’en France, voir plus cher pour les boissons.

Quand on me demande de l’argent, je dis parfois qu’on le fait 200 fois par jour, on me le demande à cause des préjugés qu’ils ont sur les blancs, encore la couleur de peau, stigmate favorable aux discriminations et au racisme, ah, les Hommes. Une fois, une dame qui apparemment ne parle pas français veut mon sac, je lui demande alors sa montre, son collier, bracelet et boucles d’oreilles (montrant que je n’en possède pas), ça la vexe, ici ça étonne beaucoup quand un blanc demande de l’argent… Ils sont trop habitués à l’humanitaire et ils pensent peut-être que rien ne peut changer même si certains assument très bien leurs traditions, ne se plaignent pas, et ne demandent pas. Il y a un an, je me disais que le voyage en direction de Dakar était ridicule et absurde devant de telles situations, maintenant sur ce trajet dans le Sahel je trouve ça comique presque, comme si donner 1€ à 6.000 personnes pouvait changer la situation où ils se sont mis et ça ne changera pas ni les structures ni les mentalités.

Pour les demandes d’argent, ça se limite très souvent qu’aux enfants qui sont très nombreux mêmes dans les villages (contrairement à chez nous en France où il n’y a plus que des personnes d’un certain âge, trop souvent malheureusement, dans nos campagnes). Beaucoup d’enfants ne vont pas à l’école car il n’y en a pas et ils doivent aider pour le travail…, même très jeune, parfois à 6-8 ans déjà (comme en France il y a 70 ans)..

Après Ouaga, la région est encore bien plus pauvre qu’entre Bobo et Ouagadougou, les gens travaillent peu mais certains sont quand même très courageux sur leur vélo ou avec leurs ânes avec de bonnes charges mais beaucoup de tire au flanc et d’ « idiots du village » alors que la terre est encore excellente pour les cultures. La population est très rurale, on est donc rarement seule et « tranquille ». Il n’y a vraiment que le soir que je peux me poser, dans la savane, pour être tranquille, les demandes d’argent sont d’environ 100-200 fois par jour (mais il y a aussi autant de signes d’encouragement). Il y a souvent des enfants mendiants aussi qui restent 5’ à me regarder mais après avoir lorgné ma saleté, ils se rendent peut-être compte que je ne donnerais rien et s’en vont.

 

Exemples :

- Le 25 décembre, au Sénégal, il y a beaucoup, énormément, de demandes d’argent en bord des routes de la part de toute la population. Lorsque je prends un ravito dans un village, il y a vite 10 enfants à côté de moi attendant des « miettes » jusqu’au moment où un sénégalais adulte vient leur dire de me laisser tranquille et de s’en aller. C’est bizarre ici, même après un mois sans douche, je ne sens pas mauvais alors qu’en Europe après 5 jours je commence à sentir.

- Il y a toujours autant de demandes d’argent tout le long de la route, au Sénégal, les femmes dans les champs courent parfois après moi pour venir me dire bonjour… Une autre fois, je vais chez un commerçant pour acheter le ravito et il me demande 8.000€ ! Comme si j’avais cette somme ! Une femme vient et me demande « où est l’argent », puis l’épicier me demande d’acheter une bouteille d’eau pour sa mère malade qui est apparemment en bonne santé, juste à l’extérieur de son « magasin ». La pauvreté pousse à des demandes absurdes

- Une autre fois, encore, je m’arrête après 20 km pour un ravito et le très jeune commerçant me dit tous les blancs sont des richards, il y a tout un groupe de jeunes à attendre car ils me disent « il n’y a pas de travail », et on me demande ma nationalité, je dis alors que je suis sénégalais et ils sont morts de rire, je me demande alors si j’avais eu la même réaction en France alors ne m’aurait-on pas dit que c’est une attitude raciste (il y a bien des français d’origine sénégalaise, rien que le fait de demander leur nationalité aurait été mal vu).

Lorsque je repars, je croise un cycliste sénégalais, entrain de faire un long tour en vélo où il dort à l’hôtel ; il est surpris quand je lui dis que je dors dehors. Je roule un moment avec lui, c’est un professionnel sénégalais et il me demande aussi si je peux l’aider pour les papiers pour venir en France. C’est la fin du monde, ici les blancs sont des stars, signes de richesses et de pouvoirs, pour ma part c’est encore bien plus que je ne peux faire. Je roule avec pendant 40 km jusque Thiès, on le reconnaît parfois sur la route et avec lui personne ne me demande de l’argent mais une fois qu’on se sépare à Thiès, où il a gagné plusieurs étapes, les demandes d’argent recommencent et se font oppressantes. Et là j’en ai marre, ce voyage ne semble plus avoir aucun sens, j’hésite et, alors que je me dirige vers la frontière entre le Sénégal et le Mali, je fais demi-tour. Pour être sûr de ce que j’entends je m’arrête trois fois quand on me demande de l’argent ; la 1ère fois, c’est un petit, je m’arrête et il s’enfuit, il y a une épicerie, ça tombe bien et je prends un ravito, pendant ce temps je vois sa sœur et lui demande pourquoi il est parti, il a eu peur de moi, me dit-elle, peur que je le tape ! Puis il revient et ne me demande plus d’argent. Mince. La 2ème fois, c’est encore des enfants en bord des routes, je m’arrête et je demande de répéter, ils n’osent pas, ce sont 11 frères et sœurs qui sont là à attendre devant chez eux, la mère sort, on parle un peu et je leur dit au revoir. Je poursuis vers Thiès, la 3ème fois, c’est deux jeunes attablés, je m’avance et je demande pourquoi ils m’appellent, ils sont entrain de préparer et de fumer du haschich, ils me proposent de fumer avec eux, je les remercie et avant de repartir ils me demandent de venir investir ou de leur donner un contrat en France ou encore d’envoyer des photos de femmes blanches ou de donner de l’argent (ah, une rencontre intéressée quand même mais ce sont des adultes).

J’arrive à 19h30 à l’aéroport où on me demande pour acheter le vélo à 300€ ! Mais il n’est pas à vendre. Puis après avoir pris le billet, j’attends pour l’avion et un sénégalais se dit être mon ami et me demande donc mon mail (je donne n’importe quoi), il veut que je lui envois des photos et adresses de femmes blanches, que je l’aide à trouver des contrats pour venir en France…, et ça dure une demi-heure encore ce cirque.

 

4) La perversion consumériste ?

Finalement, pour la très grosse majorité, les africains et les pauvres ne veulent vivre que comme nous, dans une société de consommation, chacun est satisfait quand il arrive à satisfaire un minimum de ses pulsions consuméristes, si les africains le pouvait en Afrique alors il n’y aurait pas d’immigration et de racisme contre les noirs ou les blancs…

 

Exemples :

- 10 km avant Saint Louis je me pose et un sénégalais qui marche en bord de route reste avec moi pour parler, il m’annonce que des français ont été assassinés en Mauritanie, la veille, près d’Aleg, à l’endroit où j’aurais du me trouver si j’avais suivi la route prévue, il me dit aussi que les blancs sont les maîtres du monde, je lui réponds que si j’étais le maître du monde alors le monde serait bien différent. Il me propose de le suivre pour voir ses amis, même s’il a l’air sympa, je me méfis car il fume, bizarre, mais ici, comme au Maroc, ils trouvent l’argent pour avoir du haschich et un portable. On voit aussi beaucoup de pub pour Orange qui souhaite la « bienvenue », c’est aussi surtout pour les touristes, pour qu’ils utilisent leurs portables à l’étranger.

 

1.4. L’argent fait-il le bonheur ? Le décalage des normes sociales et des « niveaux de vie » entre l’Afrique et l’Occident :

Ces voyages en Afrique posent l’inéluctable question de savoir si nous, riches occidentaux, sommes plus heureux que les pauvres africains ? A cette simple question la réponse n’existe pas. Le plus important est peut-être d’avoir le choix ! Ce qui n’est pas le cas en Afrique pour une très grande majorité des habitants.

 

1) Le prix pour entretenir l’Histoire, confort vs authenticité ?

Lorsqu’en début d’après-midi j’arrive à Saint Louis où je veux rester un moment pour voir cette ville classée à l’UNESCO et aussi pour prendre un bon ravito et récupérer aussi d’une diarrhée (qui se calme maintenant) que j’ai eu après Nouakchott, il y a deux jours. Après que deux personnes me demandent chacune au moins 10 fois pour me trouver un hôtel, j’arrive à m’en débarrasser (je leur dis qu’en Europe je cherche moi-même…) et je trouve une petite auberge où il n’y a que des européens cependant je fais de bonnes rencontres avec des gens très ouverts et parfois trop gentils ! Il y a un espagnol qui parle très bien français avec qui je vais manger une pizza, un couple de jeune australien qui compte venir faire de l’humanitaire en Afrique, deux jeunes filles volontaires qui sont venues passer un temps ici, « en vacances », mais qui travaillent au Mali près de la frontière avec le Sénégal (elles me confirment ce que je pense de l’humanitaire, elles-mêmes n’y croient plus, les africains ne souhaitent pas se former, il faut toujours répéter et dès que les européens s’en vont plus personne ne continue, c’est surtout l’argent qui les intéresse) et il y a aussi deux allemands qui viennent faire du tourisme, ils circulent uniquement en taxi et ils m’avaient vu après Nouakchott, sur la route. La langue internationale dans ce petit comité est bien sûr l’anglais, beaucoup de rêves mais le décalage me paraît important avec la réalité africaine, beaucoup ne côtoient que des européens même en étant en Afrique.

Je fais un tour aussi dans cette île de l’ancienne cité historique de Saint Louis, construite en pierre par les colons, ça a l’air d’être une ville un peu espagnole aussi, le marché et le port sont authentiques mais de nombreux monuments à l’UNESCO sont en périls car ils tombent en ruines, beaucoup de pauvreté ici encore, cette île est le centre de la ville touristique aussi c’est « plus cher » qu’ailleurs et des touristes se font accompagnés par des guides improvisés pour gagner leur vie.

 

Autre exemples :

- Petit bonheur aussi quand on croise des chameaux environ 50 parfois dans la même journée, en groupes éparpillés ou encore ces deux cavaliers avec leurs turbans, costumes amples et longs, avec épées, magnifiques, tout droit sortis d’un livre d’histoire, dans un tout petit village du Sahel. Encore en prenant le bus pour les 240 km restant pour rejoindre Zinder (pour passer quelques jours de plus avec la famille franco-néerlandaise-nigérienne), on s’arrête quand même pour la prière et revisser les boulons des roues (deux sautent mais ça ne les empêchent pas de continuer même avec un drôle de bruit). La nuit, vers 18h30, il y a déjà des feux un peu partout dans la savane, pour faire la cuisine dans les villages ; dans les plus gros villages et les petites villes, les commerces sont éclairés par des lampes à l’huile, à la lanterne, il y a quelques feux aussi et des gens parfois avec des lampes de poche ; ça donne un effet « préhistorique », étrange, surréaliste presque, on s’imagine comme aux premiers temps. Tout se passe très bien dans le bus, pour 3.000 FCFA (5€), j’arrive le soir vers 20h à Zinder où la famille est venue me chercher. C’est cool. Je passe même un coup de fil d’un portable de quelqu’un qui ne me demandera rien en échange et qui refuse que je lui donne un petit quelque chose ! Sur la route j’ai pu voir aussi des enfants galopant à cheval, c’est toujours des moments féériques.

- Après 50 km de la frontière entre le Mali et le Burkina Faso, je trouve quelqu’un qui vend des bananes (je n’en prends pas à la frontière, pour ne pas sortir d’argent, et il y a beaucoup de monde, discrétion oblige), je donne 500 FCFA (soit moins d’1€) et en prend 10 (normalement c’est que 150 FCFA) mais le monsieur n’a pas la monnaie, je dis que ce n’est pas grave alors mais 5’ après avoir commencé à en manger une, une dame revient avec la monnaie ! C’est l’envers de l’an dernier lors de « Paris-Dakar ». Puis c’est vite l’attroupement d’une quinzaine d’enfants dont un albinos aux cheveux blonds et aux yeux marrons (tout n’est donc pas tout blanc ou tout noir). Je lis aussi un cahier d’écolier de CM1 qui écrit très bien en français (mieux que moi au même âge) avec une belle écriture tout en continuant ma cure de bananes et d’oranges (délicieuses, un vrai bonheur), dans ce cahier il y a de tout : grammaire, mathématiques, histoire, biologie, géographie, même des choses assez complexes pour cet âge (système digestif, anatomie de l’œil…). C’était un bon moment de gentillesse. Comme j’ai peu d’affaires, que je suis sale, pas rasé, avec un pantalon long troué, j’ai peut-être réussi à m’intégrer dans l’Afrique ? Une fois même des enfants m’applaudissent quand je passe, un peu gêné tout de même, un autre de 18 ans environ me filme avec son téléphone portable lors d’un faux plat montant…

 

2) L’argent permet-il d’accéder au bonheur ?

En Afrique, dans les Etats traversés, mis à part pour les africains ayant travaillés pour des multinationales, on ne trouve ni retraite, ni sécurité sociale, ni chômage. Est-ce qu’ils sont plus heureux ou malheureux pour autant ? Pour ceux qui le pensent, comme certains voyageurs que j’ai pu rencontrer ou comme les communistes qui adoraient l’URSS, je répondrais d’aller vivre là-bas dans les mêmes conditions en sachant que l’espérance de vie n’est que de 48-49 ans au Mali, au Burkina ou au Niger ; rien que l’espérance de vie devrait suffire à faire comprendre la dureté de la vie dans ces pays et de ne pas les idéaliser une fois rentré en France. Ainsi, je ne comprends pas les voyageurs qui se plaignent de la société de consommation mais qui en gardent tous les avantages, c’est pratique d’être expatrié avec un salaire de niveau équivalent à ceux en France, de se plaindre de la France, de dire que c’est mieux dans ces pays mais, grâce à sa nationalité française, dès qu’il y a un problème politique ou de santé, on retourne au pays, c'est-à-dire en France. Rien que pour dire et penser ça, ça m’est arrivé qu’on me dise que je sois raciste. Comme me l’a dit un voyageur qui a fait un tour en Afrique nord-occidentale et qui pense détenir la vérité. Raciste de dire que les conditions de vie sont dures et qu’il y a beaucoup de misère là-bas ? Raciste de dire qu’il faudrait plus d’école, de formation, de travail et de santé ? Raciste de ne pas admettre que des enfants ou adultes meurent encore du tétanos ou d’une appendicite à 30 ans, de ne pas admettre qu’un enfant de 10 ans soit amputé de la jambe après une simple fracture tout simplement parce qu’il n’a pas eu les médicaments appropriés pour ses soins et que des bactéries ont infectées sa blessure ?

Souvent les matins je prends un bon café (soluble malheureusement alors que les pays producteurs sont voisins) avec du pain ; quand on a faim ou soif tout est bon ou presque. On se rend compte de la qualité de vie qu’on a en Europe. Il y a beaucoup d’enfants et de jeunes adultes ici, les personnes de plus de 40 ans sont rares ! Comme il n’y a pas de soins, bien souvent dès que l’on tombe malade assez gravement, on risque la mort (l’espérance de vie n’est que de 50 ans au Burkina Faso, au Mali et au Niger ; seul deux pays en ont une plus faible : le Libéria et la Sierra Leone, bien souvent en guerre civile).

Le touriste que je suis (ou plutôt visiteur ou voyageur) ne peut sauver tous les africains et les rendre riches, ce n’est pas ma responsabilité ce manque de connaissances (peu d’écoles, de formations…) et ce manque de volonté de travailler parfois, même si la majeure partie travaille durement. Mes arrières grands parents travaillaient bien 12h par jour et 6 ou 7 jours de la semaine, sans vacances, ni retraites. Ici il y a très peu de travail mais ils semblent tout vouloir sans rien faire. Maintenant, en France, il y a eu des acquis sociaux mais ça commence à être remis en cause car la plupart des produits sont importés et l’argent part à l’étranger, pour y investir, argent qui vient des épargnes, y compris des retraites et des prêts ! C’est obligatoire…, bizarre comme système ! De mon côté, en voyageant, donc pour les africains en prenant des vacances, je sacrifie la retraite d’emblée (il n’y aura jamais de trimestres cotisés suffisants alors que si ce n’était pas obligatoire ça paierait une petite maison), de plus ni maison ni voiture comme pourrait l’espérer un « français moyen » mais ici ça ne sert à rien de l’expliquer, déjà que beaucoup de français disent que je suis riche pour voyager autant…, ils s’imaginent peut-être que je dors dans des palaces toutes les nuits ! Encore des personnes qui veulent tout sans rien faire. Pourtant n’importe qui en France peut réaliser ses « rêves », il suffit de travailler, étudier et, mieux encore, aimer ce qu’on fait, il y a suffisamment d’aides pour s’en sortir quelque soit son milieu.

La différence de « niveaux de vie » vient sans doute des inventions, le fait que les matières premières sont insuffisantes, le prix augmente et ce sont les pays les plus « riches » qui peuvent se les acheter (quand il n’y en a plus, on cherche d’autres systèmes par d’autres inventions, souvent on dit aussi que les ressources sont insuffisantes mais il n’y a pas toujours d’intérêts à en rechercher ailleurs pour ne pas alimenter le marché et garder des prix à la hausse…). Tout cela fait qu’il est difficile pour les Etats « pauvres » quand ils en ont réellement la volonté de développer leur pays, il y a trop de retard.

 

Exemples :

- Le soir, une fois le campement fini dans la savane, il arrive que je sois envahi par une grande peine devant ces injustices alors que celles-ci justifieraient la colère et l’agressivité des populations envers moi, il n’en ai rien, jamais sur ce parcours je n’ai rencontré de personnes agressives (pourtant il y aurait de quoi), alors que chez nous c’est coutume de rencontrer tous les jours des personnes énervées ou stressés… et peut-être bien moi le premier, malheureusement, par mon mauvais caractère. Les occidentaux ont sans aucun doute commis des erreurs et continuent à en faire mais je suis heureux qu’un afro-euro-américain soit maintenant président des USA ! J’espère qu’un jour on verra un français d’origine africaine au même poste, en France. Il y a beaucoup de peuples différents dans le même Etat (Bambara, Peul, Malinké, Touareg, Dogon…). Je croise aussi un enfant qui me demande où je vais et qui me souhaite bonne chance. Incroyable, c’est beau. Beaucoup de gentillesse malgré cette pauvreté, quelle tristesse toutes ces injustices. Généralement les gens ici sont beaucoup moins agressifs que ceux que l’on trouve dans les banlieues en France. Un autre enfant, dans un village où je prenais un ravito, me montre aussi le portrait d’Obama, je dis que c’est bien mais qu’il faut aussi travailler à l’école, que ça n’arrive pas comme ça… D’autres cependant font toujours « pssit » pour avoir de l’argent, quand je passe en vélo, toujours à cause de la couleur de peau car quand il passe ou s’arrête des 4x4 avec des maliens à bords, personne ne leur demande rien (c’est injuste).

- Une autre fois, à Houndé, 15 km avant Boui, un jeune transporteur routier, sympa, de 22 ans, me propose de dormir avec eux dans l’arrière cour d’une boutique, je suis tenté mais ils repartent à 4h am pour rejoindre Bobo et entre 4h et 7h, en ville, il pourrait avoir des problèmes, je préfère donc continuer pour dormir dans la brousse, alors il dit à l’épicier de me donner de la glace (il fait chaud !), c’est aussi de l’eau minérale, on ne me demandera rien en échange, c’est très gentil donc et dans la nuit c’est avec plaisir que je goutte à cette eau bien fraîche après l’avoir transvider dans mon bidon.

- Encore une belle nuit étoilée ! Où la Lune refait son apparition sous forme d’un petit croissant, ah, qu’est-ce qu’on est bien le soir et seulement deux nuits avec des moustiques depuis le départ. Il n’y a pas vraiment de risque de paludisme en dormant en brousse, en tout cas en cette saison sèche. Avant la tombée de la nuit, à Boni, j’entends les enfants entrain de jouer au foot, tranquillement puis, une fois la nuit tombée, c’est du tam-tam qui retentit pendant deux bonnes heures, pas de radio donc ce soir, mais c’est bien !

- A Niamey, en attendant l’ouverture de l’agence pour acheter le billet d’avion, quelqu’un me demande de l’argent pour son repas, je dis que j’ai déjà dû emprunter à la famille pour un éventuel billet et que je n’ai encore rien mangé depuis hier soir (c’est vrai et il est environ 14h). Quinze minutes après, ils sont à six à manger et me disent de venir ! J’hésite puis accepte et on est donc sept à manger avec la main droite un plat de salade verte avec des tomates et oignons, mmh c’est délicieux. J’aime ces contacts « vrais », là je suis seul, fatigué, avec le vélo que le gardien voulait aussi que le lui laisse avant de partir, je dis « ça fait 12 ans que je l’ai », il dit « 12 ans ! » et je dis penser encore le garder au moins 10 ans… Encore de la gentillesse simple, comment peut-on passer si « facilement » de la demande d’argent à l’hospitalité qui n’existe quasiment plus en Occident ? N’est-ce pas ?

 

 

 

2. POUR une Constitution internationale !

Encore un paradoxe, on croit vivre dans un monde sensé, gouverné par le réalisme. On se retrouve donc dans un monde « cloisonné » de frontières et de préjugés… Pensant que les idéaux ne sont que pour les rêveurs et utopistes. L’Etat semblerait donc avoir toujours existé, la France aussi ! C’est fou, on vit encore en pleine fiction, l’important est que la majorité des gens le croit sinon… Sinon ça fait déjà longtemps qu’une Constitution internationale et des institutions internationales auraient vu le jour, tout simplement, car c’est la réalité, il n’y a qu’une espèce humaine, qui a déjà causé assez de dégâts malheureusement, qui vit constamment en guerres inutiles au profit de certains, et non des peuples (c’est toujours étonnant quand je dis aux gens qu’on est en guerre, ils me demandent alors contre qui, ils ne voient pas, et oui, je réponds, on est en guerre depuis 8 ans déjà en Afghanistan ! Ils ne s’en rendent même pas compte, imaginez 100.000 talibans en France pour appliquer la Charia, beaucoup rentrerait en résistance… ? Il y a bien eu 100.000 chrétiens en Irak et 50.000 en Afghanistan. Il faut des lois internationales et une armée internationale sinon on se fera toujours la guerre, mais c’est tellement plus facile.

Encore une fiction donc, celle de vivre dans l’Etat français… depuis toujours et que ce sera toujours ainsi. Comme le réchauffement climatique, inexistant pour beaucoup (on remplace par la climatisation) ou la voiture (alors qu’il y a 60 ans on s’en passait), et tout ce qui est lié à un confort qui ne rend pourtant pas les gens plus heureux et moins agressifs. Il faut de l’idéalisme, d’autant plus quand il est la réalité. Ne dit-on pas souvent « la fiction dépasse la réalité », on en a donc encore un exemple.

Il y a beaucoup de respect lors de la traversée du Sahel pour ce qui est fait en vélo, notamment par les soldats, mais ça n’empêche pas les populations de demander de l’argent surtout des enfants, le désert est aussi une vraie poubelle près de la route, c’est sûr le système capitaliste a échoué en Afrique et particulièrement dans le Sahel, après 15 ans de la fin du communisme. Maintenant avec la montée des extrémismes, les USA ont perdu la reconstruction pacifique des pays pauvres, le plan Marshall du 1/3 monde a échoué, faute de volonté politique au profit de la guerre notamment en Irak (pour préserver les réserves de pétroles) et de l’inaction américaine. Beaucoup de choses auraient du être réglées dans les années 90 : pauvreté, conflits interethniques, conflit israélo-palestinien, création d’une organisation internationale ou modification des statuts de l’ONU en vue d’un apport de compétences avec un pouvoir de contraintes…

 

2.1. Les enjeux et risques de régressions idéalistes, le poids des fictions :

Aujourd’hui nous vivons sans doute grâce au poids très présent de deux fictions inventées il n’y a pas plus de 600 ans : la fiction de l’Etat français, de son existence intemporelle et presque éternelle, et de la fiction de la nation française mise en exergue par la révolution française et l’Empire napoléonien.

Ces fictions, qui nous permettent de vivre ensemble, ont alors engendrer (mais comme de tout temps) des tensions avec les groupes minoritaire et la tentation de segmenter les Hommes et de les opposer les uns contre les autres (ce qui n’est pas nouveau là encore).

 

1) Discrimination et « minorités », idéal de domination et cosmopolitisme :

Y a-t-il chez les Hommes un idéal de domination ? Est-ce particulier aux « blancs » ? Cet idéal existe sans doute, comme dans toutes les espèces, chez l’Homme de manière plus violente : génocide, crimes contre l’humanité et contre la nature… Est-ce que le cosmopolitisme basé sur une « égalité » entre les peuples peut alors exister dans ces conditions ? Ceci pose donc le problème des minorités et donc des discriminations imposées par les catégories majoritaires.

En Nouvelle Zélande et en Australie :

En NZ, on trouve tout le monde assez bien mélangé et à n’importe quels niveaux de la société : aux caisses, aux poubelles, dans les écoles, bien habillés… la société semble cosmopolite (il n’y a pas de réserves maoris). Il y a aussi plus de couples mixtes qui sont très rares en Australie (entre un blanc et un aborigène), on retrouve aussi cette mixité dans les campagnes comme dans les mêmes villages. Les gens ont l’air plus aimables aussi qu’en Australie, on me sourit, on me souhaite la bienvenue, il y a des coups de klaxonnes pour le trip, les gens se parlent… L’ambiance générale est plus « latine » : les gens blaguent entre eux ou s’excitent quand ça ne va pas…, ils ne sont pas « coincés ». Ici les maoris et les européens vivent ensemble à l’école…, ils se promènent mélangés. Pour la religion il y a toujours les protestants (methodist, baptist…), les catholiques et les sikhs. Comme ça m’arrivait déjà, je m’amuse toujours à remonter mon cuissard pour montrer que tout n’est pas tout blanc ou tout noir, avec les marques de bronzages, ce qui ne manque pas d’amuser un groupe de maoris (comme les lapons, ils rigolent facilement) lorsque je fais mes courses dans une superette, c’est exactement ce que je recherchais comme effet. En NZ encore, c’est souvent écrit en Maori aussi,  peut-être sont-ils plus nombreux que les aborigènes en proportion de la population ? Ce qui expliquerait ce multiculturalisme et ce cosmopolitisme.

 

Les australiens sont très « fuyants » parfois, mais peut-être n’aiment-ils pas les étrangers ? Je rencontre aussi une française qui habite ici depuis 35 ans et elle me dit que l’Australie est différente avec tous les asiatiques maintenant qui immigrent, ne pensent qu’à travailler et qui forment une communauté qui ne veut pas trop se mêler aux « blancs »…, que des afghans viennent ici et ils font un enfant pour qu’on ne puisse plus les renvoyer chez eux, elle me dit qu’ils viennent que pour l’argent… Je ne peux m’empêcher de lui faire remarquer que les européens sont venus ici il y a 200 ans aussi pour l’or…, que l’Australie était aborigène et presque tous ont été massacrés en Tasmanie, ce n’est donc que la roue qui tourne (encore et toujours le cycle).

Sur la Stuart Hwy, on trouve toujours quelques aborigènes cherchant à faire du troc… ou traînant dans les rues de certaines petites villes de l’Outback (comme toute personne de classe « défavorisée »). Cette Stuart Highway « coupe » l’Australie entre Darwin (au nord) et Adélaïde (au sud), elle est entourée de grandes réserves aborigènes mais c’est un axe commercial et de communication important en Australie qui n’appartient donc pas aux aborigènes. Auparavant c’était la ligne du télégraphe, une manière d’occuper le terrain, qui reliait Londres à Adélaïde, le télégraphe passait aussi par les Indes... Par contre les routes qui vont dans les réserves ne sont pas goudronnées et je me demande bien dans quelles conditions ils vivent à l’intérieur et si c’est les mêmes conditions qu’en Afrique avec des « cabanes » en bois… Aucun axe touristique ou commercial ne les traverse, c’est une sorte de gigantesque no man’s land qui recouvre presque tout le grand centre de l’Australie (sauf autour d’Uluru et de la Stuart Hwy), sans doute le vrai Outback !

Le gouvernement fédéral australien (blanc et européen) s’est gardé les terres où passent les voies de communication reliant les grands centres urbains côtiers (Darwin, Perth, Adélaïde, Melbourne, Sydney), anciens comptoirs des Etats européens coloniaux, et les grandes villes minières (Alice Springs…). Les terrains restants étant pour les aborigènes qui ne construisent pas de routes pour traverser leurs réserves (faute de moyens), il n’y a que des pistes où une autorisation est nécessaire pour les emprunter (il faut l’accord de la police et des représentants de la réserve aborigène). L’Australie est donc en quelque sorte divisée en territoires et communautés. Les aborigènes ont eu le choix entre un certains nombres de terres, pour réparer les dommages causés par le passé quand les européens leur ont pris leurs terres (bien sûr les terres qu’on leur a laissé n’ont que peu de ressources naturelles connues et elles sont peu cultivables). Les européens avaient gardé les bonnes terres pour y faire des fermes (surtout dans le Bush australien), des maisons et exploiter les ressources naturelles (mines d’or ou de cobalt, pétrole, gaz…). Maintenant les européens sont plus nombreux, de beaucoup, que les aborigènes en Australie (ils se retrouvent minoritaires dans leurs territoires d’origine comme les amérindiens et bientôt les tibétains). Les aborigènes étaient aussi des nomades et les mettre dans des réserves c’était détruire leur identité pour toujours, la terre d’Australie était donc considérée par les gouvernants australiens (blancs) comme non habitée. C’est un peu ce qui se passe actuellement au Tibet où les chinois sont bientôt plus nombreux que les tibétains, avec une sorte de colonisation de ces territoires tibétains et en « annexant » les terres avec un fort potentiel énergétique et donc stratégique (pétrole, eau…) et les tibétains vivront peut-être un jour dans des réserves. Quel drôle de terme d’ailleurs, corollaire d’une extinction annoncée, on emploie ce terme aussi pour les animaux et la flore : « réserve naturelle », « réserve animale ». Est-ce à dire que le reste ne l’est pas ? Sans doute oui.

Que ce soit pour les aborigènes ou les indiens, l’alcool aide beaucoup à oublier : problème de désespoir, de solitude, d’adaptation à un mode de vie sédentaire…

 

En Afrique nord-occidentale :

Au Maroc alors que j’allais deux fois dans des petits hôtels à 3 euro où j’étais le seul européen, les campings cars ont des emplacements réservés à plusieurs kilomètres des villes et dans des hôtels plus chers (pour occidentaux) qui se situent en périphérie et non dans les médinas (les centres historiques). On ne mélange pas les « touristes » avec les populations marocaines.

En Mauritanie, un soir, je dors dans une case pour 5€ à Bou Lanouâr (où je retrouve quelques moustiques), il y a des blancs (30%) et des noirs (70%), ils ne se mélangent pas (pas de métissages), bien sûr les blancs sont toujours les « maîtres » de la Mauritanie mais la population noire augmente ce qui leur pose un problème (les blancs ont moins d’enfants), les deux « blancs » qui s’occupent des cases me considèrent donc comme leur frère en montrant leur peau et la mienne (tout est relatif) et ils me disent que les noirs sont des voleurs, mendiants, pas travailleurs… Les noirs étaient les anciens esclaves (ce qui reste d’actualité aujourd’hui encore mais sous d’autres formes). Le racisme existe donc même ici.

Il y a beaucoup de racisme, de préjugés… mais peu savent lire, 20% de la population dans le Sahel. Ce n’est pas trop nuisible lorsque le racisme vient des misérables mais c’est plus dangereux lorsqu’on retrouve des personnes racistes qui sont, comme en France, des intellectuels, des magistrats, des professeurs d’université... Ici en Afrique, des dirigeants pourraient très bien prendre le pouvoir en jouant sur les préjugés envers les blancs qui seraient responsables de tous les maux (comme en France, les noirs seraient responsables de la crise…), comme en Côte d’ivoire, au Zimbabwe ; au Mozambique… et vive la haine et la guerre… Pour le moment, au Sénégal, au Mali, au Burkina Faso, et dans d’autres pays, les dirigeants n’ont pas d’intérêts à jouer sur ce terrain même si ça reste tentant et sous-entendu parfois.

 

En Amérique du nord :

Sur les 140 km de la route transgaspésienne, je croise deux cyclos québécois dans un café qui me disent qu’il y a des black bears (ours noirs) mais pas de noirs humains (en plaisantant) puis, sérieusement, ils me disent que c’est très bien comme ça, qu’au moins la campagne reste « blanche » et qu’ils sont moins embêter. On est encore loin d’un « esprit » aspirant à la venue d’une société cosmopolite. En effet, même si on trouve de tout en ville, dans les campagnes, que ce soit en Europe ou en Amérique du nord, elle appartient aux blancs, peut-être les noirs… ne se sentent pas non plus acceptés en campagne où ils doivent être plus souvent « montrés du doigt » qu’en ville, de plus en campagne il y a toujours des ragots (tout le monde croit connaître tout le monde), enfin en ville il y a plus de travail. Ce phénomène n’est pas près de s’inverser, aux USA, la plupart des Etats « campagnards » votent républicains (Montana, Wyoming, Texas…). Il n’y a pas de cosmopolitisme et les gens n’en veulent pas (mais on ne le dit pas vraiment). Il y a aussi peut-être moins de chance pour trouver du travail à la campagne…

En Arkansas, on rencontre des villages peuplés que de blancs et d’autres peuplés que de noirs, c’est très étrange. Je ne suis pas sûr que ce soit une ségrégation mais une volonté de ne pas vivre mélangé (il y a aussi ce même phénomène en Slovaquie ou en Hongrie avec des villages peuplés que de tziganes et d’autres que de « blancs »), chacun faisant son business sans les autres et on me demande encore de donner quelques dollars, juste parce que je suis blanc (décidément, c’est une coutume internationale, mais ils ne demandent pas, comme en Afrique, à d’autres blacks alors que certains sont riches…).

Dans les villes de Californie il ne semble pas vraiment y avoir de communautés, il y en a mais c’est bien moins marqué que dans les autres Etats déjà traversés, la société semble plus cosmopolite et je peux voir des enfants blancs jouer avec des enfants noirs et hispaniques, c’est soulageant.

Dans la ville de Cherokee (dans la réserve indienne du même nom), là encore, comme pour les blacks ou hispaniques ou asiatiques, on retrouve une communauté enfermée dans une réserve avec sa propre police, administration… C’est une partie de la réserve indienne Cherokee car elle est morcelée en différentes zones non contiguës. Décidément aux USA il y a beaucoup de communautés et peu de cosmopolitisme. On retrouve aussi des réserves indiennes au Canada mais, dans certaines villes importantes (Vancouver, Montréal, Toronto), il semble que les gens vivent moins en communauté, même si elles existent, par quartiers, un peu plus qu’en Europe. San Francisco a vraiment l’air cosmopolite et, même s’il y a des « quartiers » japonais ou chinois ou hispanique, tout le monde va chez l’un et chez l’autre contrairement à ce que j’ai pu ressentir sur la côte est.

Il y a encore de nombreux quartiers avec que des blacks : à Trenton, sur la côte est des USA, après NYC, il n’y a que des blacks dans toute la ville, de beaux buildings dans le centre mais totalement inutilisés, on dirait une ville sans travail… bizarre, c’est dans ces quartiers qu’on me demande comme en Afrique de l’argent ou de donner mon vélo, quelques fois, toujours accompagné de musique PAM PAM PAM, je reçois aussi quelques fois des insultes jetées par une fenêtre ouverte (je ne comprends rien avec tout le brouara de leurs musiques mais leurs paroles ne semblent pas être des encouragements). C’est bizarre car juste à la sortie de Trenton (où je me perds pendant 1h30), il y a de très nombreux mobiles homes habités par des blancs, pauvres, ici les communautés ne se mélangent pas, pourtant de même « classe sociale », le facteur racial est donc bien présent, reste à savoir si c’est par ségrégation ou plutôt une réelle volonté de ne pas se mélanger de la part de chaque communauté (ce que je crois après ces quatre mois passés aux USA et au Canada, même si au Canada et dans certaines villes « européennes » comme SF on peut constater un certain mélange, comme à Paris avec de plus en plus de réserves).

Mis à part le sud de l’île de Manhattan, il n’y a que des quartiers blacks, pas de mélanges encore une fois et donc NYC n’est pas une ville cosmopolite mais fondée sur des communautés centrées sur elles-mêmes. Aux USA il n’y a que les français qui se mélangent, paraît-il que cela aurait pour origine leur esprit de liberté individuelle. Bien sûr il y a les taxis jaunes de NY, de nombreux magasins… Avant Albany, je passe dans des ghettos black ou hispanique, ça a l’air très pauvres, beaucoup de bâtiments sont inhabités et on se croirait presque en Afrique. Dans la campagne du Vermont, il n’y a aucun black mais on pourrait dire la même chose pour nos campagnes françaises peut-être ? Peut-on alors parler de société cosmopolite ?

 

En Europe :

En Laponie, il semble que les lapons et les vikings soient mélangés, il y a donc un cosmopolitisme apparemment, d’ailleurs comment deux populations si différentes ont fait pour s’entendre, y a-t-il eu des rivalités ou des conflits, comment se sont faits les échanges, qui est venu là d’abord ? Ce serait intéressant de connaître l’histoire, mais je retrouve, comme dans les réserves indiennes, beaucoup de déchets au bord des routes (pas trop quand même) mais jusqu’à présent c’était très rare.

 

2) Des « chocs de civilisations » :

Bien des civilisations et cultures ont déjà disparues dans la grande roue du dominé et du dominant, cela se produira sans aucun doute, c’est la nature de l’Homme. Pourtant celui-ci pourrait y mettre fin.

 

La sédentarité des nomades, acculturation et désespoir :

En Afrique du nord-ouest, certains assument leurs traditions (à cheval, avec les ânes), leur mode de vie ancestral, ils sont très ouverts et sympathiques, sans arrières pensées apparemment ; d’autres ce sont « occidentalisés », ils ont des 4x4, de belles maisons dans les grandes villes, ils font leurs affaires ; pour la majorité, ils semblent être « perdus », comme déracinés, ils veulent « s’occidentaliser » aussi mais n’y parviennent pas (par manque d’argent et ne pouvant donc satisfaire leurs « besoins ») et ne trouvent pas de satisfactions dans leur mode de vie traditionnel. J’ai beaucoup remarqué ça en Amérique du Nord aussi, dans les réserves indiennes et aussi, d’une autre manière, dans les ghettos blacks où on pense que le monde est uniquement fait pour les blancs et seuls eux peuvent réussir et avoir une vie facile, comme on me le fit remarquer assez souvent. Beaucoup manque d’espoir, ne sont pas satisfaits et ils aimeraient avoir une vie facile sans passer par le stade des études et du travail. En ai-je une ? N’ai-je pas renoncé en partie à mon « petit confort » notamment lors de mes voyages ? Est-ce que je mérite aussi de recevoir ces remarques ? Pourtant jamais je ne me plains de mes choix, ça me plaît. Maintenant eux, ont-ils ce choix ? Sans doute non malheureusement.

 

Le « temps du rêve » aborigène :

Avant d’arriver à Uluru/Ayers Rock, je croise un jeune qui s’occupe dans le PN d’Uluru-Kata Tjuta (Ayers Rock-The Olgas) et qui me dit que je ne peux pas dormir dans le PN, je dis que je reste pour la journée et je demande aussi des questions sur les aborigènes. Il me dit qu’ils préfèrent rester dans leurs villages et communautés plutôt que de travailler avec les blancs ou dans les roadhouses, et que c’est leur volonté. C’est bien possible car ils restent souvent très discrets et ils demandent rarement quelque chose (que quelques uns pour des bières mais finalement c’est très rare). Ils ne veulent donc pas vivre comme les « blancs » et dans une société de consommation et souvent les « blancs » (il y a aussi assez souvent des asiatiques qui voyagent ou travaillent dans les roadhouses) ne sont que de passage. C’est leur volonté mais est-ce qu’ils sont libres de choisir ou est-ce que c’est « imposé » par leur communauté ?

Je fais aussi une rencontre intéressante avec Jacqueline pendant une pause, entre Adélaïde et Melbourne, une australienne qui fait du vélo ! C’est rare. Elle a travaillé un moment à Alice Springs avec les aborigènes dans leurs réserves et villages, alors je pose des questions, elle me confirme que ce sont eux qui ne veulent pas travailler avec les blancs, que le gouvernement paye pour des maisons… mais, comme ils ont un esprit nomade, ils démontent portes et fenêtres, que beaucoup boivent, et qu’avant il y avait des aborigènes dans le Bush mais beaucoup ont aussi été tués par des européens qui venaient pour l’or (il y eu presque un génocide des aborigène vivant en Tasmanie par les émigrés européens), les façons de voir les choses sont différentes et l’espérance de vie est d’environ 50 ans aussi pour les aborigènes bien loin de celle des australiens européens. C’est bien triste et dommage tout ça, il n’y a toujours pas de cosmopolitisme en Australie, peu de mélanges réellement avec les asiatiques et encore beaucoup de communautarismes.

 

Le « rêve américain » :

Lorsque j’arrive à Lytton, au centre des USA où je décide de rester pour passer la nuit, je vais manger dans un restaurent indien (ici c’est un village d’une réserve indienne) puis je suis accosté par un indien qui veut que je lui paye un verre de bière, pourquoi pas dans ce climat d’apocalypse (il y a eu une tempête de sable) mais ce n’est pas vraiment conforme aux règles de l’hospitalité. Trop souvent les blancs sont considérés comme les riches, surtout en Afrique, et on leur demande des « cadeaux »), aussi je lui demande  je le ferais (car comme en Pologne, un an auparavant, on paye un verre puis ils en demandent un autre… sans que ce soit une rencontre intéressante mais plutôt intéressée), il me répond que c’est pour être heureux, je veux bien mais l’alcool ne va pas arranger les choses, j’esquive donc la question et lui demande pourquoi il est malheureux, il ne sait plus quoi me répondre et pour éviter de parler, voyant que le verre n’arriverait pas, il me dit qu’il ne comprend pas. Plus tard, au Nouveau Mexique, certains me demanderont de l’argent, de même dans une réserve indienne de Colombie Britannique un indien veut que je l’invite (comme je suis étranger) pour boire plusieurs verres encore ; c’était aussi arrivé au Maroc et au Sénégal.

Chez les Cherokee, je m’attendais à voir quelque chose d’authentique sur la culture et l’histoire de cette tribu mais je vois vite que la culture « consumériste », atypique des amérindiens mais bien authentique de l’Occident, a fait son bonhomme de chemin. Ainsi je trouve de nombreux magasins de souvenirs (qui n’ont rien d’artisanal), des fast-foods non pas des Mac Do… mais au nom indien, cependant la nourriture est la même (hamburgers…), il y a des dizaines de motels et un immense casino avec un immense parking ; l’argent a donc vite pris le pas sur l’identité culturelle de ces indiens.

 

Le sang versé, prix de la liberté ?

Je repense aussi à l’Afrique, décidément… Ici en NZ-Australie comme aux USA-Canada avant il n’y avait pas de monuments… mais maintenant c’est la société « moderne », tout le confort y est depuis l’arrivée des européens, en grands nombre, qui ont donné un autre « mode de vie » (la société de consommation, les mines d’or…) et ils sont restés et non repartis contrairement à l’Afrique. Beaucoup d’amérindiens et aborigènes ne semblent pas en profiter, ce qui semble différents pour les maoris en NZ où il y a eu aussi au XIXè s de nombreuses batailles dont certaines gagnées par les maoris ; ce qui n’a peut-être pas eu lieu en assez grand nombre aux USA-Canada et encore moins en Australie.

 

2.2. Une Constitution « Humaine », une réalité et une nécessité :

Seule l’application au niveau internationale d’une Constitution, avec séparation des pouvoirs, des instances élues démocratiquement, un gouvernement international disposant d’une armée internationale et de capacité de sanctions réelles et effectives, d’une Cour de justice… pourrait permettre aux Hommes de s’unir dans l’idée de leur bien être, d’approfondir les découvertes scientifiques, d’améliorer la santé et d’accroître la protection de l’environnement.

Cependant les fictions ont la vie dure et le cosmopolitisme est difficile à s’installer.

 

1) La fiction des frontières, obstacle à la libre circulation des Hommes :

Il existe de nombreux emblèmes et fictions. Cependant les frontières ont permis de maintenir une cohérence et une culture à l’intérieur de ses limites afin d’assurer une cohésion à un groupe. Aussi toutes diversités, cultures… devraient être protégées d’une manière ou d’une autre.

Les drapeaux, emblèmes des fictions !

On trouve beaucoup de drapeaux acadiens le long de la côte nord de la Nouvelle Ecosse (dont appartient l’île de Cap Breton). Les drapeaux acadiens sont aux couleurs tricolores (bleu, blanc, rouge), avec une étoile jaune posée dessus (l’étoile de l’Assomption). Ce drapeau a été adopté à Charlottetown sur l’île du Prince Edouard (qui avait un autre nom du temps de la Nouvelle France) par la communauté acadienne réunie dans les années 1880. Il fait référence au drapeau tricolore français et donc au patriotisme des acadiens envers leur « mère » patrie, l’étoile représente Notre Dame de l’Assomption et donc les valeurs chrétiennes des acadiens. C’est étrange, les québécois ont comme emblème sur leur drapeau la fleur de Lys (c’est la royauté française) et les acadiens le drapeau tricolore (après la révolution française et la révolution de 1848), on a l’impression d’être dans deux époques différentes de la France : la royauté et la République. Les drapeaux sont de beaux exemples de fiction, leur emblème, on peut aussi y ajouter les hymnes nationaux bien sûr.

C’est souvent qu’on voit des drapeaux de la Norvège mais aussi du Danemark, Pays-Bas, Finlande, Allemagne et Suède, parfois aussi du RU, il faut rappeler que la Norvège n’est pas membre de l’UE (comme l’Islande dont les habitants venaient surtout de Norvège) et que l’Angleterre a un moment voulu contrer la création de la CEE par la France et l’Allemagne en tentant de créer une autre communauté européenne entre les Etats nordiques. D’ailleurs ici, ça se comprend qu’ils n’ont aucun intérêt à être membre de l’UE et d’une éventuelle union euro-méditerranéenne, c’est si loin ! Mais, dans Roros, je parle pendant ¾ heure avec un norvégien qui m’explique pour l’industrie du bois, les actualités (Obama…), l’herbe sur les maisons…, il est très ouvert. Il n’y a que 5 millions d’habitants en Norvège pourtant il m’a semblé voir des maisons partout, étrange… Les drapeaux restent donc une marque d’appartenance, tant que la majorité croit en la fiction, celle-ci devient réalité bien qu’elle soit contre nature. L’Europe elle-même est un  type de fictions construites de toute pièce.

 

La nécessaire préservation de la diversité et des langues :

En longeant le lac Erié, sur sa côte canadienne, jusque Niagara Falls, il y a beaucoup de maisons aux aspects plutôt british, les pelouses sont bien tondues et les jardins rarement séparés par un grillage. Les noms de villes sont aussi bien britannique (Oxford, London, Cambridge…). Finalement les québécois défendent aussi la culture française en faisant ce qu’ils font, la langue française notamment a encore un espace dans cette Amérique du nord anglophone (voir hispanique dans le SO des USA) grâce à ces quelques francophones canadiens. En Ontario, il n’est pas rare de voir flotter le drapeau britannique même sur des bâtiments officiels (d’ailleurs le drapeau britannique est une partie du drapeau de l’Ontario comme aussi du drapeau de la Colombie britannique, la reine d’Angleterre occupe une face de toutes les pièces de monnaies du Canada ainsi des québécois souhaitent avoir leur propre monnaie…), les habitants ont sans aucun doute un sentiment d’appartenance à l’Angleterre, la plupart étant des descendants de réfugiés ayant quitter les USA suite à leur indépendance. Je rencontre aussi, alors que je répare une crevaison sur la route vers Vancouver, un cycliste en VTT qui croit au départ que je suis un french canadian, je lui dis que je suis français (de France) alors il s’excuse et me dit qu’il n’aime pas les french canadian (les québécois) car ils veulent leur indépendance et ne sont pas fier de leur pays (peut-être, je ne le dis pas, mais la reine d’Angleterre reste toujours la chef d’Etat du Canada et il y a un fort sentiment hors de la province de Québec favorable au RU, c’est le dilemme du Canada).

A Saint Peter’s, avant Bras d’Or Lake, sur Cape Breton Island au Canada, je rencontre pendant un ravito un indien Mikmak qui me parle de Terre Neuve, son île. Il me dit qu’il y a de jolis paysages… J’aimerais bien y faire un tour mais le temps me manque, il faudrait encore 5 jours pour faire la traversée de Terre Neuve. Il aime bien les français car son peuple était un ancien allié à la France (comme souvent, des tribus indiennes étaient en guerre entre elles, aussi certaines se sont alliées à la France, d’autres à l’Angleterre).

 

Le mythe des frontières et leur obstacle à la liberté de circulation des Hommes :

Les frontières ont toujours varié entre les Etats, eux-mêmes n’ont pas toujours existé. L’Histoire n’est jamais finie et les sociétés évoluent grâce à leur emprise plus forte que celle de ceux qui pensent les gouverner. Ainsi les gouvernants pensent pouvoir contrôler tout type de migration par des réglementations permettant aux fictions (frontières, nations, Etats…) de survivre pendant un laps de temps.

Avec un visa touristique on ne peut rester plus de trois mois en Australie. Sinon, pour le renouveler, il faut faire de la paperasse et payer plus de 400€ ou aller en NZ et revenir mais ça revient au même avec le prix des billets d’avion par exemple entre Adélaïde et Auckland et puis je préfère faire tout le tour de la NZ pendant un mois car les paysages ont l’air plus varié et le climat me convient mieux, ainsi que la Great Dividing Range dont les Alpes australiennes entre Melbourne et Sydney.

Beaucoup de pays en Afrique ne peuvent pas être visités librement (Algérie, Libye, Égypte, Erythrée, Sierra Léone, Libéria, Côte d’Ivoire, Nigéria, Tchad, Angola, Congo, Centrafrique, Zimbabwe, entre autres). On peut aussi, à l’inverse, dire que beaucoup d’africains ne peuvent pas visiter librement les pays dits « occidentaux »…

 

2) Vive le cosmopolitisme, POUR une Constitution internationale !

Ca fait bien longtemps, depuis l’âge de 16 ans quand j’ai commencé à dessiner et inventer des cartes…, que je suis persuadé qu’il faut une Constitution internationale, une organisation internationale (supranationale comme je l’appelais à l’époque). Pourquoi ? Bonne question et c’est difficile d’y répondre à 16 ans cela semblait évident, maintenant ce n’est pas par amour de mon prochain ni par « humanisme », je n’aime pas trop les Hommes, c’est la pire et la plus incohérente des espèces que j’ai rencontré et je m’en passerais bien (pas toujours tout de même mais assez souvent…). Alors pourquoi encore y croire, vouloir cette Constitution internationale ? Peut-être justement pour mieux « contrôler » cette espèce et le mal qu’elle fait ou a fait aux autres espèces et le mal qu’elle veut encore faire, pour contrôler les activités de cette espèce humaine, les encadrer de manière rigoureuse et rationnelle et quel meilleur moyen qu’une Constitution internationale ? Bien sûr il est hors de question de voir une oligarchie internationale commander, le mandat doit être unique et de cinq années maximales à ce niveau. De toute façon je ne crois pas que les hommes politiques peuvent changer la société ni la diriger, ils ne sont là que pour « régler les affaires courantes », la société civile se suffit par elle-même, elle devance les institutions qui ne sont là que pour transposer l’évolution sociale dans le Droit. Alors y a-t-il une évolution sociale internationale pour désirer une Constitution internationale ? Non, pas encore, mais l’Etat français ne s’est pas construit en 10 ans ! Il faudra donc du temps aux Etats pour disparaître.

 

 

Besoin d’innocence et d’espérance :

Quelle beauté de voir des enfants galopants sur leurs chevaux en ville ou sur les pistes de terre en campagne ; quelle beauté que de dépasser un attelage tiré par deux ânes et de jeunes enfants qui s’amusent à faire la course avec moi, à 17 km/h, et qui me redépasse par la suite, en souriant et taquineurs, quelle gentillesse de leur part pour ce petit moment de bonheur où je dégage un sourire amusé après qu’ils aient demandé où j’allais, ils me souhaitent bonne route et me disent au revoir. Ou encore ces enfants courants sur la route et me saluant par un simple bonsoir à mon passage, sans intentions et sans attentes. Le monde « occidental » a certainement bien des choses à se reprocher même s’il y a du bon (exploration spatiale, recherche dans le domaine de la santé… même si on recherche trop souvent la rentabilité). Mais il y a toujours des guerres, des tensions, des problèmes de conflits d’intérêts entre Etats, entreprises… qui dépassent l’intérêt conjoint des peuples pour s’atteler aux intérêts particuliers des dirigeants d’entreprises commerciales ou nationales (dans le sens des Nations, terme fictif inventé récemment pour opposer les peuples entre eux). Quel dommage de l’absence d’une Organisation internationale, de Lois internationales et donc de Constitution internationale dans l’intérêt simplement des peuples ! Tout en respectant leurs diversités, coutumes, traditions… mais il y a des points communs entre les Hommes (protection de l’environnement, exploration spatiale, santé…).

 

Plus loin, à Diéma, avant la tombée de la nuit, j’arrive chez un épicier pour prendre un petit ravito. Sans le savoir, c’est juste au moment où Barak Obama prononce son discours d’investiture à Washington, devant une foule sur la grande allée avec les mémoriaux où je me trouvais il y a quelques mois auparavant. Cet épicier a une télé (ce qui est rare car souvent dans les villages il n’y a qu’une radio, bon ici c’est une ville moyenne). Je regarde donc le discours avec lui et d’autres acolytes pendant bien 20 minutes, ça me fait plaisir de me trouver là pour ce discours et j’espère qu’Obama pourra prouver aux africains que tout est possible, beaucoup en Afrique ont un grand espoir en lui alors que je ressentais un grand désespoir et une fatalité l’année dernière. Obama est le président des USA mais aussi le président de cœur de tous les africains et je me demande s’il s’en rend bien compte, j’espère pour l’Afrique. Obama est pourtant peut-être la seule personne au monde qui peut, par la puissance des USA, changer les choses, mais il ne faudrait pas trop tarder car ça risque d’être trop tard avec la montée en puissance de la Chine et des intérêts énergétiques divergents, les USA ont un grand poids actuellement mais ça risque de ne pas durer (et je le craint encore plus avec la crise, déjà que j’avais ressenti un problème économique en 2008, lors de mon séjour là-bas pendant 4 mois et avant la crise…). Obama est la seule personne qui pourrait avoir assez d’influence pour unir le monde, l’UE le pourrait mais il n’y a pas d’union politique et les intérêts de chaque Etat divergent, c’est très dommage pour elle mais l’Europe existe-t-elle vraiment dans les consciences des politiciens ? La France le pourrait aussi mais comme trop souvent les Hommes politiques manquent d’ambitions et, une fois élus à la tête de l’Etat, ils croient que tout a déjà été gagné et que maintenant il faut essayer de garder sa place et de faire croire que c’est bien comme ça.

 

Nécessité de préserver les modes de vies ancestraux et la culture :

Le voyage dans le Sahel s’est très bien passé, environ 30 jours et 3.500 km ; j’en apprends aussi un peu plus grâce à mon cousin sur la transhumance (le bétail est emmené dans différents endroits où l’on trouve des points d’eau suivant les saisons), mode de vie traditionnel ou ancestral d’élevage des vaches, brebis, chameaux, qu’il faudrait peut-être préserver tout en proposant des services (santé, éducation…) un peu « ambulatoire ». Mais pour ça encore il faudrait une volonté politique, une considération internationale, des règles venant du haut pour qu’elles ne puissent être violées par des intérêts individuels ou d’ethnies « majoritaires » ou d’Etats ou d’enjeux mercantiles.

Pourquoi continuer à préserver une conscience d’intérêts nationaux alors qu’il faudrait mettre en exergue des intérêts communs à tous les hommes : protection de la faune, flore, de l’environnement, développement des recherches spatiales… Bref, c’est au peuple de dire ce qu’il veut pour son futur, la « modernité » ou l’ « ancien monde ». Les indiens d’Amériques ont pour beaucoup tout perdu en perdant leurs coutumes et traditions. Ici, dans le Sahel, le choc est moins brutal, plus lent et plus long, quel en sera le résultat ? Au sein de quel espace le développement doit-il se faire ? Peut-on croire que l’Etat nigérien soit suffisant ? Sûrement pas. Et au niveau international ? De multiples intérêts antagonistes existent, il n’y a pas aujourd’hui d’intérêt général international à préserver ce mode de vie (bien au contraire, vive la société de consommation). Il faudrait permettre à chacun de faire son choix et sans aucun doute donner des contreparties. Préserver un patrimoine demande aussi de donner des moyens (matériels, d’expressions, de représentations…) au niveau international. Ici, dans l’est du Niger, le peuple Haussa est majoritaire, on le retrouve aussi (minoritaire mais avec plus de populations qu’au Niger, encore un paradoxe et un bel exemple de la fiction des limites frontalières) au Nigéria, pays avec plus de 100 million d’habitants (le plus peuplé d’Afrique) et le Haussa est la deuxième langue la plus parlée en Afrique après le Swahéli (langue qui est parlée en Afrique du sud notamment).

Sans doute, comme pour les anciens pays communistes en UE, s’il y avait une aide et un contrôle, une « intégration », l’Afrique s’en « sortirait ». Pour l’instant encore (et pour longtemps peut-être), tous en profitent (humanitaires, gouvernements africains et occidentaux, multinationales exploitants les ressources), sauf les peuples, comme toujours.

 

Une Europe indispensable et réaliste, espérer une union des Etats dits occidentaux :

D’un point de vue densité et richesses, les « vieux » Etats européens ont toujours une grande influence sur le plan politique et économique, chacun d’eux pris séparément (France, Angleterre, Allemagne, Espagne ou Italie…). Si l’UE avait une réelle force politique (ce qui n’est pas pour demain), elle aurait, avec son territoire et sa population, une influence dans le monde très importante (face à la Russie, la Chine… et par leurs échanges considérables avec l’Asie, les anciennes colonies en Afrique, Amérique du sud et du nord…). Elle pourrait conjointement avec les américains, lorsque leurs lignes politiques internationales sont de même (Victor Hugo pensait déjà au XIXè s. à la création d’une organisation regroupant Etats d’Europe et Etats d’Amérique), si l’objectif était commun, créer les conditions idéales pour construire une gouvernance mondiale avec un partenariat avec les USA, de façon à crée un ordre international plus équitable face aux multinationales et aux intérêts étatiques divers et antagonistes. Ainsi pourraientt se développer de manière cohérente et grâce à une coopération des échanges et recherches sur la santé, l’espace, l’environnement… fondée sur les droits de l’Homme et des « animaux ». Seule une armée internationale existerait. Mais ce n’est pas pour demain vue qu’il n’y a pas d’union politique en Europe ! Bref, l’influence de la France est plus grande en Amérique du nord que ne le pense les français eux-mêmes : c’est souvent que je vois, à l’occasion, les journaux papiers ou télé parlant de ce que fait la France plus souvent que l’Angleterre (surtout aux USA).

 


 

 

 

En mémoire de toutes les personnes, européennes, américaines ou africaines, qui m’ont gentiment invité à dormir chez elles, ou qui m’ont offert une part de leur repas pendant la route et encore un bout de discussions.

 

 

En mémoire de personnes disparues avec qui j’aurais voulu partager ces voyages (mes grands parents paternels, martine, Charlotte, « marraine »).

 

 

En remerciement à trois personnes particulières qui m’ont permis de garder dans les durs moments la force de poursuivre ce qui pouvait alors sembler inutile.

 

 

Et en remerciement aussi aux personnes de la famille et amis dont la présence est toujours là, même pendant les voyages.

 

 



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