" Paris -Dakar "

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Introduction :


" Paris - Dakar ", de mi-novembre 2007 à début janvier 2008 (7.350 km) :

En mémoire de la famille de quatre touristes français assassinés le 24/12/07, près d'Aleg, en Mauritanie.

Le départ a encore eu lieu depuis le paisible village de Dégagnac, dans le Haut Quercy, en direction des cités de Cordes, Albi, Toulouse, Carcassonne, Collioure...en France.
Puis, l'Espagne, d'abord en traversant la Catalogne en longeant la Costa Brava (Barcelona), la Costa Dorada (Tarragona), ensuite en traversant la Castilla - La Mancha avec un peu de neiges sur certains Puerto (cités de Morella, Teruel, Cuenca, Toledo), enfin en traversant l'Andalucia (en passant par Cordoba et Ronda notamment), avant de rejoindre la mer Méditerranée  et de prendre le ferry d'Aglgeciras à Ceuta/Sebta (en Afrique).
Au Maroc, traversée de la région du Rif (par Tétouan, Ouezzane, Moulay-Idriss et Meknès). Puis des montagnes de l'Atlas: le Moyen Atlas (Azrou, Midelt), le Haut Atlas (Ar-Rachidia, la route des Kasbahs, Goulmina, Tinerhir, Ouarzazate...), et l'Anti-Atlas (Taliouine, Tiznit, Guelmin...).
Ensuite traversée du Sahara occidental (Zemmour, Agargar...) de Tarfaya à Nouakchott, en Mauritanie.
Après le terrain devient moins désertique pour devenir petit à petit une savane avant de franchir le fleuve Sénégal par une barge et de passer en même temps la frontière entre la Mauritanie et le Sénégal.
Au Sénégal, passage par Saint Louis, puis Dakar pour y prendre l'avion jusque Paris-Orly. De là, route vers la Loire (Provins, Fontainebleau...) et descente de cette vallée de la Loire ensuite, entre Sully et l'abbaye de Fontevraud, près de Semur. Enfin, passage par le Poitou et le Limousin, en longeant un peu les très jolies rivières de la Creuse et de la Vienne, et arrivée dans le Périgord.

Pour la rando Paris-Dakar, il y a eu deux surprises, la première c'est l'éclatement des trois chambres à air dans la même après-midi, à 75 km de Ouarzazate, et la deuxième est la casse de la moitié des rayons de la roue avant entre Tarfaya et Dakhla (du jamais vu en douze ans de vélo, mais à chaque fois, après 26 ou 3 km de marche, on me propose d'être pris en stop, ce qui fut très utile pour réparer!).
En Espagne, il y eu de nombreuses nuitées à la belle étoile, sans problèmes, comme d'habitude. Au Maroc souvent on est invité ; les gens travaillent peu, souhaitent venir en Europe pour une partie et avoir un européen chez soi c'est un peu avoir un pied de l'autre côté de la méditerranée, sinon les hôtels sont peu chers (trois euros) si on sait rester simple, enfin les pompistes du désert, au Sahara occidental, sont habitués à recevoir gratuitement des voyageurs pour une nuit (matelas disposés en vrac dans un local).
En Mauritanie et au Sénégal, les hôtels sont plus chers (que de deux fois) et on est moins souvent invité (tous les blancs sont riches pour eux), en tout cas on est sans cesse sollicité financièrement par les enfants, les adultes et autres racoleurs, beaucoup plus qu'au Maroc, et ceci toute la journée (au moins quarante fois par jour, les gens étant tous au bord des routes à attendre car ils travaillent peu), la perte de liberté semble alors importante. Les nuits se passent ici dans la savane, assez tranquillement pourtant.

Dans les régions traversées en Afrique, beaucoup de personnes souhaitent venir en Europe. Le salaire moyen là-bas est de 30 à 50 euros par mois, imaginez que dans un autre pays le RMI soit à 5000 euros par mois, vous en reverrez, non? Il faut aussi préciser que dans ces pays il n'y a pas de chômage, ni retraités ni sécu. Aussi, il y a assez souvent des demandes de contrats ou de mariage avec une femme blanche (photos à envoyer) et d'invitations, tous les blancs étant des richards et des millionnaires... Les sollicitations sont quasis constantes (perte de liberté...) et les échanges sont alors souvent intéressés. Devant cette misère, et n'étant pas naïf (malheureusement), continuer la route semblait bien absurde et inutile... Partez en voyage organisé ou avec quelqu'un du pays (?) car vos guides feront aussi office de sécurité, peut-être vous ne verrais alors pas la réalité de la vie sur place et il n'est pas bon de couper le lien entre les touristes et les populations, beaucoup seront alors surpris d'avoir passé un beau séjour dans un magnifique pays qui est maintenant en proie aux pires violences (Côte d'Ivoire, Kenya, Tchad...), ce qui n'est pas étonnant, peu place un espoir dans l'avenir de leur pays. Ca n'empêche qu'il y a eu, bien sûr, des rencontres avec des personnes formidables qui ne sont pas près d'être oubliées... Il faut souhaiter qu'un jour il y ait des lois internationales, pour tous.


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Chronique 1 : de Dégagnac à Ceuta/Sebta 


" Petite traversée de la péninsule ibérique : Catalogne, Aragon, Castille, Andalousie "
(2.402 km)

12/11, Dégagnac - Cordes, 140 km
13/11, Cordes - Castres, 100 km
14/11, repos à Toulouse
15/11, Toulouse - Carcassonne, 120 km
16/11, Carcassonne - Port Leucate, 133 km
17/11, Port Leucate - Castello de Empuries, 130 km
18/11, Castello de Empuries - Sant Feliu de Guixols, 80 km
19/11, Sant Feliu de Guixols - Barcelona, 117 km
20/11, Barcelona - Salou, 130 km
21/11, Salou - Prat de Comte, 127 km
22/11, Prat de Comte - La Iglesuela del Cid, 127 km
23/11, La Iglesuela del Cid - Terruel, 107 km
24/11, Terruel - Huélamo, 102 km
25/11, Huélamo - Alcazar del Rey, 135 km
26/11, Alcazar del Rey - Toledo, 135 km
27/11, Toledo - Luciana, 144 km
28/11, Luciana - Cordoba, 206 km
29/11, Cordoba - Osuna, 140 km
30/11, Osuna - Ronda, 88 km
01/12, Ronda - Ceuta, 141 km

Le 12 novembre, ça y est, normalement c'est le départ pour un tour du monde (qui finalement ne se fera pas en une seule fois, pour différentes raisons), c'est à l'origine prévu pour 3 ou 4 ans et après peut-être un autre de deux ans en mers. Maintenant j'espère pouvoir continuer ce tour du monde en différentes étapes, sur plusieurs décennies, voir plus de choses qu'à l'initial, le fait de revenir régulièrement en France permet aussi de revoir la famille et des amis, de mieux préparer les voyages, d'apprendre des choses sur les pays avant d'y aller, d'apprendre quelques langues aussi avant, d'autres techniques. C'est sans regrets qu'au final je me résoudrais à faire ce tour du monde en plusieurs étapes, tant que l'envie et le physique suivent, et c'est avec bonheur que je profite du bon vivre en France et en Europe, contrées où on se rend compte de la chance que l'on a face à la pauvreté qui peut exister ailleurs, bien sûr aussi des injustices et des défauts du système dans lequel on vit ici, en Occident. Mais ce n'est pas le souci principal de bon nombre de compatriotes… Pourtant il serait si simple de faire un tout petit effort, mais le problème est la confiance réciproque… Les commentaires seraient longs et ce n'est pas le but ici, peut-être plus tard, si le temps le permet, dans une autre partie, ce problème et les solutions à apporter seront développés plus précisément, j'espère.
Aujourd'hui je pars de Dégagnac, en direction de l'Afrique, le temps est couvert, je passe par Saint Antonin Noble Val qui est une très jolie cité historique, en bordure des gorges de l'Aveyron, puis, le soir, j'arrive à Cordes, très belle cité où il n'y a pas de touristes en cette période, c'est très calme. J'en profite bien pour la visiter et je la connais presque par cœur maintenant avec ses trois enceintes bien conservées, ses nombreuses portes, son église, ses belles maisons, quelle vie devait-il y avoir ici au Moyen Age ! On a peine à l'imaginer aujourd'hui.
C'est l'automne et la route est jolie, avec toutes ces différentes couleurs de feuilles aux arbres offrant leurs dernières beautés au regard avant que l'hiver ne s'installe. A Cordes, je passe la nuit à l'extérieur, il fait assez froid, mais je trouve un abri face au vent, derrière un muret, tout en haut de la butte, au cœur des derniers remparts, sur la grande place.

Le 13, après une assez bonne nuit, le moral n'est pas très bon, c'est dur de se dire que l'on quitte tout, peut-être trop dur pour moi de tout quitter, aussi après de nombreuses hésitations, en allant sur la route jusque Castres, je tergiverse, puis à Castres je décide de reprendre le train pour rentrer à Toulouse et revenir, déjà. C'est bizarre, je ne trouve plus le moindre intérêt à poursuivre, la tension et l'envie sont à zéro, rien à voir avec le tour en Europe, trop dur peut-être de se dire que l'on part pour 3 ou 4 ans (en fait, maintenant en 2008, je crois que c'est une question d'habitude, avec le recul, et sans doute des voyages plus longs, au fur et à mesure, auront lieu, de toute façon maintenant je ne me donne plus de limites dans le temps, c'est pour le plaisir et tant que l'envie est présente).
Au matin, à Cordes, il y a beaucoup de brumes, le paysage du haut de la butte est magnifique sur les plaines environnantes. De même que la route par la suite. Je passe aussi à Albi, avant Castres, la cathédrale de cette ville est un vrai bijou, une des plus belles de France, avec toutes ses peintures, ses boiseries colorées, une vraie splendeur ! Ensuite je prends la route jusque Castres où je décide, tant bien que mal, de prendre le train pour Toulouse.
Le soir j'arrive à Toulouse, chez mon frère, où je pensais rester pour quelques jours, avant de revenir à Dégagnac et sans doute de retravailler pendant un ou deux ans avant de reprendre quelques autres voyages peut-être, je suis en plein doute et beaucoup de pensées s'entremêlent, les décisions s'entrecroisent et se contredisent, le temps doit être forcément à la réflexion. Que faire de sa vie ? Abandonner les voyages, reprendre le travail ? Qu'est-ce que je veux ? C'est quoi les rêves alors ? Faut-il les tenter ou juste les rêver ?

Le 14, je passe toute la journée à Toulouse avec mon frère, à hésiter, puis finalement le soir je décide de repartir le lendemain et de faire ce tour du monde, mais je me jure qu'après les trois ans je m'arrête, reviens et ne bouge plus (ce qui est totalement stupide quand j'y repense mais à ce moment là ça m'a assez motivé pour reprendre la route, ça a eu son utilité alors, depuis les idées ont évolué et je pense qu'un certain équilibre entre les voyages et la vie en France ou la sédentarisation a été trouvé, que le compromis actuel paraît viable et d'avancer). Le principal est, pour ma part, de n'avoir rien à regretter dans ce qui a été fait, une fois surpris ou non par la mort. De faire les choses que l'on aime quand on le peut et d'essayer de ne pas faire d'erreurs ou de rendre les erreurs utiles comme expériences.

Le 15, je reprends donc la route de Toulouse, vers le golf du Lion, un peu moins " perturbé " et tracassé par toutes ces questions, le climat est froid et ça n'aide cependant pas vraiment à se réchauffer. La route commence en suivant le canal du midi sur une vingtaine de km, jusqu'au moment où la piste disparaît, ensuite il s'agit de regagner la route vers Montferrand. En fin d'après-midi je rejoins Carcassonne au pied des montagnes Noires, avec son château féodal et ses remparts, ville fortifiée ancienne du XIIè s. restaurée au XIXè s. par Violet Le Duc. Je m'y promène longuement et je fais le tour deux fois des remparts dont en partie, dans les fossés, en vélo, trop bien. Le soir, après avoir essayé de réparer le rayon cassé (en vain car je perd la vis), je m'endors dans une large meurtrière. Pas beaucoup de touristes à cette période de l'année.

Le 16, après une nuit venteuse, je trouve un magasin de vélo dans une ZA de Carcassonne, celui-ci n'ouvre qu'à 10h, j'attends donc et trouve une tête de rayon, le coût est de 8€ (cher) et après avoir fait 45 km le rayon casse à nouveau ! J'aurais un problème avec cette roue plusieurs fois, les rayons vont casser au fur et à mesure jusque Dakhla, dans le Sahara Occidentale où je les remplace tous, puis ils vont encore casser en France et lors des parcours en vélo pour aller travailler, finalement après de nouveau une casse lors du parcours aux USA/Canada en 2008, je change carrément la roue et là plus aucun rayon ne cassera. C'est important si vous ne faîtes pas de courses de ne pas acheter des roues hors de prix, beaucoup de défauts de conception et ce n'est pas du tout nécessaire si vous n'êtes pas coureurs professionnels, attention aux charlatans, les vendeurs de cycles cherchent à écouler leurs stockes et parfois vous vendent des roues dites neuves alors qu'en fait se sont des roues d'occasion. C'est déjà arrivé, d'où l'importance de faire le maximum soi-même, c'est très simple et ça tient aussi longtemps que si c'est fait par un professionnel, les bons sont très rares et si vous ne faîtes pas de courses de vélo, que des randonnées, alors ils s'en fichent beaucoup, et vous considèrent vite comme un marginal du vélo même si vous utilisez quotidiennement le vélo pour aller au travail, j'ai vu des trucs hallucinants chez ces marchands et c'est avec bonheur que je fais tout moi-même maintenant.
Aujourd'hui il fait beau mais encore froid, le départ s'est fait un peu trop tard peut-être d'une quinzaine de jours. Une fois le rayon cassé de nouveau je dévoile la roue et décide de continuer à rouler ainsi, la roue tiendra encore longtemps sans nouvelle casse de rayon jusque dans le Sahara occidental, bien sûr c'est un peu gênant (petite sensation de freinage, c'est-à-dire qu'on avance avec un " à coup ", minime).
Je passe par l'abbaye de Fontfroide qui ne se visite pas, elle n'a rien de particulier cependant, peut-être à l'intérieur ? Je passe à côté de Narbonne et Perpignan ensuite, mais je ne visite pas, ce sont des villes toute proche du Quercy et je les laisse de côté pour une prochaine fois, de plus, il fait froid et les jours sont courts, je préfère continuer à avancer.
Les Corbières sont assez jolies mais la route est difficile (beaucoup de camions, de voitures, le vent est fort de profil), il faut donc rester attentif même s'il y a une autoroute juste à côté, parallèle. Je rencontre aussi quelques champs d'éoliennes en bord de route.
Le soir j'arrive à Port Leucate où par chance je trouve un ravito, bon nombre de magasins sont fermés, il y a de nombreux bateaux mais personnes pour les faire naviguer, et de nombreux appartements restent avec les volets clos, personnes aussi dans les rues. C'est le calme plat, une ville morte, typique des villes touristiques. Beaucoup de logements restent donc inoccupés.
Le soir je m'endors à couvert sous un préau d'un de ces nombreux immeubles en copropriété que l'on peut trouver partout à Port Leucate, c'est très calme !

Le 17, le temps est encore beau, mais un petit ennui vient s'ajouter au genou gauche (ligament latéral interne) alors je bouge la cale au niveau des chaussures de VTT et j'ai aussi une douleur au genou droit (au niveau du tendon quadricipital) alors je baisse la selle (lé vélo est nouveau et je n'ai pas encore fait de longue distance avec ; de même, ce sont des chaussures de VTT (bien pratique ) que l'on peut aussi utiliser sur cyclo-cross et même sur vélo de course, bien mieux pour les rando, on peut marcher avec et courir. Il faut donc procéder aux réglages. Ca va rapidement mieux, beaucoup moins de sollicitations et les douleurs diminuent.
Aussi beaucoup de crevaisons aujourd'hui, trois, avec les pneus de cyclo-cross, section des pneus plus grande que ceux de vélo de course mais pas plus efficace, problème avec la pression peut-être et finalement beaucoup de crevaisons sur ce Paris - Dakar ; la rustine s'en va quand je gonfle, pas adaptée, elle ne tient pas ; avec ces crevaisons, la distance est plus courte et le soleil se couche de bonne heure.
Aujourd'hui, je longe les plages françaises puis la corniche catalane. A Cerbère la propriétaire d'un bar refuse de me donner de l'eau pour remplir mes bidons, je dis que c'est la 1ère fois qu'on me fait ce coup là et du coup elle accepte en rechignant de me les remplir. En Espagne, les magasins ferment entre 13h30 et 16h30 souvent (c'est la sieste espagnole), puis rouvrent jusque 20h, même en hiver ; à l'origine c'est sans doute à cause de la chaleur.
Les paysages de la corniche sont très jolis et il n'y a pas beaucoup de monde entre Argelès-sur mer et Port Bou. Dans la journée je passe par Argelès, Saint Cyprien, et la très belle ville de Collioure. Le soir je dors dans un petit hôtel de la petite ville de Castello de Empuries.

Le 18, au matin, le départ se fait vers 10h30, beaucoup de problèmes avec le pneu arrière, peut-être des problèmes de pressions, de compatibilité avec la chambre à air, de décollement de la rustine. L'étape est donc très petite, seulement 80 km. Après les réparations, je rejoins les ruines d'Empuries, c'est gratuit mais il ne faut pas de vélo, c'est interdit. Beaucoup de ruine, romaine et grecque, où il reste quelques statues, je visite donc que de l'extérieur et je regarde alors en longeant la plage.
Ensuite je longe la Costa Brava et il fait déjà nuit, le genou gauche reste encore un peu douloureux parfois. Pour les paysages, je préfère Collioure et sa région. Le soir je dors à l'extérieur, près du petit port de plaisance de Sant Feliu de Guixols où il y a un ancien monastère du XVIIè s. et un château sur une butte rocheuse, comme à Collioure.

Le 19, la route du matin est vraiment jolie surtout pendant les 20 premiers km, la côte n'est as trop dénaturée ici par des constructions anarchiques. Puis à partir de Malgrat je suis la N11 jusque Mataro, la route est large et il y a une bande d'arrêts d'urgence sur laquelle on peut rouler. Puis de Mataro à Barcelone, on roule sur une piste, entre la voie de chemin de fer, la route et la plage. D'ailleurs c'est une longue et belle plage de sable fin, sur une large bande, pendant 15 km avant d'entrer vraiment dans la ville de Barcelone.
Aujourd'hui il fait beau et le vent est plutôt de dos, et la route suit la plupart du temps la côte. Barcelone est une jolie ville avec beaucoup de quartier moderne. Je prends le temps de visiter beaucoup de choses : hôtel de ville, l'ancienne cité historique, la cathédrale toujours en construction, le quartier du port, les anciens remparts, le Parlement de Catalogne espagnol.
Le soir je dors chez Laure (une amie dont j'ai fait la connaissance à Lille en 2002). La coloc de Laure est en désaccord constant avec mon idée de faire le tour du monde, elle n'accepte pas que je le fasse que pour voir des monuments et des paysages. Chacun son truc, pour elle il faudrait le faire pour rencontrer les gens, je lui dis que ça reste secondaire pour ma part, que je ne recherche pas à avoir des amis partout et que les rencontres ne sont pas provoquées, bien sûr il y en a mais je ne les crée pas et ne les recherche pas. Elle trouve que ce voyage est donc superficiel (venant de la part de quelqu'un qui n'a jamais voyagé…). Drôle de donner des leçons. En général les espagnols sont cools et les français sont appréciés, ils conduisent assez bien (les routes sont larges aussi).

Le 20, aujourd'hui, la sortie de Barcelone était dantesque ! Pendant 20 km c'est une succession de voies expresses, de petits chemins se terminant en queue de poissons, de cailloux, de sables et de pollution dans ce monstre de béton. Beaucoup de nouvelles constructions et on se demande où la ville va arrêter de manger l'herbe. Je passe vite fait par Taragone où il y a des ruines antiques romaines, à la sorite il y a beaucoup d'usines de raffinage, comme à Nantes, près de Donges, beaucoup de bruit, de pollution et de circulation. La côte est jolie mais il y a bon nombre de constructions (plage encore toute proche des raffineries comme La Baule).
Je suis pressé d'arriver dans les montagnes le lendemain normalement. Les douleurs aux genoux sont absentes maintenant grâce aux réglages des cales et de la selle.
Le soir je dors à Salon, abandonné en cette saison, sur la plage, sous couvert d'un préau en bois d'un chalet qui fait office de pizzeria pendant la saison estivale. Pratique car beaucoup de pluie ce soir et cette nuit.

Le 21, ah, enfin la montagne ! Les paysages sont magnifiques et, mis à part un 1er long faux plat de 9 km assez ennuyeux, le rythme est bon dans les grands pourcentages. Ca ressemble à ce qu'on voit comme image dans les Rocheuses. Il pleut aussi jusque 12h, après ça va. En fin d'après-midi, je fais aussi une déviation de 30 km avant Prat de Comte, déviation inutile car je m'aperçois avant d'arriver dans cette ville qu'il n'y a que 1 ou 2 km de travaux, j'aurais pu passer à pieds ! Mais en montagne la moindre déviation signifie un détour de plusieurs km.
Dans la journée, je longe un moment la vallée de l'Ebre, c'est vraiment des paysages très beaux avec quelques châteaux sur les flancs de la falaise.
Le soir après un petit ravito à Prat de Comte, je trouve un endroit où dormir près d'un gymnase, à l'abri du vent et d'une éventuelle pluie. C'est un petit village perdu dans ses montagnes, c'est très calme aussi.

Le 22, les paysages sont encore magnifiques, on se croirait dans un western ou en Palestine. Beaucoup de cultures d'oliviers, de vignes, des anciennes cultures en terrasse. Chaque village est très joli, ce sont comme des oasis au milieu des terres arides, tous les 15 km en moyenne ; il y a aussi beaucoup d'élevages (cochons, taureaux, vaches, brebis et chèvres), beaucoup de rapaces (j'en vois treize au même endroit, entrain de tournoyer dans les cieux, il doit donc y avoir pas mal de petits gibiers).
Morella est sur la route, c'est une belle petite ville avec un ancien aqueduc, des remparts et un ancien château en partie en ruine (ça ressemble un peu à la ville de Gourdon, comme elle devait être il y a 300 ans, avant la destruction du château par Richelieu et des remparts au XIXè s. pour installer des boulevards). Sur le parcours il y a aussi trois bonnes côtes : une qui passe à 1245 m, Torre Miro à 1205 m et enfin le Puerto de Las Cabrillas à 1320 m où il y a une vingtaine d'éoliennes ; les paysages sont magnifiques et les montées se passent bien car les pourcentages sont assez faibles (6%) même si les montées sont assez longues (10 à 15 km). J'arrive aussi en Aragon, je passe un peu aussi en Valence (quelques km seulement) avant de retourner pour de bon en Aragon
Le sort s'acharne encore tout de même car je recrève 5 km avant le village d'Iglesuela del Cid (à 1250 m), c'est donc vers 18h, dans la mi-nuit que j'arrive dans ce charmant village de montagne pour y prendre mon ravito (fromage et saucisson), ils ont du très bon fromage en Espagne et de la très bonne charcuterie. En tranchant un fromage assez dur je me tranche aussi avec l'opinel coupante un bout de la paume de la main, ça saigne un moment et ça fera une belle petite cicatrice. J'ai le loisir aussi d'entendre de la belle musique entraînante, avec de bons chants, superbe. Ce soir je dors donc à 1250m d'altitude à côté de l'église et d'un hôtel (le seul) avec plusieurs étoiles, le village est charmant avec de vieilles maisons médiévales.

Le 23, encore une très belle journée, de beaux paysages, toujours beaucoup de cultures en terrasses. Lors d'une longue descente, je rencontre deux aigles sur le bas côté, surpris ils prennent leur envol et déploient leurs aigles, c'est magnifique, incroyable, quelle beauté que de voir cette scène de si près, j'aurais presque pu les toucher.
Aujourd'hui, le programme est simple, des montées et des descentes où on arrive dans un village après chaque descente, dans les vallées, jusque la ville de Terruel. Sur la route, je passe aussi par deux cols enneigés (à 1600 et 1700 m), il tombe donc de la neige, c'est beau, et ça passe quand même, c'est un peu " désert " par ici, pas beaucoup de circulation et je croise et recroise la voiture de contrôles techniques qui vérifient s'il faut laisser ouverte ou non les routes, sans doute. Le lendemain il y a un passage par un sommet à 1800 m et je me demande bien si ça va être possible d'y passer. Cinq sommets passés aujourd'hui : un à 1400 m, deux à 1500 m, un à 1600 m et un dernier à 1700 m.
Le rythme est bon, on sent la différence avec la fourche en carbone par rapport à celle en acier ! La fourche en carbone permet de faire de bonnes accélérations, même avec le sac à dos. Avec l'altitude et le froid j'ai aussi la drôle d'impression que la tête va exploser, le cœur bat un peu vite aussi apparemment mais les sensations sont excellentes.
Le soir je dors dans un petit hôtel pour 20€ à Terruel, pour visiter cette ville moyenne, donc je ne préfère pas m'embêter dehors car trop de monde (mais plus tard ce ne sera pas aussi systématique, sur les autres parcours, tout dépend du ressentis). La ville de Terruel possède de beaux bâtiments, avec des tours classées à l'UNESCO, d'inspiration architecturale maure. Je cherche aussi un magasin pour le ravito, je demande donc à une dame d'environ 50 ans, je suis surpris quand elle s'enfuie, c'est étonnant le regard des autres et la peur qu'on peut engendrer, on est vite exclu !

Le 24, après les 20 premiers km avec un vent de face, j'arrive dans les gorges le long de la rivière Guadalaviar entre Albarracin et Cella, c'est magnifique. Une fois la petite traversée de ces gorges je passe par deux montées à 1550 et 1620 m où il y a pour une fois beaucoup de forêts. Il devait avoir pas mal de neige la veille sur ces Montes Universales, aujourd'hui ça va, juste sur les bas-côtés.
Le soir j'arrive à Huélamo et il fait un froid de canard à 1350 m d'altitude. Il y avait un ancien château dans ce village, ça devait être impressionnant sur ce piton rocheux. Pour le ravito ce n'est qu'un petit sandwich dans un petit bar (il n'en a pas assez pour en faire deux !). Je dors dehors, près de l'église, c'est un joli village.

Le 25, le réveil est dur ce matin, pas grand chose à manger et la veille qu'un sandwich (torillas), les temps sont durs ! Et il a fait un froid terrible cette nuit où je regrettais d'avoir refusé de dormir là où j'ai mangé. Le matin tout est blanc (sauf les routes heureusement) et c'est après 30 km difficile que j'arrive à trouver un ravito à Una où je mange dans un petit restaurant un sandwich et un coca, un peu cher 12€ mais nécessaire !
Les paysages sont encore fantastiques et après ça va beaucoup mieux malgré le vent de côté ; le temps est beau (ciel bleu) et, après Cuenca (très jolie ville flanquée sur une falaise, classée à l'UNESCO, avec une belle église et un ancien palais épiscopal), je suis la N400 où il y a très peu de circulation grâce à une autoroute parallèle, c'est un peu comme les 20-40 km avant Morlaix.
A Alcazar, il n'y a pas grand-chose, seulement un bar où je remange un sandwich pour 9€ avec une bière et un café. L'après-midi a été beaucoup mieux. Je remonte trois bonnes côtes dont un puerto après Una à 1200 m, le Ciudad Encantada à 1100 m et le Puerto de Calrejas à 1150 m, les noms chantent en Espagne ! Le terrain est loin d'être plat, d'ailleurs l'altitude moyenne sur tout le territoire espagnol est près des 1000 m alors qu'en France c'est plus près des 500 m je crois. Souvent les pieds sont trempés et gelés le matin, je n'arrive pas à faire autrement avec le froid, c'est la seule chose embêtante malheureusement, aussi demain j'essaierais de prendre une petite chambre quelque part à Tolède pour faire sécher les chaussettes notamment.
En quatre jours, depuis que j'ai quitté la côte (où il y avait aussi des côtes), cela fait 12 cols de montés, un record, sans compter le grand nombre de faux plats et faux cols qui montent.
Le soir je m'endors au pied de l'église d'Alcazar, petit village sur la route vers Madrid, c'est calme, la place est jolie ainsi que la Lune, je mange aussi le soir dans un petit bar et prend une boisson.
               
Le 26, le vent est dans le dos sur cette étape donc ça avance vite, crevaison aussi (encore) à l'arrière. Avant Tolède ce sont des hauts plateaux, c'est assez plat même si la hauteur se situe entre 700 et 900 m. Sur la route je parle aussi un moment avec un camionneur qui me souhaite une bonne route (" forta ").
Le soir j'arrive à Tolède où je me prends une petite chambre d'hôtel, puis je visite un peu la ville, j'y fais un grand tour de 10 km à pieds, les anciens remparts sont jolis, il y a de nombreux lieux de cultes de toutes confessions, d'anciens termes romains... C'est une jolie ville donc, même si beaucoup de monuments anciens ont été restaurés avec une partie moderne, plutôt rare en France tandis qu'en Espagne c'est plus courant. Beaucoup de chose intéressante mais le mystère de l'épée de Tolède reste entier !

Le 27, aujourd'hui je trace comme au bon vieux temps, les conditions et la forme sont excellentes avec le vent dans le dos ! Direction plein sud. Le terrain est plutôt plat, qu'une bonne côte après Tolède et le puerto de la Perordosa seulement à 729 m que je ne sens pas passer. Les routes en Espagne sont assez larges avec une bande d'arrêt d'urgence et pas beaucoup de circulation dans cette étape qui traverse les Montes de Toledo sur lesquels j'imagine un moment une bataille légendaire de Tolède lorsque j'aperçois une large plaine entre deux chaînes montagneuses, on imagine la scène avec deux armées descendant de chaque pan de colline pour venir se rencontrer, bien sûr pour faire la paix. Il fait beau en plus.
Le soir, j'arrive dans le petit village de Luciana où je dors près de l'église.

Le 28, aujourd'hui je veux rejoindre Cordoue (Cordoba en espagnol), c'est donc une grande étape de 206 km qui se termine le soir, grâce à un bon rythme et à un bon vent dans le dos. Cela me permet le soir de visiter cette très belle ville de Cordoue, après avoir trouvé un petit hôtel pour 25€ dans le centre de la médina près de l'ancienne mosquée de Cordoue, maintenant cathédrale. Je me promène longuement pour visiter cette ville, voir sa médina (bien moins active, mais très jolie, que celles du Maroc, faire le tour des remparts, du château). C'était une très belle ville.
Il n'y a que deux arrêts pour 40' en tout : un pour le ravito et un pour encore réparer une crevaison de la roue arrière (j'avais mis pensant bien faire une bande anti-crevaison et finalement c'est pire que mieux, je décide donc de l'enlever car elle ne sert à rien). Quelques montées et descentes donc sur cette étape mais le vent est dans le dos et j'arrive à Cordoue avant la tombée de la nuit.
Une triste rencontre aussi, celle d'un petit chiot au bord de la route expresse avant Cordoue où il y a beaucoup de circulation, j'ai hésité un grand moment à le prendre mais que faire après avec, c'est triste, sans doute se fera-t-il écrabouiller par une voiture ou un camion ; ça me rappelle aussi un chaton que j'avais failli rouler dessus sur une piste cyclable en Allemagne, j'avais aussi bien pensé le prendre, c'était très triste aussi, malheureusement.
Il y a beaucoup de chiens d'ailleurs en Espagne qui se baladent en liberté et qui ne sont pas attachés, ils sont vraiment stupides à toujours courir après le vélo, il faut donc s'arrêter et là ils prennent peur et en général ne continuent pas à nous courser ou bien il faut ne pas y prêter attention, continuer tout en jetant un œil pour ne pas se faire mordre le mollet, je ne comprendrais jamais ces propriétaires qui ne les attachent pas ou ne clôturent pas une parcelle de terrain, de même quand le maître est là, il laisse son chien courir après le vélo et ne le rappelle même pas, quel humanisme !
Le soir un type veut aussi que je le loge, je lui explique que je suis que de passage, et dire que lorsque je dors dehors je ne demande jamais à personne pour dormir chez lui, cependant il a bien utilisé son argent dans l'alcool vu l'odeur qu'il émane, finalement se sera juste bon pour une clope.

Le 29, au matin je profite pour visiter le cloître de la cathédrale (fermé la veille) puis je pars en direction de Gibraltar. La route est assez plane, après Cordoue j'ai une bonne descente de 10 km pour arriver à 80 m d'altitude, ça faisait longtemps. Ensuite je longe le rio Guadalquivir jusque Palma del Rio ensuite je pense aller jusque Ronda mais la nuit tombe de bonne heure et je m'arrête donc à Osuna, très jolie ville, avec médina et palais de type espagnol, beaucoup de mélange et de très belles églises ; dommage qu'il y ait autant d'usines déployant leurs fumées tout autour de la ville et que le vent ramène tout sur cette ville !
Il fait encore beau aujourd'hui mais je garde l'écharpe car une angine vient de se déclarer ; en roulant ça risque de ne pas guérir mais on peut éviter que ça s'aggrave, je pense que ça s'arrangera qu'une fois plus au sud, ce qui sera le cas, il faudra attendre d'être dans le Sahara pour qu'elle guérisse, après la traversée de l'Atlas.
Le soir j'hésite puis finalement je préfère prendre une petite chambre, en me baladant, ce soir c'est un type qui veut que je lui paye le restaurant ! Décidément, c'est incroyable pourtant je n'ai pas mis de costume cravate !

Le 30, dans la journée, je demande la route à quelqu'un mais ses indications sont mauvaises et ça me fait 15 km de détours, finalement il vaut mieux demander à plusieurs personnes ou faire son choix soi-même, je passe alors sur une piste caillouteuse avec des trous et des bosses. Je retrouve aussi un peu la montagne (puerto de Salitallo à 845 m).
Le soir à Ronda, je me paye encore un hôtel pour essayer de calmer l'angine apparue depuis Tolède avant l'Afrique, j'en profite aussi pour laver les vêtements, j'achète aussi des chambre à air. Ronda est une très belle cité historique, à voir (comme Morella, Cuenca entre autres) où pour accéder au cœur historique le plus ancien il faut passer sur un pont qui est à 50 ou 100m au-dessus du vide et relie deux falaises ! Cette roche semble bien avoir été creusée par les Hommes afin de se défendre contre d'éventuel agresseurs.

Le 01 décembre, après Ronda ça monte sur une dizaine de km (je crève de nouveau mais sur la roue avant, c'est bien la 10ème fois depuis le départ, alors que quatre crevaisons seulement sur le parcours en Europe ! Je décide aussi d'enlever la bande dite anti-crevaison à l'avant.
Enter Ronda et Gaucin on emprunte une très belle route de montagne, où il y a eu beaucoup de croisements avec des motards puis après ça descend sur 20 km (de 1000 m à 30 m). Je rencontre aussi pas mal de cyclistes et dépasse quelques voitures dans la descente (avec les virages je vais plus vite qu'elles). Cette région des Serrania de Ronda est vraiment jolie, la route aussi et il n'y a pas trop de circulation.
J'arrive donc tranquillement à Gibraltar (30' de vélo au Royaume-Uni) après le passage (encore) de raffineries de pétrole et d'usines de gaz naturel juste à côté des plages ! Gibraltar n'est qu'un gros rocher et une fois arrivé au port je suis informé qu'il n'y a qu'un bateau par semaine pour rejoindre l'Afrique et Ceuta (le vendredi et on est samedi), pas de chance ; je décide donc de rejoindre Algeciras où il y a des bateaux tous les jours mais je ne trouve pas la route alors je demande à un groupe de sexagénaires jouant à la pétanque, alors que la nuit commence à tombée, et qui me disent qu'il n'y a que l'autoroute, c'est donc parti pour la voie rapide, je place aussi les lumières au cas où… Des motards de police passent et ne me disent rien, c'est donc bien autorisé, c'est donc 12 km d'autoroute avant d'arriver au port espagnol où je prends le billet pour la traversée en ferry qui ne dure que 40'. Il y a beaucoup de contenairs à Algeciras, de grues et de hauts immeubles. Au port je rencontre encore quelqu'un qui vient pour me demander de l'argent, décidément (et ça ne fait que commencer !).
Sur la dernière étape dans le sud de l'Espagne, je traverse beaucoup de cultures, de plantations d'orangers, de citroniers, de mandarines. Les charcuteries et fromageries sont toujours aussi nombreuses et bonnes mais peu de boulangeries sauf sur la Costa Brava (influence sans doute des touristes en particuliers des français).
Le soir j'arrive à Ceuta qui en ce début de période de Noël (déjà les guirlandes) a un peu des airs tels qu'on se l'imagine d'Ibiza, et vue comment les filles sont habillées ! Je suis bien le seul, le soir en me promenant, à avoir un k-way, un bonnet, et une écharpe ; il ne fait pas froid mais avec l'angine je ne préfère pas prendre de risques inutiles et j'arrive de 1000 m d'altitude de ce matin, le corps n'est pas encore bien réchauffé.
L'ambiance dans le ferry était plutôt familiale avec les enfants qui se roulaient par terre dans les allées, les femmes maghrébines restent assises, se sont les hommes qui font les affaires ici. Le soir je vais dans un petit hôtel pour 25€, le type de l'hôtel a l'air complètement allumé, sans doute le hachich marocain. J'espère pouvoir redormir dehors le lendemain et retrouver les montagnes bientôt. A Ceuta je fais une très longue marche au bord de la méditerranée et dans la ville le soir où je cherche aussi le fort mais je ne vois que les murailles, impossible de trouver l'entrée, j'ai l'impression de tourner en rond et résigné je décide de rentrer pour dormir.



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Chronique 2 : de Ceuta/Sebta à Tarfaya


" Traversée du Maroc et des Monts Atlas "
(1.870 km)

02/12, Ceuta - Chefchaouen, 101 km
03/12, Chefchaouen - 10kms avant le col du Zeggota, 157 km
04/12, 10kms avant la col du Zeggota - Azrou, 140 km
05/12, Azrou - Zebzate, 140 km
06/12, Zebate - 10kms après Ar-Rachidia, 140 km
07/12, 10kms après Ar-Rachidia - Tinerhir, 155 km
08/12, Tinerhir - Ouarzazate, 121 km
09/12, Ouarzazate - Tazenakht, 193 km
10/12, Tazenakht - Ahmer, 199 km
11/12, Ahmer - Bouizakarne, 216 km
12/12, Bouizakarne - Tan Tan, 183 km
13/12, Tan Tan - Tarfaya, 225 km

Le 02, après une nuit un peu courte, je reprends la route et j'arrive à la frontière avec le Maroc, toute proche. Le douanier me demande si c'est du tourisme ou une aventure, je lui dis les deux sûrement, il me souhaite alors bon courage avec une petite tape sur l'épaule. Les marocains sont plutôt avenant s et le pays est assez joli.
Quelques montées et descentes. Lorsque j'arrive à Tétouan je retire de l'argent à un distributeur, je comprends que j'ai fait une erreur quand deux marocains me regardent d'un air très envieux. Je comprendrais plus tard que peu de marocains ont un compte en banque, ce sont que les " riches " aussi plus tard je retire seulement à l'intérieur des banques, au guichet où je verrais aussi beaucoup de marocains, notamment les femmes venir déposer des liasses de billets !
Ensuite je continue vers le centre pour voir la mosquée et la médina, ça a l'air joli, un marocain à casquette me court après, disant qu'on est ami (comme toujours dans les pays pauvres, on est ami avec les " riches ", toujours se méfier quand ça commence comme ça, c'est que la personne recherche votre argent) et il me dit qu'il va chercher du mouton et donc il va au marché et il peut me montrer la médian ; en fait il me montre la médina et aussi des commerçants : une pharmacie, un marchand de tapis berbère qui veut que je lui en achète un, comme si j'allais prendre un tapis avec mon vélo, aussi son prix passera de 150€ à 50€ avant que je parte, sans tapis et sans commandes ! Ca commence à être lourd et je retrouve mon vélo (ne plus jamais le laisser à quelqu'un) et là, " grand seigneur " (ne plus jamais faire ça aussi), je m'apprête à donner 100 dirham (10€) au marocain pour le remercier, mais il s'empresse de me prendre les 300 dirham qu'il voit dans mon porte monnaie (ne plus jamais montrer ce que l'on a dans son porte monnaie ni tout mettre au même endroit), après il n'y aura que 150 dirham, pas besoin de plus pour une journée, le soir ou dans la nuit j'y mets l'argent, j'utilise autour de 10€ par jour donc pas besoin de montrer son argent. Toujours se méfier des types en casquette aussi, ce sont souvent des " hommes d'affaires ". Je n'ai pas envie de me batte à peine arriver ici, aussi je suis presque tombé de rire tellement je trouve ça ridicule. Mais ça ne l'est pas, la plupart des personnes que je rencontre au Maroc gagnent en moyenne 300 à 500 dirham par mois, le plus que je rencontre est un restaurateur à Ouarzazate qui gagne 1500 dirham par mois, pour un policier c'est 600 dirham par mois mais eux demandent aux étrangers de donner un petit quelque chose, c'est arriver qu'une fois pour moi, en Mauritanie, où je ne donnerais rien car je dis, ce qui est vrai, que l'épicier m'a tout fait payer au prix français pour pas grand-chose, gentiment ils me proposeront même de l'eau… Ici les cyclistes ne sont pas taxés, sorte de péages pour les voitures des étrangers, à chaque barrage.
Ici beaucoup de transports avec des ânes pour les marchandises, beaucoup de brebis, de chèvres, de vaches, des puits pour l'eau. On trouve souvent des policiers aux carrefours des routes. Les hommes et femmes ne se mélangent pas, d'ailleurs lors du séjour au Maroc, au Sahara et en Mauritanie, je n'aurais aucun contact avec les femmes, au Sénégal c'est différent car l'islam n'est pas tout à fait pratiqué de la même manière (anciennement ils étaient animistes et sans doute cela à laisser des traces dans leurs coutumes, d'ailleurs les femmes sont très rarement voilées et elles sont mélangées avec les hommes).
Le soir j'arrive près de Chefchaouen, situé sur une falaise mais je préfère ne pas y aller après la mésaventure à Tétouan, je demande à quelqu'un qui a une maison si je peux dormir sur le bas de sa porte, il me répond, pas étonné, que oui, et me donne une couverture, il fume aussi du haschich avec son fils, à la pipe. C'est un vieux marocain qui a été travaillé 14 ans en Espagne (et parle donc espagnol mais difficilement le français, les marocains parlent presque jamais en anglais, c'est surtout l'arabe, le berbère, le français et l'espagnol ensuite). Il a sa femme et sa fille dans leur maison mais je ne les verrais même pas, par contre le soir j'entends sa femme qui lui crie dessus et lui ne conteste pas beaucoup, c'est à croire qu'en contrepartie la femme est maître chez elle ; peut-être est-ce à mon sujet ?

Le 03, après une bonne nuit et une couverture, je reprends la route donc. Avant Ouazzane je croise un jeune cycliste, Hassen, champion junior au Maroc, qui rêve de faire le tour de France, il est dans un club de vélo et m'invite chez lui, sincèrement, mais je préfère continuer la route vers les montagnes de l'Atlas. Je rencontre aussi des membres de son club, dommage que les gens ne sont pas tous respectueux et sincères comme ici, mais c'est la pauvreté sans doute en partie coupable, même si je croise d'autres personnes qui me diront le contraire, quelque soit la richesse, me disent-ils, il faut aider les autres et non pas les voler ou les tuer pour l'argent, histoire de dieu (heureusement qu'il y a la croyance aussi alors).
Beaucoup d'enfants sont attirés par le vélo, et ils aiment bien regarder et tâter les pneus. Beaucoup de personnes attendent sur le bord des routes, ils font du stop pour aller en ville, chercher des petites affaires ou du travail. On trouve beaucoup de personnes dans les voitures des années 70 et 80 ; beaucoup de chiens errants aussi qui me font la course (une dizaine aujourd'hui).
Ce soir je dors à une dizaine de km du col du Zeggota et à 35 km de Moulay-Idriss. Je demande encore pour dormir sur la terrasse d'un café la nuit, ça ne leur pose pas de problèmes, je reste un moment à la terrasse où je prends un œuf et du pain pour le repas, ensuite vers 21h ils me disent de rentrer, ce sont cinq frères qui tiennent café, restaurant, garage… Ils sont d'une gentillesse incroyable, ils ont sept sœurs aussi (mais qui restent chez elles) et on mange tous ensemble entre hommes conformément à la religion, avec 7 de leur amis dont un plus ancien qui avait un instituteur français au temps des français (pour lui le Maroc et la France sont pareils, on est frère) et qui sert donc d' " interprète " parfois, beaucoup d'échanges sur la façon de vivre en France ou au Maroc (ils sont extrêmement surpris quand je leur dis qu'en France il y a beaucoup de divorces et qu'il y a des familles recomposées où on peut voir des couples divorcés avec des enfants puis qui se remarient et ont de nouveau des enfants, ça les fait bien rire en tout cas, tout ça avec un bon repas fait de coq (pas au vin), ce sont des bons cuistots ! Après on regarde un match de la ligue des champions, puis je dors avec un des cinq frères, trois autres dorment dans les autres commerces (ici c'est courant, pour ne pas se faire voler bien sûr, les gens dorment toujours dans leurs commerces). Le soir je m'endors après cette soirée fantastique qui donne du réconfort, beaucoup.

Le 04, après les avoir bien remerciés, aucun des frères… ne me demandent quoi que ce soient, c'était une rencontre merveilleuse de gentillesse et simplicité. Je poursuis la route et j'arrive après le col à Volubilis, ancienne cité romaine, avec de très jolies ruines et j'entre par derrière pour ne pas croiser les touristes européens, le site est classé à l'UNESCO, pas beaucoup de monde en cette période et je m'y promène donc seul au milieu de ces ruines, pas de clôtures autour, il y a un capitole, temple, maisons, arcs de triomphe… Puis je tombe sur un " gardien " qui me demande de payer 30 dirham, je dis d'accord mais alors il faut me donner un billet, il me demande si je veux suivre sa visite, je dis que non (ça me rappelle trop le truc de Tétouan) et après avoir fait quelques pas vers l'entrée des touristes, il me dis que c'est bon, que je peux y aller alors, je ressors donc par l'entrée de derrière.
Souvent on croise au bord ou sur la route un âne tirant une charrette (en Europe on trouve en Hongrie ou en Pologne encore des panneaux disant que les animaux comme les ânes ou chevaux sont interdits sur les routes) ; beaucoup de personnes aussi qui font du stop ou qui restent au bord des routes à passer le temps, car pas de travail suffisamment. Beaucoup de brebis gardées par des enfants aussi au bord des routes, on me dit aussi de faire attention car il y a beaucoup de voleurs au Maroc. Quelques cultures aussi avec des ânes tirant la charrue.
Avant d'arriver pour passer la nuit à Azrou, la vue est magnifique sur l'Atlas, à Ito. Ce soir à Azrou, l'altitude est à 1250 m, après le col à Meknès je passais à 1600 m sur l'Atlas.
Le soir je dors chez Mohammed, que je rencontre alors que je prends un ravito, on parle ensemble un bon moment, il rêve de pourvoir venir un jour en France et de venir d'abord en Espagne en passant par Tanger… Je lui demande s'il sait où je peux trouver un petit hôtel pour pas cher et il m'invite alors à venir voir sa femme, son fils et sa famille. J'accepte car il a l'air honnête. On mange donc ensemble puis on dort chez ses parents après une petite toilette rapide (parties, pieds et visage, 500mL suffise ici et pas plus pour la chasse d'eau, à la main gauche bien sûr). Ensuite on reparle ensemble et il faut du courage pour tout abandonner juste pour venir en Europe où il recherche juste du travail, il est plombier et ici au Maroc après l'école, les jeunes n'ont pas de travail et ne peuvent pas gagner assez d'argent, sa belle sœur a un problème au cœur et aux poumons et devrait décéder dans quelques années faute de soins (il n'y a que de l'aspirine !).

Le 05, je quitte Mohammed après lui avoir laissé quelques dirham en guise de remerciements (30 dirham, le prix d'une chambre dans un hôtel) ce qui représente pour lui trois jours de travail, et il me remercie beaucoup avant le départ ! Il ne gagne que 300 dirham par mois, quand il travaille.
La route est bonne avec un peu de vent de face, je monte le col du Zad à 2100 m sans problème donc même si les pignons et la chaîne commencent à faire un bruit un peu douteux, il faudrait y mettre un peu d'huile.
Le soir j'arrive dans le petit village de Zebzate où je m'apprête à dormir dehors quand arrive un bus qui dépose plusieurs personnes, Hafid parle avec moi un moment puis il me propose aussi de venir dormir chez lui, plus on parle plus je me rends compte qu'il attend énormément de choses de ma part, ce que je ne peux pas faire bien sûr (lui donner 5000 euro pour qu'il ait un compte en banque et qu'il puisse venir en France, lui fournir un contrat et des photos de femmes blanches pour se " marier " et travailler ensuite en France), c'est donc une rencontre intéressée, poussée par la misère, on croit que je peux faire des choses qui ne me sont pas possibles, je ne suis pas un chef d'Etat, et en plus punies par la loi, de même contraire à sa religion (c'est un faux mariage bien sûr qu'il recherche). Ici, au Maroc, sa vie n'a aucun sens, il ne veut pas " garder les chèvres ", il n'y a pas de travail dans l'Atlas, il faudrait aller en ville, à Marrakech, mais le loyer est hors de prix, il n'a pas l'argent pour payer son visa ; autant dire que la société de consommation a échoué ici, les terroristes n'ont pas besoin de faire de prosélytisme, le terrain est déjà bien préparé ! Pourtant je m'en vais pour les besoins dans ce petit village fait en terre mais extrêmement joli malgré qu'il tombe inexorablement en ruine, ici pas de touristes, c'est au milieu d'un route touristique mais ceux-ci ne s'y arrêtent pas, bien sûr c'est différent en vélo. Il est électricien mais il ne trouve pas de travail et souhaite donc aussi passer en France.
               
Le 06, la route est jolie dans l'Atlas puis avant d'arriver sur des hauts plateaux arides, je traverse les gorges du Ziz, jolies, mais il y a aussi beaucoup de pauvreté. Je croise beaucoup de touristes espagnoles, au moins 40 4x4, beaucoup de chiens errants vers Ito à chaque tournant en montant et descendant le col, près des déchets laissés par les fenêtres des voitures. Aussi quelques singes (1ère fois que j'en croise en liberté, au sommet du col) mélangés avec les chiens, ensemble ils vivent en paix, dans la forêt de cèdres. Avec cette pauvreté criante, le décalage est important et j'est du mal à m'y faire aussi je regrette parfois d'être là et je pense parfois à rentrer mais pas encore, quelque chose me pousse à poursuive, il faut peut-être que j'aille au bout de ce que je peux supporter (au niveau psychologique).
Sur la route je prends aussi un ravito improvisé chez des habitants en bord de route qui m'offrent très aimablement un verre de lait de chèvre froid (c'est délicieux), je voulais acheter quelque chose à boire mais la boutique était fermée donc je laisse 10 dirham, le père n'est pas là, la mère refuse, je dis que c'est pour son fils de 9 ans qui m'a offert ce verre et les remercie pour leur gentillesse (même si c'est une route touristique, les touristes ne s'arrêtent pas ici).
Le soir j'arrive à Ar-Rachidia, un peu fatigué, des types veulent que je dorme chez eux mais ils me demandent déjà 100 dirham pour payer une bouteille d'alcool, ça commence bien ! Ils n'ont pas le droit d'en boire dans leur religion mais ils se mettent sur la terrasse d'un café et en boivent dans une bouteille de soda, pour passer " inaperçus ". Je sais ce que cette somme représente ici maintenant et je refuse donc (de plus c'est ce que j'utilise en moyenne pour manger pour une journée et il ne faut pas montrer ce que l'on a). L'un d'eux me dit qu'il me parle et m'apprend des choses (vu ce que j'entends, je découvre rien d'autres que les mauvais côtés des Hommes) et il souhaite donc être payé (en plus c'est lui qui m'a dit de m'asseoir avec eux), je décide donc à la tombée de la nuit de reprendre la route, ça sert à rien d'insister devant ces jeunes intéressés que par l'argent (comme en Pologne et dans d'autres endroits, pourquoi on demande toujours à celui qui voyage de payer un verre d'alcool ?).
Ensuite, après 10 km environ, quelqu'un me dit de m'arrêter et me propose de boire un thé, c'est Driss, licencié en lettres arabes qui n'est à 45 ans que gardien d'un pylône pour les téléphones portables, il me dit que maintenant c'est trop tard pour lui de venir en Europe, bien sûr avec ce qu'il gagne il n'a pas d'enfants ni de femme(s), et il vit au jour le jour. Ici au Maroc, me dit-il, il n'y a pas d'espoir, pas de travail, il aurait voulu enseigner mais c'est ainsi ; une de ses sœurs a " réussi ", elle est aussi enseignante près de Montpellier et s'est marié à un français, elle a une maison et une voiture. Comme le monde est compliqué, alors que des occidentaux recherchent un dépaysement, les " pauvres " recherchent à travailler, gagner de l'argent, avoir une voiture et une maison, une reconnaissance en somme. On fait du feu puis on boit un thé et il me partage sa ration de lentilles, on dort ensemble dans sa case, la nuit se passe bien.

Le 07, après avoir eu un doute, c'était une bonne rencontre avec Driss, son collègue arrive en vélo pour prendre le relais, on s'échange une poignée de mains puis je repars vers Ouarzazate.
La route est assez plane sur des hauts plateaux arides au bord de l'Atlas à environ 1200-1400 m, moins de chiens aussi, j'arrive maintenant dans le Haut Atlas (altitude entre 1200 et 1400m), je passe aussi par les gorges du Todra, plus habitées, où les enfants me demandent régulièrement de l'argent, je croise encore beaucoup de convois de 4x4 espagnoles ou françaises (d'après les plaques). Aussi, même si c'est joli, dans les zones touristiques, on est vite assailli, c'est pourquoi après je les éviterais ensuite, malheureusement, mais si c'est pour " se battre " ce n'est pas très plaisant (j'évite donc les gorges du Dadès, trop touristiques).
Les paysages sont jolis avec les sommets enneigés de l'Atlas, l'entrée dans des gorges des rivières dévalant des montagnes, la vue au loin sur les villes qui apparaissent alors comme des oasis.
Le soir je dors dans un local d'une station essence où je suis bien accueilli par les garçons marocains qui tiennent le magasin, station essence, à la sortie de la ville de Tinerhir. Au début c'était juste pour dormir sur la terrasse puis ils me disent que je peux dormir dans un local et ils me donnent une couverture avec un tapis.

Le 08, après les avoir remerciés, je reprends la route vers Ouarzazate, pour 165 km normalement. Ici peu de photos même si la vallée du Dadès est jolie ainsi que certains coins dans les villes traversées mais dès qu'on s'arrête quelqu'un vient voir ce qui se passe… ; il y a toujours quelqu'un dans le coin car ils n'ont pas de travail, ça commence par bonjour monsieur, comment ça va… puis très souvent il y a une demande d'argent.
Mais après 30 km je crève encore à l'avant. Décidément, même avec des pneus de cyclo-cross, c'est pire que les pneus normaux de vélo de course, j'enlève donc la bande anti-crevaison puis comme le pneu arrière est usé la chambre à air crève aussi je change le pneu et la chambre à air à l'arrière. Parti de bonne heure à 9h, voilà beaucoup de temps perdu (environ 1h) dans les réparations. Puis la rustine à l'avant se décolle, j'en remet une autre, ça se redécolle à nouveau, avec la chaleur et l'humidité ça ne tient pas longtemps avec le poids du sac peut-être. Une autre crevaison et là c'est la chambre à air qui est éclatée sur 5 à 10 cm ! Au final je me retrouve avec trois chambres à air dont deux éclatées sur 5-10 cm (une l'était déjà depuis plusieurs jours) et une dernière où la valve s'est cassée ! Du jamais vu en 12 ans de vélo. C'est donc à pied qu'il faut poursuivre la route, je pense Ouarzazate encore à 70 km mais fatigué je ne ferrais que 25 km à pieds, le reste je pense alors le faire, à pieds, le lendemain, puis réparer à Ouarzazate. Mais après 24 km de marche, 8 km avant Skoura dont j'aperçois les lumières au loin, une voiture s'arrête, ils pensaient que j'étais un berbère et me demandent si je veux vendre mon vélo et combien. Finalement, Nordin me propose de m'amener avec la voiture jusque Ouarzazate car c'est sa route pour aller ensuite rejoindre, dans la nuit, Marrakech, c'est donc d'accord pour moi, sur ces 24 km de marche j'avais presque rien bu et rien manger (pas de ravito) et c'est donc bon de prendre la voiture (même si j'ai jamais eu la sensation d'être " perdu "), restant calme, ils se demandent bien ce que je peux faire par ici, alors qu'il n'y a rien. Avec son ami, ils doivent rejoindre Marrakech pour leur travail en informatique et ne me demandent pas d'argent pour la course ou l'essence (" seul dans le désert en pleine nuit "), il ne veut pas que je lui donne quoique ce soit, c'est donc bien gentil. Il me dépose aussi à Ouarzazate dans un petit hôtel (pour 3€) où je suis le seul européen (que des marocains), en effet les hôtels pour touristes sont souvent à l'écart, avec piscine et tout le trilala, le prix est aussi de 50€ sans doute.
Le soir un restaurateur me dit que pour venir en France il faut à un marocain un compte en banque avec 6000€, que le visa coûte 80€, c'est donc très délicat, seuls les occidentaux peuvent donc voyager, une belle injustice sans doute.

Le 09, après avoir trouvé un magasin de vélo et avoir acheté de la rustine et d'autres chambres à air, je peux enfin reprendre la route. C'est tranquille aujourd'hui, pas de crevaisons ! Ni de problèmes avec le vélo. J'arrive dans l'anti-Atlas, c'est encore plus désertique, beaucoup de caillasse, mais peu de sable, c'est un désert de montagne et c'est très peu touristique, que deux voitures françaises croisées. La route est calme avec peu de circulation mais parfois, quand des voitures passent, de la poussière et du sable volent et on se croirait sur Paris-Dakar. Pas de nuages, le vent est de dos puis de face. Je passe par un sommet (Tizi-n-Backhoum) à 1700 m, sans soucis. Les paysages sont aussi jolis.
Le soir j'arrive à Tazenakht, il y a des petits hôtels mais je préfère dormir dehors, à la station essence ils veulent bien que je reste là pour dormir puis non, je bouge alors et je rencontre deux jeunes qui m'invitent à venir chez eux, je dis OK alors mais une fois chez eux, malgré un très bon accueil, on me demande encore si je peux trouver des contrats ou des femmes blanches, bien sûr je ne fais qu'entrevoir les sœurs de celui qui m'invite qui préparent le repas, elles ne mangent pas avec nous, qu'entre hommes ou avec les enfants, les femmes restent à part (et ne demandent pas pour se marier avec moi, les musulmanes ne peuvent se marier qu'avec un musulman sinon c'est l'enfer après, pour les croyants).
Ici on me demande beaucoup qu'elle est ma religion, bien sûr je ne réponds pas athée (c'est un crime, je serais un mécréant comme une musulmane qui se marierait avec un chrétien), je dis donc que je suis chrétien (puisque baptisé…) même si je tente de faire admettre que c'est surtout culturel et par tradition, au moins un chrétien croit en dieu (moins grave qu'être athée) et Jésus est aussi un des prophètes chez les musulmans qui le reconnaissent, mais pour eux il s'est trompé, et Mahomet est venu pour corriger cela (c'est le dernier des prophètes).

Le 10, après une bonne nuit malgré l'angine qui est là encore pour ces derniers jours, je reprends la route vers Agadir. Je finis de traverser l'Anti-Atlas pendant encore 80 km avec le Tizi-n-Ikhsane (1650 m) et le Tizi-n-Taghatine (1890 m). Ensuite j'arrive dans la vallée de l'oued Sous où je rencontre Aad Ham, un drôle de néerlandais qui a déjà roulé 150.000 km dans le monde et il me dit qu'en Amérique du sud on demande moins d'argent, y compris en Asie, je suis très intéressé pour rester rouler avec lui jusqu'un peu avant Agadir puisque je vais au sud après et que je ne compte pas passer alors dans cette ville, mais il ne souhaite pas que l'on roule ensemble car les gens auront peur si on est à deux car il demande aux gens le soir pour dormir chez eux. Ce qui m'étonne, il trouve que je prend trop de risque à dormir dehors, que je devrais faire attention, il me dit, paradoxe, qu'il fait ça pour rencontrer des gens (ça ne l'empêche pas de me demander pour ne pas qu'on roule ensemble), à la fin il s'en va sans me prévenir dans un hameau et sans dire au revoir ! De plus pour les enfants qui demandent de l'argent il me dit " you fuck them ", alors que je lui disais que je trouvais que c'était triste, ce qui me surprend, je m'attendais à une réponse sage de la part de quelqu'un qui a tant voyagé. Et ce ne sont que des enfants ! Je lui demande si sa famille et ses amis ne lui manque pas, autre paradoxe quand il me répond que tous sont ses amis. Décidément il est complètement déconnecté de la réalité ce type là, au début intéressant, je suis vite déçu.
Au moins j'apprends que les européens ne sont pas contents de leur vie en Europe et que des marocains ne sont pas contents de la leur ici, il faudrait faire des échanges. Les gens ne sont jamais satisfaits, c'est bien humains, les choses simples restent donc les meilleures et maintenant si ce tour s'arrête ça m'est bien égal, ce n'est pas un but en soi, quand je n'y trouverais plus assez de volonté, rien ne m'empêche de rentrer et de repartir plus tard. Je n'ai pas de " missions " à accomplir et si ce n'est pas simple… Avec tous les ennuis de mon vélo, je l'ai surnommé anti-crevaison, en espérant que ça porte chance pour combattre le mauvais sort.
Le soir j'arrive dans une station essence à Ahmer où je demande pour dormir sur la terrasse, c'est ok muis on un des deux qui tiennent cette station me propose de venir dormir chez lui (pendant que l'autre dort à l'intérieur), il me propose aussi des oranges, chez lui on mange donc ensemble avec ses deux fils (dont je comprend que le plus grand n'est pas d'accord à cause de la religion qui est différente, mais son père semble lui dire que c'est lui qui décide…je ne verrais que les ombres de sa femme et de sa fille), mais on me demande rien en échange et pas de problème comme il me l'a dit pour le vélo que je laisse à la station, la veille comme le matin, c'est sur sa mobylette (prix de 300€, je dis donc que mon vélo vaut aussi 300€) qu'on va de la station à chez lui.

Le 11, la route est plane jusque Tiznit, beaucoup de cultures dans l'oued Sous puis les paysages commencent à être désertiques vers Had-Belfa et encore plus après le Tizi-Mighert à 1057 m. Tiznit est une très jolie ville avec encore ses remparts et sa médina mais je ne m'y arrête pas pour visiter afin d'éviter les sollicitations ; de même le soir pour Bouizakarne mais c'est difficile de prendre des photos car on se fait trop vite repérer et après on nous demande de l'argent…
Ente Tiznit et Bouizakarne je retrouve l'anti-Atlas. J'évite Agadir (pour éviter un détour et les " argent, argent " avec les touristes). Sur la route après Tiznit il y a aussi quelques terres irriguées, les pierres qui se trouvent dans les champs sont parfois enlevées pour faire des murets et rendre ainsi la culture possible. A côté de la route on retrouve souvent une piste pour les ânes et mulets, souvent conduits par des gens sympas avec qui j'échange le " salam alekum ", de même pour les bergers de moutons (dès que les gens ont du travail les rapports sont de suite différents) qui sont assez souvent de jeunes enfants. Je vois aussi souvent une gouttière pour l'écoulement des eaux sur les bas côtés dont j'ai vu des personnes la creuser à la main !
A Bouizakarne, je trouve un hôtel. Un petit m'y amène et me dit que c'est 20 dirham pour y dormir, en échange il me demande 1 dirham que je lui donne contre service. A l'hôtel, en voyant que je suis européen, le prix passe à 50 dirham, je dis 30 dirham, alors on me dit 45 dirham, je redis 30, puis elle téléphone à quelqu'un et elle dit ok pour 30 dirham (c'est-à-dire que le prix des chambres n'en vaut pas plus, couvertures inchangées et pas lavées, toilettes avec la main gauche et pas de douche).
Quelques marocains essayent, justement, de profiter que l'on soit européen (une voiture neuve coûte 20.000€ à cause de la douane !). Il y a un immense " gaspillage " en Occident et beaucoup de déchets, alors qu'ici tout est récupéré. Des entreprises pourraient donc recycler ces déchets mais il faudrait que les normes soient internationales pour ensuite redistribuer des matières premières et créer des emplois, le tout pourrait être financé par la taxe Tobin et ces matières redistribuées à ceux qui en ont besoin. Le monde pourrait être bien meilleur mais le monde restera le reflet de la nature humaine avec une bonne inégalité entre riches et pauvres (Europe forteresse) pourtant il y a beaucoup à faire dans ces pays et beaucoup à investir (éolienne, solaire), mais il n'y a pas de normes et contraintes internationales équitables, chaque Etat garde en vue ses intérêts. Au final c'est les Hommes qui perdent. Le gaspillage, la pauvreté et l'environnement sont des problèmes liés qui ne peuvent être résolus nationalement, l'Homme disparaîtra, pas la Nature, et il faut un équilibre.

Le 12, entre Bouizakarne et Guelmin, la moyenne est environ de 34 km/h mais après la route oblique et le vent vient alors de ¾ face et il passe environ un camion toute les minutes, plus de circulation, ce qui provoque une bonne rafale de vent et fait perdre à chaque fois 5km/h (de 25 je tombe à 20) et à chaque fois il faut relancer, c'est dur, avec son lot de sable et de gazole, vaut mieux donc avoir l'écharpe pour éviter de manger trop de sable ce qui donne envie de vomir. Les camions sont surchargés, presque aussi long que haut ! Parfois, j'en croise qui se sont renversés et le conducteur est alors entrain de ramasser sa cargaison et d'essayer de la replacer sur le toit du camion, les véhicules sont anciens et ça ne roulent donc pas très vite sur les routes, pas très larges, ce n'est donc pas dangereux. C'est une grande route commerciale entre Agadir et Dakhla
Sur la route, la police commence à me faire systématiquement un contrôle d'identité (rien avant), deux fois aujourd'hui alors que sur une vingtaine de précédents barrages il n'y avait pas eu de contrôles, c'est sans doute pour la précaution aussi, pour vérifier quels sont les européens qui passent vers le sud.
Lorsque j'arrive à Tan-Tan j'entends, alors que je suis encore sur le vélo " bonjour le riche ", c'est dommage les préjugés à cause de la couleur de peau… Ca empêche beaucoup de choses ici comme ailleurs. Mais en général les commerçants sont honnêtes. A Tan-Tan, les hôtels pour occidentaux sont à l'extérieur de la ville, pour des raisons de " sécurité " mais ce n'est pas bon de couper les liens entre les habitants et les touristes et forcément les marocains savent que les séjours valent une " fortune "
Ici, c'est bien le désert même s'il y a des cultures de pommes de terre sur plusieurs hectares avec un peu d'irrigation. Guelmin est une jolie petite ville, de même que Tan-Tan où je dors le soir dans un petit hôtel du centre (pour 3€), encore le seul européen dans un hôtel, les autres sont dans des hôtels plus classiques et 10 fois plus chers. Avec la barbe et mes habits, une fois le vélo posé, je passe inaperçu sauf quand je parle bien sûr, et on ne me demande rien alors. Je prends aussi un bon repas pour seulement 4€ (deux fois le même tajine, poulet, sauce, riz…c'est ,très bon , à manger avec la main droite, ça fait longtemps que je n'ai pas pris autant de forces).

Le 13, sacrée journée de 225 km, les jours rallongent et le rythme est meilleur, aujourd'hui jusque El Quatia, à 25 km de Tan-Tan, tout va bien, vent dans le dos…ça s'annonce bien mais après le vent revient en oblique puis de face, comme la veille, et le ciel s'obscurcit, il y a comme un nuage de sable qui s'avance, comme un rideau au fond de l'horizon, est-ce une tempête de sable ? Ouap c'est bien ça, dès le 2ème jour dans le désert et je suis gâté, façon de souhaiter la bienvenue ? Je savais pourtant que cela arrivait en hiver mais je n'y croyais pas vraiment, je comprends mieux pourquoi il faut être totalement couvert dans le désert, à plus de 110 km/h en rafale, le sable s'engouffre partout, bien sûr c'est impossible en vélo de rouler et je suis obligé de m'arrêter pendant plus d'une heure sur le bord de la route, à 100 m, dans un creux, sans doute fait par les nomades berbères pour y mettre leurs tentes. Le sac à dos me sert de protection, le regard dans l'autre sens du vent.
Après la tempête, le vent se calme et je reprends la route, difficile, comme la veille, car quand un camion passe ça renvoie un coup de vent, du sable et du gazole (l'échappe et le bonnet sont fort utiles, de même les couvres chaussures et les lunettes de soleil). Une averse de grêle tombe aussi pendant 10 secondes puis il pleut pendant 10 minutes et après le beau temps revient. Bizarre.
Le désert est une vraie poubelle ici, sur les bas côtés on trouve de tout jusque 50 bons mètres de chaque côté.
A 40 km de Tarfaya, il commence à faire bien nuit, je roule alors avec les lumières que j'allume quand nécessaire, j'aperçois les phares de véhicules (qui se voient au moins 5 km avant de les croiser) très bien dans le désert et ils sont toujours plus attentifs quand c'est ces lumières, quand ce n'est pas comme un véhicule normal, ça roule donc plus doucement pour savoir ce que c'est, pratique. La Lune refait son apparition, c'est bon signe pour la traversée de la Mauritanie la nuit, et anti-crevaison a bien porté son nom aujourd'hui.
Aussi deux contrôles de police et à chaque fois on me prend pour un berbère, c'est seulement quand je parle français que je me fait remarquer, un d'eux avait le sourire quand il me voit arriver avec du sable partout sur moi, les lunettes de soleil et le bonnet plein de sable, il voulait racheter le vélo aussi, je dis le prix, plus bas (300€ neuf) et que j'en ais encore besoin.
Le soir, à Tarfaya, beaucoup de marocains parlent espagnol (ancienne colonie espagnole), je croise un enfant très sympa, il y a aussi un musée mais fermé et je n'ai pas trop le cœur à aller dans un musée. Je trouve un ravito et un petit hôtel pou 50 dirham, le type voulait 100 dirham (alors que c'est tout de même spartiate) pour profiter de l'européen, on m'avait dit le prix avant que j'y aille (toujours faire ça pour ne pas se faire arnaquer continuellement, demander à quelqu'un). Je veux aller voir le port mais je tombe sur trois types qui me demandent de venir avec eux pour boire et fumer, je connais le truc et dit non, puis ils me demandent si je peux leur donner de l'argent (ah je me doutais bien qu'il s'agissait surtout de ça, on est invité à boire un verre pour en fait être sollicité ensuite pour acheter une ou des bouteilles d'alcool…). On est sans cesse " demandé, recherché, regardé, suivi … " et ça commence à m'énerver de plus en plus à tel point que je me dis qu'un jour je vais en tuer un si ça continue ! Etre blanc veut dire ne pas être libre ici, être recherché, comme une " star ", c'est trop chiant !


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Chronique 3 : de Tarfaya à Dakar


" Traversée du Sahara atlantique et début de la savane africaine… "
(2.088 km)

14/12, Tarfaya - Lemsid, 222 km
15/12, Lemsid - Boujdour, 86 km
16/12, Boujdour - Echtoucan, 180 km
17/12, Echtoucan - Dakhla, 90 km
18/12, Dakhla - 70kms après El Argoub, 160 km
19/12, 70kms après El Argoub - station essence avant la Mauritanie, 160 km
20/12, avant la frontière avec la Mauritanie - Bou Lanouâr, 160 km
21/12, Bou Lanouâr - 210kms avant Nawakshut, 180 km
22/12, 210kms avant … - à Nawakshut, 210 km
23/12, Nawakshut - 80kms avant Rosso, 160 km
24/12, 80kms avant Rosso - 30kms après Rosso, 110 km
25/12, 30kms après Rosso - St Louis, 70 km
26/12, St Louis - 55kms après Louga, 150 km
27/12, 55kms après Louga - Dakar, 150 km

Les 14 et 15, il fait plutôt beau pour ces deux jours, il y a toujours des camions qui provoquent de bonnes rafales de vent, avec un vent de ¾ face encore, si le vent venait du nord alors la vitesse moyenne serait de 30 km /h, malheureusement avec ce vent et les rafales quand un camion passe la moyenne n'est que de 21 (de 25 je redescends de suite à 19 et il faut alors réaccélérer à chaque fois)
Le paysage est souvent le même, le désert est un mélange de sable et de cailloux, la mer reste souvent à portée de vue avec soit des falaises soit des plages de sable.
Encore des contrôles de police où on est enregistré (sur cahier et non un ordinateur). Le 14 je roule encore deux heures la nuit (avec les lampes que j'allume quand besoin). Il faut souvent marchander et on passe beaucoup de temps pour la moindre transaction, c'est assez ennuyeux et matérialiste finalement. Souvent aussi pendant ces transactions, comme on est européen, quelqu'un vient, parfois plusieurs personnes, autour de soi pour voir comment ça se passe (souvent des hommes à casquette), il ne faut bien sûr jamais montrer le porte monnaie avant de connaître le prix et de payer. Aussi des commerçants essayent fréquemment de vendre plus cher, au prix européen, alors que les produits ne sont pas de la même qualité et quantité, quand ça bloque j'achète quand même car il faut bien manger sauf s'il y a un autre commerçant alors je vais voir si c'est pareil (souvent non, le 2ème est mieux et les prix chutent), ça prend donc du temps de marchander.
Le soir je dors à Lemsid, où je prends un repas, et je dors dans un petit local, à l'extérieur, où au cours de la nuit deux autres marocains viennent aussi y dormir et comme ils font 5 fois la prière sur 24h, je suis réveillé dans la nuit, vers deux heures, c'est fantomatique comme scène, ça s'était passé aussi comme ça à Zebzad, et dans les villes (Ouarzazate, Tarfaya…) ; on entend aussi le râle de la prière venant des mosquées aux alentours.
Le 15, c'est une petite étape de seulement 86 km pour se ravitailler correctement et je ne sais pas ce qui a mais je suis ko, peut-être la fatigue et sans doute aussi l'accumulation de km avec du vent de face, du sable sans pouvoir se ravitailler correctement, le corps demande donc pour récupérer, ce que je fais en dormant aussi dans un petit hôtel du centre pour 3€.
Je casse aussi trois autres rayons sur la route et je ne sais pas exactement ce qu'il va se passer, sans doute je devrais faire étape à Dakhla pour réparer. Encore cette roue arrière. Ce jour là je casse aussi mon compteur en le faisant tomber, dommage, pour la suite les distances sont donc approximatives, suivant les bornes au bord des routes et les cartes.

Le 16, les 80 premiers km sont assez difficiles puis je prends un ravito et ça va beaucoup mieux. Le matin à Boujdour, j'achète aussi une petite montre pour 30 Dh (le type est heureux et à l'air d'avoir fait une bonne affaire) comme ça j'ai l'heure, ça peut être utile, sans le compteur.
Le vent est d'abord de face puis il tourne et est dans le dos en début d'après midi. Il y a peu de circulation aujourd'hui car c'est la fête de l'Aïd, on égorge le mouton ; avec le ramadan, c'est important ici, donc c'est paisible et beaucoup moins de rafales car peu de camions.
A 30 km d'Echtoucan, je trouve un petit resto où je prends un autre ravito. Puis je finis la route pendant 20 km dans la nuit en mettant les lumières et j'arrive à Echtoucan, le ciel est dégagé et la Lune refait son apparition mais je recrève encore à l'arrière et casse un cinquième rayon. Décidément, j'ai beaucoup de problèmes avec le vélo que je n'avais pas eu sur aucun parcours auparavant, je le surnomme maintenant " tête de rayon ". Aujourd'hui je croise aussi de nombreux troupeaux de chameaux en semi-liberté, une cinquantaine à chaque fois, c'est assez impressionnant pour les premières fois, après on s'habitue, ils ont peur de moi quand j'arrive (comme si j'étais un prédateur) alors que quand une voiture ou un camion arrivent ils restent sans bouger ou en continuant à " brouter " le peu d'herbes qu'il y a.
Je croise aussi beaucoup de militaires sur la route et on me confirme le poste frontière avec la Mauritanie et qu'il y a bien une route goudronnée entre Nouadhibou et Nouakschott. Je pense alors passer à Nouadhibou pour y faire réparer la roue.
Le soir, à Echtoucan, on me propose à la station essence gentiment d'y dormir, il y a un local, les marocains ici sont très sympathiques. Je mange aussi le tajine et dévoile la roue arrière. Je rencontre aussi trois français qui habitent Bordeaux, d'origine sénégalaise, ils retournent à Dakar pour les fêtes, puis reviennent en France en avion (ils vont vendre leur voiture là-bas). Les camions sont comme des sapins de Noël la nuit, avec leurs lumières de toutes les couleurs, du vert, du rouge, du bleu, et un peu partout)

Le 17, je fais 90 km d'après les bornes kilométriques. Avec 5 rayons en moins sur 16, la roue arrière bouge beaucoup, au début je pense aller jusque Nouadhibou mais je peux difficilement me mettre en danseuse sans que la roue vrille de tout côté. Je décide donc d'aller à Dakhla pour réparer. Puis après 90 km un autre rayon casse, le 6ème, et là c'est impossible de rouler alors je commence la marche, tout ça à cause d'une mauvaise roue ! Quel dommage. Il reste encore 75 km avant Dakhla et même en marchant le vélo à la main il y a encore deux autre rayons qui se cassent. Je dois donc porter le vélo, que j'attache sur le sac à dos. Je décide de faire du stop tout de suite et après à peine 5 km à pieds un camion s'arrête et le conducteur me propose de m'amener plus haut, où il restera que 30 km pour Dakhla. Beaucoup de 4x4 française ou italienne, aucune ne s'arrêtera pour m'aider ! Le camionneur marocain revient d'Agadir et va chercher sa cargaison de tomates qu'ils exportent ensuite en Europe et en France. Il trouvait ça bizarre, un vélo sur le sac à dos, on met donc le vélo sous le camion (là où on met normalement le pneu de rechange).
Je ne passerais donc pas par Atar en Mauritanie, vue le nombre d'ennuis avec le vélo, je préfère prendre la route goudronnée. Ces tomates sont cultivées à 40 km de Dakhla, pour ne pas qu'on les vole, et par irrigation (eau de pluie) et sur plus de 50ha. Un kg d'orange vaut ici 2 Dh (soit 20 cents !), bien sûr quand on est occidental les prix peuvent varier. A la fin  de la course je veux donner 10 DH pour la route mais il croit que c'est moi qui lui demande et est près à m'en donner 10, je dis que ça va et le remercie bien. Au croisement avec la piste où il me dépose, on croise les cueilleurs de tomates ! C'est alors qu'ils me proposent de rentrer avec eux jusque Dakhla, je reste un moment le soir avec Abdel Kadair, un gars très bien, chef mécano ce qui lui vaut un salaire mensuel de 3000 Dh mais il en donne déjà 1000 tous les mois à ces parents, âgés, qui habitent Midelt et qui ne travaillent plus et n'ont pas de retraites bien sûr. Il vient juste de se faire cambrioler, sa porte est défoncée et il doit donc racheter des clous pour remettre son petit verrou, pas besoin d'appeler la police, ils ne servent à rien ici me dit-il, d'ailleurs dans la camionnette je passe tout les barrages sans aucun contrôle (je me fonds très bien en berbère). Il cherche aussi à venir en Europe même quand je lui explique que la vie est chère ; un 1er visa lui a déjà été refusé pour l'Allemagne. On trouve aussi un magasin de vélo et le lendemain l'ensemble des rayons sont changés pour seulement 30 Dh, moins cher que pour un seul en France, et plus aucun ne cassera avant la fin de ce parcours.
Les entreprises se font donc énormément de profits ici comme les intermédiaires. Je vois toujours peu de femmes, dans les commerces, cafés, hôtels ; je croise deux policiers qui ont l'air aussi étonné de me voir me balader en ville (je dois leur paraître comme un touriste marginal), je suis le seul européen dans Dakhla, il y a un camp et des hôtels pour occidentaux mais à l'extérieur de la ville, pour des questions de sécurité dit-on mais est-ce que ça va changer les mentalités, certainement pas.

Le 18, le matin je vais à la banque où on me fait attendre 30' avec plaisir apparemment (quelqu'un qui n'aime pas les français ?) car des marocains passent avant moi, il faut donc que je réclame et hausse un peu le ton et demande pour récupérer mon passeport et les 50€ que je venais échanger, alors on me fait enfin le change.
Le vélo est réparé et ça a l'air de tenir mais je me rends compte après quelques km qu'il y a un truc bizarre, la roue avant est mise dans le mauvais sens ! Ici il n'y a pas de roues à fixation rapide, seulement à vis et ils ne sont donc pas habitués, mais les rayons tiennent et c'est ça le principal !
Après un ravito à El Argoub, on me confirme qu'il y a une autre station essence (et donc un ravito) à 50 km plus loin. C'est utile de demander car les distances dans le désert sont longues et ça permet de savoir combien je dois prendre de bouteilles…
Je continue donc la route mais la station est fermée, ben ouah c'est l'Aïd, jour férié. Je décide donc de poursuivre la nuit et sous la Lune, mais après 30 km je suis fatigué et je m'arrête pour bien dormir au bord de l'océan.
La nuit un brouillard s'est levé, c'est incroyablement magique, seul dans ce désert, au bord de l'océan, à l'écoute des vagues, dans la brume. Bien sûr je suis certain que l'on pourrait installer des bâches en plastique pour récupérer l'eau et ainsi irriguer des cultures à la faveur de ces nuits fraîches ici dans le désert, l'eau serait stocker dans des citernes, dans le sol où c'est moins chaud, et redistribuée quand nécessaire, bien sûr on pourrait sans problème installer des panneaux solaires.

Le 19, j'ai encore du vent de face sur la route, en descendant toujours au sud (60-80 km/h en rafale), il ne me reste qu'un pain et 1L d'eau pour faire les 160 km qui restent avant la prochaine station essence. La journée est donc dure et longue. J'avance péniblement pendant 12h lorsque la nuit tombe je crève juste avant d'arriver à la station essence dont j'aperçois les lumières mais il reste encore une vingtaine de km, c'est la dernière station avant la frontière et la Mauritanie, dans le Sahara occidental. Je suis content d'y arriver le soir et de pouvoir enfin prendre un ravito !
Je rencontre deux français : un sénégalais qui retourne au Sénégal dans sa famille et un autre qui retourne au Bénin, après un 1er mariage en France il s'est remarié avec une dame du Bé nin. Ils y retournent en voitures pour les revendre là-bas, on me déconseille vivement de passer par le Nigéria où on me dit que je vais me faire dépouiller et repartir sans mêmes les vêtements !? Il y a aussi un hôtel et un restaurant, les chambres ne sont qu'à 100 Dh mais je dors dans un local, simplement avec un marocain qui travaille là, le soir alors que je discute et parle avec les deux français, je m'aperçois que le vélo a disparu, en fait après une heure je le vois dans le bureau de ceux qui s'occupent de la station, très gentiment ils m'ont pris de court et l'ont mis là pour éviter un vol, alors qu'il n'y a pourtant que très peu de passage.

Le 20, je fais 160 km entre la station essence et Bou Lanouâr, en Mauritanie. Je passe la frontière sans problèmes, juste les marocains qui me gardent longtemps le passeport (je me demandais s'ils allaient me le rendre). Après le passage de la frontière, il y a pendant 3 km environ un ancien No man's land (à cause d'une guerre), où il y a encore quelques mines et voitures calcinées, j'arrive à la frontière avec la Mauritanie, la douane ne fouille même pas le sac à dos et on me demande juste ce qu'il y a. Je rencontre aussi un couple britannique avec qui je parle un moment, la femme est étonnée de me voir autant habillé (forcément en 4x4 il n'y a pas de sable dans la bouche… et le soleil toute la journée déshydrate).
Encore beaucoup de chameaux sur la route et les côtés ; c'est une route cosmopolite aussi. Je parle avec un couple d'anglais, deux français, des suisses (qui sont étonnés de me voir là au milieu de rien et me demandent si j'ai besoin de quelque chose) et des belges flamands qui me voient rouler sur un vélo belge (de la marque Ridley) et qui me proposent de l'eau (je les recroise encore après la frontière et ils me redonnent encore de l'eau, très sympas comme souvent les belges, comme ils sont en voiture ils ont été retenus plus longtemps à la douane). Les conducteurs de voiture sont souvent amenés à payer leur passage des barrages ou des frontières alors qu'en vélo on ne m'a jamais demandé d'argent. A un barrage avant Bou Lanouâr, les soldats mauritaniens (jeunes) me disent si tout va bien et d'où je viens, ils disent aussi que j'ai une force, je dis que n'importe qui peut le faire, s'il aime ça bien sûr.
Le soir, je dors dans une case pour 5€ à Bou Lanouâr et je retrouve quelques moustiques. En Mauritanie, il y a des blancs (30%) et des noirs (70%), ils ne se mélangent pas, bien sûr (pas de métissages), les blancs sont toujours les " maîtres " de la Mauritanie mais la population noire augmente ce qui leur pose un problème (les blancs ont moins d'enfants), les deux " blancs " qui s'occupent des cases me considèrent donc comme leur frère en montrant leur peau et la mienne (tout est relatif) et ils me disent que les noirs sont des voleurs, mendiants, pas travailleurs… Les noirs étaient les anciens esclaves (ce qui reste d'actualité aujourd'hui encore mais sous d'autres formes).
Les maures avaient conquis l'Espagne ! On ne le croirait pas vu le niveau de développement de la Mauritanie maintenant ! De même que de Tombouctou jaillissait un grand empire malien, il y a plusieurs siècles, beaucoup de choses ont été perdues, de savoirs, comme au temps du Moyen-âge en France, après la chute de l'empire romain, il a fallu patiemment attendre la " Renaissance ". Le racisme existe donc même ici.
Avant Bou Lanouâr je croise un mauritanien qui avait travailler pendant plus de 20 ans en France, il est revenu en Mauritanie et je lui demande pourquoi il n'est pas resté en France, il me dit que c'est son pays et qu'il y a beaucoup à faire, je suis bien d'accord avec lui, et il ajoute qu'ici les mauritaniens ne sont pas des grands travailleurs, c'est aussi ce que je remarque malheureusement, l'espoir manque cruellement !
La nuit j'entends plusieurs fois le long train passer sur la seule ligne de chemin de fer entre Nouadhibou et Zouérate où il y a des mines de cuivre (pour l'exportation vers l'Occident), il sert aussi au transport de personnes, tout est mélangé, ça avance doucement et le train est long (on ne voit pas l'avant et l'arrière en même temps).

Le 21, au matin, je pars que vers 10h30 après que le type du seul magasin de Bou Lanouâr m'est bien arnaqué (mais pas le choix) pour le ravito, ses prix sont dix fois plus chers que la normale ! J'arrive ensuite à un barrage de police à la sortie du village où le jeune soldat me demande de l'argent, je dis alors que l'épicier m'a tout pris pour le ravito, il me dit " il vit comme un pacha " et me propose même de venir dans leur case pour prendre de l'eau et du pain, je dis que maintenant j'ai ce qu'il faut et je demande aussi pour la prochaine station et donc ravito, de même que je l'avais demandé à l'épicerie et dans la case où j'ai dormi la veille, pour avoir plusieurs sources et éviter les fausses infos). Je repars donc vers Nawakshut.
Les mauritaniens sont avant tout des nomades ; la ville de Nawakshut, capitale, a été construite il y a 50 ans seulement, et on trouve tout le long de la route des tentes et des campements provisoires. Je trouve un autre ravito après 70 km de Bou Lanouâr où les gens qui s'en occupent sont sympas, les conditions de vie restent instables, de même que l'Etat, d'ailleurs un mois après que je suis revenu en France, il y a eu un coup d'Etat.
Le soir je m'arrête pour dormir dans le désert, derrière une dune, à l'abri des flash des phares de voitures, la nuit se passe bien, pas de moustiques cette nuit et quel ciel étoilé quand je me réveille dans la nuit à 4h du matin, c'est magnifique !

Le 22, je ne trouve pas le ravito qui devait être à 260 km après Bou Lanouâr mais j'en trouve un autre 30 km plus loin, en n'ayant pas mangé et bu beaucoup, ça fait du bien ! Heureusement que depuis l'arrivée en Mauritanie le vent est maintenant souvent de dos. Car il fait chaud ! Au ravito, on cherche encore à me convertir (la 1ère fois au Maroc), comme d'habitude ici je suis chrétien, il ne faut pas être un mécréant, un athée (bien sûr je suis croyant, en des forces, celles de l'univers, que l'Homme connaît toujours aussi mal, en un dieu ? Ca paraît tellement irréel). Je dis que je pense lire le Coran, ainsi que la Thora mais il me demande alors pourquoi, je dis que c'est pour voir ce qu'il y a en commun, il me dit de venir quand même pour me convertir à la mosquée de Nawakshut, je dis que je vais réfléchir mais je ne crois pas le faire par tradition, mais que toutes les religions sont bonnes… D'autres qui s'arrêtent aussi à ce ravito, qui est à côté d'un barrage de police (qui vient se servir bien sûr) pensent que je suis un coureur professionnel (je suis sûr qu'aucun coureur professionnel ne s'est aventuré dans ces contrées ! A leur place j'irais en Europe ou Amérique du Nord ou Australie pour un entraînement sérieux).
Beaucoup de respect ici pour ce qui est fait en vélo, notamment par les soldats mais ça n'empêche pas les populations de demander de l'argent surtout des enfants, le désert est aussi une vraie poubelle près de la route, c'est sûr le système capitaliste a échoué ici, après 15 ans de la fin du communisme. Maintenant avec la montée des extrémismes, les USA ont perdu la reconstruction pacifique des pays pauvres, le plan Marshall du 1/3 monde a échoué, faute de volonté politique au profit de la guerre notamment en Irak (pour préserver les réserves de pétroles) et de l'inaction américaine (beaucoup de choses auraient du être réglées dans les années 90 : pauvreté, conflits interethniques, conflit israélo-palestinien, création d'une organisation internationale ou modification des statuts de l'ONU en vu d'un apport de compétences avec un pouvoir de contraintes…).
Le soir j'arrive à Nawakshut où je dors dans un petit hôtel fait par une européenne mariée à un mauritanien, il n'y a que des occidentaux, je retrouve aussi le type qui m'a échangé des Ougyas à la frontière après le Maroc, à 500 km d'ici, qui fait partie de l'auberge, et des flics à l'entrée de la ville me disent aussi d'aller dormir là, c'est son cousin qui tenait les cases à Bou Lanouâr qui m'avait aussi indiqué l'adresse. Le monde est petit, surtout en Mauritanie, tout le monde se connaît et je sais qu'il faut " payer " sa place pour pouvoir être là, à la frontière pour le change, sans aucun doute il y a des bakchichs donnés aux policiers pour arrondir leur fin de mois.
A Nawashut, la route est pourrie, beaucoup de sables, de trous, du vent, la misère règne même si des mauritaniens roulent en 4x4 et en Mercedes, on trouve aussi des villas avec piscine, mais c'est au touriste qu'on demande de l'argent, les notables sont influents ici, à n'en pas douter, et les réseau avec la police sont primordiaux vu l'instabilité du pays, vaut mieux prévoir ses arrières. La nuit les moustiques sont de retour, on entend aussi les chants venants des mosquées (il y en a plusieurs).

Le 23, après 30 km de vélo le matin, je me rends compte que j'ai oublié ma pompe de vélo à Nouakshut, je fais donc demi-tour, ça fera 60 km de détours, bien sûr au barrage, à la sortie de la capitale, je me suis fais remarqué, d'ailleurs ici un européen en vélo est vite remarqué par tous, et souvent on me fait savoir qu'on m'a vu sur la route, ici ils ont tous un portable paradoxalement, c'est donc facile si on veut faire une embuscade, il n'y a qu'une route sur plusieurs centaines de km.
Beaucoup de déchets en bord de route et de bidonvilles à l'entrée et à la sortie de la capitale (comme partout sûrement). Les vaches et brebis broutent alors ce qu'ils aiment dans ces déchets !
A l'heure de la prière les mauritaniens s'arrêtent tous avec leur voiture en bord des routes pour descendre et prier donc, c'est bizarre je suis le seul à rouler alors, la route entre Nouadhibou était excellente car neuve, construite avec l'aide des marocains et des français, mais ici il y a beaucoup de trous…, il faut donc regarder derrière s'il ne s'amène pas une voiture avant de passer le trou (mais ce n'est pas pire qu'en Pologne).
Le soir je vais pour dormir demander à quelqu'un en bord de route, c'est un petit éleveur de chèvres, il est accompagné d'un guinéen, et ils vendent du lait, le guinéen souhaite économiser un peu d'argent en attendant pour pouvoir aller à Nouakshut puis d'aller rejoindre l'Europe, je dors avec lui dans sa case, son voyage est héroïque, il durera sans doute plusieurs années, bien sûr ses papiers ne sont pas en règles, à Rosso il s'est fait tabasser par des sénégalais qui lui demandent avant sa nationalité (sans doute auraient-ils pas agressé un autre sénégalais et un européen, tout ça pour 5€ !). Il travaille donc ici temporairement, on partage ensemble sa ration quotidienne et il ne se plaint pas du traitement de sa famille d'accueil " blanche ", après avoir vendu tout le lait de chèvres (dont j'achète 1/2L, très bon !), on part dormir.

Le 24, au matin, le guinéen ne me demande toujours rien, c'était une très bonne rencontre, quel courage ! Il souhaiterait que je reste un peu plus mais ce n'est pas possible, il faut toujours continuer.
Plus je descends au sud et plus la misère est grande, on me demande maintenant constamment de l'argent dès qu'il y a quelqu'un au bord de la route, ici la population noire est majoritaire dans le sud de la Mauritanie, on se rapproche aussi du Sénégal (fleuve et frontière) et le désert laisse progressivement la place, sur 200 km, à la savane subsaharienne.
A Rosso, je me fis arnaquer de 30€ ! Arg, je me suis fais avoir avec tout ces gens qui tournent autour de soi, dont 10€ pour le passage alors que l'on ne doit pas payer pour sortir en fait ! Bref, passé avec la berge le fleuve Sénégal, j'obtiens tranquillement le tampon pour entrer au Sénégal auprès des autres douaniers. A la frontière on trouve des vendeurs à la sauvette, nombreux sont ceux qui vendent de tout et du n'importe quoi, comme je suis blanc et européen, c'est comme les moustiques ou les chiens, je suis constamment entouré et coursé malgré mes conditions de voyages archaïques. A force, on me demande sans cesse pour acheter, je ne réponds plus aux harcèlements continuels alors on me dit qu'ils sont aussi des humains peut-être mais sans aucun doute la pauvreté empêche d'être digne.
Je poursuis la route jusque 70 km avant saint Louis, où je m'arrête à la tombée de la nuit, même s'il y a la pleine Lune car la route est mauvaise et je risquerais trop de me prendre un trou, voir de tomber. Je vais donc à 500m en bordure de route, près de quelques arbres de la savane pour m'endormir.

Le 25, il y a beaucoup, énormément de demandes d'argent en bord des routes de la part de toute la population, lorsque je prends un ravito dans un village, il y a vite 10 enfants à côté de moi, attendant des " miettes " jusqu'au moment où un sénégalais adulte vient leur dire de me laisser tranquille et de s'en aller.
C'est bizarre ici, même après un mois sans douche je ne sens pas mauvais, alors qu'en Europe après 5 jours je commence à sentir ; 10 km avant Saint Louis, je me pose et un sénégalais qui marche en bord de route reste avec moi pour parler, il m'annonce que des français ont été assassinés en Mauritanie, la veille, près d'Aleg, à l'endroit où j'aurais du me trouver si j'avais suivi la route prévue, il me dit aussi que les blancs sont les maîtres du monde, je lui répond que si j'étais le maître du monde, le monde serait bien différent. Il me propose de le suivre pour voir ses amis, même s'il a l'air sympa je me méfis car il fume, bizarre, mais ici, comme au Maroc, ils trouvent l'argent pour le haschich et le portable, ici beaucoup de pub pour Orange qui souhaite la bienvenue, c'est aussi surtout pour les touristes, pour qu'ils utilisent leur portable à l'étranger.
En début d'après-midi j'arrive à saint Louis où je veux rester un moment pour voir cette ville classée à l'UNESCO et aussi pour prendre un bon ravito et récupérer aussi d'une diarrhée (qui se calme maintenant) que j'ai eu après Nouakchott, il y a deux jours. Après que deux personnes me demandent chacune au moins 10 fois pour me trouver un hôtel, j'arrive à m'en débarrasser (je leur dis qu'en Europe je cherche moi-même) et je trouve une petite auberge où il y a que des européens, cependant je fais de bonnes rencontres avec des gens très ouverts et parfois trop gentils ! Il y a un espagnol qui parle très bien français avec qui je vais manger une pizza, un couple de jeune australien qui compte venir faire de l'humanitaire en Afrique, deux jeunes filles volontaires qui sont venues passer un temps ici, " en vacances ", mais qui travaillent au Mali, près de la frontière avec le Sénégal (elles me confirment ce que je pense de l'humanitaire, elles-mêmes n'y croient plus, les africains ne souhaitent pas se former, il faut toujours répéter et dès que les européens s'en vont plus personne ne continue, c'est surtout l'argent qui les intéresse) et il y a aussi deux allemands qui viennent faire du tourisme, ils circulent uniquement en taxi et ils m'avaient vu après Nouakchott, sur la route. La langue internationale dans ce petit comité est bien sûr l'anglais, beaucoup de rêves mais le décalage me paraît important avec la réalité africaine, beaucoup côtoient que des européens même en étant en Afrique.
Je fais un tour aussi dans cette île de l'ancienne cité historique de Saint Louis, construite en pierre par les colons, ça a l'air d'être une ville un peu espagnole aussi, le marché et le port sont authentiques mais de nombreux monuments à l'UNESCO sont en périls car ils tombent en ruines, beaucoup de pauvreté ici encore, cette île est le centre de la ville touristique, aussi c'est " plus cher " qu'ailleurs, des touristes se font accompagnés par des guides improvisés pour gagner leur vie.
Le soir la nuit se passe bien sous la moustiquaire un peu trouée, l'entrée de l'auberge est gardée constamment car il y a de l'argent dans les caisses.

Le 26, au matin je passe par le guichet de la banque à quelques pas pour échanger des euro contre des francs CFA, le type me donne des grosses coupures, je lui demande forcément de me les changer contre les plus petites qu'il a (s'agit de ne pas afficher des gros billets, on ne pourrait même pas me rendre la monnaie !). Il est étonné et me dit que certains sont déchirés, je lui dis que ça fait rien.
Je continue ensuite la route pour rejoindre la frontière avec le Mali, la route est parfois cabossée et avec des trous mais ça va, pas de crevaisons et les rayons ne cassent pas. Ici c'est bien la savane, il fait beau et assez chaud (20-25°C). Toujours autant de demandes d'argent tout le long de la route, les femmes dans les champs courent parfois après moi pour venir me dire bonjour ; je vais chez un commerçant pour acheter le ravito et il me demande 8.000€ ! Comme si j'avais ça ! Une femme vient et me demande " où est l'argent ", puis l'épicier me demande d'acheter une bouteille d'eau pour sa mère malade qui est apparemment en bonne santé, juste à l'extérieur de son " magasin ", enfin, la pauvreté pousse à des demandes absurdes.
Le soir, je dors dans la savane, je n'ose pas encore dormir dans les villages car c'est là qu'on me demande sans cesse de l'argent, je pensais aussi passer par une autre route pour rejoindre la Mali mais la route est ensablée, j'ai donc pris une autre route par le sud encore, ce qui fait un petit détour de 100 km.

Le 27, après une nuit qui s'est bien passée, je reprends la route après avoir réparer deux crevaisons, aux deux roues, à cause des épines des petits buissons (il faudra faire plus attention). Je m'arrête après 20 km pour un ravito et le commerçant me dit tous les blancs sont des richards, il y a tout un groupe de jeunes à attendre car pas de travail, et on me demande ma nationalité, je dis alors sénégalais et ils sont morts de rire, je me demande alors si j'avais eu la même réaction en France si on ne m'aurait pas dit que c'était une attitude raciste (il y a bien des français d'origine sénégalaise, rien que le fait de demander leur nationalité aurait été mal vu). Toujours autant de demandes d'argent.
Lorsque je repars, je croise un cycliste sénégalais, entrain de faire un long tour en vélo où il dort à l'hôtel ; il est surpris quand je lui dis que je dors dehors. Je roule un moment avec lui, c'est un professionnel sénégalais et il me demande aussi si je peux l'aider pour les papiers pour venir en France ! C'est la fin du monde, ici les blancs sont des stars, signes de richesses et de pouvoirs, pour ma part c'est encore bien plus que je ne peux faire. Je roule avec pendant 40 km jusque Thiès, on le reconnaît parfois sur la route et avec lui personne ne me demande de l'argent mais une fois qu'on se sépare à Thiès, où il a gagné plusieurs étapes, les demandes d'argent recommencent.
Les demandes d'argent se refont oppressantes. Et là j'en ai marre, ce voyage ne semble plus avoir aucun sens, j'hésite et, alors que je me dirige vers la frontière entre le Sénégal et le Mali, je fais demi-tour. Pour être sûr de ce que j'entends je m'arrête trois fois quand on me demande de l'argent ; la 1ère fois, c'est un petit, je m'arrête et il s'enfuit, il y a une épicerie, ça tombe bien et je prends un ravito, pendant ce temps je vois sa sœur et lui demande pourquoi il est parti, il a eu peur de moi, que je le tape ! Puis il revient et ne me demande plus d'argent. Mince. La 2ème fois, c'est encore des enfants en bord des routes, je m'arrête et je demande de répéter, ils n'osent pas, ce sont 11 frères et sœurs qui sont là à attendre devant chez eux, la mère sort, on parle un peu et je leur dit au revoir. Je poursuis vers Thiès, la 3ème fois, c'est deux jeunes attablés, je m'avance et je demande pourquoi ils m'appellent, ils sont entrain de préparer et de fumer du haschich, ils me proposent de fumer avec eux, je les remercie et avant de repartir ils me demandent de venir investir, ou un contrat en France, ou une femme blanche, ou de donner de l'argent (ah, une rencontre intéressée quand même, mais ce sont des adultes).
Je repasse Thiès et c'est assez pour ce 1er voyage en Afrique, je savais à quoi m'attendre mais le voir en vrai est un peu différent, j'ai besoin de tranquillité, de ne pas me sentir sans cesse harcelé, épié et d'être libre de mes mouvements. Je continue la route vers Dakar, beaucoup de " pssit " encore, après Thiès il reste 40 km avant Dakar où j'arrive, dans ce monstre dakarois, avec la poussière, les voitures anciennes et camions qui bouchonnent sur la seule route, puis je fais 10 km sur la route qui mène à l'aéroport, en travaux, avec des détours, pistes, déchets, bétails…, le foutoir.
J'arrive à 19h30 à l'aéroport où on me demande pour acheter le vélo à 300€ ! Mais il n'est pas à vendre. Puis après avoir pris le billet, j'attends pour l'avion et un sénégalais se dit être mon ami, me demande mon mail (je donne n'importe quoi), il veut que je lui envois des photos et adresses de femmes blanches, que je l'aide à trouver des contrats pour venir en France…ça dure une demi-heure encore ce cirque.
L'embarquement se fait à 00h20 et je décolle à 1h, direction Paris-Orly.




Chronique 4 : de Paris à Dégagnac


" Retour… "
(985 km)

28/12, Paris (Orly) - Provins, 80 km
29/12, Provins - Nemours, 100 km
30/12, Nemours - Orléans, 130 km
31/12, Orléans - Blois, 120 km
01/01, Blois - Tours, 150 km
02/01, Tours - Chinon, 105 km
03/01, Chinon - Angles, 100 km
04/01, Angles - Rochechouart, 130 km
05/01, Rochechouart - Thiviers - Dégagnac, 70 km

Le 28, j'arrive à 7h20 le matin à Orly, je me ravitaille, prends un peu de temps, ça fait du bien d'être en France, pas de sentiments de culpabilités comme en Afrique. Mais j'ai comme un drôle de sentiment mélangé et une furieuse envie de reprendre l'avion et de revenir en Afrique ! Je réfléchis quand même un moment et je me dis que ce ne serait pas très raisonnable, j'ai jamais été raisonnable vraiment, enfin je laisse passer ce coup de tête qui me tiendra encore quelques jours. Je patienterais et je pense y retourner bientôt, d'abord rentrer à Dégagnac, voir pour faire un peu de remplacements puis je suis décidé à poursuivre un autre grand tour, dans un endroit plus calme où je pourrais profiter pleinement. J'ai le choix entre l'Europe (déjà fait un bon petit tour) et les Amériques, ce sera donc l'Amérique du nord avec les USA et le canada, mais il faut attendre les mois de mars/avril pour que le climat soit bon.
La route continue donc en France et je veux prendre un peu le temps avant de revenir dans le Quercy, je décide donc de passer par Provins (ville UNESCO que j'ai jamais vue) et ensuite de longer la Loire peut-être jusque Saumur. Je prends un ravito dans une grande surface où par réflexe je demande à la dame de l'accueil de garder le vélo, elle refuse alors tout bonnement et je le pose donc à côté et m'en vais prendre les " produits essentiels " (eau, sucre, beurre, pain). La dame à la caisse est plus gentille et elle sourit quand elle me voit arriver avec le bronzage et une tâche blanche recouvrant mon front (avec le bonnet) et me demande si c'est naturel, je lui réponds que c'est le bronzage mauritanien.
Ensuite je continue la route, sort de l'agglomération francilienne et j'arrive rapidement en Champagne, à Provins, où je trouve un petit hôtel pour 30€ (mais avec un confort différent de celui d'Afrique, les normes aussi sont différentes) et je pars visiter cette jolie ville ancienne où je retrouve d'anciens lieux où au Moyen-âge et à la Renaissance où trouvait des métiers manuels qui existent encore au Maroc (tapissier, tanneur…). Je visite aussi la tour César, imposante et mystérieuse, je fais le tour des remparts… Puis je prends un ravito où je croise une dame et sa fille qui me demandent d'où je viens… et pensent que je suis un aventurier, je leur dis que non, n'importe qui peut faire ça, s'il aime bien sûr, et franchement ce qui a été fait n'a rien d'incroyable.

Le 29, après une bonne nuit de récupération, je reprends un ravito, histoire de récupérer l'énergie qui manque car en Afrique c'est difficile de manger à sa faim quand les gens n'en ont pas toujours assez eux-mêmes dans leurs " assiettes ". Je me dirige vers la Loire que je pensais atteindre mais on est qu'en janvier et la nuit tombe de bonne heure ! C'est l'hiver dans l'hémisphère nord et l'été dans l'hémisphère sud, l'axe de rotation de la Terre autour du soleil étant différent.
Je passe aussi par Fontainebleau, je ne sais pas si ça se visite mais c'est très grand, un palais, et toutes les grilles sont fermées, je traverse aussi sa forêt. Puis j'arrive le soir dans la jolie ville de Nemours avec son château et ses vielles maisons, le soir je dors encore dans un hôtel pas cher (c'est que les jours tombent vite et avant 22h c'est difficile de dormir, je m'ennuie donc assez beaucoup quand c'est l'hiver, rien de spécial à faire une fois le tour de la ville fait et le carnet de route écrit.

Le 30, la route se poursuit bien en suivant le canal de Loing dans la campagne du Gâtinais et j'arrive sur les bords de Loire que je suis désormais à partir de Sully et son château, je passe par l'abbaye St Martin aussi et suis un peu une piste cyclable en bord de Loire mais il n'y a pas d'indications donc je reprends la route normale (une simple départementale).
Le soir j'arrive à Orléans qui est une belle petite ville avec sa cathédrale, de belles statues, bien sûr beaucoup de guirlandes, le sapin de Noël… Ca change de l'Afrique et de son " austérité ". Finalement les africains et les pauvres ne veulent vivre que comme nous, dans une société de consommation, chacun est satisfait quand il arrive à satisfaire un minimum de ses pulsions consuméristes, si les africains le pouvait en Afrique alors il n'y aurait pas d'immigration et de racisme contre les noirs ou les blancs… (ou moins peut-être mais toujours pas de cosmopolitisme comme me l'a montré le voyage en Amérique du nord).

Le 31, je continue à longer la Loire par Beaugency (et son vieux donjon César), Chambord où je reste 1h tranquille dans le parc et ses environs.
En fin d'après-midi, j'arrive à Blois qui est encore une belle petite ville, avec ses églises et son château renaissance (François Ier, au XVè) ; je pensais visiter le château mais il est déjà trop tard et le lendemain c'est bien sûr fermé.

Le 01 janvier, la descente de la Loire continue tranquillement par Chaumont jusqu'à Amboise, aussi quelques maisons troglodytes en bordure, j'étais jamais passé par là, c'est assez joli, voir surréaliste, je passe aussi à Chenonceau, puis j'arrive à Loches où je monte dans l'ancienne cité historique et passe les différentes portes des remparts jusqu'au donjon et le château.
Ensuite je longe l'Indre, belle rivière (même si polluée bien sûr) pour arriver en fin d'après-midi à Tours où je retrouve la Loire et le Cher, et où je trouve un petit hôtel dans le centre (26€), tenu par quelqu'un de passionné par sa région (il me parle presque pendant 1h de son " coin ").

Le 02, je continue encore de longer la Loire, avant je visite le musée du compagnonnage (malheureusement les photos sont interdites mais on peut acheter des albums, pas très pratique quand on voyage en vélo, ça fait du poids en plus). Je passe par Villandry, Azay-le-Rideau que je visite, et longe ensuite l'Indre puis la Loire, et je passe encore au-dessus de la Vienne pour rejoindre l'abbaye de Fontfroide que je visite (il y a le tombeau de Richard Cœur de Lion et d'Aliénor d'Aquitaine (tombeaux que les anglais veulent récupérer).
Pour finir je vais à Chinon où j'arrive le soir pour dormir dans un petit hôtel. C'est une belle ville encore avec sa citadelle, ancien lieu où le roi tenait son " gouvernement " pendant les durs temps de la guerre de 100 ans, avec les anglais, et Jeanne d'Arc.

Le 03, je visite cette citadelle au matin, qu'ils sont entrain de rénover en partie pour faire un musée, une partie en pierre et une partie en verre comme c'est à la mode mais ça tiendra pas longtemps. C'est bizarre, la restauration va coûter des millions d'euro, est-ce vraiment utile, pour un projet si mince et une commune si petite, Chinon n'est pas une grande ville, ça me paraît beaucoup.
Après la visite de la citadelle de Chinon, je repars vers le sud maintenant, en longeant la vallée de la Vienne encore, très jolie où il y a aussi de nombreuses habitations troglodytes dont certaines ont été restaurées et sont encore habitées. Les paysages sont jolis, mais il se met rapidement à pleuvoir et ça ne s'arrêtera plus.
Le soir j'arrive à Angles où je dors dehors car il n'y a pas d'hôtel (il me fallait au moins ça pour redormir dehors par des températures pareilles, car il ne fait pas aussi chaud en janvier en France qu'en Afrique). Je fais un tour aussi du très joli château bien en ruine d'Angles, dont des fossés ont été creusés à même la falaise qui surplombe la Vienne, que j'avais repérer en juin 2000 lors de la remontée de Bordeaux à Paris puis jusque Lens.

Le 04, je redémarre encore sous la pluie, quel temps, cette pluie est fine mais ça mouille et c'est froid. C'est donc une journée " pourrie " encore, pourtant les paysages sont jolis ici et beaucoup de petits châteaux dans chaque village. Le soir j'arrive à Rochechouart où tous les hôtels sont fermés, on est en janvier et ce n'est pas un temps pour les touristes.
La sous-préfecture de Rochechouart est l'ancien château, donc en bon état. La nuit je dors près du gymnase de cette ville, tranquille, sous un préau, alors qu'il pleut encore.

Le 05, 3ème jours de pluie consécutifs et tous les vêtements sont trempés, c'est le déluge une fois passé la frontière du Périgord, la brume s'est même levée et la visibilité est de 50 m environ, dommage car les paysages sont très jolis. Les pieds me font énormément mal avec ces chaussettes toutes mouillées.
Lorsque j'arrive à Thiviers, après seulement 70 km, il fait comme nuit déjà et j'ai le choix soit entre continuer et ne trouver aucun hôtel voir même aucun ravito car demain c'est dimanche ou prendre le train. Je suis à environ 60 km de Dégagnac, et ce serait un peu ridicule de dormir si près du " camp de base " dans un hôtel. Je décide donc de prendre le train jusque Sarlat, puis on vient m'y chercher. Le Paris- Dakar s'arrête donc comme ça, sous le déluge.

Pour finir...


Ce trip entre Dégagnac et Dakar, puis entre Paris et Dégagnac, a été difficile surtout en Afrique avec la découverte d'un autre monde, différent de celui de l'Occident. C'est bizarre de vivre dans un autre monde et dire que cela arrive à fonctionner d'une manière globale, le monde occidental restant prédominant, beaucoup d'africains ne recherchent qu'à vivre comme les occidentaux, " ne pas garder les moutons ", avoir du confort, du travail, une retraite, le droit à quelque chose pendant le chômage, une sécurité sociale. Tout cela se traduit par un matérialisme encore plus fort qu'en Occident, la volonté de gagner de l'argent est forte chez les populations africaines entre 12 et 45 ans, avant c'est encore l'innocence et après c'est la fatalité.
Le blanc reste le riche, quelque soit votre façon de voyager, votre discours, vos habits… rien n'y fait, la couleur de la peau prédomine, se qui me fait penser à du racisme bien sûr. Beaucoup m'ont dit " vous les blancs, vous êtes tous riches ", des demandes de contrat avec des entreprises en France ou en Europe, des demandes de venir ici pour investir et les payer, des demandes de mariages avec des femmes blanches (pourtant il y a aussi des femmes noires françaises !), des demandes d'argents sans cesse renouvelées (on entend tout en vélo), des femmes qui courraient après moi pour venir me dire bonjour.
Ces idées ne sont pas prêtes de s'arrêter, en Europe on véhicule une image du tourisme pour vendre des voyages avec des scènes surréalistes de bontés, d'authenticités de vie… dans ces pays du sud ; dans les pays africains, on voit des publicités et des images de belles maisons, de richesses, de salaires importants, de belles voitures pour tous les occidentaux. Les préjugés sont forts de chaque côté de la Méditerranée.
               
C'est incroyable ces différences alors qu'il suffirait de si peu pour satisfaire ses besoins ! Mais nul n'en a intérêt, pour plusieurs raisons.
D'abord il n'y a pas assez d'énergies pour tout le monde, aussi si les occidentaux ont le pouvoir et les moyens, il n'est pas possible que tous vivent comme eux car il n'y a pas assez d'énergies… pour vivre à la manière occidentale dans le monde entier, la Terre n'est pas assez nourricière.
Après, les chefs d'Etat et gouvernants des pays pauvres profitent de la corruption grâce à des commissions occultes en favorisant l'installation de telle ou telle entreprise occidentale moyennant finances, marchés que les entreprise payent à ces gouvernants contre la récupération de matières premières…
De même les gouvernants occidentaux n'ont pas d'intérêts à ce que ça change, aucune confiance dans ces Etas instables (dont ils ont une part de responsabilité dans leur instabilité, chacun à une préférence pour un homme de là-bas qui va leur apporter, s'il a le contrôle, un droit officieux de complicité). Seuls les gouvernants occidentaux pourraient faire changer les choses, en créant une OI qui par la contrainte obligerait à un développement de ces pays pauvres, mais ces Etats riches ne se font pas confiance entre eux et faire une telle OI créerait des tensions avec les multinationales, des intérêts représentant plusieurs milliards sont en jeu et d'autres sont morts pour moins que ça. De plus chaque Etat riches peut par ses moyens militaires aider à mettre en place tel ou tel régime autoritaire qui apportera ensuite son soutien à l'Etat riche qui l'a aidé, ainsi des marchés seront favorisés avec des entreprises occidentales choisies par l'Etat riche (ces entreprises pouvant financer indirectement ou directement les moyens pour mettre en place le régime de leur choix dans un pays pauvre, ainsi ils récupèreront des contrats et les gouvernants occidentaux des commissions). Les moyens humanitaires des Etats sont aussi efficaces pour conserver dans leur sillage des Etats pauvres qui reçoivent et détournent cette aide (en revendant les produits et non en les donnant, en gardant une partie pour eux et les membres de leur parti) dans leur girons.
Ensuite les multinationales n'ont pas d'intérêts non plus à ce que tous les Hommes vivent sur un niveau équivalent. Des différences de 1 à 10 voir 100 dans les salaires leurs permettent, malgré les coûts de transports supplémentaires, de gagner beaucoup d'argent, les marges sont importantes. Elles produisent dans les pays pauvres qui ont une certaine stabilité, puis revendent les produits aux Hommes qui gagnent plus d'argent en se faisant une bonne marge (" made in china "…). Bien sûr ceci en défaveur des populations occidentales qui perdent leur travail, leurs droits sociaux acquis…, et des populations pauvres qui ne peuvent demander des droits sociaux (sinon les multinationales vont ailleurs et répression officieuse), pas de retraites, de chômage, d'indemnités, le contrat est journalier, pas de droit syndical ou de droit de grève, de sécurité sociale et des nomes de sécurité inexistantes.
Enfin, l'humanitaire, ils savent que ce qu'ils font ne servent pas vraiment, cela fait plus de vingt ans qu'ils ont montré leur inefficacité, des réseaux existent avec les Etats pauvres ou riches, des affaires de corruption et toujours plus de pauvres, ces humanitaires sont le plus souvent des " jouets " aux mains des gouvernants riches (influence dans un Etat pauvre) et pauvres (revente, commissions). Bien sûr les occidentaux continuent à donner (pour se donner bonne conscience même s'ils payent déjà leurs impôts et donc le devoir revient à leurs Etats riches de changer les choses), sans le savoir ils permettent au système vicieux de se poursuivre et ils aident donc les gouvernants des Etats pauvres à se maintenir et les Etats dont ils sont les nationaux de conserver dans le pays où l'aide est " distribuée " une influence certaine. Cette aide des occidentaux sert aussi à payer des emplois d'humanitaires qui ne devraient pas exister et les Etats occidentaux devraient plutôt imposer par une OI composée de représentants des Etats riches et pauvres une formation, une éducation aux populations pauvres qui se prendraient ainsi eux même en charge. En janvier 2005, après le tsunami je téléphone à médecin sans frontières et la croix rouge pour savoir s'il est possible de venir les aider, ils me répondent, après 15 jours de catastrophe, qu'ils sont en phase d'évaluation ! Plus tard j'entends le président de la croix rouge, ancien ministre de la santé, Mattei, déclarer qu'ils agissent qu'en période d'urgence (et dire qu'après 15 jours ils m'ont répondu qu'ils étaient toujours en phase d'évaluation !). Tout cela pour justifier que sur les 300 millions d'euro ils n'avaient utilisé qu'un tiers, le reste ne pouvant plus servir, leur mission d' " urgence " étant terminée, et leur but n'étant pas de construire des écoles ou des hôpitaux, le reste sera donc placé en bourse ou sur des comptes en banque…
Finalement ce sont encore les populations qui sont les otages de ce système. Les populations riches, par le mépris, l'envie et la jalousie des populations pauvres qui légitimement ne souhaitent que venir immigrer dans les Etats riches. Et les populations pauvres qui se font exploiter, dominer, qui n'ont aucun des droits de la DUDH de l'ONU et qui souhaitent pourtant légitimement vivre comme les riches, avoir les mêmes chances et donc franchir les différentes portes des forteresses d'Occident.

Ce voyage, surtout en Afrique, a permis d'apprendre beaucoup de choses et de voir que la réalité n'est pas la même partout, pour les pauvres c'est travailler et gagner de l'argent, pour les riches c'est voyager, découvrir d'autres horizons. Pour autant les occidentaux ne sont pas forcement près à perdre leur droit et leur domination.
En décidant de voyager pendant plusieurs années, en étapes, c'est d'emblée la retraite qui est sacrifiée car le nombre de trimestres cotisés ne sera jamais suffisant (cependant c'est obligatoire et je continu à les payer quand je travaille), en libéral donc pas de cotisations chômages, les risques pour la santé sont les mêmes mais en plus variés, impossible de faire des prêts pour une maison (ou difficile), de même pour une famille. Bien sûr, pour économiser, il ne faut pas avoir de voitures, de prêts… sinon…
Le voyage pose le choix de ce qui est nécessaire ou non, pas de superflus. D'un point de vue personnel, j'ai appris à être plus patient, moins pressé, à relativiser les difficultés que beaucoup de français rechignent alors que tant de personnes vivent misérablement, et j'ai appris à être un peu plus nomade.

Un denier coup de gueule, pour tous ces voyageurs qui vendent du rêve, qui ne racontent pas la réalité car leurs livres racontant la vie de personnes des pays pauvres mettent en valeur des métiers disparus… qui par leurs authenticités attirent les occidentaux vivant dans un monde plus formaté alors que les pauvres ne veulent plus exercer ces métiers et qu'ils veulent vivre confortablement… De plus ces livres ne sont vendus qu'en Occident et pas dans les pays pauvres, ces écrivains voyageurs critiquent le monde occidental et la société de consommation et pourtant ils vivent grâce à ce système, en vendant des livres… et sans rien redonner aux pays pauvres, le fait de créer une association pour faire un puit est bien inutile de même que de vendre du rêve en profitant de la misère, dire la vérité serait plus honorable (mais bien moins vendeur).

Chaque expérience de voyage a donc du bon et on apprend encore, peut-être ces idées changeront plus tard. Et finalement toutes les idées sont utiles.

Ecrit en décembre 2008, chez mes grands parents, à Marmande,  qui m'ont accueilli quelques jours, d'après les carnets de route et autres souvenirs, Cap Woot.



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