Traversée du Sahel, de Dakar à Zinder - Niamey

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Introduction :


"Traversée du Sahel, de Dakar à Zinder-Niamey", de début janvier à fin février 2009 (3.860 km) :

Après un premier parcours en Afrique jusque Dakar, plutôt décevant (même s'il y a de bons souvenirs), je décide de retourner sur ce continent surtout dans le but d'aller voir mes cousins qui habitent à Niamey et à Zinder, au Niger, et de voir aussi leurs familles. Un moment, je pense repartir de Dégagnac et refaire la traversée du Maroc et du Sahara… mais comme je travaille en décembre ça paraît difficile et en janvier il y a de la neige en Espagne : déjà que l'année précédente j'en ai eu mi-novembre dans ce pays, époque où il fait assez froid d'ailleurs.
Je décide donc pour ce second parcours en Afrique de faire simple, en tout point : d'abord ce sera le vieux vélo, de très vieux vêtements et mon appareil photo restera dans le boîtier qui me sert pour la spéléo (autant dire qu'il est très sale) ; ensuite, la route prendra simplement le bitume, pas de petits chemins… pour ne pas " s'embêter ", ainsi, à partir de Dakar, il n'y a presque qu'une seule route possible, celle financée par l'UE en grande partie, qui traverse le Sénégal, le Mali (en passant par Kayes, Bamako, Sikasso), le Burkina Faso (en passant par Bobo et Ouagadougou) et enfin le Niger (en passant par Niamey et pour finir à Zinder, l'ancienne capitale du Niger).

C'est donc cette route simple qui fut suivie sur environ 3.850 km pendant 45 jours. Avant de partir, je sais que le vent viendra du nord et de l'est, c'est-à-dire de face, à cette époque de l'année, pendant la saison sèche " froide " (même si la T° reste entre 20° la nuit et 40° l'après-midi avec le Soleil ; car il y a aussi une saison sèche chaude où la T° avoisine les 50°C !!). Mais je garde la motivation de revoir mes cousins au Niger. Et ce sera une bonne motivation ; les distances sont donc en moyenne de seulement 120 km par jours, et c'est assez dur avec toute la poussière qu'il peut avoir… Seule une étape avec le vent dans le dos, la dernière, qui fera près de 200 km (ça rassure).

Le but des voyages n'a jamais été celui de rencontrer les " gens " mais de voir les paysages, faune, et monuments anciens ou atypiques autrement que sur des photos mais par moi-même. D'ailleurs, comme je le dis souvent, rare sont ceux qui peuvent se " vanter " de connaître tous les habitants de sa ville… mais on peut dire plutôt qu'on recherche ailleurs d'autres modes de vie, d'autres coutumes… De plus que penser des voyageurs qui reviennent de pays où le niveau de vie est moins élevé, avec des photos de personnes (nombreuses et originales) sans leur donner un sous (pas de livres ni de cartes postales ni d'appareils photo là-bas pour la grosse majorité de la population), de mettre un copyright ou droit d'auteur sur ces photos puis de vendre leur livre, bien sûr que dans les pays dits développés, tout en critiquant la société de consommation (et surtout les " grands méchants " américains, pays où ils ne vont presque jamais en voyage) et de tirer ainsi des bénéfices certes légitimes de leur travail mais sans aucune contrepartie pour les populations de ces pays dits pauvres et en ayant ce discours culpabilisateur sur notre société occidentale alors que bien des populations dites pauvres souhaiteraient pouvoir avoir le choix, rien que ça ! Le choix de pouvoir voyager, d'aller à l'école, de se soigner, de varier leur alimentation… Je crois qu'il faut être en accord avec sa façon et ses raisons de voyager puis le discours et les actes que l'on tient en revenant " au pays " !
Heureusement tous les voyageurs ne sont pas des " profiteurs de la misère ", c'est ce double discours qui est dérangeant : d'un côté on critique " l'occident " (qui reste le rêve de bon  nombre d'africains), on profite de la gentillesse et de l'hospitalité des populations " pauvres " (certains tapent même aux portes pour demander à dormir ou " s'incrustent "), puis, revenu " au pays ", on vend des livres et des photos, … à ceux qui ont les moyens, c'est-à-dire aux " occidentaux ".
Avant de connaître ce phénomène, je pensais m'entendre avec les voyageurs que je rencontrerais, mais c'était une illusion, certains sont " radins " en fait et il y a comme une sorte de " concurrence " pour certains de voir un autre voyageur : " ah non moi j'ai été plus longtemps sur tel continent, je sais, toi non ", sorte de compétition bien typique de la société occidentale, alors que je pensais apprendre d'eux sagesse et partage d'expériences, heureusement tous ne sont pas comme ça, en général ce sont ceux qui ne renient pas leurs origines. Pour ma part, ça a toujours été spontanément que les gens m'ont invité, et jamais je prends des photos de personnes " à profusion " dans l'idée d'en tirer des bénéfices provenant de gens dont on critique le mode de vie… Ca s'apparente à un manque de respect. Par exemple ce cyclo rencontré il y a un an au Maroc qui avait déjà voyagé 150.000 km dans le monde, je pensais avoir à faire à un sage. Lorsque je lui demandais si ça famille lui manquait il me disait tout le monde est sa famille mais ça le dérangeait que je reste avec lui car c'est plus difficile pour que quelqu'un accepte d'héberger deux personnes, de même lorsque je lui disais que c'était triste tous ces enfants qui demandaient de l'argent, il me répondait " you fuck them ", finalement il me quitta sans dire mot pour aller se trouver un hébergement en allant taper aux portes ! Je continuais mon chemin alors, sans rien demander à personne, à mon habitude, pour aller dormir n'importe où… quand il fera nuit.

Bref, ce voyage s'est très bien passé et, même si ce n'est pas mon but, il y a eu bon nombre de rencontres (forcément), mais différentes de l'année précédente, il faut vraiment voyager le plus simplement possible, avec de vielles choses (vêtements, vélo…) quand les populations ont moins d'argent… pour être tranquille au mieux et pouvoir profiter. Pas de contrat de mariage avec une femme blanche ni de contrat de travail demandés cette fois-ci ! Mais beaucoup de rencontres avec des personnes très aimables dont certaines ont même voulu me donner un peu d'argent pour que j'aille retrouver la famille du Niger, d'autres avec lesquelles j'ai partagé leur repas ou le thé…, aucune rencontre avec des personnes agressives alors que c'est coutume chez nous dans les grandes villes en France… Beaucoup de simplicité dans les rencontres, il faut savoir prendre le temps de les écouter aussi.

Ces pays ont beaucoup de richesses mais elles sont souvent inexploitées par manque de moyens et de compétences, et aussi elles sont souvent " détournées " au profit des pays " riches " et des gouvernants en place dans les pays " pauvres ", malheureusement. De même les grosses sociétés commerciales jouent de cette différence de niveau de vie pour faire bien sûr des profits (pas de règles internationales…), comme les voyageurs " profiteurs de la misère " en quelque sorte (photos ou récits " idylliques " et vente de livres… en " occident "), qui sont loin de le reconnaître (comme on dit, faute avouée, faute à moitié pardonnée), au contraire, puisque c'est les occidentaux les coupables.

Le décalage entre les modes de vie occidental et africain est important, mais pour ce voyage je m'y suis complètement adapté, ça fait même bizarre de vivre avec ce décalage, au Niger, en compagnie des expatriés vivants " à l'occidentale " juste à côté du mode de vie africain, dans " les rues " et comme celui qui avait été le mien pendant ce périple.
L'adaptation a été meilleure aussi car pendant une année j'ai eu le temps de prendre un peu de recul et, pour l'avoir vécu une première fois, je savais à quoi m'attendre…
Au final, je suis pressé d'y retourner sur ces terres africaines, peut-être en 2014, en Afrique orientale et Australe.




Chronique 1 : de Dakar à Bamako


" Début de la traversée du Sahel, et de sa savane, en terres Ouolof… "
(1.378 km)


11/01, Dégagnac - Paris (Roissy/Charles de Gaulle), en train (ouap le climat est différent, d'ailleurs ici il neige alors qu'en Afrique nord/occidentale il fait entre 30 et 40°C le pm…)
12/01, Dakar - 20 km avant Fatick, 120km
13/01, 20 km avant Fatick - 10 km après Kaffrine, 140 km
14/01, 10 km après Kaffrine - 10 km avant Koungheul, 95 km
15/01, 10 km avant Koungheul - 10 km après Kousanou, 85 km
16/01, 10 km après Kousanou - 20 km après Bala, 110 km
17/01, 20 km après Bala - 20 km après Diboli, 118 km
18/01, 20 km après Diboli - 30 km après Kayes, 111 km
19/01, 30 km après Kayes - 10 km après Sandaré, 118 km
20/01, 10 km après Sandaré - 10 km après Diéma, 125 km
21/01, 10 km après Diéma - 20 km avant Didjeni, 154 km
22/01, 20 km avant Didjeni - 40 km avant Bamako, 142 km
23/01, 40 km avant Bamako - Senou, 60 km

Le 11, après avoir vu les dernières recommandations du ministère des affaires étrangères : deux viols de françaises à Bamako, vol à la tire, grenade et mines à Gao (Mali) avec attaques occasionnelles de Touaregs (qui veulent une part du gâteau en prenant des otages ?) sur la route Gao-Niamey. C'est la route que j'aurais voulu prendre mais elle est maintenant interdite sauf sous escorte militaire, ce qui n'empêche pas les attaques, comme il y en a eu une, début février, auprès de touristes européens enlevés, ce sera donc par le Burkina que je rejoindrais le Niger… et ça " condamne " l'idée de passer faire un détour à Tombouctou.
L'idée reste donc d'aller (sauf changement) directement de Dakar à Niamey en passant par la route bitumée, puis à Zinder, puis revenir par la même route de Zinder à Niamey en bus sûrement (j'aime pas trop prendre deux fois la même route en vélo surtout sur 900 km), pour reprendre l'avion et revenir en France. Passer aussi un peu de temps avec mes cousins dont un habite à Niamey et un autre à Zinder. Ce parcours devrait donc faire environ 3800 km (pas beaucoup par rapport aux 21.000 km en Amérique du Nord, mais je regrette de ne pas les avoir fait l'année dernière, en 2008, mais la première fois ça surprend, maintenant je sais à quoi m'attendre). Mais ce sera déjà pas mal de faire ça. Et je préfère ne pas en faire plus au cas où je fais un voyage en septembre après le parcours prévu aussi cette année pour le Cap Nord en Europe.
Le départ se fait de Gourdon, de la gare, pour rejoindre l'aéroport de Paris CDG/Roissy, et prendre l'avion pour Dakar (ben ouah, c'est l'hiver ici avec des T° de 0 à 5°C et là-bas les T° sont entre 20 et 40°C…). J'en profite à paris pour aller à pieds d'Austerlitz à ND de Paris (un rituel depuis les études dans le nord de la France et le retour, pour les vacances, près de Toulouse). Après j'arrive avec le RER (et le vélo dedans car c'est autorisé) au Terminal 3 de Roissy, c'est vraiment plus petit que les deux autres terminaux et il y a beaucoup moins de monde ; l'avion est prévu pour 6h et je passe donc une partie de la nuit à faire la sieste… et à recharger une batterie photo.

Le 12, après avoir dormi un peu, je donne les papiers…à 3h pour prendre le billet de l'avion de 6h, c'est un charter, avec Air Méditerranée (le billet ne fait pas plus de 300 euro, je ne peux m'empêcher de penser que c'est presque une année de salaire pour un sénégalais). Comme il est trop tôt, le vélo ne peux être emballé et il est aimablement scotché avec l'aide de la dame qui fait l'embarquement, et je le récupère quelques heures plus tard à Dakar en un seul morceau !
En faisant la queue, on me demande si je fais un tour du monde, en souriant (comme c'était l'idée initiale il y a un an), je dis que c'est juste pour rejoindre Niamey, de Dakar, ça n'empêche que la dame, d'origine africaine, a l'air conquise par cette " entreprise ", ça fait plaisir… Dans l'avion je dors environ 3h, puis on arrive au-dessus du Sahara où les vues sont magnifiques, ahhh, j'y vois même plusieurs tempêtes de sable, brrrr, ça doit pas être bon de se trouver là dedans mais je ne peux m'empêcher de penser (et de rêver) à une traversée du Sahara ! C'est immense et les vues entre les montagnes et les dunes de sable sont magnifiques !
Enfin, à 11h, on arrive comme prévu à Dakar (ville où je ne pensais pas en décembre 2007 revenir d'aussi tôt). Pourtant, une fois descendu de l'avion et en déballant le vélo, ça prend une bonne heure pour enlever le scotch, je m'y sens comme chez moi, allez, c'est reparti pour un tour. Et je cause aux bagagistes de l'aéroport comme si c'était de vielles connaissances (" comment ça va ", " la famille, le travail, la santé ?... "). Je mets donc presque deux heures avant de partir de l'aéroport, et même là un des bagagistes demandent combien coûte le vélo, je suis prêt à répondre que son collègue lui fait signe que c'est pas bien de demander ça… ah c'est déjà un premier signe de différence de l'année dernière… mais je réponds volontiers qu'il a 12 ans, plus de 100.000 km au compteur (mieux qu'une Mercedes) et qu'il ne vaut pourtant plus grand chose, même si en plaisantant je dis qu'ici je peux en tirer un meilleur prix car il y en a très peu en Afrique…
Finalement, mon vieux vélo de 12 ans n'intéresse pas beaucoup de monde par rapport à mon autre vélo achetés en 2007. De même, je suis beaucoup moins embêté à l'extérieur de l'aéroport, c'est mieux gardé et ils ont mis des barrières pour éviter que les " sollicitateurs " arrivent aux portes, j'en profite pour faire le change (car en France aucune banque ne fait ça contre des Francs CFA), c'est cher ! Pour 100 euro, je reçois 50.000 CFA (au lieu de 65.000), ça leur fait donc un bénéfice de 15.000 soit un peu plus que 20 euro de commissions… mais je n'ai pas envie d'aller faire un détour dans le centre de Dakar, de perdre l'après-midi…, pour aller dans une banque, et avec 50.000 CFA (que je demande en petits billets de 2000 et 5000) je serais peut-être tranquille jusque Bamako (on demande des petits billets car les salaires sont petits ici et quand vous arriver avec un billet de 10000 pour prendre un café à 150 CFA c'est très embêtant pour avoir la monnaie et on se fait remarquer… 10.000 CFA c'est ce qu'il gagne en moyenne en 15 jours ici, soit environ 15 euro). Je cause aussi avec un franco-sénégalais venu voir sa famille à Dakar, il est content que je revienne au Sénégal faire la suite de mon parcours de l'année précédente… Je me sens bien et j'ai une envie " folle de prendre la route ! C'est ce que je fais vers 14h seulement.
Ah, la route qui était tout en travaux l'année dernière est maintenant bien finie, c'est une voie expresse qui relie Dakar à l'aéroport, c'est bien mieux tout de même sans toute cette poussière. Je m'arrête aussi à une station essence où je croise un français et on se fait un petit bonjour, je prends aussi plus de photos tout en restant discret (ici ils ont très rarement un appareil photo) et ça ne sert à rien de faire le " journaliste ". Une fois plus dans la campagne, il y a comme par enchantement beaucoup moins de demandes d'argent par rapport à l'année précédente. Incroyable, je crois rêver. Est-ce l'habillement (que des vieux vêtements, un pantalon long, des trucs craqués, le vieux vélo, seules les chaussures sont à peu près neuves et elles prendront vite un coup de vieux avec la route en travaux et la terre… dans quelques jours, ce qui m'arrange) ? Un effet Obama ? Ben ouah l'année dernière on me disait les blancs sont les maîtres du monde, maintenant c'est différent et ça prouve que quelqu'un d'origine africaine peut être président, je pense que ça peux très bien arriver en France mais ici les africains pensent le contraire, pour eux les français sont trop racistes… Des jeunes garçons en bord de route me disent même en plaisantant " oh hisse, oh hisse ", ce qui me fait rire, Incroyable par rapport à il y a un an, il faut vraiment partir sans rien ! Aussi le vent de face qui est assez fort et qui imprègne sans aucun doute un visage de " souffrance " pour avancer et peut-être de la " compassion " des africains ou, comme certains me l'ont dit, c'est rare pour eux de voir un " blanc " souffrir… Avec le vent, la moyenne tombe à 17 km/h ! Je ne porte pourtant qu'un sac à dos de 10 kg.
A un premier contrôle de police, on m'invite même à manger ! Et c'est trop bon, juste du riz avec de l'huile épicée, mmmh un délice, j'aurais bien tout mangé ! Et aucune demande de billets, le policier me dit " c'est bien de faire du sport mais faut aussi penser à manger " Je le remercie beaucoup et il n'attendait rien. Le ravito reste assez problématique et il va falloir faire quelque chose, c'est bizarre car je n'ai pas vraiment faim…

Le 13, la moyenne n'est pas des meilleures avec cette route en travaux et c'est bien dur pour cette première semaine, mais même avec cette route en terre et avec des cailloux je suis étonné qu'il n'y ait aucune crevaisons (je ne sais pas pourquoi mais avec l'ancien vélo je n'ai presque jamais de crevaisons…).
Beaucoup de demandes d'argent aujourd'hui mais quand j'arrive dans des villages pour prendre un ravito, il y a souvent les " anciens " pour arrêter les plus jeunes et les enfants, et les éloigner pour me laisser en paix…
Les deux premiers jours, il fait chaud ! La T° doit être entre 30 et 35°C l'après-midi, ça change de la France où il neigeait à Paris.
Le soir je dors dans la savane, rapidement avec la fatigue de la chaleur, jusque 1h ou 2h où je me réveille et somnole pendant deux heures, avec le frais de la nuit, avant de retrouver le sommeil. Quand on me demande où je vais, je réponds que je vais au Niger voir ma famille, les gens semblent respecter alors ce voyage qui n'est pas que touristique, c'est une bonne justification.

Le 14, je ne fais que 95 km à 15 km/h, la journée est dure et fatigante. La route n'a plus de goudron et c'est dur avec le vent de face et les camions, il y a beaucoup de poussière et de sable avalé aussi. Le soir je vomis tout ce que je mange (les autres jours je me brosse systématiquement les dents avant de commencer à manger pour me débarrasser du sable… resté dans la bouche (et ça va mieux).
Pour les demandes d'argent, ça se limite très souvent qu'aux enfants, qui sont très nombreux mêmes dans les villages (contrairement chez nous en France où il n'y a plus que des personnes d'un certain âge, trop souvent malheureusement, dans nos campagnes). Beaucoup d'enfants ne vont pas à l'école car il n'y en a pas et ils doivent aider pour le travail… même très jeunes, parfois à 6-8 ans déjà.
Comme déjà dit dans le " Paris - Dakar ", ici, pas de retraites, ni sécurité sociale, ni chômage. Est-ce qu'ils sont plus heureux ou malheureux pour autant ? Pour ceux qui le pensent, comme certains voyageurs que j'ai pu rencontrer ou comme les communistes qui adoraient l'URSS, je répondrais d'aller vivre là-bas, dans les mêmes conditions, en sachant que l'espérance de vie n'est que de 48-49 ans au Mali, Burkina ou au Niger ; rien que l'espérance de vie devrait suffire à faire comprendre la dureté de la vie dans ces pays et de ne pas les idéaliser une fois rentré en France, je ne comprends pas les voyageurs qui se plaignent de la société de consommation mais qui en gardent tous les avantages, c'est pratique d'être expatrié avec un salaire de niveau équivalent à ceux en France, de se plaindre de la France, de dire que c'est mieux dans ces pays mais, grâce à sa nationalité française, dès qu'il y a un problème politique ou de santé, on retourne au pays, c'est-à-dire en France. Rien que pour dire et penser ça, ça m'est arrivé qu'on me dise que je sois raciste. Comme me l'a dit un voyageur qui a fait un tour en Afrique et qui pense détenir la vérité. Raciste de dire que les conditions de vie sont dure et qu'il y a beaucoup de misère là-bas ? Raciste de dire qu'il faudrait plus d'école, de formation, de travail et de santé ? Raciste de ne pas admettre que des enfants ou adultes meurent encore du tétanos ou d'une appendicite, de ne pas admettre qu'un enfant de 10 ans soit amputé de la jambe après une simple fracture tout simplement parce qu'il n'a pas eu les médicaments appropriés pour ses soins ?
On trouve aussi beaucoup de petites boutiques le long de la route, celles-ci restent bien sûr ouvertes 7 jours sur 7 (pas de vacances ici, ni congés) et quelques petits (parfois grands) marchés où on trouve de la viande, des légumes et des fruits (pour éviter d'avoir des bactéries et la diarrhée, il faut bien les laver, aussi j'évite les légumes et je prends volontiers des fruits faciles à manger, qu'on n'a pas besoin de laver : oranges, bananes… et des cacahuètes).
Dans la journée, les villageois s'attachent chacun à leurs tâches, pour certains elles sont agricoles, ils vont à pieds cultiver la terre ; pour d'autres c'est le transport de " petites " marchandises (mais de grandes valeurs pour avoir un peu d'argent et le strict nécessaire), ils vont ainsi dans quelques marchés, avec leurs charrettes le plus souvent tirées par les ânes (un ou deux), très rarement par des chevaux (qui sont plus petits là-bas)… Il y a aussi la corvée d'eau, la garde des troupeaux (pas de clôtures), la vente au bord de la route des fruits et légumes…
Le soir, dans les " hameaux " (petits villages avec des huttes…) où je reste parfois pour dormir, il y a beaucoup de musique encore une fois cette nuit (comme la veille), c'est plaisant d'entendre ça, les gens me voient aller dormir dans la savane, pendant qu'ils rentrent au village, mais personne ne me demande rien et on me laisse me poser tranquillement, à une centaine de mètres du village (où je ne vais pas pour passer une bonne nuit, après une chaude journée, et ne pas être " la star ", en effet, en y allant, je sais que j'aurais du mal à manger à ma faim, bien boire, et bien dormir car on restera là à " m'observer "… et je préfère ma tranquillité).
La différence de " niveaux de vie " vient sans doute des inventions, le fait que les matières premières sont insuffisantes, le prix augmente et ce sont les pays les plus " riches " qui peuvent se les acheter (quand il n'y en a plus, on cherche d'autres systèmes par d'autres inventions, souvent on dit aussi que les ressources sont insuffisantes mais il n'y a pas toujours d'intérêts à en rechercher ailleurs pour ne pas alimenter le marché et garder des prix à la hausse…). Tout cela fait qu'il est difficile pour les Etats " pauvres ", quand ils en ont réellement la volonté de développer leur pays, il y a trop de retard.

Le 15 et le 16, ce sont deux jours difficiles où la route est vraiment transformée en piste, ça pourrait être plaisant sauf qu'il y a beaucoup de circulation (sables, poussières… du coup). Ils sont entrain de refaire cette route sur environ 160 km avec le financement notamment de l'UE (un peu la Chine, le Japon et le Canada aussi), sans aucun doute avec des contreparties sur d'autres marchés. Ce qu'on peut regretter c'est que pour ces pays on veut systématiquement leur faire emprunter les mêmes étapes que nous, alors qu'il faudrait développer des énergies renouvelable et durable, adapter les structures sociales et sanitaires à ceux qui ont un mode de vie nomade…
Les premiers jours sont assez difficiles pour la nourriture, il faut peut-être un temps d'adaptation à celle-ci et trouver les meilleurs aliments ici qui me conviennent, la différence de climat y est aussi sans doute pour quelque chose ainsi que la route difficile, aussi le soir je prends un cachet d'immodium, j'attends presque toujours le dernier moment pour me " soigner ", le temps que le corps s'adapte seul et ait les réactions de défense, les médicaments viennent seulement quand c'est nécessaires alors, et en une ou deux prises, pas plus, juste pour " aider " les défenses naturelles, les médicaments ont aussi tous leurs effets, sanas dépendance.
Un soir, je demande pour manger dans un petit " restaurant " d'un village en bord de route, pour prendre du riz, en fait il n'y en a pas, ici c'est le mil, et on me répond qu'il faut attendre deux heures, en me montrant deux femmes entrain d'écraser les graines. Deux heures de préparation ! Ici c'est l'Afrique, tout est plus lent et plus long, aussi je n'ai vraiment pas envie d'attendre deux heures tous les soirs pour manger, alors je préfère continuer, sinon ce voyage va durer trois mois et je m'ennuis vite, même si ici il y a une télé où tout le village peut venir regarder les émissions, en s'allongeant à terre ou sur des bancs, à l'ombre.
Les prix ici sont environ le double de Dakar (essence = 700, pain = 150, coca = 700…), c'est à peu près comme en France, pour les produits finis, à cause du transport, tout est moins cher près de la côte, ainsi les produits sont souvent importés de pays qui ont des ports, ce qui est un problème pour des pays comme le Mali, le Niger ou le Burkina Faso qui ne produisent pas de produits finis ; mais certains en ont fait leur business, en allant chercher des motos importées de Chine pour 130.000 CFA au Nigeria et les revendre à 250.000 CFA au Burkina, par exemple.
Ici il n'y a pas vraiment de règles avec les autorités, 80% de la population est analphabète, c'est donc la coutume locale qui prime, plus que les lois ou les règlements, que les gens ne savent pas lire ou comprendre forcément. De plus, les frontières correspondent très rarement aux anciennes tribus et ethnies qui peuplent ces territoires ; chaque peuple peut ainsi vivre dans deux ou trois Etats différents ce qui provoque forcément des tensions, de la corruption et du favoritisme, certains peuples ne sont même pas sur un territoire contigu, d'autres sont nomades. L'humanitaire a aussi ses côté négatifs, ça ressemble à des ONG envoyées mais chaque ONG a une " nationalité " et donc ça favorise certains Etats (si une ONG française est présente c'est un peu comme si c'était une entreprise française)… Il n'y a que très peu d'éducation (les enfants sont 70 par classe et souvent ils chantent, pas de formations sauf dans les grandes villes (les capitales !), comme pour les soins et le travail (d'ailleurs ils ne ressentent aucun effet de la crise ici, même s'il y a des multinationales, beaucoup des employés sont aussi " occidentaux "), il y a très peu d'investissements étrangers (ces pays sont aussi trop instables : coups d'état, assassinats, corruption… et les lois mêmes constitutionnelles changent trop souvent pour qu'on s'y retrouve), les populations locales ont aussi leurs coutumes et leurs façons de faire, c'est assez difficile de changer des mentalités et un mode de vie qui dure depuis des millénaires. Les entreprises ne font pas de cadeaux, et si ça ne leur convient pas, elles vont ailleurs, ce n'est pas à elles d'éduquer ou de construire des logements… Pourtant je reste à la fin de ce voyage sûr qu'il y a assez de ressources pour tous, il faut innover, recycler et en rechercher de nouvelles. Aussi dire qu'il n'y a pas de ressources sur Terre pour tous et que les Etats occidentaux feraient exprès de maintenir ces populations dans la pauvreté sonne faux, pourtant au début de ce voyage je croyais que c'était peut-être une des causes (inconsciente) de la persévérance de la pauvreté dans ces pays mais cette vue n'est pas suffisante.
Il y a beaucoup d'élevages ici, en pleine nature (pas comme chez nous en France), et la viande serait de bonne qualité si l'hygiène était meilleure mais c'est sûr ici c'est de la bonne viande ! Il y a beaucoup d'herbes sèches (pas besoin de la faire sécher ici grâce à la saison sèche (où il ne pleut jamais !) et ça repousse tout seul à la saison des pluies car les sous-sols restent gorgés d'eau. Beaucoup de chèvres, brebis, moutons, ânes, vaches, quelques chevaux aussi
Avant de passer la frontière avec le Mali, je reste pour un ravito dans une petite ville où je parle avec un malien d'origine qui habite au Sénégal, il m'offre de la canne à sucre (il faut enlever l'écorce avec un couteau puis on la croque comme ça), je goutte aussi au manioc (ça a le gout de la pomme de terre, je trouve); il me conseille de ne pas dormir dehors dans la savane mais plutôt dans les villages, que c'est mieux, je lui réponds que je préfère dormir juste à côté des villages pour ne pas déranger et ne pas être trop sollicité (j'apprécie ma tranquillité le soir, mais très souvent je dors éloigné de tout village, aucun problème pour le moment). Il me dit qu'il y a des bandits au Mali et au Burkina à la tombée de la nuit. Pourtant je n'en croiserais aucun dans les jours qui suivent, dans ces pays, le site du ministère des affaires étrangères français disait aussi qu'il y avait des " coupeurs de route " dans la région de Sikasso et entre Ouagadougou et Niamey, mais durant les nuits, mis à part quelques coups de feu, deux nuits, je ne vois et n'entends rien ! La police au Mali me dit que ce n'est pas un type qui voyage simplement en vélo qu'on arrête mais plutôt les transporteurs qui avec la vente de leurs marchandises… ont plusieurs milliers de francs CFA à bord. Du coup au sud du Mali et au Burkina je fais quand même attention pour ne pas m'arrêter le soir à la vue de n'importe qui, pas de problèmes pour les gens qui sont en vélo ou les camionneurs, où ceux avec des ânes, je reste seulement méfiant avec ceux qui sont en " motos ", avant de disparaître dans la savane, et d'aller dormir à 500m de la route souvent à l'abri d'un arbre, et je me dis qu'ils peuvent toujours s'amuser à venir me chercher la nuit dans ces étendues désertiques… Mais je prends quand même l'habitude, au cas où, le soir, avant de dormir, de mettre dans un sachet ma CB ainsi que les quelques billets que j'ai et l'appareil photo dans un sachet, que je pose ensuite sur une branche d'un arbre ou dans un trou naturel ou dans les broussailles, à quelques mètres de là où je dors, je garde juste environ l'équivalent de 50 € dans mon sac à dos.
Il y a un peu d'industrie du coton ici, près de Tambacounda, au Sénégal, pour l'instant la route est trop bien, je me sens bien plus à l'aise par rapport à l'année dernière et on me demande moins d'argent, est-ce parce que le vélo est vieux de 10-15 ans comme les vêtements ? Ce serait bien que ça continue…

Le 17, le problème en Afrique vient aussi peut-être de l'absence ou en out cas du manque d'éducation, d'enseignements, de recherches, et donc aussi d'innovations ! C'est peut-être le plus important dans une société avec la santé pour se développer, car, sans Constitution internationale, chaque Etat est en compétition avec les autres Etats.
Je passe la frontière entre le Sénégal et le Mali sans ennuis, pas de demandes d'argent à la frontière comme en Mauritanie l'année précédente, je croise aussi un motard, on se dit encore simplement bonjour, je me demande bien où il va en tout cas, il a de la chance avec sa petite moto et son casque, on ne voit pas sa couleur de peau et il est sans doute moins sollicité sur la route. A la frontière le policier arrive à peine à écrire correctement mon nom… mais on me laisse passer ici alors que le visa n'est plus valable depuis une semaine (je ne dis rien bien sûr) et il ne voit rien apparemment.
Avant la frontière je vois aussi deux singes, trop beaux, malheureusement quand ils m'aperçoivent à une centaine de mètres ils se sauvent, ils sont sauvages et craignent les Hommes, dommage, j'aurais bien pris une photo, en tout cas ils courent vite. Beaucoup d'oiseaux bleus aussi dans ces régions et quelques oiseaux verts, magnifiques, malheureusement trop furtifs pour les prendre en photos.
Ce soir je dors bien, je fais aussi des rêves, pleins, et enfin j'ai le sentiments d'avoir très bien mangé avec simplement une boîte de sardine et du pain. Ici, beaucoup ont un feu avec du charbon de bois et leurs casseroles pour la nourriture ou le thé… Parfois on l'allume simplement avec des brindilles, on se croirait au temps où on jouait avec mes cousins, adolescents). Ca prend un temps fou tout ça et c'est long, comme beaucoup de choses en Afrique, pour la production locale ça va mais tous les produits finis sont aux mêmes prix qu'en France et donc ça doit être inabordables pour la plupart d'entre eux !

Le 18, je suis bien sale maintenant avec la route en travaux, beaucoup de terres, de sables et poussières dans l'air et sur le visage, sans parler de la peau qui se craque avec le Soleil… Toujours presque aucune demande d'argent, c'est bizarre, ce serait trop bien que ça continue comme ça jusque la fin !
Après Kayes, le paysage change, c'est toujours la savane mais c'est plus désertique (on remonte un peu vers le nord) et le terrain est plus accidenté avec quelques collines (environ 300-400 m), ça change donc un peu du plat et du vent de face. Il y a même des encouragements de policiers à la sortie de Kayes qui savent que je vais à Bamako, et d'un épicier à Kayes qui trouve ça " formidable " et qui me fait aussi goutter à un légume avec un drôle de nom, c'est assez bon et ça ressemble, pour le goût, à du choux fleur… ; enfin tout est relatif et j'en reste conscient. A la sortie de Kayes, je roule un peu avec deux cyclos qui me souhaitent aussi bonne route.
Sur la route je croise beaucoup de cyclos, pas pour le sport mais pour transporter toutes sortes de choses (bois, eau, bétail, canne à sucre, briques de terres…), sinon c'est avec des ânes, ils peuvent faire 10-20 km comme ça avant d'arriver en ville. Ca prend beaucoup de temps pour le transport alors, et souvent, pour pas grand-chose mais c'est essentiel pour eux, pour vivre. Beaucoup de camions à l'entrée de Kayes en stationnement, comme souvent dans les villages, et encore plus dans les villes, pour réparer, décharger des marchandises… Beaucoup de bus aussi qui vont à Bamako ou en reviennent, ils roulent vite ! Comme les camions citernes d'ailleurs.
Il y a encore beaucoup de métiers ici qui existaient chez nous il y a 100 ans mais qui ont disparu avec l'industrialisation. Les plus riches sont les épiciers et les fonctionnaires, j'ai même vu un épicier avec un PDA, c'est la classe moyenne ici, même si ça reste relatif et pauvre. Ici pas de mécanisation dans les champs et il y a très peu de clôtures, souvent des bergers (qui peuvent être très jeunes, 6 - 8 ans) et donc la population reste très rurale (80%). Le Mali est un des pays les plus pauvres au monde avec le Burkina et le Niger (deux pays seulement plus pauvres, le Libéria et la Sierra Leone, car en constante guerre interne). Pourtant rares sont les adultes qui demandent de l'argent, le plus souvent ce sont les enfants (nombreux ici en milieu rural).
Pour la flore, en cette saison sèche, il y a très peu de fleurs, j'en verrais que quelques unes au Niger ; beaucoup d'épineux, pour les arbres et les buissons, sans doute pour se protéger des vaches, cochons, chameaux… pour ne pas être mangés !
Pour ce qui est du vent il vient toujours du NE, c'est une constante en cette saison, comme aux USA où le vent venait toujours de l'ouest à 99%. Pour l'instant il n'y a qu'en Europe où le vent vient de n'importe quelle direction, quelque soit la saison, même s'il y a des dominantes (plus de vent de l'est l'hiver, plus de vent du S. et de l'O. en été…). Et l'Europe semble être le seul continent où le climat reste tempéré (pas de grands écarts de T°C, pluie toute l'année…) ; le vent serait-il le responsable du climat ? Et par conséquent le vent serait le responsable de ce que l'on trouve comme flore et donc aussi comme faune (bien sûr, excepté dans les zones montagneuses et autre zones spécifiques de microclimats).
Le soir je m'endors près d'un fleuve (ou une grande marre) et toujours est-il qu'il y a deux moustiques (seulement), je décide donc de partir des herbes hautes sèches pour aller dormir dans une zone plus caillouteuse où il n'y a alors aucun moustique, ahhh, trop bien. Quand il ya des moustiques j'ai le bonnet, l'écharpe, les gants…mais avec la T° de 35-40°C le jour et 20-25°C à la tombée de la nuit c'est embêtant pour respirer. Finalement toutes les nuits dehors dans la savane se passe sans moustiques, c'est seulement à Niamey et à Zinder que j'en rencontrerais (beaucoup), tous les soirs à la tombée de la nuit à cause de l'insalubrité (comme en Europe avant avec la peste !?). Aussi ça confirme certaines " théories ", les moustiques ne sortent pas quand il fait trop chaud (que la T° entre 12 et 25°C), comme au Canada où ils étaient absents entre 14 et 17h, ici ils sont étonnés quand je dis qu'au Canada ils sont là aussi dans la journée car même pendant la saison des pluies c'est que la nuit ; ensuite, le paludisme est certainement un germe causé par l'insalubrité, il y a plusieurs types de paludisme, souvent ça se soigne bien et ça disparaît, le plus grave est le " neuropalu " où sans des soins rapides on meurt après 3 jours… Finalement, sans doute, si ces pays en avait les moyens, on pourrait facilement trouver des vaccins appropriés comme pour la grippe en France…

Le 19, c'est un très bon jour, l'Afrique garde toujours la même gentillesse, je rêve même d'appeler ce périple " Demain l'Afrique ", en rêvant qu'ils puissent se développer, exploiter leurs richesses naturelles, produire localement pour eux et ne pas avoir à importer des motos de Chine ou du lait d'UE, produire leur eau, leurs produits finis… Très peu de demandes d'argent aujourd'hui ou autres sollicitations. Le matin, celui qui tient une petite station essence me propose déjà de prendre ma toilette, si je veux me rincer… Avec le vent de face c'est dur, la moyenne reste toujours aux alentours de 17-18 km/h, mais peut-être c'est tant mieux, avec le vent dans le dos j'irais trop vite et on croirait que c'est grâce au vélo (ici pas de cyclosportifs, très rare, même s'il y a un tour du Sénégal, du Cameroun, du Burkina, qui dure une semaine chacun).
Aujourd'hui, le parcours se fait aussi sans beaucoup de rencontre, il y a très peu d'habitants dans ces régions arides du nord ouest du mali mais on trouve toujours des chèvres, brebis, vaches, ânes… un peu partout ; beaucoup d'herbes sèches très bonnes pour nourrir le bétail un peu partout aussi, c'est vraiment une agriculture bio ! Au sens vrai ! Et il faudrait que nous, pays " riches " les payons pour continuer dans ce sens et ne pas dévier dans une agriculture intensive comme chez nous où la viande n'a plus de goût trop souvent ; il faudrait aussi les payer pour qu'ils continuent à transporter leurs marchandises en vélo (même si c'est pénible) et quand j'ai dit ça quelques fois on me riait en disant qu'ils préféreraient quand même avoir une voiture que d'être payés pour continuer en vélo, en âne ou à cheval…mais il faudrait essayer car ils protègent l'environnement, ce ne sont pas ces pays là qui ont fait de la Terre une décharge ou un enfer, la responsabilité incombe à la production de masse qui a été, dans les années 50 et 60, celle des pays " occidentaux ", pour produire toujours plus et intensivement.
Quelle beauté de les voir, c'est déjà arrivé souvent, des enfants galopants sur leurs chevaux en ville ou sur les pistes de terre en campagne ; quelle beauté que de dépasser un attelage tiré par deux ânes et de jeunes enfants qui s'amusent à faire la course avec moi, à 17 km/h, et qui me redépassent par la suite, en souriant et taquineurs, ah, quel gentillesse de leur part pour ce petit moment de bonheur où je dégage un sourire amusé, après avoir demandé où j'allais, ils me souhaitent bonne route et me disent au revoir. Ou encore ces enfant courants sur la route et me saluant par un simple bonsoir à mon passage, sans intentions et sans attentes. Le monde " occidental " a certainement bien des choses à se reprocher même s'il y a du bon (exploration spatiale, recherche dans le domaine de la santé… même si on recherche trop souvent la rentabilité). Mais toujours des guerres, des tensions, des problèmes de conflits d'intérêts entre Etats, entreprises… qui dépassent l'intérêt conjoint des peuples pour s'atteler aux intérêts particuliers des dirigeants d'entreprises commerciales ou nationales (dans le sens des Nations, terme fictif inventé récemment pour opposer les peuples entre eux). Quel dommage de l'absence d'une Organisation internationale, de Lois internationales et donc de Constitution internationale dans l'intérêt simplement des peuples ! Tout en respectant leur diversité, coutumes, traditions… mais il y a des points communs entre les Hommes (protection de l'environnement, exploration spatiale, santé…).
A Sandaré où je prends un bon ravito ainsi que la nourriture et boissons pour la nuit, je parle un bon moment avec l'épicier, sympa, qui a du mal à compter, il me rend même 3000 CFA alors que je pensais en avoir donné que 2000 mais en fait c'était 5000 que j'avais donné, il aurais pu facilement me rouler mais ne l'a pas fait. Je parle aussi avec un malien de Bamako qui vient de finir des commissions dans le NO du Mali, en mobylette, environ 2000 km ainsi en une semaine ! Et maintenant il me dit qu'il va rentrer avec un camionneur (la mobylette casée quelque part sur le camion). J'achète aussi à des enfants des sortes de beignets (mélange d'huile et de pain sucré, un peu briochés), ces enfants ont une dizaine d'années simplement et attendent là toutes les journées pour les vendre. Ici pas de Disney ni de jouets pour eux, rien que ce qu'ils peuvent trouver.
Ce soir, une fois le campement fini dans la savane, je suis envahi par une grande peine devant ces injustices, alors que celles-ci justifieraient la colère et l'agressivité des populations envers moi, il n'en ai rien, jamais sur ce parcours je n'ai rencontré de personnes agressives (pourtant il y aurait de quoi), alors que chez nous c'est coutume de rencontrer tous les jours des personnes énervées ou stressés… et peut-être bien moi le premier malheureusement par mon mauvais caractère. Les occidentaux ont sans aucun doute commis des erreurs et continuent à en faire, mais je suis heureux qu'un afro-euro-américain soit maintenant président des USA ! J'espère qu'un jour on verra un français d'origine africaine au même poste.

Le 20, il y a un peu moins de vent car la route se dirige vers le SE (eh ça fait du bien de rouler un peu plus vite). Toujours beaucoup de savane et encore une grande beauté de voir deux cavaliers avec turbans, épées… sur leurs montures dans un petit village où je fais une pause pour prendre un café (importé, c'est du soluble) avec un peu de lait en poudre (importé aussi) et du pain. J'apprécie bien ça le matin. Sur la route je peux encore croiser des charrettes tirées par des ânes avec de très jeunes enfants les conduisant.
Dans cette région, certains villages sont très jolis (accrochés sur des pans de collines avec leurs petites clôtures en branchage et leur petites ruelles autour de huttes faîtes très souvent seulement en terre argileuse séchée au soleil), ils mériteraient leur inscription au patrimoine mondial au cas où ça disparaitrait avec l'uniformisation et le tout béton… Beaucoup de richesses et de choses à faire en Afrique.
Ici, en Afrique, on ne trouve pas de livres ou de lecture (déjà que 80% des habitants sont analphabètes), il n'y a pour le moment qu'à Dakar où j'ai trouvé un magasin avec des journaux (et pas beaucoup de choix, ça reste général), les informations circulent surtout par radio. Je ne vois pas beaucoup de touristes depuis le départ, seulement deux couples en 4x4 récentes, en shorts et tee-shirt entrain de s'affaler en bord de route sur leurs voitures (bel exemple pour confirmer la réputation qu'ont de nous les africains, à savoir " tous les blancs sont riches "). Pourtant je vois énormément de 4x4 ou Mercedes ou BMW conduites par des noirs mais à eux on ne demandent pas d'argent (on me dit que ce sont des émigrés). Enfin toujours est-il que c'est plus facile d'embêter les touristes que les maliens riches (où il y a un risque de représailles peut-être ?).
Dans un village, où je fais une autre pause, je parle bien avec deux mauritaniens (et oui ici on est très près de la frontière avec ce pays), ils me disent que je ferais un bon musulman (décidément, on m'avait dit la même chose en Mauritanie il y a un an), comme d'habitude c'est mieux de dire que l'on croit en Dieu car ce serait très grave de dire qu'on est athée, je reste donc ici, plus qu'en France, un chrétien catholique. On parle beaucoup ensemble, ils croient que pour les chrétiens on peut coucher avec n'importe qui avant le mariage, qu'il y a en " occident " beaucoup de débauches et que les chrétiens peuvent se droguer… Je leur réponds que c'est faux, les chrétiens et les catholiques ne doivent pas avoir de relations sexuelles avant le mariage et ne peuvent boire à l'excès, les mariages homosexuels sont interdits par le Pape et les divorces ne sont pas reconnus par l'Eglise (on ne peut se marier devant le curé qu'une fois). Ils sont étonnés et ils ne pensaient pas que c'était aussi strict et ils me disent que c'est comme l'Islam alors. Je leur explique aussi la laïcité (pas de signes distinctifs religieux dans les endroits publics, distinction entre les lois de l'Etat et les règles religieuses) et qu'il y a une tolérance en France pour les musulmans (liberté de cultes…) et qu'ils sont 6 millions, je leur demande combien ils sont en Mauritanie et ils me répondent 3 millions, je suis heureux de leur dire qu'alors il y a plus de musulmans en France qu'en Mauritanie ! Ils me disent que l'Islam et le christianisme sont très proche, je leur réponds que oui, aussi le judaïsme mais ils me disent que là non c'est différent (je ne connais pas bien mais il faudra encore apprendre car les préjugés ont la vie dure). On se quitte car faut que je continue de rouler, mais ils avaient soif de parler et m'offrent aussi bien sûr le thé, grande marque d'hospitalité chez les musulmans ! Enfin on peut regretter que la religion (et les préjugés surtout) cause autant de dégâts dans le monde alors que les forces de l'Univers sont gigantesques, et les Hommes s'embêtent parfois pour peu de choses, pour des controverses qui ne devraient pas avoir autant d'importance ! Lorsque je dors sous un ciel étoilé, tout cela paraît bien dérisoire.
Plus loin, à Diéma, avant la tombée de la nuit, j'arrive chez un épicier pour prendre un petit ravito, sans le savoir, c'est juste au moment où Barak Obama prononce son discours d'investiture à Washington, devant une foule sur la grande allée avec les mémoriaux où je me trouvait il y a quelques mois. Cet épicier a une télé (ce qui est rare car souvent dans les villages il n'y a qu'une radio, bon ici c'est une ville moyenne). Je regarde donc le discours avec lui et d'autres acolytes pendant bien 20 minutes, ça me fait plaisir de me trouver là pour ce discours et j'espère qu'Obama pourra prouver aux africains que tout est possible, beaucoup en Afrique ont un grand espoir en lui, alors que je ressentais un grand désespoir et une fatalité l'année dernière. Obama est le président des USA mais aussi le président de cœur de tous les africains et je me demande s'il s'en rend bien compte, j'espère pour l'Afrique. Obama est pourtant peut-être la seule personne au monde qui peut par la puissance des USA changer les choses, mais il ne faudrait pas trop tarder, car ça risque d'être trop tard avec la monté en puissance de la Chine, et des intérêts énergétiques divergents, ils ont un grand poids actuellement mais ça risque de ne pas durer (et je le craint encore plus avec la crise, déjà que j'avais ressenti un problème économique en 2008, lors de mon séjour là-bas pendant 4 mois, et avant la crise…). Obama est la seule personne qui pourrait avoir assez d'influence pour unir le monde, l'UE le pourrait mais il n'y a pas d'union politique et les intérêts de chaque Etat divergent, c'est très dommage pour elle, mais l'Europe existe-t-elle vraiment dans les consciences des politiciens ? La France le pourrait aussi mais comme trop souvent les Hommes politiques manquent d'ambition et une fois élus à la tête de l'Etat, ils croient que tout a déjà été gagné et que maintenant il faut essayer de garder sa place et de faire croire que c'est bien comme ça.
Ce soir je mange un bon repas (macédoine de légumes, mayonnaise, pain…, tous importés bien sûr, sauf le pain qui est excellent) dans la savane sous un ciel étoilé, avec toujours autant d'émotion.

Le 21, c'est peut-être la plus grande étape de ce petit parcours dans le Sahel, en Afrique occidentale, grâce à un vent dans le dos, en descendant vers le sud pour rejoindre Bamako. La première centaine de kilomètre se font avec un vent plutôt de face mais je croise un tracteur qui va à environ 35 km/h et je le suis donc sur 5 km/h. Le conducteur veut mon tee-shirt (vieux de 15 ans), troué et décoloré à force de faire de nombreuses randonnées en vélo avec, il veut aussi mon sac à dos (vieux et troué) et mon vélo (vieux pourtant de 12 ans et avec plus de 100.000 km au compteur), bien sûr je ne donne rien et on se dit gentiment au revoir à la fin, autant les enfants je comprends, autant c'est dur de voir des adultes se rabaisser à ça. Je croise deux tracteurs aujourd'hui, c'est la seule fois où j'en croiserais pendant ce trip, et c'était presque un mirage ! Ensuite je suis aussi à environ 35 km/h un autre camion que je prends au sprint cette fois, dans un faux plat montant, ça fait du bien de ce caler derrière et de ne pas faire que du 17 km/h ! Avec ce vent. J'arrive à le suivre pendant 50 km et c'est trop bien ! Je reste derrière jusqu'au moment où il s'arrête pour ravitailler un épicier ; les jours suivant je continuerais parfois à sprinter derrière des camions et à coller au derrière de certains, c'est comme un nouveau jeu pour moi ; parfois les conducteurs me voient et me saluent ; en tout cas, lorsque je passe dans les petits villages derrière un de ces camions, je ne passe pas inaperçu et je me demande si les gens ont déjà vu ça ,vue le regard étonné qu'ils ont à mon passage.
Aujourd'hui beaucoup moins de " pssit " ou de " eh monsieur " qu'il y a un an, c'est plus tranquille, quand ça arrive je n'y prête pas attention car ces appels se font uniquement à cause de la couleur de la peau qui est synonyme ici d'étranger et donc de riche (c'est vrai qu'ici le salaire et les conditions pour le droit du travail n'ont vraiment rien à voir avec celles en France, tant qu'elles durent), c'est un peu discriminatoire, sûr, du racisme ? Mmh, je pense qu'ici sans éducation ils ne savent pas trop ce que c'est et dans le fond il n'y a pas de racisme, juste que c'est rare d'en voir passer en vélo et c'est l'occasion (on sait jamais).
Mis à part ça, je fais ce que je peux pour ne pas attirer l'attention et en général ça fonctionne bien, mieux que l'année précédente, même si un épicier demande pour que je lui donne de l'argent, je n'y prête pas attention et ne réponds pas. Ici je ne recherche pas le droit à la différence mais le droit à l'indifférence, à la tranquillité. Et par conséquent la liberté de circuler. Même si je reste bien conscient des différences, je ne peux pas être responsable de cette inégalité et pauvreté, les gouvernants n'en font que dans leurs intérêts et les gouvernants africains sont autant coupables que les " occidentaux ".
Sur la route je trouve assez peu de ravito, ça reste difficile, il y a quand même un peu de pain ou des oranges à manger, mmmh, c'est plus dur pour trouver des bouteilles d'eau en plastiques, il faudrait une prochaine fois prendre un bidon en alu ou en inox pour le chauffer et faire cuire des pâtes ou bouillir de l'eau des puits… Ca prendrait du temps mais ce serait très facile de faire du feu ici avec toutes ces brindilles et herbes sèches.
S'il y avait plus d'irrigation et de possibilité de moyens de travailler la terre… ce serait très riche et incroyable. L'Afrique a au moins autant de richesses que l'Amérique du nord ou la Russie ou la Chine, mais bien sûr les " occidentaux " se partagent le gâteau en quelque sorte par les organisations humanitaires et autres multinationales. La terre ici est très fertile, beaucoup d'eau sous ces terres, en rentrant d'ailleurs en France, je lirais dans un livre sur les déserts que les principales réserves d'eau douce se trouvent sous les déserts du Sahara ! Ce serait donc apparemment des régions très fertiles mais peut-être n'y a-t-il pas assez de formations et de volonté des politiques pour penser ce développement et aider dans ce sens. C'est sûr ici, sans enseignements possibles, la plupart n'ont pas les connaissances générales et peut-être pratiques et donc c'est difficile sans le soutien politique de garder un espoir. De même pour les commerces, c'est assez mal présenté, on ne sait pas trop qu'est-ce qu'on trouve, pas de panneaux bien lisibles, ça semble ridicule car sans doute ce sont toujours des gens " du coin " qui viennent faire des achats.

Le 22, je repense la veille à un site de personnes qui veulent faire un tour en Afrique pour visiter les parcs nationaux (où il faut un guide) pour sensibiliser au sujet de l'environnement (ah là le marketing occidental fonctionne bien) Absurde ? Vue la pauvreté ce n'est pas la priorité  ici et vue le mode de vie ce ne sont pas eux les pollueurs de la planète et je n'ai pas encore vu d'industrie (au Niger il n'y a qu'une cimenterie).
Parfois des camionneurs me saluent sur la route et même dans des villages, on me demande à propos du voyage et le fait de voir de la famille et on trouve parfois ça formidable même si souvent on me dit que ce serait plus facile et moins fatiguant en bus.
Je croise aussi beaucoup de chiens, pas errants apparemment (ce qui était souvent le cas au Maroc l'année précédente où ils trainaient près des décharges). Ils sont tous à peu près du même gabarit, ce ne sont pas des petits chiens mais ils ne sont pas très hauts aussi, assez minces bien sûr ; d'ailleurs peu de personnes sont " larges " par ici, mis à part les femmes peut-être, question d'hormones et avec les accouchements ; aucun de ces chiens ne me courent après contrairement en Europe… sans doute ne sont-ils pas " domestiqués " et ils n'ont pas la notion de " territoires " à protéger, ils sont donc habitués aussi à voir des vélos. Il y a aussi beaucoup de petits chats en ville (plus petits et plus minces qu'en Europe, environ deux fois moins corpulents), souvent blanc et noir et assez souvent aux yeux jaunes translucides (ça fait bizarre). Beaucoup de rapaces aussi survolant la route, des corbeaux aussi, assez nombreux près des villes, avec des cols blancs, ils ne sont pas tout noir comme en Europe ou en Amérique ; comme quoi, tout n'est pas tout blanc ou tout noir !
Pour les toilettes, ça fait déjà cinq jours qu'ils se font à la main gauche, sans doute se faisaient-ils aussi comme ça en Europe avant le papier hygiénique et la chasse d'eau ! Ca utilise à peine 150 mL d'eau (très économe). Ici la toilette quotidienne consiste à prendre une bassine d'eau, se jeter de l'eau sur le visage, les pieds et les mains, il n'y a pas d'eau courante comme en Europe, on fait ça n'importe où…
Sur la route, le temps reste nuageux et brumeux, ça fait bizarre au réveil le matin, c'est étrange, et ça durera quelques jours comme ça, on dirait qu'il va pleuvoir, mais non, c'est bien la saison sèche. Je croise aussi une bonne vingtaine de charrettes tirées par des ânes avant et après la ville de Didjéni où je prends un ravito. A Didjéni il y a aussi  de nombreux camions, c'est le jour de grand marché sans doute et chacun va vendre ses affaires, c'est impressionnant ce cortège de charrettes ! Il y a aussi beaucoup de vente de bois, en bord de route, peut-être au détriment de la savane et au risque d'accroître la désertification ; avant l'entrée en ville je croise des policiers qui ont du mal à croire que je m'en vais au Niger et l'un d'eux me demande si je suis marié (non) et il me dit que peut-être je pourrais me marier ici (peut-être).
Plus loin, dans un autre village, un épicier me dit que c'est inutile d'aller en vélo là-bas, je dis que c'est parce que j'aime bien ça et ce serait une vie inutile si on ne peut pas faire ce qu'on veut, quand on en a la possibilité (mais ça doit leur sembler ridicule, eux qui n'ont pas beaucoup d'argent). Dans un autre village, on m'invite aussi à venir manger et prendre le thé, avant d'arriver dans Bamako, ce sont les voisins d'un épicier où je prends un autre ravito (ouah, comme c'est pauvre et que la nourriture finie est du même prix qu'en France), je prends l'habitude de m'arrêter plusieurs fois dans différentes boutiques pour ne pas tout acheter au même endroit et donc faire des petits achats par ci par là. C'est rare mais cette fois-ci l'épicier a essayer de me rouler ; comme d'habitude, il faut d'abord se mettre d'accord sur le prix avant de sortir la monnaie et même de montrer où elle est, cet épicier était ok pour 850 CFA puis il change le prix qui vient à 1.000 quand je sors le billet de 5.000, je ne suis pas ok et finalement le prix revient à 850 CFA ; futé, et opportuniste, cet épicier, et qui en profitera pour me demander mon adresse en France (que je donne), pour des demandes de visas ? Il me répond que oui. Bah, c'est comme ça, c'est la forteresse Europe.
Il y a beaucoup de peuples différents dans le même Etat (Bambara, Peul, Malinké, Touareg, Dogon…). Je croise aussi un enfant qui me demande où je vais et qui me souhaite bonne chance. Incroyable, c'est beau. Beaucoup de gentillesse malgré cette pauvreté, quelle tristesse toutes ces injustices. Généralement les gens ici sont beaucoup moins agressifs que ceux que l'on trouve dans les banlieues en France. Un autre enfant, dans un village où je prenais un ravito, me montre aussi le portrait d'Obama, je dis que c'est bien mais qu'il faut aussi travailler à l'école, que ça n'arrive pas comme ça… D'autres cependant font toujours " pssit " pour avoir de l'argent, quand je passe en vélo, toujours à cause de la couleur de peau car quand il passe ou s'arrête des 4x4 avec des maliens à bords, personne ne leur demande rien (c'est injuste).
Les parcelles cultivées restent assez rares, pourtant la terre est bonne mais elle semble surtout laissée pour l'élevage, l'agriculture c'est juste pour leurs besoins. Ca pousse très bien dans les zones de cultures que j'ai pu observer, le plus souvent près de lits de rivières, plus ou moins humides, c'est aussi souvent là qu'ils font leurs briques de terres et d'argiles. C'est tout de même dommage car beaucoup de personnes ne travaillent pas (bien sûr certains travaillent très dur, comme chez nous il y'a plusieurs décennies) mais ils ne font rien, ils n'embellissent pas la ville ou ne nettoient pas les déchets au bord de la route… Ce sont des choses simples qu'ils pourraient faire, mais non, il reste là, à l'ombre, à attendre… Je n'ai toujours pas vu d'art d'ailleurs, mis à part sur l'arrière de certains camions où il y a quelques " peintures ", ça fait du bien de voir ces quelques dessins. Je roule encore 5 km d'ailleurs aujourd'hui derrière un camion à 50 km/h !
Le soir je rencontre sur la route des enfants qui rentrent à leur maison, ce sont des amis, ils sont trop sympas sur leurs vélos très raccommodés, heureusement que le vent est de face pour ne pas que j'aille trop vite, on fait 5 km ensemble et j'apprends ainsi quelques mots de Bambara (" inche " = merci ; " kembe " = au revoir et " inse saroma " = bonjour). La nuit se passe bien comme d'habitude dans la savane, au calme !

Le 23, j'entame les 40 km restant avant d'arriver à Bamako, capitale du Mali actuellement ; plusieurs coups de klaxonnes de camions ou mobylettes pour me saluer…, ça arrive très souvent. L'arrivée à Bamako est jolie, par le passage dans une vallée, affluant du Niger (fleuve qui coule à Bamako, aussi à Tombouctou et à Niamey). Je passe aussi un " péage ", où les cyclistes ne payent pas, comme après Kayes, pour les voitures… les prix sont affichés, mais le policier veut me donner un PV car je n'ai pas pris la route pour les deux roues (pas vu de panneau) et il me demande la facture du vélo (que je n'ai pas, qui était en plus en francs à l'époque) et sans doute c'est pour me mettre une amende proportionnelle, il me laisse finalement repartir (c'est assez rare que les policiers font du zèle ici). On m'offre aussi le thé à un petit village où je fais une pause.
A Bamako, je trouve facilement une banque près de la place de la liberté, c'est une capitale assez jeune, j'y retire 120.000 CFA qui devraient suffire largement jusque Zinder (180 €), le problème c'est qu'il y a des billet de 10.000 CFA (environ 13 €) et c'est beaucoup ici dans ce pays, je pourrais les utiliser que dans les grandes villes et les grandes boutiques (les grandes boutiques là-bas c'est environ le 1/3 d'un petit casino qu'on trouverait dans une ville en France…). La plupart des produits finis sont importés du Maroc, Mauritanie, Sénégal, Egypte, Côte d'Ivoire, Nigéria, et coûtent le même prix qu'en France (soda = 0,5 € ; conserve de 500g de petit pois… = 1,5 € ; bouteille d'eau 1,5L = 0,8 € ; fromage 8 portions = 1,5 € ; les cigarettes sont à 0,7 € pour les premiers prix, mon cousin me dira que c'est du tabac de mauvaise qualité américain… qui est écoulé ici, le cœur reste pour les " occidentaux "). Cette ville de Bamako foisonne de vie, comme toute capitale bien sûr, ça a l'air d'être assez tranquille ; pour retirer de l'argent et comme dans la plupart des banques, il y a des gardes à l'extérieur, dans les plus grandes banques il y a même des policiers (sans doute ont-ils une part du gâteau), lorsque je fais la queue, on m'apprend qu'un groupe de touristes suisse et allemand a été enlevé par les touaregs, pourtant ils étaient escortés par les militaires, ils allaient à une fête locale, ça s'est passé sur la route entre Gao et Niamey, là où j'aurais voulu passé mais malheureusement ce n'est pas possible (j'ai pas envie d'être entouré de militaires pour me " garder ", ni les payer pour ça).
A la sorite de Bamako, pendant une pause ravito, je parle à un ingénieur en génie, on parle de l'économie, du développement… Il me dit que je devrais venir ici faire des investissements mais je lui réponds que ce n'est pas mon pays mais que j'espère qu'il y aura une meilleure coopération avec l'UE… et que le développement doit venir du Mali et des maliens en priorité, il me demande si je vais écrire un livre, je lui dis que non, à priori, car ici nul africain ne pourrait le lire, et si je devais être amené à en faire un alors je referais le même trajet ici en Afrique pour faire une exposition " ambulante " dans les villes et villages où je suis passé…
Après Bamako, je m'arrête à Sénou pour téléphoner en France, ça fait depuis Dakar que je n'ai pas donné de nouvelles, je trouve facilement un téléphone, puis je demande s'il y a internet quelque part, on me répond que oui, dans l'école voisine, et que c'est gratuit. Je vais donc à l'école où j'attends pour que la personne qui s'occupe d'internet arrive et je reste un moment avec les gardiens, c'est Aly qui arrive une demie heure après, ici il forme les gens à utiliser internet, lui a une maîtrise en aménagement et a trouvé ce travail à l'école en attendant autre chose sans doute dans la fonction publique, plus tard il me dit qu'il va partir un peu dans tout le pays pour faire un recensement, je lui soumet l'idée de prendre des photos des bâtiments et des rues, des populations, des marchés… car il a un appareil numérique et je lui explique que pour les touristes c'est plus difficile à cause des sollicitations, il me dit qu'aujourd'hui ça ne fonctionne pas, pas de connexions, mais qu'il y a un cyber plus près de Bamako, on y va ensemble en minibus, ça fait bizarre, on est une bonne dizaine et le mini bus fait le même trajet (150 CFA), pour le prendre il suffit de faire signe et normalement il s'arrêtera. C'est un gros travail. On trouve donc internet (400 CFA pour une heure) et je peux consulter les mails puis on s'en retourne à l'école où Aly me parle beaucoup, j'écoute beaucoup et il me dit que le Mali n'est pas pauvre mais que les terres sont riches (ben ouah j'avais remarqué mais elles sont peu exploitées). Ensuite il me propose de venir manger et de dormir chez lui, sa mère me fait un bon couscous (mmmh), mais c'est du mil, c'est très consistant mais je n'aime pas trop ça, j'en aurait mangé que deux fois et bof, ici c'est la nourriture quotidienne, un repas par jour, ça ressemble à de la semoule mais le mil à un autre goût, fade plutôt, mais tout est sans doute une question d'habitude, il faut deux heures à sa mère pour l'avoir préparer ! Je me force donc quand même à en manger… La nuit se passe bien sous la moustiquaire. A plus de 30 ans il vit encore chez sa mère, son père est décédé ainsi que sa sœur d'une appendicite et son frère du tétanos (car il n'a pas fait le rappel), tous les deux dans la trentaine. Sa nièce qui a à peine 18 ans va se marier avec quelqu'un de 30 ans passé, et peut-être abandonné, contre l'avis de sa mère, ses études pour être secrétaire. Ici la différence d'âge n'a pas la même importance qu'en France où parfois des filles de 16-18 ans m'ont " dragué " alors que j'avais 26-28 ans et c'était assez gênant, ici c'est courant ; le problème, et sa mère pensait la même chose, est que si ça se passe mal et qu'elle n'a pas de travail alors elle sera toujours dépendante de son mari. Le repas du soir se termine par une excellente tisane. On est bien d'accord avec Aly et sa mère que l'éducation, l'enseignement et les formations sont très importantes. Aly ne veut pas du tout venir en France et il est fier de son pays, par contre sa sœur espère pouvoir venir en France pour le travail… mais si tous ceux qui ont des connaissances viennent en Europe et si on leur prend toutes leurs richesses alors il ne restera pas grand-chose et ce sera difficile pour ces pays de se développer un jour. La mère d'Aly m'explique aussi des coutumes venant sans doute de l'animisme ; par exemple, si elle porte mal un vêtement (à l'envers, ce qui peut arriver) alors elle devra le donner à sa voisine si celle-ci la voit ainsi car elle est d'une " caste " différente ou si une de ses amis de la même " caste " se blesse alors elle se blessera aussi de la même façon (par exemple elle se coupera si son amie s'est coupée, au même endroit).
Le matin je mangerais des beignets avec du mil, mais cette fois c'est bon, il n' y a pas trop de mil et le pain brioché huilé et sucré me convient très bien ! C'était une bonne rencontre mais la seule fois où on m'a invité sur ce parcours (comme d'habitude je ne recherche pas les rencontre et je ne demande jamais pour être invité).


Chronique 2 : de Bamako à Ouagadougou


" Poursuite de la traversée du Sahel, en terres… "
(934 km)


24/01, Senou - 10 km après Bougouni, 151 km
25/01, 10 km après Bougouni - 20 km avant Niéma, 105 km
26/01, 20 km avant Niéma - 25 km après Sikasso, 126 km
27/01, 25 km après Sikasso - 35 km avant Bobo, 112 km
28/01, 35 km avant Bobo - Boni, 151 km
29/01, Boni - 5 km après Sabou, 153 km
30/01, 5 km après Sabou - 35 km après Ouagadougou, 136 km

Le 24, la route se passe bien avec le vent dans le dos, venant du nord, alors que je vais vers le sud, pour rejoindre Bougouni. La route se passe bien avec ce vent, de bonnes sensations et pas de problèmes. Il y a quelques personnes au bord de la route disant " le blanc ", comme toujours la couleur de peau est mise en évidence ici plus qu'ailleurs dans les terres du monde où j'ai déjà pu rouler mais ça ne ressemble peut-être pas à du racisme en Afrique même si en France ça ne vient pas à l'esprit de dire " le noir " quand une personne de couleur passe… même si dans des cas particuliers ces préjugés ressortent notamment lors de conflits… Bref. Il y a aussi beaucoup d'encouragements quand je passe, pour une bonne moitié des personnes, ça change. La route est bonne aussi et bien roulante.

Le 25, je ne roule qu'environ 6h (comme chaque jour), ce n'est pas beaucoup. Il fait jour vers 7h du matin et nuit à 19h mais le matin je pars au plus tôt à 8h30, le temps de préparer, ranger les affaires… et le soir je m'arrête vers 18h car quand il fait nuit, à moins de faire un feu (mais je me ferais aussi remarquer), on ne voit plus rien sauf avec la pleine Lune, il faut donc prendre le temps de trouver une place tranquille et de manger et préparer le couchage. Les jours sont durs avec 30°C, habillé avec un petit pull et un pantalon (léger et ample), mais les gens d'ici disent avoir froid (c'est la saison sèche froide) ; avec la chaleur, le soir il faut un temps d'attente avant de pouvoir manger correctement. Avec le vent chaud de face, je fais beaucoup de pauses (presque 3h aujourd'hui) pour " récupérer " ; ici le rythme africain n'est pas la rapidité ni l'efficacité.
Le mil est comme une grosse bouillie et je le digère assez mal, alors je n'insiste pas pour en manger plus que ça, c'est seulement quand je suis invité. Il n'y a du riz ou des pâtes qu'en sachet, au même prix qu'en France, c'est le plat quotidien.
On me dis au moins vingt fois le blanc aujourd'hui, à force je perds mon sens de la diplomatie que je pensais avoir acquis et je m'arrête deux fois seulement pour dire que c'est du racisme de dire ça ; ils sont d'abord étonnés puis quand je leur explique ils s'excusent mais il semble toujours avoir dans leurs yeux la peur du blanc et de l'ancien colonisateur même si personne de ma famille a été là-bas au temps des colonies… et si la fin de la colonisation a eu lieu depuis un moment et qu'eux comme moi sommes nés bien après ! Il y a bien des maliens en 4x4, Mercedes… et des blancs qui meurent de froid dans la rue et dorment dehors… en France (quand je dis ça aux africains soit il me regarde sans réactions soit ça leur fait rire et ils ne me croient pas) (((J'en ai marre d'être chez les autres et je veux être chez moi, ils sont chiants !))). Je vois environ 50 4x4, ils me disent aussi que chez eux ils sont africains et pauvres, je leur réponds qu'en France il y a 6 millions d'africains et qu'on ne leur dit pas le noir… Et dire " tous les blancs sont riches ", c'est du racisme. Ici beaucoup de " pauvreté " et pas d'éducation, de formation, et ils ne travaillent pas beaucoup ; Aly me disait que pendant un moment l'école était obligatoire mais plus maintenant, ils ne sont donc pas près de se développer maintenant s'il n'y a plus d'école. Ils ont peu de diversité en nourriture alors que la terre est très fertile sur une bonne moitié du Mali et il y a aussi beaucoup de ressources minières.
D'ailleurs la route est assez difficile car le beurre mangé avec du pain ne passe pas du tout, il y a quelques encouragements aussi (bizarre quand même car nombreux sont ceux qui font 40 km AR en vélo pour toutes sortes de raisons).
Cette nuit et celle d'hier, j'entends des coups de feu (deux et trois fois chaque soir), je me demande comment ils font pour se procurer des armes avec le peu qu'ils gagnent comme argent.

Le 26, je repense à l'art et parfois, dans quelques villages, 4 ou 5 fois pour le moment, je vois des ateliers de menuiseries avec des meubles (armoires ou portes) au moins d'aussi bonne qualité que celle que l'on trouve chez les menuisiers en France ! Depuis hier je fais une véritable cure d'oranges et de bananes ; j'essaye d'arriver à en prendre dix de chaque tous les jours, c'est un vrai bonheur ! Un délice, c'est seulement 25 CFA pour un fruit soit environ 25 fruits pour 1 € ! C'est produit localement, c'est très bon mais ici pas de contrôle, ni de taxe… et c'est souvent des enfants qui les vendent (comme les cacahuètes).
Je vois aussi assez souvent des panneaux contre l'excision et d'autres qui disent de ne pas rejeter ceux qui ont le SIDA.
Depuis Bougouni, la route n'est plus la même, elle est étroite, une largeur de voie qui est souvent bosselée, heureusement il n'y a pas trop de circulation (le coca reste au même prix qu'en France 0,6 € pour 1/2L et 0,8 € pour 1,5L). Il n'y a pas de nuages aujourd'hui et le soleil est revenu avec le ciel bleu. Il fait donc toujours très beau aujourd'hui, il y a un peu plus de forêts et je vois moins d'ânes tirant des charrettes mais beaucoup de mobylettes auxquelles il n'est pas rare qu'il y ait des problèmes techniques alors on les voit au bord de la route entrain de réparer comme ils peuvent.
De mon côté, j'ai un câble qui commence à s'effilocher mais je le surveillerais et ça devrais tenir jusque la fin, je le changerais en France même si ça ne coûte pas cher ! Il reste 10 câbles, 3 sont cassés, le plus inquiétant est la fourche et le jeu de direction qui font toujours un drôle de bruit, ça fait comme si ça allait se coincer avec un craquement à un passage, mais ça fait longtemps que ça dure, depuis deux années, il faudrait la changer pour un prochain long périple tout de même. On verra si ça tient sinon on trouve beaucoup de bus qui passent sur cette " grande route ", peut-être plus tard dans 50 ans ce sera un autoroute ?!?! Car c'est la route principale qui relie toute les grandes villes du Sahel. Cette route redevient bonne à partir de Sikasso, en général.
Toujours assez sporadiquement on me demande de l'argent, ou de cadeaux (plus souvent de la part des enfants), mais d'autres me demandent en " criant en cœur " : " tu vas où, tu vas où ? ". C'est bizarre en tout cas, je réponds que je vais au Niger ! Les adultes disent souvent " ça va ? ", comme en France on dit bonjour ou aux USA " How are you today ? ", je réponds " ça va bien. Ca va ? ". On ne me dit que trois fois " le blanc " aujourd'hui, c'est donc calme de ce côté-là, du côté des préjugés.
J'arrive en terres Senoufo (aussi au Burkina et en Côte d'Ivoire). La langue n'est donc plus le Bambara et on trouve moins de personnes qui parlent français. La terre où je passe étais bien fertile mais peu exploitée, il n'y a pas beaucoup d'agricultures et quand il y en a c'est fait à la main bien sûr, pour l'élevage c'est pastoral.
A Sikasso, je parle avec un pharmacien qui a aussi pas mal voyagé (aux USA, en France, pour des études et il pense refaire un DESS à Montréal). Ca manque cruellement l'enseignement et la formation au Mali (sinon il resterait à Bamako pour faire ça mais ça n'existe pas). Ici pas de kiné et de rééducation, sauf dans les capitales, les gens restent avec leurs handicaps qui peut alors s'empirer, pas de soins appropriés et la mortalité est forte pour des problèmes dont on ne décéderait pas en Europe et surtout en France avec la sécurité sociale que l'on a. Dans les magasins d'alimentation, des petites boutiques, il n'y a vraiment pas grand-chose. Des fois c'est même " drôle ", j'entre et je demande s'il y a de la mayonnaise par exemple et on me répond quelle sorte, je demande qu'est que vous avez, l'épicier fait mine de regarder puis répond " ah, c'est fini, il n'y en a plus ", c'est arrivé plus d'une fois !
Je mange ce soir des olives (mmh) importées du Sénégal, de la mayonnaise de Côte d'Ivoire et des petits pois du Maroc ! Le Sprite est malheureusement périmé depuis septembre 2008, je n'ai pas fait attention et ce n'est vraiment pas bon ! Dommage car j'ai vraiment très soif ! Alors j'en bois quand même la moitié (ça a un peu le goût de javel). Il faut toujours regarder les dates de péremption mais une fois sur deux je ne le fais pas… Je retrouve aussi des moustiques (deux ou trois pas plus), on verra plus tard s'il y a des piqûres. La nuit je dors très bien, sans réveil, de 20h à 4h environ puis de nouveau entre 5h et 7h, c'est souvent pendant cette seconde période que je fais de nombreux rêves (parfois quelques cauchemars).

Le 27, le matin, je finis le Sprite (500mL) pour les besoins naturels, en général seulement 150 mL d'eau suffisent ! C'est économique et écologique, bien sûr avec la main gauche.
Ensuite, après 15 km, j'arrive à la frontière entre le Mali et le Burkina Faso où il se passe plus d'une heure, plus pour parler que pour remplir les formalités administratives de la douane, police et gendarmerie. Au Mali, on m'invite à boire le thé, une dame me propose même après 30' à parler de me donner 500 FCFA (ce que je refuse gentiment, apparemment elle n'attendait rien en échange) !
Après 50 km, je trouve quelqu'un qui vend des bananes (je n'en prends pas à la frontière, pour ne pas sortir d'argent, et il y a beaucoup de monde, discrétion oblige), je donne 500 FCFA et en prend 10 (normalement c'est que 150 FCFA) mais le monsieur n'a pas la monnaie, je dis que ce n'est pas grave alors mais 5' après avoir commencé à en manger une, une dame revient avec la monnaie ! C'est l'envers de l'an dernier lors de " Paris-Dakar ". Puis c'est vite l'attroupement d'une quinzaine d'enfants, dont un albinos aux cheveux blonds et aux yeux marrons (tout n'est donc pas tout blanc ou tout noir). Je lis aussi un cahier d'écolier de CM1 qui écrit très bien en français (mieux que moi au même âge), avec une belle écriture, tout en continuant ma cure de bananes et d'oranges (délicieuses, un vrai bonheur), dans ce cahier, il y a de tout : grammaire, mathématiques, histoire, biologie, géographie, même des choses assez complexes pour cet âge (système digestif, anatomie de l'œil…).
Ensuite, sur la route, je croise un burkinabais qui a sur le porte bagage de son vélo au moins deux stères de bois, en montant un long faux plat, avec le vent de face, il faut beaucoup de courage pour faire une dizaine de kilomètre comme ça ! Ca me rappelle aussi mon arrière grand-père, en France, qui faisait en vélo l'aller et retour entre Lens et Lille pour aller chercher des chaussures et les revendre ensuite ; beaucoup de choses étaient comme ici, en France, il y a 60 ou 100 ans en arrière (ce n'est pas si loin). La route monte et descend un peu plus, de longs faux plats et quelques petites côtes, j'apprécie mieux ce genre de terrain que le plat seul, avec le vent de face ; c'est un peu plus vallonné mais toujours ce même paysage de savane du Sahel.
Beaucoup de briqueterie aussi le long de la route, bien sûr des briques faîtes en terre et manuellement. Il y a vraiment très peu de circulation, presque pas de camions… pourtant je suis sur le seul axe bitumé de bout en bout qui traverse le Burkina Faso d'ouest en est. On avance aussi d'une heure par rapport à Dakar, et une seule fois on me dit " le blanc " aujourd'hui et beaucoup de " bonjour ", " ça va " et d'encouragements, bizarre car ceux qui travaillent ici ont vraiment plus de courage même s'il y a tout autant de " glandeurs " quand même. Le travail peut commencer très tôt, dès l'âge de 8 ans, en gardant les vaches et brebis…

Le 28, aujourd'hui, il fait beau ! La route est bonne, bien meilleure qu'au Canada (surtout le Québec), et bien roulante. La chaleur entre 12h et 18h reste écrasante, sans doute entre 35 et 40°C, au moins, au Soleil. Seulement deux fois " le blanc " et je m'arrête encore pour expliquer que c'est du racisme de dire ça, les gens sont un peu étonnés, voir apeurés et s'excusent même. Sinon tout se passe très bien, comme j'ai peu d'affaires, que je suis sale, pas rasé, avec un pantalon long troué, j'ai peut-être réussi à m'intégrer dans l'Afrique ? (on verra à la fin) ; même des enfants m'applaudissent quand je passe, un peu gêner tout de même, un autre, de 18 ans environ, me filme avec son téléphone portable lors d'un faux plat montant…
Quelques demandes d'argent qui restent sporadiques et auxquelles je ne réponds pas en général, ça ne changera rien, beaucoup de pauvreté, et 5 ou 10 personnes verront que " le blanc " a donné de l'argent et au prochain " blanc " ce sera d'autant plus de personnes qui demanderont de l'argent. Pourtant la terre est bonne ici, tout pousserait, les fruits, les légumes (maïs, riz, blé) grâce à la saison sèche et la saison des pluies mais il faudrait peut-être les graines, on me dit que c'est trop cher, donc c'est impossible sans investissements. Ensuite tous les produits alimentaires finis viennent d'ailleurs (conserves, boissons, eau…) et comme le Burkina Faso n'a pas d'accès à la mer tout est plus cher ici à cause du transport et des intermédiaires (plus qu'au Mali, environ 100 FCFA de plus pour une bouteille d'eau… comme pour la mayonnaise, les olives, les conserves), c'est le même prix qu'en France, voir plus cher pour les boissons.
Le terrain est bon encore avec quelques montées et descentes. A Houndé, 15 km avant Boui, un jeune transporteur routier, sympa, de 22 ans, me propose de dormir avec eux dans l'arrière cour d'une boutique, je suis tenté mais ils repartent à 4h am pour rejoindre Bobo et entre 4h et 7h, en ville, il pourrait avoir des problèmes, je préfère donc continuer pour dormir dans la brousse, alors il dit à l'épicier de me donner de la glace (il fait chaud !), c'est aussi de l'eau minérale, on ne me demandera rien en échange, c'est très gentil donc et dans la nuit c'est avec plaisir que je goutte à cette eau bien fraîche après l'avoir transvider dans mon bidon.
Le soir, j'arrive à Boui, où je m'endors juste à côté du village, une dame m'interpelle mais je suis vraiment fatigué et je ne comprends rien du tout, elle ne cherchera pas non plus à se rapprocher, et je me pose d'un coup, fatigué, le soir tombe et il reste juste assez de temps pour manger du fromage (portion en boîte, ils n'en fabriquent pas, en tout cas ils n'en vendent pas s'ils le fabriquent) avec du bon pain, mmmh, et aussi 2L de boisson ingurgitée, en plus des 200g d'olives (le lendemain ce sera la boîte de macédoine de légumes, avec de la mayonnaise, encore du pain). A Bobo, je mange aussi un délicieux " sandwich " avec de l'huile, des tomates et oignons mais je ne préfère pas essayé la viande, déjà que je ne suis pas très porté là-dessus.
Encore une belle nuit étoilée ! Où la Lune refait son apparition sous forme d'un petit croissant, ah, qu'est-ce qu'on est bien le soir (et seulement deux nuits avec des moustiques depuis le départ, pas vraiment de risque de paludisme en dormant en brousse, en tout cas en cette saison sèche). Avant la tombée de la nuit, à Boni, j'entends les enfants entrain de jouer au foot, tranquillement, puis, une fois la nuit tombée, c'est du tam-tam qui retentit pendant deux bonnes heures, pas de radio donc ce soir, mais c'est bien !

Le 29,  la journée est bien fatigante ! 60 km après Boni, la route commence à être male foutue et bombée de plus en plus, il fait chaud (environ 35°C-40°C), le vent venant toujours de face, du NE, l'air est chaud et sec, c'est très dur. Mais ce n'est pas la seule fatigue, aujourd'hui au moins deux cents personnes m'ont dit " le blanc " et au moins deux cents autres personnes (surtout les enfants) m'ont demandé des cadeaux ou de l'argent, parfois la même personne, de manière " hystérique " peut vous demander l'un ou l'autre, ou les deux, cinq ou dix fois !
J'arrive aussi sur les terres Mossi et Gourounsi, le paysage est toujours celui de la savane, très monotone, de plus en plus… Je suis pressé d'arriver, je ne sais pas où et quand mais ce voyage commence à tourner au vinaigre ; si je n'allais pas à Niamey et Zinder, j'aurais sans doute bifurqué à Ouagadougou pour rejoindre Accra, au sud (environ à 1.000 km de Ouaga), puis pris l'avion pour rentrer.
Beaucoup de pays en Afrique ne peuvent pas être visité librement (Algérie, Libye, Égypte, Erythrée, Sierra Léone, Libéria, Côte d'Ivoire, Nigéria, Tchad, Angola, Congo, Centrafrique, Zimbabwe, entre autres), on peut aussi, à l'inverse, dire que beaucoup d'africains ne peuvent pas visiter librement les pays dits " occidentaux "… Et quand c'est possible, le touriste, le " blanc ", l'étranger est alors le riche ; alors on peut déclencher une " hystérie " quand on passe, surtout en vélo, même si des africains roulent en 4x4 ou en Mercedes (j'en vois au moins 400 aujourd'hui) car beaucoup plus de circulation aussi entre Bobo et Ouaga. Pourtant le touriste que je suis (ou plutôt visiteur ou voyageur) ne peut sauver tous les africains et les rendre riches, ce n'est pas ma responsabilité ce manque de connaissances (peu d'écoles, de formations…) et ce manque de volonté de travailler parfois, même si la majeure partie travaille durement. Mes arrières grands parents travaillaient bien 12h par jour et 6 ou 7 jours de la semaine, sans vacances, ni retraites. Ici très peu de travail mais ils semblent tout vouloir sans rien faire. Maintenant, en France, il y a eu des acquis sociaux mais ça commence à être remis en cause car la plupart des produits sont importés et l'argent part à l'étranger, pour y investir, argent qui vient des épargnes, y compris des retraites et des prêts ! C'est obligatoire… bizarre comme système ! De mon côté, en voyageant, donc pour les africains en prenant des vacances, je sacrifie la retraite d'emblée (il n'y aura jamais de trimestres cotisés suffisants alors que si ce n'était pas obligatoire ça paierait une petite maison), de plus  ni maison ni voiture comme pourrait l'espérer un " français moyen ", mais ici ça ne sert à rien de l'expliquer, déjà que beaucoup de français disent que je suis riche pour voyager autant… ils s'imaginent peut-être que je dors dans des palaces toutes les nuits ! Encore des personnes qui veulent tout sans rien faire. Pourtant n'importe qui en France peut réaliser ses " rêves ", il suffit de travailler, étudier, et mieux encore, aimer ce qu'on fait, il y a suffisamment d'aides pour s'en sortir quelque soit son milieu. Beaucoup de racisme, de préjugés, ils ne savent même pas ce qu'est le racisme (peu savent lire, 20%). Ce n'est pas trop nuisible lorsque le racisme vient des misérables mais c'est plus dangereux lorsqu'on retrouve des personnes racistes qui sont, comme en France, des intellectuels, des magistrats, des professeurs d'université…). Ici en Afrique, des dirigeants pourraient très bien prendre le pouvoir en jouant sur les préjugés envers les blancs qui seraient responsables de tout les maux (comme en France, les noirs seraient responsables de la crise…), comme en Côte d'ivoire, Zimbabwe… et vive la haine et la guerre… Pour le moment, aux Sénégal, Mali, Burkina Faso, et d'autres pays, les dirigeants n'ont pas d'intérêts à jouer sur ça même si ça reste latent.
Le soir, à Sebou, chez un épicier, un de ses clients dit qu'il aimerait bien mes chaussures, fatigué par la chaleur et lassé de tout ça, mon sens de la diplomatie vole vite en éclat, je lui dis que c'est fait en Chine, donc que n'importe qui peut en faire (mais aucune multinationale ne viendra en faire en Afrique car c'est difficile pour beaucoup de tenir un rythme et des horaires, il n'y a pas d'infrastructures ni de formations minimales) mais on ne trouve que des sandales en Afrique, ce n'est pas de ma faute tout de même, la plupart de leurs produits finis sont aussi importés (Nigéria, Maroc, Egypte, Côte d'Ivoire, et même de France), je lui demande s'il voit toutes ses 4x4… conduites par des burkinabais et je lui dis que j'aimerais bien aussi en avoir une, que je n'ai même pas de voitures et qu'ici au Burkina ils n'en produisent même pas, seulement des oranges, des bananes, des tomates, oignons, pains, et cacahuètes (ce qui fait rire l'épicier, mais pas moi). Le client me montre alors ses mains voulant prouver que ce sont des mains de travailleurs (pourtant aucune marques…), je lui montre alors les miennes pour comparer, à moitié noire de graisse et de terres jaunes… avec les cornes à force de tenir le guidon, il me dit " oui, mais ce n'est pas pareil ", ironiquement je réponds " oui, c'est différent ". Ici on a vite fait de stigmatiser les gens à cause de la couleur de peau et ça ne me donne pas du tout envie de revenir là ni de faire du " développement " qui ne sert à rien (sauf marquer la présence d'un pays et créer des emplois aux occidentaux pour faire des safaris…). Les terres sont bonnes, un peu d'irrigation, une bonne gestion des ressources… et tout pousserait grâce à la saison des pluies et à la saison sèche, en alternance, mais très peu de terres sont cultivées, ce n'est pas dans la tradition (beaucoup sont ou étaient nomades). L'agriculture, c'est sans doute la base de toute économie, et ça ne demande pas de gros budgets pour commencer.
Le soir, je m'endors dans un village, la nuit est un vrai bonheur, enfin au calme, de la fraîcheur…, et la nuit, j'entends encore, comme la veille, du tam-tam, des chants… c'est reposant, jusqu'à 5h du matin ! Aussi deux crevaisons aujourd'hui, à cause d'agrafes et comme un des pneus est usé, j'en profite pour en mettre un neuf. Je reste aussi sur 20 km derrière un camion, à 30 km/h, ça aide beaucoup face au vent, mais j'ai du le laissé partir après la 2ème crevaison, où une trentaine de burkinabais, enfants et adultes viennent me voir faire la réparation tout en s'étonnant que j'arrivais à suivre ce camion.

Le 30, encore environ une centaine de fois le " blanc " aujourd'hui dont, malheureusement, je réponds encore une dizaine de fois par " racistes ". Il fait encore chaud et le vent reste toujours de face, la fatigue n'aide pas à comprendre ce manque de développement c'est sûr. Dans une boutique à Ouaga, je dis qu'il fait bon ici, l'épicier répond " les prix " (décidément, très matérialiste par ici), je réponds " non, il fait moins chaud ". Ici tout est importé, rien est produit au Burkina Faso, comme au Mali, pourtant les terres sont bonnes mais pas cultivées, l'épicier me dit qu'il manque l'argent pour commencer… toujours le même discours et je laisse tomber, l'argent pour commencer, comment ne pas éclater de rire devant ce constat, il n'y a pas besoin d'argent pour faire pousser des légumes, planter des arbres fruitiers, produire du lait et faire du fromage… Alors l'argent était présent avant les légumes et les fruits… c'est fou ? Ca résume bien la mentalité africaine ? Rien à voir avec celle des européens et des américains, ou des asiatiques, c'est le travail qui fait qu'on produit et qu'on gagne de l'argent, pas l'argent qui produit le travail et les légumes après ! Ici, il semble qu'ils attendent qu'on les paye pour commencer à travailler. En France, les jours fériés, les congés payés, les retraites… sont arrivées après que des générations d'Hommes aient travaillé, créé des richesses, des produits, de l'innovation… (pas de vacances il y a 80 ans), après les générations suivantes peuvent en profiter. Pour les africains, il faudrait commencer par le tertiaire, c'est d'abord par l'agriculture qu'il faut commencer bien sûr ! Puis les industries, puis les services, pas le contraire.
Depuis Bamako, rares sont les maisons en pierres, ce sont des briques de terres seulement, les maisons en parpaings ne sont jamais finies, et quand elles le sont, elles ne sont pas habitées car sans doute males conçues et dangereuses, et ce n'est pas très agréables peut-être d'y vivre sous ce climat ?
Ouaga fourmille de monde, beaucoup de vendeurs de bananes (la plupart pourries à force de rester des jours, voir des semaines, au Soleil), il faut toujours faire attention aux produits périmés. On en trouve assez souvent, beaucoup de souris ou rats dans les caniveaux aussi (pas de ramassage des ordures bien sûr), beaucoup de personnes vendent de l'huile et de l'essence en bord de route (toujours sous la chaleur et le Soleil).
Des gens en vélo s'amusent à me suivre parfois, souvent, car je ne vais qu'à 18-20 km/h avec le vent de face alors quand ils arrivent chez eux ils me sprintent et ricanent… ils gagnent… ! Beaucoup d'abrutis à cause de l'absence d'écoles et les parents ne semblent pas donner beaucoup de contraintes (pourquoi en donner d'ailleurs ?), une fois, lors d'une pause, un enfant n'arrête pas de donner des coups sur mon vélo, la mère, à côté, ne dira rien (c'est le vélo du touriste " blanc " ?), au risque pour l'enfant de se blesser !
La route redevient bonne après Ouaga (comme après Bobo, sur 60 km car cette route est financée par l'UE aussi pour le commerce et donc les avantages que l'UE peut en tirer bien sûr). J'ai toujours de l'eczéma  au bras droit à cause de la sueur et un africain me le fais remarquer, je dis " oui, je sais " et bien sûr il ne peut s'empêcher d'y mettre ses doigts (de la main gauche) dessus et je réponds " faut pas toucher ", pas de notion d'hygiène ou c'est fait exprès ? Après Ouaga, la région est encore bien plus pauvre qu'entre Bobo et Ouagadougou, les gens travaillent peu mais certains sont quand même très courageux sur leur vélo ou avec leurs ânes avec de bonnes charges mais beaucoup de tire au flanc et d' " idiots du village " alors que la terre est encore excellente pour les cultures. La population est très rurale, on est donc rarement seule et tranquille, encore assez beaucoup de circulation. Il n'y a vraiment que le soir que je peux me poser. Beaucoup d'enfants mendiants aussi, qui restent 5' à me regarder mais après avoir lorgné ma saleté, ils se rendent peut-être compte que je ne donnerais rien et s'en vont.
Ah, l'Afrique comprendra-t-elle un jour ? Les blancs sont aimés pour l'argent qu'ils peuvent donner mais beaucoup de préjugés qui peuvent vite se transformer en haine et donner des actions violentes comme en Côte d'Ivoire à Abidjan ou au Tchad à N'Djaména. Les français sont bien plus gentils envers les gens d'origine africaine qui viennent travailler… en France et je me demande s'ils se rendent bien compte de la chance qu'ils ont.


Chronique 3 : de Ouagadougou à Niamey


" Une savane plus aride au Niger, en terres… "
(472 km)


31/01, 35 km après Ouagadougou - 40 km avant Fada, 130 km
01/02, 40 km avant Fada - 5 km avant Matiakoali, 131 km
02/02, 5 km avant Matiakoali - 77 km avant Niamey, 134 km
03/02, 77 km avant Niamey - Niamey, 77 km
04-05/02, deux jours de repos chez Pep's et sa famille à Niamey

Le 31, la veille, au soir, je fais 10 km à bonne allure avec 4 frères sympas, ça fait plaisir ces moments là où on s'amuse sans préjugés et sans demande de quoique ce soit (notamment d'argent). Autre petite plaisir, des fois, l'arrière des camions où leur " garde-boue " est coloré et parfois dessiné, on peut y trouver des chevaux, un  oasis, une femme-sirène, des éléphants, des aigles, et autres animaux), c'est une petite distraction, je continu à suivre parfois quelques camions (dont un hier, sur 10 km, à 60 km/h, après Ouaga).
Aujourd'hui, je suis encore un camion pendant 10 km, qui me dépasse à 35 km/h puis accélère jusque 72 km/h (à mon compteur) car il voit que j'arrive à le suivre, avec l'aspiration, c'est très facile (mais il faut sprinter pour arriver à le " prendre "), malheureusement, comme il va trop vite, il pète un pneu, dommage car ça leur prend beaucoup de temps pour réparer. Je retrouve aussi le vent de face, toujours aussi chaud, c'est de nouveau dur et ça arrive encore d'être suivi par des africains en vélo, pas pour parler mais ça les amuse (comme disait Jacques Brel, vaut mieux être suivi que suivant).
Souvent, quand je me pose pour prendre un ravito, malgré la saleté, la crasse, les vieux vêtements… il y a toujours quelqu'un qui vient et reste plusieurs minutes près de moi, dans l'espoir d'avoir quelques sous, comme si un miracle aller se produire, et oui, le blanc serait capable de sorcellerie et de l'or apparaîtrait soudainement.
Heureusement, le soir, après Koupéla, je parle 1h avec un jeune de 15 ans, en seconde, qui va à l'école (que son père lui paye grâce à sa retraite qu'il touche pour avoir travaillé pour une société française en Côte d'Ivoire, avant que tous les expatriés, il y a quelques années, aient du rentrer en France, suite au vol, pillage… de leurs maisons et aux émeutes ivoiriennes. Il est souvent OK avec moi pour ce qui est du développement de l'Afrique, et espère aller jusqu'au bac puis à l'université en France, pour y rester, dommage que la plupart des africains qui aient des connaissances souhaitent venir en France. Et oui, ainsi leur pays ne changera peut-être jamais. Il dit aussi qu'on est riche grâce à la traite des noirs et au commerce triangulaire, je ne lui dit pas mais ça fait 150 ans que l'esclavage est aboli, il y avait aussi des esclaves blancs à certaines périodes de l'histoire, les ethnies africaines étaient aussi en conflit entre elles, et les ethnies africaines étaient bien indépendantes avant l'arrivée des français, le Burkina est indépendant depuis 50 ans maintenant, la colonisation n'a pas duré des millénaires. En Afrique subsaharienne, on vit aujourd'hui presque comme il y a 100, 1000 ou 10.000 ans, dans des huttes en brique de terres, quelques unes, très rares, faîtes en pierre. Y a-t-il déjà eu des recherches, des innovations, des grandes routes commerciales ? En Europe, en Chine, en Iran, en Amériques du sud, il y a eu avant l'époque de la colonisation de grandes civilisations (guerrières donc) grâce aux échanges, au commerce… et en corollaire des constructions imposantes et importantes en pierre, et donc plus d'éducation, de développement… (les aztèques, incas, mayas, romains, grecs, perses, arabes, les commerces de la soie, des épices… et des monuments comme les pyramides, les cités en Siam, les cités grecques et villes romaines, cathédrales…). En Afrique rien de tout cela. Avant ou après la colonisation, comme coupé du monde. La colonisation n'est donc pas responsable des problèmes africains, le manque de savoir-faire, de connaissances, d'éducation, de recherches… n'aident pas les choses. La colonisation et l'après-colonisation a surtout été comme un choc entre civilisations et créent maintenant des envies auprès des populations africaines, ainsi beaucoup veulent venir en Europe et en France. Comme en Amérique du Nord, dans les ghettos, c'est la même chose un peu ici, pas toujours du courage et la volonté de travailler, pourtant la terre est bonne et il y a des richesses naturelles ; ainsi, es multinationales qui parlent d'OGM pour l'agriculture dans les pays pauvres est une belle hypocrisie, un système vicieux d'engrainer des dettes.

Le 01, la nuit fut encore bien reposante dans la brousse mais depuis Koupéla la route est à nouveau bosselée. Je suis toujours en terres Mossi, environ 50 fois " le blanc " et 50 fois " cadeaux " aujourd'hui, dont assez souvent les deux en même temps et plusieurs fois de manière hystérique par la même personne. Je vois à Fada deux vélos de course ! Je crois que mon vieux vélo passe très bien dans ces pays et les voyages dans des pays " pauvres " continueront avec celui-ci plutôt que celui en aluminium, l'acier, avec un peu (beaucoup) de rouille passe mieux.
Cependant, sur ce trip, pas de demandes, encore, de femmes blanches ou de contrat de travail en France (alors qu'il y a un an, au Maroc et au Sénégal, ça fusait). Par contre, on m'a demandé trois fois si je voulais une femme africaine, que ce serait facile, j'explique qu'on choisit pas de tomber amoureux ou non, et en vélo… pas beaucoup de femmes peuvent faire mes rêves… Pourtant, même si on trouve quelques églises catholiques ou évangéliques, la plupart de la population est musulmane et, dans l'islam, un homme catholique ne peut pas se marier avec une femme musulmane. Mais ici ça reste plus matérialiste et surtout animiste, une africaine peut donc très bien se marier avec un blanc catholique (c'est différent au Maroc où je n'ai jamais eu de contacts avec des femmes en trois semaines tout de même). Ici les femmes sont plus libres, très rarement voilée, elles sortent, conduisent, font des " affaires ", commercent…
Ce matin, ce fut rocambolesque dans un village où je ne donne pas la consigne du coca en verre car il ne veut pas la payer (100 FCFA normalement), puis il m'explique qu'il l'a déduit de son prix, on refait le calcul et ses prix changent. Et il s'embrouille, je repars finalement avec la bouteille ! Ici en Afrique les prix ne sont jamais affichés, il faut donc se mettre d'accord sur le prix avant de montrer ce que l'on a dans son porte monnaie, toujours, sinon les prix varient une fois que la personne a vu ce qu'il y a dedans.
Il fait encore chaud et le vent est bien sûr toujours de face. Après Fada, la route devient un peu moins bonne mais ça va, les routes commerciales n'existent pas vraiment entre le Burkina et le Niger. Le Burkina se sert beaucoup des ports de Lomé, Accra, Cotonou et le Niger de ceux du Nigeria. Donc pas beaucoup de circulation ici, par conséquent les villages sont aussi beaucoup plus pauvres. Dans l'un d'eux j'achète quelques gâteaux (du pain, du sucre et de l'huile), c'est bon même s'ils ne datent pas d'aujourd'hui (deux ou trois jours).
Il paraît qu'il y a des bandes armées dans le coin, mais je vois que deux groupes de trois militaires, chacun pauvrement vêtu et armé, attendant à l'ombre. J'arrive en terre Gaumantché aussi, comme d'habitude j'essaye d'éviter les endroits touristiques où il y a des safaris et donc aussi toujours plus de " frénésie " et d' " hystérie ", comme si on était des stars, à la vue du blanc, comme si tout ce que je touchais aller se transformer en or ! Encore quelques " le blanc " ou " cadeau " mais qu'environ 20 fois chaque, c'est plus posant !

Le 02, encore la veille je pensais aller à Zinder en vélo, revenir à Niamey et aller à Cotonou ou Lomé ou Accra ensuit, au bord du golf de Guinée, pour prendre l'avion, mais je voulais aussi garder un peu d'économies pour peut-être faire une 1ère exposition de photos… cet été (il faut environ 500€ pour le développement des photos et les encadrements…). Et je préfère aussi garder " mes arrières ". Ce voyage devrait donc duer seulement 23 jours sur le vélo pour 2.750 km environ, avec une forte chaleur et une grande monotonie dans les paysages mais je sais que j'aurais été capable de faire plus dans ces contrées africaines cette-fois-ci si je ne devais pas retourner en France pour le travail, l'adaptation a été bonne je crois même si parfois les " blanc " ou " cadeau " peuvent être exaspérant à la longue, certaine journée, surtout avec la fatigue qui n'aide pas toujours à la compréhension et à l'empathie devant ces demandes.
Je préfère aussi garder des économies pour le voyage en Europe et aussi peut-être pour un autre voyage en septembre, ce fut une bonne expérience, bien meilleure que l'année dernière. Je vois aujourd'hui, en fin de journée, deux chameaux, j'ai beaucoup pensé à la traversée du Sahara aussi, trois chameaux suffiraient et j'espère avoir la chance de la faire dans 20 ans ? En parlant arabe, en restant simple et habillé " adéquatement ", je suis sûr que n'importe quel terroriste ou peuple en " rébellion " me laisseraient passer et en paix.
Il fait encore bien chaud avec le vent de face, toujours défavorable, c'est avec plaisir que je prends trois café avec du pain (un premier le matin, un autre vers 14h et un dernier vers 16h), à chaque fois je rencontre d'autres personnes, avec un je parle politique et actualité (om me dit qu'il y a des grèves en France), avec un autre on raconte des blagues…
La route est très bonne une fois au Niger, refaite avec l'aide financière de l'UE (la carte de 2002 disait qu'elle était toute cabossée, ce qui n'est plus le cas). Toujours très peu de circulation, c'est donc calme et, tant mieux, beaucoup moins de sollicitations car moins d'habitants.
Je passe la frontière et les différents postes militaires sans problèmes, des gens me klaxonnent aussi en passant avec leurs mobylettes ou leurs camions, d'autres me saluent, ah les années se suivent mais ne se ressemblent pas. D'autres à pieds me disent " bonjour ", " ça va " ou " bonsoir " (même à 12h) ou " bonne arrivée " (alors que je suis entrain de quitter le Burkina Faso).
Les paysages après la frontière sont beaucoup plus arides aussi au Niger, beaucoup de vente de bois aussi, des arbustes de la savane, ça cause peut-être la désertification. Le soir je passe ma dernière nuit au calme dans la brousse.

Le 03, au réveil, je prends le temps, il reste moins de 80 km à faire pour rejoindre Niamey, alors… Comme bien souvent, la nuit il y a des chauves souris (deux ou trois), elles sont plus grandes qu'en France, le double voir le triple (environ 60 cm d'envergure). A 1h, au départ, il fait déjà chaud avec toujours le vent défavorable (heureusement j'arrive à suivre quelques camions), je revois trois chameaux (dont deux qui ressemblent à ceux vus la veille, peut-être les même, ils sont en liberté mais mon cousin m'a dit que les gens savent très bien à qui ils appartiennent et souvent on les surveille plus ou moins de près ou de loin). Je suis donc un camion sur au moins 5 km (ce qui me " réveille " aussi du coup) mais il s'arrête ensuite à un péage et je n'arrive pas à le reprendre après, dommage, mais bon, il ne reste que 10 km maintenant pour Niamey !
Au Niger, le paysage est déjà bien aride, je suis content d'arriver à Niamey où je trouve assez facilement le lycée français que beaucoup connaisse et où j'ai rendez-vous avec mon cousin Pep's, Niamey est une assez jolie bonne ville, le soir on mange des pizzas (trop bon, miam miam), on prend vite le rythme de vie africain avec cette chaleur.

Le 04-05, chez Pep's.
Le 04, dans la journée, je décide de quand même continuer jusque Zinder en vélo ; une fois reposé,  tout paraît facile, trop facile et c'est difficile, ça me manque déjà les contacts avec les africains, quand je suis en vélo. Donc ça s'est bien passé, je lave la direction du vélo et décrasse la fourche du vélo, il faudrait la changer pour en mettre une en alu en rentrant car elle est encore en acier (et un peu, beaucoup, rouillé, comme le guidon), on verra. Le midi, c'est brochette de merguez, plus des frites, plus du poulet et le soir des pâtes (miam miam).

Le 05, le matin, avec Pep's, on cherche une bouteille de gaz mais il n'y en a pas, rupture des stocks dans les cinq stations Total. Pendant ce temps, je bois, je mange, pour récupérer. Le midi, c'est un bon plat avec riz, sauce au curry, poulet, gingembre et bœuf, la veille un délicieux gâteau au chocolat de Delphine (femme de Pep's et maman de Marius), et après encore de bonnes pâtes !
La pm je vais à la banque, j'oubliais le passeport, et donc je reviens pour le chercher, mais le temps de retourner à la banque celle-ci est fermée à 15h45 ! Arg, c'est la capitale ?! J'en trouve une autre (ouverte jusque 17h), ça m'a pris toute la pm, en Afrique, tout est plus long, plus lent (c'est le même rythme que dans la campagne française).
Le soir, on mange de bonnes pizzas (deux pour moi et des pâtes au gorgonzola en plus) et encore beaucoup de sodas, toujours pour récupérer, j'ai l'impression (vraie) de ne toujours pas être rassasié. Ensuite, environ une heure de théâtre, excellent, ça change de ce que j'ai vu depuis Dakar ! Beaucoup d'expatriés, c'est comme un autre monde, dans un monde africain totalement différent de celui qui était mon quotidien depuis Dakar, ça fait beaucoup de bien tout de même.




Chronique 4 : de Niamey à Zinder - et retour à Niamey


" Et pour finir… encore la savane nigérienne, en terres… "
(1.082 km)


06/02, Niamey - 25 km avant Dosso, 116 km
07/02, 25 km avant Dosso - 10 km avant Dogondoutchi, 150 km
08/02, 10 km avant Dogondoutchi - 25 km avant Birnin-Konni, 131 km
09/02, 25 km avant Birnin-Konni - 15 km après Madoua, 126 km
10/02, 15 km après Madoua - 26 km avant Maradi, 122 km
11/02, 26 km avant Maradi - Maradi, 26 km (en vélo, puis, jusque Zinder, soit 240 km environ, en bus)
12-15/02, 4 bons jours de repos chez mon autre cousin Eric qui habite au Niger depuis une dizaine d'années, et sa famille
16/02, 45 km avant Dogondoutchi - 40 km après Dogondoutchi, 85 km
17/02, 40 km après Dogondoutchi - 38 km avant Niamey, 198 km
18/02, 38 km avant Niamey, Niamey, 38 km
19-23/02, 5 bons jours de repos à Niamey chez mon cousin Pep's, beaucoup de vélo pour des papiers…, je tombe malade (problème d'amides) et une balade sur les corniches le long du fleuve Niger (bien sûr c'est pas très touristique…), 75 km environ
24/02, centre de Niamey à l'aéroport, 15 km
25/02, retour en France par avion à Orly puis en train d'Austerlitz à Gourdon (comme je travaille et qu'il y a des papiers administratifs à faire, pas le temps de rentrer en vélo malheureusement…).

Le 06, la sortie de Niamey se passe bien, je me perds un peu tout de même, découvre le marché (ânes, chameaux, brebis, vaches, poules, chèvres, cochons, fruits, viandes, pailles, bois…), il y a de tout. Puis, je prends la route de l'aéroport qui mène à Dosso, en demandant, et tout le monde sait. Encore bien sûr une dizaine de " le blanc " et idem pour les demandes de cadeaux, on me dit aussi assez souvent " please " (car on se rapproche du Nigeria), " américain ".
A 70 km de Niamey, la terre est très aride, beaucoup de vent et de chaleur, c'est très dur, 12 km/h en faux plat montant et 19 km/h en faux plat descendant (presque aussi vite que dans un col à 7% de moyenne). Pourtant le " réservoir " est plein.
Beaucoup de lézards depuis le début de ce " nouveau " parcours qui sont environ quatre fois plus grands que ceux en France, quelques écureuils aussi. Après Gourré (km 70), on peut voir des girafes (mais on me dit qu'elles ont migrés à environ 20 km de là, vers le NE pour avoir des marais et de l'eau), on me propose un guide… mais je refuse poliment, ça ne me dit rien.
Il y a beaucoup plus de broussailles et d'épineux dans cette partie de route maintenant et donc le vent est plus faible et la vitesse peut augmenter un peu, ça va mieux... Le soir, encore, un petit dodo dans la brousse, et le voyage recommence.

Le 07, encore une centaine de demandes de cadeaux, enfants comme adultes (pfff…) mais pas de " blanc ", ici beaucoup pense que je suis hollandais ou américain, pourquoi ? Et on me parle assez souvent en anglais (une bonne dizaine de fois), quelques coups de klaxonnes aussi pour encourager et sans doute parmi eux des personnes qui m'ont croisé la veille sur la route en allant à Niamey et qui, aujourd'hui, y ressortent (balai sur cette seule route goudronnée vers les ports du golf de guinée).
A Dosso, la police me demande pourquoi je fais ça, je dis que c'est pour aller voir ma famille, et prendre mon temps, il ajoute " et la végétation ", je dis " oui mais c'est la même depuis le Sénégal ". Les ravitos sont toujours aussi durs, il fait chaud (ici, ils passent leur journée à l'ombre et travaillent peu, pas tous heureusement), toujours une population très rurale. Quelques chameaux aussi aujourd'hui, ça fait plaisir. Je crève aussi avec la chaleur, la rustine fuit et je crève à nouveau à cause d'agrafes, comme d'habitude, quand je repars, il y a 5, 10, 20, puis 30 personnes autour de moi, dur de respirer même à l'ombre d'un arbre du village.
Je vois aussi une blanche dans un village, je prends un café et m'assois à côté d'elle, bizarre, elle prend peur et va plus loin rejoindre les villageois. Cette dame a peut-être 50 ou 60 ans, difficile à dire, les traits sont tirés, peut-être une fuite ? Nulle question et nulle réponse, ainsi va la vie ?

Le 08, au am je reprends un café après 10 km à Dougoun.., un policier s'étonne que je vais à Zinder en vélo (encore), il fait chaud, c'est très aride ici, le vent vient toujours du NE et je l'ai bien de face sur les 60 premiers km, on se croirait encore en montagnes, seulement 16-17 km/h sur le plat, 20 dans les faux plats descendants et 11 dans les montants. Difficile aussi de se ravitailler, on ne trouve presque pas d'oranges ou de pains, pour les autres produits ça n'existe pas et il faudra attendre Yaka (90 km plus loin) pour trouver de l'eau qui est en bouteille (je ne préfère pas prendre de risque avec l'eau du puit que parfois on me propose, il faudrait sinon la bouillir avant comme pour le café qu'on me sert).
Dans les villages, des enfants me demandent souvent des cadeaux (environ 150 fois aujourd'hui), je dis que ça fait 30 jours que je roule et qu'on m'en a demandé environ 200 fois par jour, ça fait déjà 6.000 cadeaux ! Je leur montre aussi comment je voyage et que je ne suis pas président ou 1er ministre du Niger, ce n'est pas possible. Une fois, un pépé qui parle français passe et rit en m'entendant, voyant le ridicule de la situation de donner 6.000 cadeaux. Il y a un an je trouvais que c'était ridicule de voyager ici en vélo dans des pays pauvres où les gens ne peuvent voyager… maintenant je trouve que ce sont eux qui sont ridicules (les enfants ça passe mais quand c'est les adultes, je trouve qu'ils ont perdu toute dignité).
Ici, certains assument leurs traditions (en cheval, avec les ânes, le mode de vie ancestrale), ils sont très ouverts et sympathiques, sans arrières pensées apparentes ; d'autres, ce sont " occidentalisés ", ils ont des 4x4, de belles maisons dans les grandes villes, font leurs affaires, la majorité semble être " perdue ", comme déracinée, ils veulent " s'occidentaliser " aussi mais n'y parviennent pas (par manque d'argent et ne pouvant donc satisfaire leurs " besoins ") et ne trouvent pas de satisfactions dans leur mode de vie traditionnel. J'ai beaucoup remarqué ça en Amérique du Nord aussi, dans les réserves indiennes et aussi, d'une autre manière, dans les ghettos blacks, où on pense que le monde est uniquement fait pour les blancs et seuls eux peuvent réussir et avoir une vie facile, comme on me le fait remarquer assez souvent. Beaucoup manque d'espoir, ne sont pas satisfaits et aimeraient avoir une vie facile sans passer par le stade des études et du travail. En ai-je une ? N'ai-je pas renoncé en partie à mon " petit confort " notamment lors de mes voyages ? Est-ce que je mérite aussi de recevoir ces remarques ? Pourtant jamais je ne me plains de mes choix, ça me plaît.
Beaucoup de chameaux encore aujourd'hui, environ 50 dans des petits groupes de 5 ou 10 chameaux dispersés, toujours de la chaleur, c'est dur quand même et la route est aussi bien défoncée sur plusieurs dizaines de km.

Le 09, pas le courage de suivre un camion aujourd'hui, c'est très dur avec le vent bien de face jusque Madoua (seulement 16 km/h en moyenne) pourtant c'est bien plutôt plat mais quel vent, je vais donc encore plus doucement (en vitesse moyenne) que dans n'importe quelle étape de montagne que j'ai pu faire. A cela s'ajoute la chaleur même si, par chance, le temps est brumeux, le ciel est d'une couleur ocre avec ce vent venant du " grand Sahara ", il doit donc avoir des tempêtes de sable là-bas. Aussi des difficultés pour se nourrir correctement (je suis bien en-dessous de la dose de calories qu'il faudrait).
La nuit, toujours pas de moustiques, on en trouve en cette saison que dans les villes et les villages, ils n'aiment pas trop la sécheresse apparemment (le froid ou chaud sec, mais une température de 20°C et de la " moiteur " comme en ville, ça ils adorent), pourtant on me dit de faire attention mais ici, en campagne, il y a eu seulement deux nuits depuis le départ avec des moustiques et peut-être seulement deux moustiques à chaque fois ! Le paludisme vient sûrement du fait que les déchets organiques ou plastiques stagnent dans l'eau des villes et villages, ça doit faire une belle pourriture tout ça et ça doit être pire pendant la saison des pluies.
Pour le vent, c'est vraiment étrange, entre novembre et avril, il viendra toujours entre l'est et le nord puis c'est entre l'ouest et le sud à la saison des pluies. Ca peut se comprendre peut-être par la position de la Terre qui change sur son axe ou son rapport avec le Soleil, mais pourquoi reste-t-il dans la même direction inlassablement ? Comme en Amérique du nord ou entre les Monts Appalaches et la Californie, le vent venait toujours entre l'ouest et le nord. Qu'est-ce qui fait cette force imperturbable ? J'aimerais bien le savoir. En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il est responsable de toutes les conditions climatiques qu'on  retrouve sur ces régions (seule l'altitude peut faire varier celles-ci), de la faune et de la flore. Je ne sais pas si dans la mythologie grecque ou romaine il y avait un dieu pour nommer le vent et sa force mais il le mériterait. Il n'y a qu'en Europe, je crois, où le vent peut venir à n'importe quelle saison dans n'importe quelle direction et c'est le seul endroit au monde où il y a un climat tempéré peut-être (le responsable serait le vent, variable).
Bref, la route aujourd'hui est assez bien défoncée sur plusieurs parties, mais on s'habitue. Les villages sont toujours pareils (en paille pour les huttes, en terres pour des petites maisons carrées) depuis le Sénégal. Même si certains sont plus jolis que d'autres notamment quand ils sont près de rochers ou falaises, on dirait les villages au temps des gaulois !
Les paysages sont d'une grande monotonie, c'est moins aride maintenant, et je retrouve de la savane, parfois il y a quelques " monts " à l'horizon et ça change un peu. Toujours quelques terres cultivées près des villes (rares pour les villages et inexistants ailleurs) où il y a de l'irrigation, c'est alors très jolis ! Le sous-sol à moins de 10 m est plein d'eau ici mais ils n'ont pas les connaissances et ce n'est pas dans leurs traditions. Des mentalités à changer ? Ca dépend ce qu'ils veulent.
Plusieurs contrôles et barrages de police encore, je dis que je fais Niamey-Zinder pour voir la famille (et non pas que je viens de Dakar, sinon on est " plus riche "), c'est souvent l'attroupement quand je prends un ravito dans un village, la curiosité, c'est rare de voir un européen faire ça et ça leur change, ils doivent peut-être s'ennuyer et restent surpris quand je dis que je fais environ 130 km par jour et ont du mal à croire qu'avec ce vélo (le " vieux " vélo) je pourrais faire 180 km avec un vent dans le dos.
Les nuits se passent toujours dans la savane pour être tranquille, les demandes d'argent sont d'environ 100-200 fois par jour (mais il y a aussi autant de signes d'encouragement). Voyager en pantalon, avec la barbe, pas bien propre, avec de vieux vêtements… font que je reste comme la très grande majorité des gens ici ; la dureté du parcours à cause du vent ajoute aussi de la sympathie parfois et si la couleur de peau était noire alors je passerais inaperçu !
Le matin, à Koni, j'apprécie énormément  le petit plat de pâte que je prends avec juste de l'huile et des oignons, seulement 70g, j'en aurais bien mangé dix fois plus ! Je prends aussi un bon café avec du pain ; quand on a faim ou soif, tout est bon, ou presque, on se rend compte de la qualité de vie qu'on a en Europe. Beaucoup d'enfants et de jeunes adultes ici, les personnes de plus de 40 ans sont rares ! Ici, comme il n'y a pas de soins, bien souvent dès que l'on tombe malade assez gravement, on risque la mort (l'espérance de vie n'est que de 50 ans au Burkina Faso, au Mali et au Niger ; seul deux pays en ont une plus faible : le Libéria et la Sierra Leone, bien souvent en guerre civile).
Quand on me demande de l'argent je dis parfois qu'on le fait 200 fois par jour, on me le demande à cause des préjugés qu'ils ont sur les blancs, encore la couleur de peau, stigmate favorable aux discriminations et au racisme, ah, les Hommes. Une fois, une dame qui apparemment ne parle pas français, veut mon sac, je lui demande alors sa montre, son collier, bracelet et boucles d'oreilles (montrant que je n'en possède pas), ça la vexe, ici ça étonne beaucoup quand un blanc demande de l'argent… Ils sont trop habitués à l'humanitaire et ils pensent peut-être que rien ne peut changer même si certains assument très bien leurs traditions et ne se plaignent pas, et ne demandent pas. Il y a un an je me disais que le voyage en direction de Dakar était ridicule et absurde devant de telles situations, maintenant je trouve ça comique presque, comme si donner 1€ à 6.000 personnes pouvait changer la situation où ils se sont mis et ça ne changera pas ni les structures ni les mentalités.

Le 10, la journée commence dure, la nuit était fraîche et comme je dors dehors sans le k-way, j'ai attrapé un petit rhume mais je sais que dès qu'il fera chaud ça passera alors ce n'est pas un problème (il fait quand même 30°C). Le vent est fort et a bien soufflé toute la nuit, ce sera la même chose jusque 14h, le temps que le Soleil passe de l'autre côté et que la Terre ait fini de se réchauffer (je vois que c'est ça qui donne un vent plus fort, en tout cas c'est ce phénomène sur les rivières d'après deux livres que j'avais lu). Le vent souffle deux fois plus que la veille avec 80-100 km/h en rafale, sans compter les rafales de camions qui viennent en face.
La route est bien cabossée sur les premiers 40 km aussi, après ça s'arrange, donc la moyenne est seulement de 15 km/h, c'est donc très dur ! Et très lent, quand je sais un ravito à 10 km ça semble être une éternité. Il faut être patient, on ne peut rien contre le " dieu " vent ; il n'y a pas trop de circulation donc ça va, toujours environ une centaine de demande de cadeaux, " le blanc ", " pssittt "… et environ la même chose pour de simple " bonjour " désintéressé (heureusement) ou encouragements car des gens ou des camionneurs qui m'ont vu la veille ou qui retournent à Niamey s'arrêtent parfois ou viennent me voir quand je prends un  ravito pour savoir pourquoi je fais ça, je dis que c'est pour voir la famille à Zinder, c'est plus long, plus lent que le bus mais après on apprécie mieux les bonnes choses peut-être, la vie n'est pas toujours facile non plus pour la plupart des gens ici. Souvent ça surprend les gens qu'un européen fasse ça pour eux c'est forcément la 4x4…
Le am je prends un café mais après plus rien pendant 70 km avec le vent de face, je prends donc de l'eau d'un puit. Elle semble excellente, on verra s'il y a des problèmes plus tard ! Toujours pas de moustiques le soir et la pleine Lune se lève vers 2h après que la nuit tombe. Peut-être je finirais après-demain avec la Lune s'il y a beaucoup de vent encore.
Parfois on me dit " touriste " mais c'est souvent dans des villages qu'il y a des attroupements quand j'arrive comme ce am où il y avait au moins trente personnes ! Après je me dis que c'est moi l'attraction touristique et eux les touristes !
Beaucoup de chameaux aujourd'hui, environ 50, en groupes éparpillés ; aussi deux cavaliers avec leurs turbans, costume ample et long, épée, magnifique, tout droit sortis d'un livre d'histoire !

Le 11, contrairement à la veille je décide comme c'est déjà mercredi de stopper à Maradi pour prendre le bus et profiter de voir un peu plus toute la famille ensemble à Zinder car mon cousin devait partir le samedi à Niamey (et on est déjà mercredi, en fait il partira le lundi). A Maradi, il y a plusieurs compagnies de bus, certaines ne prennent pas le vélo. J'ai 4h à attendre alors je prends le thé après avoir pris le billet, je parle une bonne heure avec un vendeur de grain venu au marché de Maradi avant de repartir dans quelques jours aussi pour Niamey.
Ensuite le bus arrive avec une heure de retard, il reste 240 km pour rejoindre Zinder où on s'arrête quand même pour la prière et revisser les boulons des roues (deux sautent mais ça ne les empêchent pas de continuer, même avec un drôle de bruit). La nuit, vers 18h30, il y a déjà des feux un peu partout dans la savane, pour la cuisine dans les villages ; dans les plus gros villages et les petites villes, les commerces sont éclairés par des lampes à l'huile, à la lanterne, quelques feux aussi et des gens parfois avec des lampes de poche ; ça donne un effet " préhistorique ", étrange, surréaliste presque, on s'imagine comme aux premiers temps.
Tout se passe très bien dans le bus, pour 3.000 FCFA (5€), j'arrive le soir vers 20h à Zinder où la famille est venue me chercher. C'est cool, je passe même un coup de fil d'un portable de quelqu'un qui me demandera rien en échange et qui refuse que je lui donne un petit quelque chose !

Les 12, 13, 14 et 15, ce sont quatre bons jours de " repos " à Zinder où je fais connaissance de Halüma, Peter, Coucou, Fati et aussi des collègues de la DED (coopération pour le développement au Niger, ONG d'Allemagne), de Roland, qui habite ici depuis 12 ans, de Papa avec qui j'irais charrier des graviers et de la terre pendant une petite matinée pour aider à fabriquer des briques et agrandir l'auberge. On mange bien, on dort bien (même si je retrouve encore des moustiques le soir, toujours en ville, avec les sécrétions et les rejets des Hommes de toute sorte…).
On visite le vieux Zinder, on transporte des " cailloux ", je vais voir l'auberge (très jolie, construite par mon cousin dans le style nigérien, les bases en parpaing et après en brique de terres), les bureaux de la DED, le sultanat (rôle traditionnel mais pas de fonction dans l'Etat moderne). Ca fait toujours drôle aussi de ne plus " vivre avec les gens de la rue ".
Le voyage s'est très bien passé, environ 30 jours et 3.500 km ; j'en apprends aussi un peu plus grâce à mon cousin sur la transhumance… (le bétail est emmené dans différents endroits où l'on trouve des ponts d'eau, suivant les saisons), mode de vie traditionnel, ou ancestral d'élevage des vaches, brebis, chameaux, qu'il faudrait peut-être préserver tout en proposant des services (santé, éducation…) un peu " ambulatoire ". Mais pour ça encore faudrait-il une volonté politique, une considération internationale, des règles venant de haut pour qu'elles ne puissent être violées par des intérêts individuels ou d'ethnies " majoritaires " ou d'Etats ou d'enjeux mercantiles (pourquoi continuer à préserver une conscience d'intérêts nationaux alors qu'il faudrait mettre en exergue des intérêts communs à tous les hommes : protection de la faune, flore, de l'environnement, développement des recherches spatiales…). Bref, c'est au peuple de dire ce qu'il veut pour son futur, la " modernité " ou l' " ancien monde ". Les indiens d'Amérique ont pour beaucoup tout perdu en perdant leurs coutumes et traditions, ici le choc est moins brutal, plus lent et plus long, quel en sera le résultat ? Au sein de quel espace le développement doit-il se faire ? Peut-on croire que l'Etat nigérien soit suffisant ? Sûrement pas. Et au niveau international, de multiples intérêts antagonistes existent, il n'y a pas aujourd'hui d'intérêt général international à préserver ce mode de vie (bien au contraire, vive la société de consommation), tout en octroyant, bien sûr, à chacun le choix et sans aucun doute des contreparties. Préserver un patrimoine demande aussi de donner des moyens (matériels, d'expression, de représentation…) au niveau international. Ici, c'est surtout le peuple Haussa (aussi au Nigéria, pays avec plus de 100 million d'habitants !) et le Haussa est la deuxième langue après le Swahéli parlée en Afrique du sud notamment. Langue que parle mon cousin !
A Zinder je me pèse aussi, 66 kg, soit 7 kg de moins qu'au départ (73 kg). En revenant d'Amérique du nord c'était 78 kg (+ 5 kg par rapport au départ de ce parcours aux USA-Canada). Ici, en Afrique, il y a de quoi manger mais très peu font du sport (pas d'argent pour les loisirs), c'est donc difficile de manger beaucoup devant des gens qui ont à peine assez pour manger… et il faut donc se " retenir ".

Le 16, ça va avec le vent dans le dos, je perds le bonnet en cours de route dans le 4x4, un coup de vent ! Et je décide donc de reprendre la route avec le " bike ", ça me manquait trop, aussi le contact avec les gens.
Je vois encore un enfant galopant à cheval, toujours aussi féérique. Mais toujours des demandes d'argent, deux fois je demande pourquoi moi et pas un autre en montrant la mobylette d'un nigérien et ils me répondent, " t'es blanc ". Encore. Les préjugés, j'aurais pu facilement donner 2.000€ de cadeaux sur ce trip ! Le voyage aurait coûté cher ! Encore une chaude journée.

Le 17, le vent est toujours de dos, comme je retourne vers Niamey, par l'est, et aujourd'hui ça fait 198 km à 25,2 km/h, ça change, il fait toujours chaud et peut-être quelque chose que j'ai mangé la veille passe mal car j'ai la diarrhée (qui durera encore un moment…) et un sacré mal de tête avec le Soleil, sans bonnet. Encore beaucoup de demandes d'argent, de cadeaux, c'est vraiment fatiguant (environ 200 ou 300x aujourd'hui).

Le 18, la veille, au soir, je vois aussi des sortes de hérissons, dans la brousse ! Ca y est, je rentre de nouveau chez mon cousin Pep's, le décalage une fois chez eux est immense et très important par rapport à la grosse majorité de la population, le fossé est immense. Sans doute aussi une question d'habitudes. Toujours très mal au bide.

Le 19, je vais pour chercher mon billet d'avion et retirer de l'argent ; tout est long ici et les magasins de " services " ferment de bonne heure (15-16h) alors qu'il faudrait travailler plus ?
Je fais donc encore au moins 50 km dans Niamey en vélo, histoire aussi de me balader, et toujours des demandes d'argent pour donner de la nourriture… on me dit que c'est comme ça en Afrique. Ouap, mais je remarque qu'entre le type blanc à vélo, sale… et le noir en costume et en 4x4, c'est vers moi qu'ils viennent toujours en premier. Le Blanc est présumé riche.
Ici pas de paiements par CB pour le billet d'avion et par internet ça ne marche pas ! Le retrait avec la visa (un seul guichet dans une seule banque où c'est possible à Niamey, la capitale pourtant) est limité à 300€ en espèce (la société générale, " ma " banque a encore rechangé le montant comme en Espagne il y a un an, apparemment ça bug à chaque passage de nouvelle année ! C'est chiant !). Il faut donc que mon cousin me prête de l'argent et je téléphone en France à la banque pour qu'il fasse ce qui devrait être… Toujours un sacré mal de bide et la diarrhée.

Le 20, après trois jours incessants, fatigants avec la diarrhée, le mal de ventre, le sable, la chaleur, enfin peut-être le billet ? On me demande de l'argent pour manger à 14h, alors que je n'ai même pas encore mangé de la journée… c'est chiant. J'aime mon pays, les africains critiquent la colonisation mais, paradoxe, beaucoup veulent venir en France, ah, les Hommes ! Ca y est, j'ai le billet d'avion et normalement pas de taxes en plus pour le vélo (avec Air Canada ou Air méditerranée c'était environ 35€, comme il y a un an au départ de Dakar avec Air Sénégal aussi). Cette fois c'est Air Maroc et deux correspondances (à Ouagadougou et Casablanca), malheureusement, la traversée du Sahara se fera de nuit, je n'y verrais donc rien cette fois.
Le gardien, pendant que j'attendais l'ouverture, me demande de l'argent pour son repas, je dis que j'ai déjà dû emprunter à la famille pour un éventuel billet et que je n'ai encore rien mangé depuis hier soir (c'est vrai et il est environ 14h). Quinze minutes après, ils sont à six à manger et me disent de venir ! J'hésite puis accepte et on est donc sept à manger avec la main droite un plat de salade verte avec des tomates et oignons, mmh c'est délicieux. J'aime ces contacts " vrais ", là je suis seul, fatigué, avec le vélo (que le gardien voulait aussi que le lui laisse avant de partir, je dis " ça fait 12 ans que je l'ai ", il dit " 12 ans ! " et je dis penser encore le garder au moins 10 ans…).
C'est ça la réalité, la vie avec le peuple du Niger. Bien sûr il faut passer les préjugés sur les " blancs ". Pas de doute le décalage est énorme entre le mode de vie des " blancs " qui vivent ici et des quelques " noirs " en 4x4… qui passent des jours au bistrot et 99% des autres nigériens. Pourtant ils pourraient bosser plus, certains le font, mais pour beaucoup dès qu'ils en ont assez, ils ne cherchent pas plus que ça. Beaucoup sont gardiens de maisons ou pour le ménage (3€ une pm), ou garde les enfants des expatriés " blancs "… Ca ne fait pas beaucoup, les pizzérias c'est que le soir, une fois à 14h je veux reprendre des frites (trop faim et malade) mais c'est trop tard… tout comme ça, les banques… ferment tôt… On dirait presque même que ça les dérange de travailler (façon d'être servi, le temps qu'ils prennent…). Beaucoup de moustiques à Niamey et le bonnet me manque beaucoup, du coup une piqure le soir à la nuque et une derrière les oreilles, c'est chaud aussi le jour (le Soleil ébloui et ce bonnet faisait casquette). Dommage ce coup de vent !

Le 21, après une autre mauvaise nuit, je décide d'aller voir un médecin, je fais tout dans la matinée (analyse, consultation, pharmacie). Un record. Les médicaments semblent efficaces c'est un microbe (amibiase qu'on attrape dans les crudités), pas un virus donc l'immodium était inefficace. La pm je regarde un film sur ordinateur et le soir on mange des concombres au yaourt.
Je suis pressé de rentrer en France.

Le 22, les derniers jours sont vraiment les plus durs, être enfermé entre quatre murs c'est vraiment trop chiant, aucun contact avec la population (la vraie), ici les blancs vivent entre eux, entre quatre murs, pas de noirs à leurs tables. Pas de cosmopolitisme, les expatriés restent entre eux, un seul peut-être, Roland, à Zinder, qui vit comme un africain, et avec des africains. Aussi j'entends beaucoup de critiques sur l'Occident qui est le diable (c'est les USA le démon), pays où il n'y a pas de liberté, on dit que je n'ai pas le recul nécessaire, l'Occident est une société de consommation par excellence qui prouve son échec par la crise ! Incroyable ! Ici les gens ne demandent pourtant qu'à vivre comme en Europe… où il y a de quoi manger, des écoles, une santé, des biens de consommation qui n'existent pas ici ou qui sont très chers pour eux. D'ailleurs les portables venant de Chine sont abordables beaucoup en ont, des routes se construisent biens sûr avec l'aide des occidentaux ou chinois ou la Libye… qui attendent quelque chose en échange sans doute, bien sûr il faudrait un système international.
La crise vient de la responsabilité des banques, pas de la responsabilité des gens et de la consommation (on a le choix en Occident). On a la liberté de circuler, de voyager partout, ou presque, dans le monde, de ses opinions. Ici c'est très difficile de circuler hors de l'Afrique noire, pour un africains, pas de presse ni TV ni moyens d'en avoir alors qu'ils seraient plus libres. Dur d'y croire et de l'admettre. Et les contrôles de police sur les routes, la pauvreté, les gens n'ont pas le temps de se soucier de ça. Alors j'entends des " blancs " entrain de boire des bières et du vin (chers ici) critiquer le modèle occidentale ça m'horripile. Pourtant ici ils vivent comme les " riches ", maisons en dure, piscine, voitures, ventilation, tout le confort à l'occidentale, la santé, la mutuelle en France, l'école française, accouchement en France, création de site internet pour vendre et acheter au Niger, travail avec des salaires comme en France dans un pays où la vie est beaucoup moins cher, au Niger…, beaucoup de contradictions : appareil numérique, carte USB, habits propres, machine à laver, ordinateurs… Quel décalage et ils n'abandonneraient pas leur nationalité française pour celle du Niger ?
Ici le président du Niger veut augmenter la durée de son mandat (depuis il y a eu un coup d'état en 2010 pour éviter ça, au Niger, il y a aussi eu un coup d'état en Mauritanie en 2009 pour d'autres raisons obscures…) pour 7 ans, en Côte d'Ivoire on parle aussi de changer la Constitution pour que le mandat soit renouvelable plusieurs fois, c'est ça la démocratie ? Une Constitution sans valeur, un pouvoir personnel exacerbé, une justice inexistante, aucun contrepouvoir sans société civile nigérienne (pas les ONG !) et sans moyens ?
Des blancs que j'entends ici critiquent la société de consommation mais ils vivent comme de bons consommateurs et profitent de tous ce que l'occident a créé et de la sécurité sociale et physique qu'il leur donne. Pourquoi ne l'admettent-ils pas ? Pourquoi n'admettent-ils pas que c'est le seul bon mode de fonctionnement pour avancer, pour la recherche, pour la justice, pour la liberté de choisir (celui qui fait de la transhumance n'a pas eu le choix, tout petit il a commencé à faire ça et il le fera autant que durera sa vie, pas d'études… pas de choix). Beaucoup d'arrogance chez les expatriés, d'égoïsme, à croire qu'on peut vivre plus de 10 ans au Niger et ne pas connaître les attentes des nigériens (ou être résignés ?) de la rue (90% de la population). Ca me rappelle les poètes-écrivains qui défendaient il y a 60 ans le communisme (ils ont perdu 60 ans dans les Etats d'Europe de l'est !), eux aussi critiquaient l'impérialisme. Aussi avec des médicaments, la fatigue, la chaleur… je ne peux que m'énerver, me révolter quand j'entends qu'il y a plus de libertés en Libye (avec Kadhafi) qu'aux USA qui sont le diable !

Le 23, je vais à la banque toujours en vélo et je me promène sur les corniches de Niamey, beaucoup d'horticulteurs et de potagers le long du fleuve, c'est naturel et joli, pêche au filet avec de simples pirogues…

Le 24, en tout à Niamey durant ce second " break " ça fait environ 90 km (15 km pour aller à l'aéroport) et encore 8 km de Gourdon à Lantis à ajouter.
Il fait beau aujourd'hui, le am je finis de classer les photos, les cousins parlent de leurs BD, sur la transhumance, Pep's emballe dans du PVC son dessin à la craie (visage d'un nigérien qui arrivé à Paris sera défiguré). La route pour l'aéroport se passe bien, pas de demandes d'argent… sauf à l'aéroport mais beaucoup moins qu'il y a un an à Dakar, moins de monde, c'est plus petit ici. La police me dit où me mettre et est surprise que j'arrive de si bonheur. Je voulais faire une sieste mais la police vient me rechercher, on me dit que je ne peux rester là (c'est à côté du parking), un flic prend aussi mon nom qu'il note sur sa main (croit-il que je vais faire un attentat ?), ahah, et les expatriés qui disent qu'il y a plus de liberté ici qu'en France (à Paris, on fait ce qu'on veut à l'aéroport, des caméras, peut-être, mais je me pose où je veux !).




Pour finir...


Sur ce parcours je perds 7 kg en une semaine, suite à l'invitation dans mo système digestif d'amibes, charmantes bactéries… qui se trouvent dans l'eau… (ça arrive donc en mangeant des fruits ou légumes mal lavés…) ; aux USA-Canada, j'avais pris 5 kg en plus.

En mars 2008, je vais à une " conférence-film " de quelqu'un qui est parti de France jusque le golfe de Guinée, on a suivi à peu près le même parcours. Je ne pose que quelques questions bénignes comme le poids différent qu'on transporte, il admet qu'il a du superflu. S'il compte aller en Amérique du nord ? Pas prévu car ça ne l'attire pas, ce qui ne l'a pas empêché de critiquer les USA en les comparant au régime irakien de Saddam Hussein !).
A la fin, il m'interpelle et ironise sur le fait que j'ai fait 11.000 km en moins de 5 mois entre la France et Zinder (c'est trop court pour lui et ça semble donc être un problème, pour lui, pour donner mon avis, alors qu'il n'y a été que 6 mois), ça n'empêche que mes cousins ont aussi un avis différent du sien et ça fait trois avis différents, pourquoi pas alors ?
Durant tout son exposé il montre les habitants de l'Afrique comme des peuples opprimés, bienveillants, vivant dans la vraie vie, il critique la société de consommation. Je réponds que c'est grâce à la soc de consommation qu'il peut avoir le choix, qu'il a pu voyager, je critique le fait qu'il ait un appareil photo (il se promène même avec un ordinateur parfois, ce qui me semblait inimaginable déjà), je critique le fait qu'il vend ses livres en France et donc à des consommateurs, les mêmes qu'il critique tant, qu'il se vante de ne jamais donner d'argent pour prendre les gens en photos, en retour il ne leur rend rien de bon (surtout en disant que tout est merveilleux là-bas, oubliant la faible espérance de vie, le manque de liberté à cause du manque de choix alors qu'on est tous égaux en France). Par contre, durant son exposition des gens lui donnent de l'argent (billet de 10 ou 20€, sans contrôle, pas d'impôts) pour avoir montré des photos qu'il a prises et dont il se vante. Il critique l'arrogance des français et d'un autre côté, combien d'africains peuvent voyager librement en Europe… aussi facilement que les français qui vont voyager en Afrique ? Paradoxe !

Ce voyage a finalement était meilleur que le premier en Afrique, entre Dégagnac et Dakar, un an auparavant. Question d'habitudes ? Et je savais à quoi m'attendre. L'Afrique a sans conteste le mérite d'avoir fait bousculer en moi certaines choses, certaines visions. Et c'est pendant ces deux petits voyages en 2007 et 2009 que je me suis posé le plus de questions, notamment sur les Hommes et leur développement. Beaucoup de " pauvreté " et c'est pas facile d'accepter de pouvoir vivre dans un Etat " riche " et d'avoir le choix alors que d'autres ne l'ont pas. Pas facile d'accepter que nos gouvernants ne font rien pour changer les choses mais que c'est grâce à la société de consommation que j'ai pu faire ces voyages, grâce aux études dans des écoles qui m'ont permis d'avoir un travail que j'aime et de réaliser aussi des voyages. Mais dans quel but ?
On se sent bien égoïste parfois en roulant dans ces contrées où les gens n'ont ni vacances, ni retraites, ni sécurité sociale, une faible espérance de vie. Sont-ils plus malheureux, je ne le crois pas mais les craintes sont différentes de celles des habitants des Etats occidentaux, leurs problèmes est d'abord de trouver de la nourriture, du travail… alors que chez nous on recherche des biens de consommation en priorité (maison, voiture…). Cependant, que ce soit ici ou là-bas, les Hommes recherchent bien souvent à satisfaire un grand nombre de besoins, à en avoir toujours plus, malheureusement, ce qui semble être une " pulsion ", un instinct universel et propre à l'Homme ?

Il faudrait vraiment des règles internationales, un pouvoir international capable d'exercer des contraintes sur des " Etats-régions ", afin de pouvoir régler durablement les différences entre Etats " riches " et " pauvres " (si on a de l'électricité en France c'est beaucoup grâce à l'uranium du Niger et du Mali), il faudrait une meilleure répartition des richesses et un mode de développement humain durable pour sauvegarder cette planète et ses richesses naturelles et culturelles. Pourra-t-on un jour voir le jour une " conscience universelle " pour tendre dans ce sens du respect de la Vie ou devra-t-on toujours subir l' " instinct universel " de l'Homme d'en avoir toujours plus au détriment des autres, de volonté de puissance et de domination, illusoire ? Oui, sans doute faudra-t-il attendre le prochain stade de l'évolution humaine, s'il y en a une, ou laisser notre place pour que jaillisse, peut-être, une autre espèce capable d'accomplir ceci ou laisser la Terre en paix alors que nous n'arrêtons pas de la violer.

En tout cas je regrette de ne pas avoir eu plus de temps libre pour avoir continuer le parcours en Afrique cette fois-ci. Peut-être sera-t-il possible de poursuivre, autour de 2017, en Afrique orientale ? A voir…




Ecrit commencé en mars 2008, à Marmande, chez mes grands parents, et fini, enfin, à Figeac, en juin 2010, d'après les carnets de route et autres souvenirs, Cap Woot.






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